MerveilleuseChiang-Mai

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13 - 2ème DYNASTIE DES ROIS D'ANGKOR (1002-1080)

XIe siècle

 

 

          2ème dynastie des rois d’Angkor. (1002/1080)

 

                                              &

 

  Première expansion khmère dans le bassin du Ménam.

 

 

 Rappel : Du passé angkorien il ne subsiste aucune archive. On ne peut connaître Angkor qu’à travers ses monuments … dont les inscriptions et les sculptures sont les seuls témoignages nationaux authentiques de son passé.

                                                                              Madeleine Giteau (*)

 

                           Quelques événements mondiaux concomitants

                           au règne de Jayavarman V (968-1000 ou 1001) :

 

                                          Mort d’Hugues Capet le 24 Octobre 996.         

                                       Avènement de son fils  Robert II dit le Pieux

                                               (24 octobre 996-20 juillet 1031)

                                        Apparition de l’art roman en Occident

 

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                                          TA KEO (Ta Kev) ou PRASAT KEO

                                             ‘’Ancêtre Kéo‘’ ou ‘’tour de Cristal‘’.

Ce temple a été édifié vers l’an 1000, soit sous le règne de Jayavarman V (968-1000/01) soit sous celui de Sūryavarman Ier (1002/1050).

Il est de culte brahmanique (çivaïte) et c’est la première construction en grès de ce type d’édifice. Son encombrement au sol de forme rectangulaire est de 122 mètres sur 106 et sa hauteur, constituée de 5 gradins atteint 22 mètres. (Photos 1 à 3 de 2008 – Photo 4 du 31 mai 2014)

 

 

 

Au début du XIe siècle, ce qui correspond au décès de Jayavarman V (968/1000/1001), le désordre règne dans l’empire Khmer et le pouvoir est à qui le prendra. Trois candidats se déclarent.

 

 

Udayādityavarman I er (1001-1002)

Le premier des candidats, celui au règne le plus court, se fait sacrer en 1001 sous le nom de : Udayādityavarman I er, c’est-à-dire ‘’Celui qui a le soleil levant pour cuirasse‘’. Pour monter sur le trône il aurait peut-être bénéficié de l’aide d’un oncle maternel qui autrefois servait en tant que général le roi précédant, Jayavarman V.

 

Udayādityavarman Ier n’a aucun lien direct avec l’un de ses prédécesseurs, et le fait que sa mère ait été la sœur de l’une des épouses de Jayavarman V ne lui donne aucune légitimité, même si cette mère descendait de la lignée des rois de Sresthapura. (**)

 

Deux inscriptions font état du nom d’Udayādityavarman Ier ; l’une à Mlu Prei et l’autre à Koh Ker. Cette dernière, datée du 13 février 1002, pourrait laisser supposer qu’Udayādityavarman Ier envisageait de faire de Koh Ker, une ancienne capitale khmère, sa capitale … à défaut de pouvoir s’installer à Angkor ?!...

 

L’histoire ne lui en donnera pas le temps. Claude Jacques, (***) suggère qu’il n’est peut-être pas impossible que l’un des trois prétendants au trône, un certain Jayavīravarman ait … ‘’abrégé‘’, en 1002, le règne de ce Udayādityavarman Ier. En tout cas, aucun élément ne confirme sa mort ou sa disparition ?!...

 

Le nom de Udayādityavarman Ier ne figure même pas sur la liste des souverains khmers découverte sur une inscription classée K 235, au Prasat Sdok Kak Thom.

 

Après ‘’l’élimination‘’ de ce souverain de la scène politique, il va s’ouvrir une guerre de succession qui va durer une bonne dizaine d’années.

 

                                                                    Udayādityavarman I er (1001-1002)

 

 (*) Madeleine Giteau (1918-2005) est l’auteure d’ouvrages sur l’histoire d’Angkor (Histoire d’Angkor – Edt. Kailash) et l’art khmer. Elle fut, entre autres fonctions, membre de l’EFEO de 1956 à 1981 et conservateur du musée national de Phnom Penh durant 10 ans, de 1956 à 1966.

(**) Sresthapura ou Shrestapura est une ancienne capitale politique du Ve siècle située non loin du Wat Phu au Laos, au sud de Champasak.

(***) Claude Jacques a beaucoup écrit sur le Cambodge dont, entre autres ouvrages,  ‘’Angkor résidences des dieux‘’ – Edt. Olizane. Un superbe livre illustré par Michael Freeman ; et très, très bien documenté.

 

 

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 Photo 1 : Plan du site de Kōh Ker de l’ex principauté de Chok Gargyar.

Photo 2 : Le Prasat Thom, le Prasat le plus important des 18 sanctuaires.

(Photo : //kohkergroup.blogspot.com/)

Photo 3 : Une carte du Cambodge situant Kōh Ker, une des anciennes capitales Cambodgiennes où siégèrent Jayavarman IV (928-942) et Harshavarman II (942-944) puis … Udayādityavarman Ier

 

Alors qu’Udayādityavarman Ier  était écarté définitivement du pouvoir il restait en lice deux prétendants à la couronne, un certain Jayavīravarman, cité plus haut, et un dénommé Sūryavarman.

Ces candidats vont se livrer une lutte sans merci pendant une dizaine d’années et faire que l’empire khmer sera divisé en deux, et gouverné par deux rois.

 

 

Jayavīravarman (1002-1010 ?)

 

L’origine ainsi que les faits et gestes de Jayavīravarman sont encore à découvrir. Cependant certains chercheurs, s’appuyant sur différentes chroniques, le font venir de Ligor, aujourd’hui Nakhon Si Thammarat. (*) Mais rien ne permet d’être affirmatif à ce sujet. Cependant, personnellement je penche pour cette hypothèse.

 

Concrètement, Jayavīravarman est nommée dans 11 inscriptions dont les dates vont du 5 septembre 1003 au 25 mai 1006 ; et le fait qu’il se soit installé à Angkor pour en faire sa capitale pourrait vouloir dire qu’il aurait attendu la mort de Jayavarman V pour s’asseoir sans attendre l’arrivée d’un concurrent, sur le trône d’Angkor ?!...

 

Son ‘’royaume‘’, loin d’être négligeable, s’étendait tout à la fois au Sud-ouest et au Sud-est d’Angkor, c’est-à-dire sur une partie de la région de Battambang et de Kompong Thom.

 

Son règne fut une suite de combats pour garder sa capitale que son rival Sūryavarman n’hésita pas à saccager pour mieux s’en emparer.

 

La dernière preuve de son existence est une inscription datée du samedi 25 mai 1006.

 

A-t-il été tué ?... a-t-il été chassé ?... est-il retourné au pays de son enfance ?... par exemple Nakhon Si Thammarat (Ligor) (**) nul n’est en mesure de le dire. Ce qui est certain c’est que son vainqueur a délibérément passé le règne de cet usurpateur à la trappe. Car non seulement son nom ne figure pas sur l’inscription de Sdok Kak Thom qui donne la liste des rois khmers, mais son rival Sūryavarman Ier va faire commencer son règne en 1002 et non en 1008, comme si Jayavīravarman n’avait jamais existé ?!...

 

                                                                   Jayavīravarman (1002-1010 ?)

 

 

(*) Le journal Asiatique vol. 284 – 1996 p. 361 à 435.

(**) Une information donnée par Georges Cœdès, concernant une alliance entre Sūryavarman Ier et le roi Indien Rajendra Chola Ier contre le royaume de Tāmbralinga, dont nous reparlerons lors du règne suivant, n’est pas faite pour y voir plus clair.

Cette alliance pourrait confirmer l’hypothèse d’un Jayavīravarman revanchard qui, ayant fui (retourné) à Nakhon Si Thammarat (Ligor), parce que chassé par Sūryavarman Ier, veut revenir en force à Angkor ?!... Ce qui je le rappelle est une hypothèse qui reste à prouver ?!...

Petit complément d’informations :

En ce temps là quelques villes portuaires du Sud-est asiatique, des ports-entrepôt, tiraient de bons revenus de leur activité. Certaines de ces villes se sont ainsi érigées en principauté. Ligor, aujourd’hui Nakhon Si Thammarat fut la capitale de l’une de ces principautés … Tāmbralinga, qui fut vassale du royaume de Srivijaya. (a)

Par ailleurs, les chroniques de Chiang-Mai font état d’un roi d’origine malaise, qui serait allé à la conquête du Cambodge ; alors il n’y avait qu’un pas à faire pour que ce fut Sūryavarman ou Jayavīravarman. Mais après avoir été à tour de rôle ce roi malais de Ligor, rien, pour le moment ne permet d’attribuer cette origine et les suites qui en découlent,  à l’un de ces deux protagonistes. Mais rien n’empêche d’émettre des hypothèses comme je me suis permis de le faire.

(a) C’est de cette manne, tirée des ports-entrepôts, qui fut en partie au départ de l’instauration, et par la suite du développement, de l’empire Khmer. (Lire ‘’Histoire religieuse du Cambodge‘’ d’Alain Forest pour en savoir plus.)

 

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Photo 1 : Le Mébōn oriental est une construction du siècle précédent. Elle a été ordonnée par le roi Rājendravarman II (944-968) en souvenir de ses ancêtres. Le Mébōn s’élève au centre du Bārāy oriental ou Yaçodharatatāka ; un réservoir artificiel de 7 km de long sur 2 de large et d’une contenance d’environ 40 millions de mètres cube.

Au centre de ce lac une île artificielle de 120 mètres sur 120 mètres a été aménagée pour élever ce temple de culte civaïte. (Photo novembre 2008).   

Photo 2 : La carte du Cambodge délimitant la zone d’influence supposée du roi d’Angkor d’alors … Jayavīravarman.

Photo 3 : Banteay Srei (La citadelle des femmes) est aussi une fondation du siècle précédent mais dont la construction s’est poursuivie lors du XIe siècle. Elle a été ordonnée par un dignitaire du roi Rājendravarman II (944-968), le brahmane Yajñavārāha (Photo du 1er juin 2014).

 

 

Sūryavarman Ier (1002/1050) en fait (1008-1050)

 

 

Sūryavarman après 9 ou 10 ans de guerre civile, prend … ‘’le royaume à un roi au milieu d’une foule d’autres rois‘’. (*) Pour se légitimer il aurait même épousé la veuve de son prédécesseur, Vīralakshmī ; un mariage qui alors le rattachait au roi Harshavarman Ier (915-923).

 

Puis quelques années après son accession au trône, d’un revers de main il balaie les huit ou dix ans de règne de son rival, et décrète que le sien commence en 1002 et non vers 1008, comme ce fut probablement le cas !...

 

Sūryavarman Ier va fonder la 2ème dynastie des rois d’Angkor (1002/1080).

 

D’après les dires de ce roi, il descendrait de la lignée maternelle du roi Indravarman Ier (877-889) qui lui-même était issu d’une lignée princière. Ce roi prendrait alors ses racines dans le sud du Cambodge ?!.... (**)

 

Pour certains chercheurs, comme je l’ai déjà écrit, Sūryavarman serait un usurpateur d’origine Malaise dont les Chroniques de Chiang-Maï précisent qu’il était un prince guerrier Bouddhiste, dont le père, un nommé Sujita, qui venait de Ligor (L’actuelle Nakhon Si Thammarat) aurait conquis la ville de Lavo. (L’actuelle Lopburi).

 

C’est maintenant au lecteur à faire des recherches pour tenter de connaître l’exacte origine de Sūryavarman Ier. si toutefois il désire vraiment la connaître !...

 

 

(*) Inscription de Preah Khan de Kompong Svay (Citée dans ‘’Les états Hindouisés … ‘’ de Georges Cœdès p.249).

(**) Claude Jacques fait remarquer que ces deux rois sont à l’origine de fondations voisines dans le sud du Cambodge actuel, Indravarman Ier à Phnom Báyán et Sūryavarman Ier à Phnom Chisor. Il ajoute ‘’Il est permis de supposer que la lignée dont ils se réclament, qui par ailleurs paraît n’avoir guère compté que des roitelets, avait de solide racine dans le sud‘’.

 

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Photo 1 : La carte du Cambodge délimitant la zone d’influence supposée du roi Sūryavarman Ier au tout début de son règne. C’est sans doute à Sambor (Çambhupura) qu’il s’est fait sacrer. De Sambor il ira vers le site de Vat Phu (Temple de Bhadreçvara) puis redescendra vers l’ouest au nord d’Angkor pour affronter Jayavīravarman.

Photo 2 & 3 : Le Prè Rup (Tourner le corps) est aussi une construction commencée à la fin du siècle précédent, mais quelques années après le Mébōn oriental, sous le règne du roi Rājendravarman II (944-968). Ce sera le dernier ‘’temple montagne‘’.

Si le Mébōn et le Prè Rup sont ‘’jumeaux‘’ de par leur style, leur fonction était différente. L’un, le Mébōn était un sanctuaire dédié aux ancêtres du roi, alors que le Pré Rup fut créé pour célébrer un nouveau culte, celui du linga Rājendrabhadreçvara. (Photos : novembre 2008).

 

 

Ce serait vers l’an 1002 que Sūryavarman se serait fait sacrer roi à Çambhupura, un ancien royaume du Tchen-la d’eau qui aujourd’hui serait l’actuel Sambor sur le Mékong.

 

Du fait de l’exigüité de cette principauté le pouvoir de Sūryavarman Ier fut d’abord très limité géographiquement ; il ne grandira qu’au fur et à mesure de ses conquêtes, voire des ralliements de hauts dignitaires.

 

Dix ans lui seront nécessaire tant pour mettre ‘’hors jeu‘’ son rival que pour unifié son royaume et rallier à sa couronne quelques hauts dignitaires.

 

Cinq années séparent la dernière inscription royale de son rival Jayavīravarman datée du samedi 25 mai 1006, du dimanche 9 septembre 1011, date lors de laquelle les fonctionnaires prêtèrent un serment de fidélité à Sūryavarman Ier (*) devant le feu et les symboles de la royauté.

 

Cependant il semblerait qu’en plus de ce serment Sūryavarman Ier ait eu besoin en 1012 d’une aide militaire pour contrer une invasion venant du Tāmbralinga (Nakhon Si Thammarat) et ainsi prendre en main la sécurité intérieur de son royaume ?!... (**)

 

Parallèlement à la pacification de son royaume, Sūryavarman Ier entreprit la reconstruction de ce qui avait été détruit ou abandonné, pour effacer les traces de la guerre civile, puis favorisa la création de très nombreuses fondations provinciales religieuses.

 

Autour de ces fondations provinciales et religieuses, il semblerait que des villages se soient créés et qu’une mise en culture des sols, alors en fiche ou peu exploités, se soit développée au moyen d’irrigations diverses ?!...

 

(*) Le texte de ce serment de fidélité, ainsi que le nom de ceux qui le prononcèrent furent gravés sur les piédroits du gopura Est du palais royal, et re-gravés sur le Kléang sud. (‘’Angkor‘’ de Maurice Glaize p. 160)-

Le serment de fidélité des fonctionnaires se répétera tous les ans et cela jusqu’à nos jours. Madeleine Giteau fait remarquer qu’autrefois le texte du serment se conformait aux principes brahmaniques alors qu’aujourd’hui il se réfère aux textes bouddhiques.

A noter qu’il existait peut-être un rite semblable avant Sūryavarman Ier ?!... Si tel était le cas c’est à Sūryavarman Ier que reviendrait le mérite d’avoir eu l’initiative de mettre officiellement les fonctionnaires face à leurs responsabilités. Non sans malice, Christian Jacques fait remarquer que certains noms ont été rayés. S’agiraient-ils de fonctionnaires indélicats ?... ou parjures ?...  

 

(**) En cette année 1012, le roi du Tāmbralinga (Nakhon Si Thammarat) (Jayavīravarman ?...) aurait décidé d’envahir le Cambodge. L’apprenant, Sūryavarman Ier aurait demandé de l’aide à l’empereur Rājendrachola Ier, qui la lui aurait accordée.

Alors à son tour le roi du Tāmbralinga aurait sollicité lui, le secours de son suzerain, le roi de Srivijaya. De ce fait Srivijaya (Sumatra, péninsule malaise et Java) et l’empire des Chola (Inde du sud + Sri Lanka) vont s’affronter. Les Chola seraient sortis vainqueur de cette guerre et auraient ainsi pu contrôler certaines routes maritimes d’un très bon rapport ?!...

Georges Cœdès ne fait qu’écrire : ‘’Il se peut qu’en 2012 ou peu après … ‘’ (Les états Hindouisés d’Indochine p.251.).

La suite du commentaire résulte de mes recherches qui sont à prendre au conditionnel parce que les dates que j’ai relevées sont … très élastiques, ainsi pour le règne de Rājendrachola Ier c’est tantôt 1012/1047 et tantôt 1016/1044 ?...  Néanmoins cette soi-disant alliance de Sūryavarman Ier et de Rājendrachola Ier n’est pas sans soulever nombre de questions. Je l’ai signalé … et point !

 

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Photo 1 : La carte du Cambodge délimitant approximativement le royaume du roi Sūryavarman Ier après avoir ‘’chassé‘’ ou ‘’tué‘’ le roi Jayavīravarman suite à une guerre civile d’une dizaine d’années ?!...

Photo 2 : Sur la chaîne des Dangrêk s’élève le célèbre Preah Vihear, pomme de discorde entre le Cambodge et la Thaïlande. Ici, le premier des gopura (porte) conduisant au lieu saint s’élevant au Cambodge mais dont l’accès se fait par … la Thaïlande ?!...

Photo 3 : Vue aérienne du ‘’seigneur du pic‘’ ou ‘’Çikhareçvara‘’ ou encore ‘’Preah Vihear‘’ (Photo : //www.cambodia.org/Preah_Vihear/).

 

 

Alors que l’aire de son domaine prospérait au dépend de celui de Jayavīravarman, Sūryavarman non loin de Battambang, au lieu dit ‘’Jayakshetra‘’ (Le champs de la victoire) aujourd’hui le Vat Baset, éleva un linga. Ce linga planté à l’ouest de son domaine signifiait-il qu’en cet endroit venait de s’achever, de décliner comme décline le soleil, le règne de Jayavīravarman ?...

Car forcément, la victoire de l’un correspond à la défaite de l’autre !...

 

Toujours est-il qu’en 1018, tant pour donner plus de sens au linga de Vat Baset, (*) que pour définir l’étendu de son royaume, et aussi … et surtout … s’affirmer en tant que seul et unique roi, Sūryavarman Ier fit consacrer trois linga qui reçurent le nom de Sūryavarmeçvara c’est-à-dire ‘’Seigneur de Sūryavarman‘’, ou ‘’le dieu-roi Sūryavarman‘’. Ensuite un sanctuaire fut construit à l’intention de chacun d’eux, mais chaque édifice dans l’une des trois autres directions cardinales.

 

Au nord fut construit Preah Vihear

Au Sud s’éleva Phnom Chisor. (**)

A l’Est fut bâti Içanatirtha. (***)

 

 

Cet acte politique fondateur, consacrant ce qui fut le cœur du royaume de Sūryavarman Ier, va prendre au fil du temps d’autant plus d’importance qu’il va faire de son royaume un empire.

 

Au Sud et à l’ouest Sūryavarman Ier va annexer :

- Toute la partie méridionale de la Thaïlande, de Lopburi à Nakhon Si Thammarat. (1022 ?...)

 

Au Nord Sūryavarman Ier va annexer :

- La plus grande partie du Laos méridional, jusqu’à Louang-Prabang.

 

(*) Vat Baset, et plus précisément Vat Ek Phnom fut confié au brahmane Yogiçvarapandita qui après avoir servi Jayavīravarman devint le guru de Sūryavarman Ier, lequel lui donna l’une de ses filles en mariage ?!...

(**) Autour de Phnom Chisor s’est développé un ermitage dont le supérieur portait le nom de Kaviçvarapandita. Ce détail est donné pour confirmer l’activité qui se créait autour des fondations.

(***) Le site d’ Içanatirtha n’a pas été retrouvée. Claude Jacques suggère qu’il pourrait se trouvé du côté du Mékong car ‘’tirtha‘’ signifierait  ‘’gué‘’. Mais il est possible qu’il fut détruit à jamais lors d’une des incursions Cham.

 

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Photo 1 : L’empire supposé de Sūryavarman Ier vers 1050 environ.

Photo 2 & 3 : le ‘’Phimeanakas‘’ (Palais ou char céleste). (Photos : 31 mai 2014).

 

 

Les fondations de Sūryavarman Ier :

 

Sūryavarman Ier va construire pour pacifier son pays et y circuler dans les meilleures conditions. De ce fait ‘’des temples de grandeur moyenne vont faire leur apparition dans beaucoup d’endroits, des voies de circulation vont être aménagées, et des abris pour les voyageurs construits ‘’. (*)

 

A Angkor il n’y aura pas de grands travaux. Cependant Sūryavarman Ier se fera ériger un palais qui, pour la première fois sera fortifié ainsi que le ‘’Phimeanakas‘’ (Palais ou char céleste). (**)

Par ailleurs, il n’est pas improbable que le Bārāy occidental soit aussi né de la volonté de Sūryavarman Ier. (***)

 

Pour information : les prasat Kléang nord et Kléang sud sont attribués tantôt à Jayavarman V et tantôt à Sūryavarman Ier.

 

(*) Claude Jacques fait référence à la très belle voie reliant Angkor à Preah Khan (Kompong Svay.)

En plus des trois temples déjà cités il y a aussi Vat Phou, Prasat Sneng, Chau Srei Vibol, Prasat Vat Trach.

(**) En fait il semblerait que le ‘’Phimeanakas‘’ ait été commencé sous le roi Rājendravarman II (944-968) et que Sūryavarman Ier n’aurait fait que de le terminer … ce qui n’est déjà pas si mal !....

(***) Là encore C’est Claude Jacques qui émet cette hypothèse ?!...

 

 

La religion :

 

Contrairement à ce que rapportent les chroniques de Chiang-Mai Sūryavarman 1er n’a pas été le roi guerrier bouddhique dont elles font état. Malgré son nom posthume de Nirvānapada, qui selon MJ Filliozat (1906/1982) convient parfaitement à un çivaïte, Sūryavarman 1er était bel et bien de confession çivaïte mais, il a ouvert les portes au Bouddhisme. Sous son règne les statues de Bouddha ont, d’après certains auteurs, connu leur âge d’or. 

 

Ainsi d’après l’épigraphie de Lopburi datée de 1022/1025 on apprend, par exemple, que les Brahmanes (Civaïtes et Visnuites) comme les bouddhistes avaient leurs sanctuaires et leurs officiants sans que cela pose problème. Les prêtres des trois religions coexistaient pacifiquement.

 

Sūryavarman Ier va laisser à ses deux enfants, Udayādityavarman et Harshavarman qui vont lui succéder, un empire prospère.

 

Le nom posthume de Sūryavarman Ier est : Paraman Nirvānapada.

                                                                                                                                                                          Sûryavarman Ier. (1002/1050)

 

 

                           Quelques événements mondiaux concomitants

                               au règne de Sūryavarman Ier (1002 à 1050) :

 

                                                             960

                           En chine Zhao Kuangyin fonde la dynastie des Song du nord.

                                             La réunification de la chine s’amorce.

                                                                   1010

                                         Le roi Ly Thai du Daï Co Viet (Tonkin)

                                     transfère sa capitale à Thang Long (Hanoï)

                                                             20 juillet 1031

                                                 Mort de Robert II roi de France

                                               et avènement de son fils Henri  Ier.

                                                                    1033

                                   Mahmud de Ghazni roi d’Iran et d’Afghanistan

                                          musulman fanatique saccage Bénarès.

                                              (Il envahira l’Inde à 17 reprises)

                                                                   1042

                               Le missionnaire indien Atisha  ou Atisa (982-1054)

                                           réintroduit à Lhassa le bouddhisme.

                                            Son enseignement sera à l’origine

                                        des grandes sectes lamaïques du Tibet.

                                                                    1044

                                            Anôrahta ou Anawrahta (1044/1077)

                                       monte sur le trône d’un tout petit royaume

                                                        qui va devenir Pagan.

                                       En 1056 il impose le Bouddhisme theravada.

                                                                                                              

 

 

Udayādityavarman II (1050/1066)

 

Udayādityavarman II est le fils de Sūryavarman Ier et de sa reine principale  Vīralakshmī. Il succède donc à son père et est sacré en février ou mars 1050.

 

Il hérite, disent certains auteurs, d’un empire riche et prospère, cependant force est de constater qu’il fait souvent appel à son fidèle général Sangrāma pour mater diverses rebellions menées le plus souvent par des généraux félons.

 

Ainsi en 1051, un an après l’avènement d’Udayādityavarman II, dans le sud du pays un certain Aravindahrada, ‘’chef d’une armée de héros‘’ précise l’épigraphie sanskrite, met en échec quelques envoyés royaux venus l’arrêter. Il faudra la venue du général Sangrāma pour que ce rebelle, vaincu, prenne la fuite vers la ville de Champā.

 

En 1065, un an avant la mort d’Udayādityavarman II, ce ne sera pas une, mais deux rebellions que devra mâter le fidèle Sangrāma.

 

Dans le nord-ouest de l’empire ce sera le général Kamvau, qui bien que comblé d’honneurs, périra de trois flèches après avoir blessé le fidèle Sangrāma à la mâchoire. (Inscription de Preah Ngôk).

Dans l’Est, Sangrāma affrontera victorieusement encore, une bande menée par trois hommes : Slvat, Siddhikāra et Saçāntibhuvana.

 

Ces exemples sont donnés pour montrer que le règne d’Udayâdityavarman II fut émaillé par quelques soulèvements. Cependant malgré ces troubles Udayādityavarman II a marqué son passage de quelques fondations :

 

 

Les fondations d’Udayādityavarman II :

 

En 1060, au centre de sa capitale, Udayādityavarman II fit bâtir le Baphūon ou ‘’l’ornement des trois mondes‘’. Un sanctuaire de 130 mètres sur 104 de base, s’élevant sur 3 étages. C’était, vraisemblablement, le temple d’état du quatrième royaume d’Angkor. En tout cas c’était en ce temple de culte brahmanique, où le fameux général Sangrāma déposait le butin pris à ses vaincus..     

 

C’est aussi Udayādityavarman II qui fit construire le Mébōn occidental dont le style rappelle celui du Baphūon. Ce temple de culte brahmanique s’élève sur une île au milieu du Bārāy occidental. (*) C’est au sein de ce sanctuaire que s’élevait une statue en bronze d’un Vishnu dormant et flottant sur les eaux primordiales qui aujourd’hui se trouve au musée national Albert Sarraut de Phnom Penh.

 

Le Bārāy occidental est aussi une fondation d’Udayādityavarman II mais il n’est pas impossible que son père, Sūryavarman Ier ait été à l’origine du projet.

 

Ce Bārāy occidental est le troisième du genre mais, c’est le plus imposant de tous. (**)

 

Udayādityavarman II est l’un des rares rois angkoriens n’ayant pas reçu de nom posthume.

 

(*) Une légende raconte qu’en cet endroit une princesse aurait été happée vivante par un énorme crocodile. Celui-ci, en prenant la fuite aurait endommagé la digue sud du Bārāy. L’animal fut rattrapé, mis à mort et la princesse retrouvée vivante. Pour ceux qui mettraient en doute cette légende, il paraît que le dommage causé à la digue sud du Bārāy occidental est encore visible de nos jours. Alors … avis aux incrédules ?....

(**) Le Bārāy occidental mesure 8 kilomètres de long sur 2 de large. Tout autour de ce réservoir s’élevait une digue dont la hauteur variait entre 10 et 17 mètres. Il emmagasinait  une réserve d’eau suffisante pour irriguer 100 Km2 de rizières, et nourrir près d’un million de personnes.

En son centre s’élève : le Mébōn occidental dont nous avons déjà parlé.

 

                                                                  Udayadityavarman II 1050/1066

 

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 Photo 1 : Une carte situant le Phimeanakas et le Baphūon.

Photo 2 : Une vue du Baphūon (Photo du 31 mai 2014)

Photo 3 : Une carte situant le Phimeanakas et le Baphūon par rapport au Bārāy occidental.

 

                                                              

                              Quelques événements mondiaux concomitants

                               au règne d’Udayādityavarman II (1050 à 1066) :

 

                                                           1054

                                  Schisme  entre l’église orthodoxe et l’église romaine

                                       Le Daï Co Viet devient le Daï Viet (Tonkin)

                                                                   1057

                                                     Anawrahta roi Birman :

                                           - met à sac la ville mône de Tathon

                       - S’empare de toutes les reliques et déporte à Pagan 30.000 môns

                                                                   1058

                          - Porte secours au roi de Ceylan que combat les Cholas d’Inde.

                                                                   1059

                                  Construction de la grande pagode Shwezigon

                                                             4 août 1060

                                                Mort d’Henri Ier roi de France

                                           et avènement de son fils Philippe  Ier.

                                                           14 octobre 1066

                                                         Bataille de Hastings

                                                        le 25 décembre 1066                                                 

                Guillaume le conquérant devient roi d’Angleterre.                                                   

 

 

Harsavarman III (1066-1080)

 

Harsavarman III, frère d’Udayādityavarman II (1050-1066) est comme lui fils de Sūryavarman Ier (1002/1050) et de sa reine principale  Vīralakshmi. Il succède donc à son frère et a été sacré sans que la date nous soit parvenue.

 

Sous le règne d’Harsavarman III les Chams, les frères ennemis, vont se libérer de la tutelle des Khmers, et d’autant mieux qu’Harsavarman III,  est incapable de faire face à la situation ; son autorité va s’amenuisant au fils des jours.

 

 

Ainsi en 1074, après avoir repoussé une invasion Tonkinoise le nouveau roi Cham Harivarman IV (1074-1081) (*) et son armée pénètrent dans la ville d’Içanapura (l’actuel Sambor Prei Kuk), la pillent, détruisent les sanctuaires et s’approprient des trésors pour les ‘’offrir‘’ à leurs divinités.

 

C’est de cette ancienne capitale du Tchen-la (Zhenla) qu’était originaire le père d’Harsavarman III, Sūryavarman Ier et, vraisemblablement que devait se trouver le sanctuaire d’Içanatirtha, où fut consacrer le linga Sūryavarmeçvara, symbole du pouvoir politique d’alors retrouvé. À ce jour ce linga n’a pas été retrouvé ?!... A-t-il été détruit ou emporté lors de ce sac ?!...

 

Cette mise à sac est symbolique à bien des égards pour chacune des deux parties.

 

                   

En 1076, d’après des archives chinoises et Vietnamiennes, ces frères ennemis, y compris le Ai Lao, vont se retrouver dans le même camp. Considérés comme des vassaux par la Chine, ils reçoivent l’ordre de l’empereur Shenzong d’attaquer de conserve le Tonkin (Daï Viet) par l’Ouest et le sud, pour permettre aux armées chinoises de l’envahir plus aisément par le nord. (**)

 

Loin de pouvoir tirer gloire de cette page d’histoire, et de cette guerre éclaire, les archives chinoises ne précisent pas comment ces ‘’alliés‘’ se … retirèrent ?!...

 

Ce qui est certain, c’est qu’après cette ‘’collaboration‘’ les chams et les khmers vont à nouveau s’affronter.

 

En 1080 le roi cham Harivarman IV, toujours lui, va battre les khmers à Someçvara et faire prisonnier le prince Khmer Çrī Nandavarmadeva. (***)

 

C’est cette même année que mourut le roi Harsavarman III, d’une mort violente, vraisemblablement. Il n’est pas impossible que son frère cadet Nirpatīndravarman ait essayé de lui succéder à Angkor ?!...

 

L’inscription de Prasat Prah Khsèt donne à Nirpatīndravarman le titre royal de ‘’Vrah pāda kamraten an‘’  (Georges Cœdès).

Le Cambodge de cette époque aurait-il eu deux rois ?... L’un, sans aucune étoffe, à Angkor et l’autre, moins … ‘’transparent‘’, dans une ville du Nord ?!...

 

En tout cas, se sera le second, c’est-à-dire Jayavarman que le ‘’fameux‘’ brahmane Divākarapandita choisira de consacrer après le décès d’Harsavarman III.

 

Le nom posthume d’Harsavarman III est Sadāçivapada

 

 (*) Avec la mort du roi cham Rudravarman III (1061-1074) s’éteint la dynastie de Vijāya. Le flambeau de la royauté cham est alors repris par un dénommé Harivarman IV (1074-1080). Ce roi, originaire du sud du Champā, va fonder la 1ère dynastie du sud. 

(**) En 939 avec l’arrivée au pouvoir du roi Ngô Quyên (939-965), le Daï Co Viet (Tonkin – aujourd’hui Vietnam du nord) alors province chinoise sous le nom de ‘’Giao Chi‘’ profite des guerres intestines chinoises qui s’étaleront de 907 à 979, pour reprendre son Indépendance.

Vers 960, Zhao Kuangyin (960-976) le 1er empereur de la dynastie des Song du nord commence a réunifier la chine ; ce qui va conduire Shenzong Zhao Xu (1048-1085) le 6ème empereur de la dynastie à vouloir reconquérir le Tonkin, d’autant qu’au Tonkin tout ne va pas pour le mieux et que le moment semble particulièrement propice.

Jugez-en plutôt :

 

En 1061 le sud du Tonkin connaît des troubles. Les Chams y seraient-ils pour quelque chose ?...

Toujours est-il que fin 1068 le roi Cham Rudravarman III (Chê Cū) lance AD2 026 ses troupes sur le Tonkin sans que Kaifeng (Dongjing) alors capitale de la Chine y soit pour quelque chose. Il est dans les habitudes des Chams de harceler les Tonkinois. La riposte de ces derniers ne se fait pas attendre, en 1069 le Général Ly Thuong Kiet à la tête d’une force navale prend le port cham de Binnai (Çrī Banöy – Qui-nhön). Le roi Cham Rudravarman III sera fait prisonnier avec plus de 50.000 des siens et ne sera libéré qu’en échange de 3 provinces. Pour la 1ère fois le Tonkin s’étend vers le sud ; c’est le début du … ‘’Nam Tiên‘’ terme vietnamien pour désigner cette extension vers le sud, une nécessité pour répondre aux besoins alimentaires d’une population en expansion. Cinq ans plus tard, suite à ce désastre vers 1074, le roi cham Rudravarman III et sa dynastie, celle des Vijāya, auront vécu !...

 

En 1072 le roi du Tonkin Lý Thánh Tông (1023-1054-1072) décède, son héritier n’a que 7 ans. De ce fait des luttes intestines vont s’ouvrir pour la prise du pouvoir.

Les Chinois décident alors que c’est le moment de reprendre le Tonkin ; certains de l’emporter, ils ne font pas dans la finesse et massent des troupes au point d’alerter le Tonkin.

Courant 1075 le général Tonkinois Ly Thuong Kiet, encore lui, à la tête de deux corps d’armée lance une offensive dans le Guangxi. Les forces chinoises sont anéanties. D’après les Tonkinois 12.000 chinois vont trouver la mort pour seulement 2500 Tonkinois. Fin mars 1076 Ly Thuong Kiet rentre au pays avec un énorme butin et des milliers de prisonniers chinois.

 

Un an plus tard, en 1077 ce sont les chinois qui attaquent … par le nord, sur terre et par mer. Leurs vassaux sont ‘’invités‘’ à fondre de conserve sur le Tonkin, par l’Ouest avec les Ai Lao et les Khmers, et par le sud (Nghê-an) avec les Chams, pour prendre les tonkinois en tenailles.

Contrairement à leur plan les chinois sont pris dans un piège et défaits au lieu dit ‘’Nhu Nguyêt‘’ en voulant traverser la rivière Câu. Aujourd’hui, quelques temples attachés à cette victoire de 1077, la célèbre toujours.

La rivière Câu, longue de 288 km prend sa source dans le nord Tonkin au mont Phia Deng. De nombreux affluents grossissent son cours qui conduit à Hanoï. Une ville que les chinois ont failli atteindre.

Pour ne pas perdre la face la Chine reconnaît l’indépendance du Tonkin (Daï Viet) et accepte sa vassalité.

 

(***) Çrī Nandavarmadeva est l’orthographe que donne Georges Cœdès. Claude Jaques quant à lui donne Nandanavarman ?!...

 

                                                                  Harsavarman III 1066/1080

 

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Photo 1 : Le sixième empereur de la dynastie des Song du nord, Shenzong (1048-1085) qui sur les coneilles de son 1er ministre .

Photo 2 : Une carte de l’Indochine vers 1075 présentant sommairement la prise en tenaille du Daï Viet.

A noter :

1/ Que Nakhon Si Thammarat est à ‘’deux pas‘’ du Cambodge.

2/ Qu’en 1075 Pagan avait déjà vassalisé le royaume de Dali, et rattaché à sa couronne celui Pegu dont les 30.000 déportés ont carrément construit Pagan.

3/ Le royaume d’Hariphunchaï (Lamphun) devait alors déjà, avoir les Khmers comme voisins ?!...

Nota bene : Pour une lecture plus aisée j’ai donné la préférence aux toponymes modernes sauf pour le Champa dont les capitales ont été rasées.

Photo 3 : Plan du piège tendu aux armées chinoises en 1077 par le Général en Chef Tonkinois Ly Thuong Kiet au lieu dit ‘’Nhu’ Nguyêt‘’ près du cours d’eau Câu. Cette célèbre bataille évita des mois d’affrontements et mis fin aux desseins chinois de vouloir se réapproprier du Tonkin (Daï Co Viet) ; une contrée qu’ils avaient annexée près de 1.000 ans durant, et perdu depuis 138 ans.

Pour plus de détails : (Très bon article de Nicolas Micallef.)

//www.net4war.com/e-revue/dossiers/vietnamxix/bataillesnhu01.htm

Photo 4 : La statue du roi Tonkinois Lý Thánh Tông (1023-1054-1072) dans le temple ‘’Van Mieu‘’ ou temple de la littérature du district de Dong Da à Hanoï. Ce temple fut fondé en 1070 sur ordre du roi Lý Thánh Tông afin d’éduquer les fils du pays (Quoc Tu Giam) c’est-à-dire les princes et les enfants des mandarins. C’est, autrement écrit, la 1ère université du Vietnam.

                                                               

                                         Fin de la 2ème dynastie Khmère

                                                                et

                            début de la dynastie Mahīdharapura (1080/1160)

                                                  ou 3ème dynastie

 

                          Quelques événements mondiaux concomitants

                             au règne de Harsavarman III (1066 à 1080) :

 

                                                   

                                                                   1072

                                L’empereur chinois Shenzong des Song du nord

                                           décide la reconquête du Tonkin

                                                    En Iran à Ispahan

                                        Construction de la grande mosquée

                                                              1078-1079

                           En Europe commencent de nombreuses constructions :

                              La tour de Londres, la cathédrale de Winchester

                                   L’abbatiale de St jacques de Compostelle

                                          L’abbaye du Mont Saint Michel

                                            

 

Jayavarman VI  (1080/1107)

 

Paradoxalement, dans la liste des rois khmers, Jayavarman VI est le seul à ne pas avoir de filiation avec l’une des familles royales khmères. Cependant, aux dires de l’intéressé, il serait un descendant du légendaire prince indien Kambu ou Kaundinya ?!... (1)

 

Georges Cœdès précise qu’il était le fils d’un certain Hiranyavarman, et d’une certaine Hiranyalakshmī, tous deux originaires de Kshitīndragrāma (Mahīdhapura) une ville qui reste toujours à localiser mais qui se trouverait quelque part dans le nord du Cambodge. (2)

 

Du fait de la localisation supposée de Mahīdhapura et des quelques fondations propres à Jayavarman VI, qui sont beaucoup plus présentes dans le nord du Cambodge qu’ailleurs, Madeleine Giteau et Georges Cœdès suggèrent que le Cambodge devait - peut-être ? -  avoir deux souverains. L’un régnant dans le nord, Jayavarman VI (3) et l’autre à Angkor en la personne du frère cadet de Harsavarman III, c’est-à-dire … Nirpatīndravarman.

 

De ce Nirpatīndravarman on ne connaît pratiquement rien ; son règne fut vraisemblablement insignifiant puisque, comme nous allons le voir, le brahmane de la famille, Divākarapandita va consacrer Jayavarman VI et non le descendant d’Harsavarman III ?!...

 

Cependant, pour revenir aux écrits de Madeleine Giteau, cette dernière s’empresse de rapporter le texte de la stèle de Prah Khan à savoir : ‘’Ayant obtenu la royauté suprême dans la ville sainte de Yaçodharapura (Angkor) … le roi Jayavarmadeva dont la famille habitait à Mahīdhapura, planta dans toute les directions jusqu’à la mer des piliers de gloire. ‘’ (Pour délimiter son royaume.)

 

Quoiqu’il en ait été, et comme je l’ai écrit plus haut, Jayavarman VI a été consacré par le brahmane Divākarapandita, dit le faiseur de rois. (4)

 

Son règne semble avoir été sans histoire, et marqué d’aucune fondation majeure.

 

 

Les fondations de Jayavarman VI :

 

Les fondations de Jayavarman VI sont plus des fondations mineures que majeures. Ce sont des bâtiments qu’il a fait construire à l’intérieur de fondations çivaïtes majeures existantes, comme Phnom Sandak, Preah Vihear, et Vat Phu.

 

La seule et unique fondation majeure qui pourrait être attribuée à Jayavarman VI serait … peut-être … le temple khmer de Phimaï ?!... Cela, parce que ce temple aurait été érigé peu de temps avant le décès de Jayavarman VI mais, il n’est fait mention nulle part du nom de Jayavarman VI, tant dans le temple que dans ses environs ?!...

 

 

Peu de temps avant, ou après la mort de Jayavarman VI, son frère cadet désigné comme prince héritier passa de vie à trépas. Alors ce fut son frère aîné qui, sans avoir désiré la royauté, lui succéda : Dharanīndravarman Ier (1107-1113).

 

Dans le respect des traditions, ce dernier épousa la reine Vijayendralakshmī qui fut d’abord la femme de Jayavarman VI et de son cadet décédé prématurément. 

 

Le nom posthume de Jayavarman VI est Paramakaivalyapada.

 

 

(1) Les légendes au sujet du prince Kambu ou Kaundinya, dont la mission aurait été d’Hindouiser le Cambodge, c’est-à-dire de répandre la culture indienne en cette contrée, ne manquent pas.

La plupart des récits le concernant ramènent à une cour Indienne qui fait de cet être mythique un prince indien. Ce prince d’exception se serait uni à une Nāgī dont la beauté était, elle aussi … légendaire ?!...

La suite, vous la devinez.

 

(2) C’est le nom de cette ville inconnue ‘’Mahīdhapura‘’ qui sert à désigner le nom de la dynastie dont Jayavarman VI  est le fondateur.

Pour information et saluer l’actualité : En avril 2012 des archéologues, dont le Français Jean Baptiste Chevance, à bord d’un hélicoptère équipé d’un radar laser (Lidar) (*) ont repéré ce qui pourrait être les vestiges de Mahendraparvata (Mahīdhapura) la capitale de Jayavarman II (802-846) autrement écrit ce qui pourrait être aussi la ville des parents de Jayavarman VI ?!... (Il y a déjà une similitude au niveau des noms.)

L’article du figaro daté du 14 juillet 2013 poursuit … ‘’plus à l’Est encore les chercheurs ont trouvé les traces d’une ville éphémère construite au XIIème siècle par un roi qui avait voulu quitter Angkor‘’.

Les découvertes de ces archéologues ‘’aériens‘’ semblent corroborer les hypothèses des historiens et archéologues de … terrain. Car rien n’empêche qu’une ville datée du début du XIIème siècle ait pu voir le jour à la fin du XIème siècle ?!...

Quant au roi ‘’qui avait voulu quitter Angkor‘’ tout désigne … Jayavarman VI ?!... Mais !... laissons aux professionnels le soin de démêler ce nouvel écheveau … ils le font si bien, en tout cas mieux que je ne pourrai le faire.

(*) Le lidar permet de découvrir sur une grande échelle et avec une précision proche de la vingtaine de centimètres, des vestiges humains très anciens.

 

(3) Claude Jacques lui aussi pense que Jayavarman VI n’a pas fait d’Angkor sa capitale. Alors que Jayavarman VI a régné 27 ans, il n’a été trouvé qu’une seule inscription à Angkor le concernant ?!...

Par ailleurs, personnellement, j’ai constaté que les textes Vietnamiens d’aujourd’hui faisant état de la participation khmer à la bataille de 1077 font références, non pas à Angkor mais au Tchen-La ?!... C’est-à-dire à la partie Nord du royaume Khmer, le Sud étant associé au Founan ?!...

 

(4) Ce Divākarapandita me fait penser à Talleyrand-Périgord (1754-1838), un homme qui va d’un règne à l’autre pour ‘’sauver‘’ son pays et peut-être aussi sauvegarder ses intérêts ?!... Un homme est un homme !... Car ce brahmane a été couvert de titres quasiment royaux par les rois qu’il a consacrés. Il y en a eu 5 : Udayādityavarman II, (1050-1066) Harsavarman III (1066-1080), Jayavarman VI (1080-1113), Dharanīndravarman Ier (1107-1113), et Sūryavarman II (1113-1150).

 

                                                                 Jayavarman VI  (1080/1107)

 

                AD2 027.JPG 

 

 

                                               Le temple de Phimaï

(Photo : //asiaaddict.blogspot.com/2013/01/phimai-et-son-temple-khmer.html )

 


Dharanīndravarman Ier (1107-1113).

 

Dharanīndravarman Ier aura régné cinq ans tout au plus et vraisemblablement en parallèle avec un autre roi dont on ne sait rien si ce n’est que … ‘’l’empire était alors entre les mains de deux maîtres.‘’ (Claude Jacques.)

 

Bref, les cinq ans de règne de Dharanīndravarman Ier se termineront tragiquement puisque son petit neveu le fera passer de vie à trépas pour prendre son trône. Comme un trône ne lui suffisait pas, ce petit neveu s’est aussi approprié du second, celui de Yaçodharapura (Angkor) où il se fera consacré par le brahmane … Divākarapandita qui, entre nous soit dit ne devait plus être très jeune, mais … ‘’on fait les rois ou on ne les faits pas !... ‘’

 

Ce petit neveu, comme nous allons le voir dans une prochaine chronique, était un conquérant hors pair et un bâtisseur qui allait laisser une œuvre qui a défié le temps à savoir … Angkor Vat. Le nom de ce petit neveu ?...   Sūryavarman II (1113-1150).

 

                               Quelques événements mondiaux concomitants

                                    au règne de Jayavarman VI  (1080/1107) :

 

  

                                                                  1085

                               Mort de l’empereur chinois Shenzong des Song dunord

                                  Avènement de l’empereur Zhezong (1085-1100)

                                                                  1094

                                 Le Cid Campéador reprend Valence aux arabes

                                                                  1095

                                         Le pape Urbain II prêche la croisade

                                                                   1096

                                  Khun Chom Thamma (ขุนจอมธรรม) fonde Payao

                                                                   1099

                                Godefroy de Bouillon (1058-1100) prend Jérusalem

                                                                   1100

                                      Composition de la chanson de Rolland

                                                            29 juillet 1108

                                              Mort de Philippe 1er roi de France

                                   Et avènement de son fils Louis VI le gros                                                       

 

                                                                        Jean de la Mainate – mars 2015



08/04/2015
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