MerveilleuseChiang-Mai

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AMULETTE ‘’Jatukham-Rammathep‘’ (L’) - 1

Amulette ''Jatukham-Rammathep'' (L')

 

เครื่อง ''จตุคามรามเทพ''

 

 

                             Première partie

                                        

Pour information :

La présente chronique devait constituer le ''petit plus'' de celle intitulée ''Le marché aux amulettes'' qui se trouve classée dans la catégorie des Visites touristiques.

 

Mais son sujet, celui des amulettes en général et plus spécialement la rocambolesque saga de l'amulette ''Jatukham-Rammathep'', fut si passionnant que je n'ai pas pu résister au plaisir de démêler le vrai du faux et le faux du vrai … sans y avoir vraiment réussi d'ailleurs !...

 

Donc il y a encore du pain sur la planche, néanmoins la fantastique épopée de l'amulette ''Jatukham-Rammathep'', vous verrez que les mots sont loin d'être trop forts, méritait bien les quelques lignes … supplémentaires … qui suivent !?...

 

 

 

 

 

Avertissement :

 

Le texte qui suit a été écrit en puisant ses sources dans des articles de journaux, qui en général sont plutôt fiables, mais aussi dans des écrits thaïlandais, dont des blogs.

 

Or comme chacun ne le sait peut-être pas, nos amis Thaïlandais font feux de tout bois dans la mesure où ce bois peut confirmer peu ou prou ce qu'ils écrivent.

 

Ils n'ont pas notre soucis de la précision et encore moins celui de vérifier l'exactitude de ce qu'ils ont lu. Pour eux, tout ce qui est écrit est parole … d'évangile ou, pour faire plus couleur locale, du tripikata, c'est-à-dire des saintes écritures bouddhiques contenant tout l'enseignement de Bouddha.

 

De ce fait je serai souvent amené à utiliser le temps du subjonctif afin de signifier qu'il ne faut pas prendre pour argent comptant ce que j'ai écrit.

 

Cependant l'emploi du subjonctif ne remet pas en cause le phénomène dont il va être question et qui laisse quelque peu pantois les Farangs que nous sommes !...

 

 

   

 

 

Quelques représentations du ''héros'' de l'histoire : Khun Phan.

 

Photo 1 : Une médaille à l'effigie de Khun Phan

 

Photo 2 : Une statue de Khun Phan au poste central de la police de Nakhon Si Thammarat.

 

Photo 3 : Un modeste portrait de Khun Phan

 

 

C'est un policier, plus exactement le major général Khun Phan (ขุนพันธ์ๆ) (1903-2006) qui est à l'origine, et bien malgré lui, de l'inénarrable  et rocambolesque ruée à l'amulette qui suit.

 

 

Au départ, rien ne prédestinait cet homme à devenir fabricant d'amulettes. Encore que !....

 

Né le 18 février 1903 dans le district de Tha sala (ท่าศาลา) près de Nakhon Si Thammarat, dans le sud de la Thaïlande, Naï Phantharak Rajjadej (นาย พันธรักษ์ ราชเดช) 26 ou 27 ans plus tard, et après des études studieuses, sortait diplômé de l'académie de l'école des cadets de la police royale de Nakhon Pathom (โรงเรียนนายร้อยตำรวจ - นครปฐม).

 

 

Marié à deux reprises, sa première femme étant décédé, il se trouvera à la tête d'une petite famille de 12 enfants et en 1960 à celle de la 8ème région de la police de Nakhon Si Thammarat, (นครศรีธรรมราช) avec le grade de major général ou commandant.

 

Quelques années plus tard, après 40 ans de bons et loyaux services rendus au royaume, il prendra sa retraite.

 

 

Ce départ de la vie active ne fut pas sans déplaire aux malfrats de la région, car sous son commandement, paraît-il, les affaires criminelles ne tombaient jamais dans les oubliettes et les coupables finissaient toujours par être arrêtés.

 

Certaines de ses opérations sont mêmes aujourd'hui quasi légendaires. On raconte aussi qu'à l'énoncé de son nom  les mauvais garçons fuyaient sous d'autres cieux ; ce qui permettait alors aux honnêtes gens, demeurant la région sous son commandement, de dormir en paix !....

 

 

Toujours d'après ce qui se raconte aujourd'hui, Phantharak Rajjadej avait l'art de n'être jamais atteint par les balles dont il était la cible, et il se faisait un devoir de poursuivre les criminels sans autre arme que son épée d'officier.

 

   

 

 

Photo 1 & 3 : Khun Phan en tenue de service.

 

Photo 2 : L'épée de Khun Phan.

 

 

Ce qui signifierait, quand on connaît la suite de l'histoire et en lisant entre les lignes, que cet homme se mettait à l'abri des dangers propres à sa profession grâce à des amulettes et qu'il mettait la main sur les coupables avec l'aide d'un curieux personnage !...

 

Mais nous reviendrons sur ces deux points.

 

En tout cas ses succès en matière de criminalité lui valurent le titre honorifique de ''Khun'' (ขุน), un titre dont il serait à l'heure actuelle (2012) le dernier sujet du royaume à avoir obtenu.

 

 

Au cours de sa retraite ''Khun'' Phantharak Rajjadej entre en politique et rejoint le parti démocrate.

 

En 1973, à l'âge de 70 ans, il est élu député de Nakhon Si Thammarat (นครศรีธรรมราช) une ville du sud de la Thaïlande.

 

    

 

 

Photo 1 & 3 : Khun Phan

 

Photo 2 : Une carte de la Thaïlande précisant la position de Nakhon Si Thammarat.

 

 

Alors comme il l'a toujours fait, il va œuvrer pour servir au mieux les intérêts de ses concitoyens, qu'ils soient vivants ou ... dans l'autre monde !....

 

 

D'ailleurs, courant 1985, un ''concitoyen'' ( ?...) d'outre tombe aurait demandé à lui parler.

 

Alors Khun Phan (ขุนพัน), le plus naturellement du monde,  se rendit auprès du … ''mah song'' (ม้าทรง)… c'est-à-dire du médium qui était possédé par l'esprit du ''concitoyen de l'autre monde''. (1)

 

Ce dernier aurait été un roi d'origine malaise,  Chandra Bhanou (พญาจันทราภาณุ) ou Chandra Phanou, dont la capitale, dans les temps jadis,  se serait trouvée à l'emplacement même de … Nakhon Si Thammarat.

 

 

Pour la petite histoire, Phaya Chandra Bhanou, par la voix du médium, se disait avoir été l'un des rois de l'empire de Sri Vijaya, (ศรีวิชัย).

 

Un royaume qui serait apparu en 757 et qui se serait éteint en 1257 ( ?) … d'après la légende thaïlandaise qui circule aujourd'hui, mais aussi de la part de certains orientalistes.

 

En fait le royaume de Sri Vijaya n'a vraiment fait son apparition dans l'histoire mondiale ''contemporaine'' qu'en … 1918 à l'occasion d'un article d'une trentaine de pages de feu Georges Cœdès (1886-1969), un orientaliste français de grande réputation, intitulé ''Le royaume de Çrīvijaya''. (EFEO 18, 1948 -1-36.). (2) J'en écrirai un peu plus à ce sujet en nota bene de la deuxième partie.

 

   

 

 

Photo 1 : Le chédi du Wat Phra Mahathat Woromaha Vihan (วัด พระ มหาธาตุ วรมหาวิหาร) de Nakhon Si Thammarat. Il serait de style Sri Lankais et mesurerait 78 mètres de haut, ce qui en ferait le plus haut chédi de Thaïlande et du monde ( ?!...)

 

Photo 2 : Une carte de la péninsule Malaisienne ou ce que certains ont appelé un peu vite, le royaume de Sri Vijaya. (En jaune et en partie, car il s'étendait sur les îles de Sumatra et de Java)

Les ronds rouges et lettres bleues concernent les sites archéologiques de l'époque concernée par notre légende.

Les ronds et lettres noirs précisent les villes actuelles.

(Cette carte a été réalisée d'après de nombreuses cartes dont celle de Georges Cœdès de 1918. Vous en saurez plus en nota bene final de la deuxième partie)

  

Photo 3 : Les deux princes, ou dieux protecteurs de la ville de Nakhon Si Thammarat. D'après certains ''spécialistes'' thaïlandais celui de gauche serait Kattugham, le fils de Shiva, le dieu indien de la force et de la destruction ; celui de droite serait Rama, le 7ème avatar (incarnation) de Vishnu, un autre dieu indien qui assure la protection de l'univers.

 

Ces deux dieux avec Brahma forment la grande trinité ou trimurti au sommet du panthéon des dieux de l'hindouisme.

 

La réunion des deux princes  … Kattugham et Rama, qui auraient pour pseudonyme respectif Jatukham et Rammathep donne naissance à une nouvelle déité qui s'appelle … Jatukham-Rammathep.

 

Relisez ce n'est pas si compliqué à comprendre, d'autant que votre quotient intellectuel ne doit pas être inférieur à celui des Thaïlandais pour qui tout cela ne pose aucun problème … vrai de vrai !....

 

 

A la suite de cette révélation, et comme pour lui donner du crédit, des légendes et nombre d'explications alambiquées  prirent alors naissance.

 

Ainsi l'une de ces légendes raconte qu'un roi Siamois, sans préciser son nom et son royaume d'origine, parti à la conquête du Sri Lanka confia quelques reliques de Bouddha à ses deux fils, Jatukham et Rammathep.

 

Des envieux ou des voleurs, voulant mettre à profit l'absence du souverain, décidèrent alors de faire main basse sur elles.

 

Les deux princes qui eurent vent du funeste projet s'embarquèrent avec les saintes reliques dans l'intention de rejoindre leur père qui régnait alors sur l'île de Sri Lanka qu'il aurait conquise.

 

Hélas leur navire échoua, et ils se retrouvèrent seuls sur une plage déserte mais … avec leurs précieuses reliques.

 

Pour les protéger ils construisirent alors un énorme Chédi, qui n'est autre que celui du Wat Phra Mahathat Woramahawihan (วัดพระมหาธาตุวรมหาวิหาร) de Nakhon Si Thammarat, et fondèrent du même coup un nouveau royaume, celui de … Nakhon Si Thammarat. CQFD !...

 

Encore fallait-il oser inventer une telle fable. Mais en Thaïlande, plus c'est merveilleux et plus c'est crédible.

 

Cette légende donc, à quelques gros détails près, confirmerait d'une certaine manière, les dires du mah song !...  mais … à quelques très gros détails près, une fois encore !...   

 

 

Le politicien, ex-chef de la police, n'en était pas à sa première conversation avec un être de l'au-delà.

 

De fort longue date déjà, il aurait été un adepte de magie blanche ; ainsi son invulnérabilité aurait été due aux amulettes qu'il se confectionnait, et ce seraient un mah song ou/et … ses dons de magicien ( ?) qui lui auraient permis de clôturer brillamment la plupart de ses enquêtes criminelles (3) ?!...

 

Car Khun Phan avait aussi le titre de ''Ajarn'' (4) et se faisait appeler ''ajarn Khun Phan''. C'était un maître bouddhiste des arts magiques dits ''arts Puttakom'' et son successeur aujourd'hui s'appellerait Ajarn Pachuab.

 

     

 

 

Photo 1 : Khun Phan en tenue blanche d'ajarn.

 

Photo 2 : Khun Phan au cours d'une cérémonie Puttha le 11 mai 2002

 

Photo 3 : Khun Phan officiant face aux têtes du pilier de la ville. (J'ai trouvé la même photo en plan plus large où l'on voit le pilier mais … on ne reconnaît pas Khun Phan contrairement à la présente photo.)

 

Photo 4 : Khun Phan officiant en compagnie de son successeur l'ajarn Pachuab le 11 mai 2002.

 

 

Comme ces ''choses'' sont d'une telle ''normalité'' en  … Thaïlande peu de blogs thaïs soulignent cet aspect de la personnalité de Khun Phan (ขุนพัน). ?!... Je me devais donc de le faire pour qu'un lecteur occidental comprît mieux ce qui va suivre.

 

 

 

(1) Dans certains blogs j'ai lu que ce serait le major général Sanpetch Thammathikun, (สรรเพชญ ธรรมาธิกุล) le chef de la police d'alors, qui en participant à un rituel chamanique aurait eu la charge d'aller ''raconter'' à Khun Phan les faits dont il avait été ''témoin''.

  

(2) En fait, pour être plus précis, Louis Finot (1864-1935) orientaliste lui aussi et patron de Georges Cœdès, a évoqué littérairement le royaume de Jayā (Sri Vijaya) en 1903 et 1915 en précisant à chaque fois qu'il ne pouvait être associé à l'île de Java, qui était alors (au VIIIè siècle) connue sous le nom de …Yava ou Yavadvīpa !...

 

Donc avant 1918 le nom de sri Vijaya n'était connu que de quelques initiés, spécialistes du monde extrême-oriental. Mais !... (Lire nota bene final de la deuxième partie).

 

(3) Je n'ai pas trouvé de statistique concernant les éventuelles erreurs judiciaires de la 8ème région de cette époque.

 

Est-ce par souci de préserver l'aura de Khun Phan ou parce que le médium était infaillible, je l'ignore. De toutes façons les éventuelles victimes d'une erreur judiciaire ne sont plus là, aujourd'hui, pour se plaindre !....

 

(4) Les mots ajarn ou ajaan, acham, achaan sont des ''romanisations'' dérivant de la phonétique d'un mot qui serait typiquement Thaï ācāry (อาจารย์) et qui viendrait du pali acharya, acariya (आचार्य). Il est à considérer comme un titre voire –peut-être - comme un grade. ( ?)

 

Son emploi sert à désigner un guide ou un maître spirituel, voire un instructeur ou un enseignant en matières religieuses.

 

En langage courant, suivit d'un autre nom, il se traduit par professeur … de mathématique, par exemple.

 

Le mot Puttakom (à l'anglaise) ou Phoutthakom (à la Française) (พุทธากอม) quant à lui désigne un ensemble de rites et de pratiques magiques qui se rattachent à la magie blanche et qui sont intimement liés au bouddhisme.

Phouttha ou พุทธา se prononce entre phouttha et bouddha, et ne signifie rien d'autre que … ''Bouddha'' !...

   

 

 

Donc en 1985, au Wat Nang Phaya (วัดนางพญา) de Nakhon Si Thammarat, le roi Chandra Bhanou (พญาจันทราภาณุ), via un ''mah song'' (ม้า ทรง) (*) aurait demandé au dénommé Khun Phan (ขุนพัน) de faire ériger le pilier (Sao-lak-muang) (เสาหลักเมือง) que sa ville attend depuis des siècles.

 

 

En Thaïlande le pilier d'une ville symbolise la naissance de celle-ci et est indissociable d'une reproduction de son horoscope. Il est comme un garant de prospérité, protège et couvre de bienfaits ville et habitants, à la condition d'être vénéré.

 

C'est donc un monument d'une extrême importance, d'autant que la superstition et le Thaïlandais, la plupart du temps, ne font qu'un.

 

 

(*) Un mah song est ce que nous appelons un médium. C'est-à-dire un être qui à l'occasion d'une séance ''profane'' ou d'une cérémonie à caractère religieux entre en transes afin d'être incorporé par un esprit venu d'un monde étranger au nôtre ou … parallèle … ou encore … immatériel.

 

Mais par rapport aux médiums occidentaux les facultés extra-sensorielles d'un ''mah song'' sont mises au service d'un culte, ou de rites souvent chamaniques.

 

Le mot thaï pour désigner un mah song, ม้าทรง  se traduit par ''cheval du roi'' et se prononce à la française ''masogn''.

 

Curieusement, les masogn-s se disent être les ''chevaux des dieux'' ; en fait de 9 empereurs chinois.

Ce seraient des êtres qui malgré eux serviraient de ''monture'' à ces divinités chinoises, et autres esprits, pour communiquer avec le monde des humains.

 

Les Thaïs ont un festival appelé ''Tesakan Kinedjé'' (Tesagan Gin Je) (เทศกาล กินเจ) (Période du manger Chinois) qui se tient chaque année à Phuket sous le nom de ''festival végétarien'', et où les masogns ont la vedette.

 

Cette manifestation serait d'origine chinoise, alors qu'il n'existe rien de semblable en Chine ?!...

 

A mon avis, compte tenu des pratiques de ces masogns, qui font penser à celles des fakirs indiens, il serait plus vraisemblable qu'elle puise leurs sources du côté de l'Inde. Mais ce n'est pas notre sujet, alors tournons la page !....

 

 

   

 

 

Photo 1 : le major général Sanpetch Thammathikun, (สรรเพชญ ธรรมาธิกุล) qui aurait été, à un moment donné, un intermédiaire entre le roi Chandra Phanou, via un mah song et Khun Phan.

 

Photo 2 & 3 : Quelques Mah songs à l'occasion du festival végétarien de Phuket. Leurs démonstrations font plus penser à des exercices proches de ceux des fakirs qu'à je ne sais quels rites chinois. Les Chinois sont moins … tyranniques avec leur corps. 

 

 

 

Suite à la demande de Phaya Chandra Bhanou, tout naturellement, Khun Phan fit convoquer un comité extraordinaire qui ensuite se réunira à plusieurs reprises.

 

Certaines de ces réunions comptèrent plus de 150 personnalités. La chose fut donc prise très au sérieux, contrairement à ce qui se serait passé en France … pays du rationalisme et patrie de Descartes !...

 

 

Le résultat final de toutes ces séances de travail fut l'adoption du projet.

 

La ville de Nakhon Si Thammarat allait se doter d'un pilier symbolisant sa naissance et celui-ci allait couvrir la ville, et chacun de ses habitants, de ses bienfaits.

 

Pour cela un architecte fut nommé, Naï Yuthana Morakoun (นาย ยุทธนา โมรากุล), qui sur 2 hectares de terrain allait construire un ensemble architectural de cinq édifices dans le style de ''Sri Vijaya'' (*) pour donner un toit digne au ''Sao-lak-muang'' (เสาหลักเมือง) ou pilier de la cité.

 

Le budget de l'entreprise atteindra en 1998 la somme de 14 millions de bahts soit 350.000 euros environ.

 

 

(*) Il y a même à Nakhon Si Thammarat un musée d'arts religieux qui couvre les périodes Dvaravati et … Sri Vijayan jusqu'à celle de Rattanakosin, période actuelle.  

 

 

     

 

 

Photo 1 : Le sanctuaire principal dans lequel se trouve aujourd'hui le pilier de la ville.

 

Photo 2 : Le pilier de la ville. A l'origine c'était un tronc d'arbre, qui fut apporté lors d'une grande cérémonie et ensuite sculpté sur place.

 

Photos 3 & 4 : Détails du pilier de la ville de Nakhon Si Thammarat.

 

 

Dès 1986 pour financer une partie des travaux, car des aides furent accordées, Khun Phan eut l'idée de créer une amulette mettant à l'honneur les deux fils de Phaya Chandra Bhanou et, donna tout naturellement au précieux objet le nom des deux princes, ou plutôt leur pseudonyme, c'est-à-dire ''Jatukham-Rammathep'' (จตุคาม-รามเทพ) qui seraient aussi, d'après certaines légendes, les esprits chargés de la protection de Nakhon Si Thammarat, comme je l'ai indiqué plus haut.

 

Grâce à ce dialogue avec un être de l'au-delà des faits quasi légendaires devinrent tout aussi historiques que le couronnement du roi actuel, Rama IX. Mais nous sommes en Thaïlande et non en occident comme je l'ai déjà écrit.

 

Limité par l'espace d'écriture je n'entrerai pas dans les détails concernant toutes les hypothèses qui circulent liées à ce double nom. Elles sont toutes aussi extravagantes que celle de mes deux princes.

 

 

Bref, ce fut dans cet admirable flou surréaliste et au moyen d'amalgames dont, seuls au monde, les Thaïlandais ont le secret et le génie pour accréditer l'inaccréditable que vit le jour la fameuse amulette ''Jatukham-Rammathep''.

 

Elle avait alors un diamètre de 5 centimètres et son prix était de … 39 bahts.

 

     

 

 

Quelques modèles d'amulettes jutakham-Rammathep.

 

 

Le 4 aout 1989 la première pierre du monument fut posée. Une autre grande cérémonie eut lieu le 7 mai 1992.

 

Le tout fut achevé courant 1999 et le 16 juin 2000 fut le grand jour de l'inauguration du pilier de la ville. Le prince héritier Maha Vajiralongkorn (เขื่อน มหา วชิราลงกรณ) honora les festivités de sa présence.

 

Khun Phan, qui chaque année réalisait ou faisait réaliser de nouvelles séries de l'amulette ''Jatukham-Rammathep'', avait alors 97 ans !...

 

 

Comme la construction et la mise en place du pilier demanda 10 ans !... il faut croire, malgré le temps que demandèrent certaines cérémonies, que l'amulette ne se vendit pas comme l'aurait espéré son créateur, qui s'éteignit à l'âge de 103 ans le 5 juillet 2006. (*)

 

 

(*) Dans certains blogs thaïlandais Khun Phan meurt à l'âge de 108 ans ?!... Comme par hasard les auteurs de ces blogs omettent de donner la date de naissance de Khun Phan ?!... curieux non ?...

 

Alors j'en ai déduit que le chiffre 108 devait être un chiffre sacré chez les Bouddhistes ?!... et que mourir à 108 ans était incontestablement un signe de grand mérite ou de sainteté ?!...

 

En tout cas, sacré ou non, j'ai relevé que 108 était le résultat d'un cycle duodénal (12) répété 9 fois, mais aussi les 108 symboles qui se trouvent sur chacune des plantes de pieds de Bouddha, les 108 signes distinctifs de ses coiffes, les 108 grains du rosaire bouddhique, hindou, çivaïte et tibétain, les 108 noms de Bouddha, les 108 ''péchés'' ou ''fautes'' que Bouddha aurait commis durant toute son existence, les 108 faiblesses ou liens karmiques, les 108 poudres différentes qui entrent dans la composition d'une amulette et caetera et caetera !...

 

Ces 108 ans ont bien pour objet de rehausser l'aura de Khun Phan, moyennant un mensonge … par omission !....

 

Voilà comment commencent les légendes.

 

 

     

 

Bref, les funérailles de l'homme furent grandioses. A sa crémation, en février 2007, 4.000 militaires et policiers furent chargés du service d'ordre. Car plus de 200.000 personnes seraient venues lui rendre un dernier hommage et aussi dans l'espoir, vraisemblablement, de se voir remettre gratuitement une amulette ''Jatukham-Rammathep''. (*)

 

Hélas contrairement à l'usage, par crainte d'être débordés et peut-être pour ne pas avoir prévu suffisamment d'amulettes, seulement 1.000 auraient été tirées, les fonctionnaires annulèrent sa distribution, sauf … pour les V.I.P. !...

 

 

 

(*) En Thaïlande il est d'usage d'offrir un petit cadeau aux personnes qui ont assisté à une crémation. Il peut s'agir d'une mini savonnette, d'un petit flacon de parfum, d'un recueil consacré au défunt, ou de toute autres ''choses''.

 

 

 

La suite des événements sembla donner raison aux autorités, qui néanmoins n'avaient pas prévu suffisamment d'amulettes.

 

Car le  9 avril 2007, soit deux mois plus tard, à l'occasion d'un tirage spécial de l'amulette ''Jatukham-Rammathep'' les autorités furent incapables, aux portes de l'un des lycées de la ville, de maîtriser une ruée à l'amulette de plus de 10.000 personnes.

 

Les coupons pour retenir l'amulette se délivraient aussi en deux autres endroits de la ville. Faudrait-il en conclure que près de 30.000 personnes se portaient alors acquéreurs de la fameuse amulette ?!...

 

Ces 30.000 ''clients'' auraient représenté alors entre le tiers et le quart des habitants de la ville de Nakhon Si Thammarat ?!...

 

À l'occasion de cette ruée, une femme de 51 ans y laissa la vie pour avoir été … piétinée et 30 autres personnes furent blessées et transportés dans l'un ou l'autre des hôpitaux de la ville !...

 

 

Ce nouveau tirage de l'amulette ''Jatukham-Rammathep'' avait été annoncé avec le slogan ''Gnen-Laï-Ma'' (เงินไหลมา) c'est-à-dire … ''argent-couler-venir'' ou ''Un flux d'argent constant'' ; c'est-à-dire avec la promesse d'être riche instantanément à tous porteurs. Avec un nom pareil c'était tenter le diable … surtout quand on connaît les Thaïlandais. Ce sont des gens qui parlent et rêvent d'argent facile à longueur de journée !....

 

 

Donc subitement, au décès de son initiateur Khun Phan (ขุนพัน) l'amulette se mit à connaître une grande vogue de popularité.

 

Les rumeurs les plus folles circulaient à son sujet. Il se disait qu'elle portait chance, faisait gagner de l'argent, protégeait des attaques, des coups de feu (*) et des coups de couteau.

 

Le roi lui-même, qui à l'époque était hospitalisé, aurait recouvré la santé et regagné son palais pour avoir porté l'amulette !...

 

J'ai aussi lu, entre autres niaiseries, en tout cas pour moi, qu'en Cantonais la phonétique de ''Jatukham-Rammathep'' signifierait ''Amasser de l'or'' ?!...

 

Alors si les chinois de Chine entrent dans la danse, l'amulette a encore de beaux jours devant elle !... 

 

 

(*) J'ai été ''frappé'' par le besoin des Thaïlandais de se protéger des coups de feu ou plus précisément des balles. Faudrait-il en déduire que les armes à feu circulent très librement dans le pays ?...

 

En tout cas j'ai lu qu'un moine nommé Djao Phra Fagn (เจ้าพระฦชฝาง) porteur d'amulettes ''Tahkrut'' fut néanmoins tué par balles et, par les soldats du roi Taksin (1734-1768-1782).

Des moines millénaristes comme Bak Mi appelé aussi Ong Khéo, furent tués par balles malgré leur certitude d'être invulnérable. Au Vietnam les ''bùa göng'' (amulettes) ne protégèrent pas mieux leurs porteurs qui n'avaient que cette ''arme'' pour se battre.

 

 

 

   

 

 

Photo 1 : La statue de Jatukham-Rammathep ''trônant'' dans la cour de l'hôtel de police de Nakhon Si Thammarat.

 

Photo 2 : Un petit sanctuaire en l'honneur de Khun Pan, composé de quelques amulettes ''Jatukham-Rammathep''.

 

Photo 3 : Une des nombreuses cérémonies concernant la préparation et la confection des amulettes ''Jatukham-Rammathep''.

 

 

 

Le petit plus :

 

Ce serait durant la deuxième guerre mondiale et des conflits qui ont suivi, Corée et Vietnam, que l'amulette serait passée du stade artisanal à celui d'industrie.

 

Cela en raison des demandes des militaires qui partant au combat voulaient se rendre invulnérables aux … balles et à tous les dangers propres aux guerres. (*)

 

 

Lorsqu'ils étaient démobilisés ou en permission, persuadés d'être en vie grâce à leurs amulettes ces militaires ne manquaient jamais d'aller remercier le moine qui leur avait remis leur(s) précieux objet(s).

 

Les moines ne comptaient alors que des succès, car il est difficile à un mort de venir faire une réclamation.

 

 

Pour ces raisons les laïques emboitèrent le pas aux militaires, mais pour demander aux amulettes non seulement protection mais aussi richesse, santé, et toutes sortes de choses qui rendent la vie plus agréable.

 

 

Les moines ne vendaient pas leurs amulettes mais demandaient en échange un don pour leur temple.

 

Comme cette source de revenus se révéla non négligeable …. la suite se devine aisément non ?!...

 

 

 

(*) Le roi Chulalongkorn (จุฬาลงกรณ์) ou Rama V (1853-1868-1910) commença son règne avec une armée de 5.000 hommes tout au plus.

Pour pouvoir opposer une force face aux colonisateurs français et anglais, courant 1898 il décrètera la conscription nationale. Son armée comptera alors 25.000 hommes et 35.000 réservistes dont le rôle fut surtout de mater des rebellions.

A cette époque la ''consommation'' d'amulettes a du rester stable.

 

Le roi Vajiravudh (วชิราวุธ) ou Rama VI (1881-1910-1925) lors de la 1ère guerre mondiale s'engagea à la dernière minute aux côtés des alliés. Néanmoins l'armée siamoise eut alors à déplorer 19 victimes sur un contingent de 1284 combattants.

Là encore la ''consommation'' d'amulettes à du rester stable.

 

C'est avec le dictateur Plaek Phibun Songkhram (1897-1938 -1964) qu'à partir du 17 juin 1940 les soldats thaïlandais allaient vraiment connaître les guerres meurtrières.

Ils vont commencer par affronter … les Français d'Indochine. La bataille navale de Koh Chang par exemple, leur coutera près de 300 morts.

 

C'est peut-être à la suite de cette catastrophe que commença l'industrialisation des amulettes ?!...

 

 

 

 

Pour lire la suite veuillez vous rendre à la deuxième partie.



22/02/2012
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