MerveilleuseChiang-Mai

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AMULETTES ET BOUDDHISME (1/3)


AMULETTES ET BOUDDHISME (1/3)

 

 

Avertissement : Pour des raisons d'espace cette chronique a été divisée en trois parties.

 

                                       

 

                       Première partie (1/3)

 

   

 

 

Avant d'être ''Luang Pho'' et de transmettre leurs soi-disant pouvoirs à des amulettes les moines, ainsi qu'ils avaient l'habitude de faire lorsqu'ils étaient laïcs, cherchent, eux aussi, à se protéger des mauvais esprits.

 

Photo 1 & 3 : Au marché aux puces de Chiang-Maï

Photo 2 : Au marché des amulettes de Chiang-Maï.

 

 

Les amulettes remontent à la nuit des temps et sont le fruit de la crédulité des hommes pour contrecarrer leurs diverses peurs.

 

De ce fait leur nombre est aussi incalculable que leurs formes, leurs compositions et leurs soi-disant vertus.

 

 

Aucune civilisation n'a échappé à ce phénomène. Pour leur survie les toute premières communautés humaines se protégèrent des événements dépassant leur entendement au moyen d'amulettes.

 

 

Emile Nourry dit Pierre Saintyves (1870-1935) écrivait dans le dernier de ses articles, (1) que dans des sites palafittes, vestiges de villages datant de 5.000 à 500 ans avant JC, il avait été trouvé, dans le Cantal et en parfait état, des amulettes d'accouchements. (2)

 

Il poursuivait qu'au XIIe siècle l'évêque de Rennes, Marbode (1040/5-1096-1123), évoquait en bien ces amulettes qui avaient alors toujours cours !....

 

 

Durant un temps l'église fut loin de rejeter les amulettes ; mais encore fallait-il qu'elles s'attachassent à sa doctrine car elle fut intraitable concernant les amulettes liées à des croyances ''païennes''.

 

Ainsi au IVe siècle l'évêque d'Auxerre, Saint Amateur, portait autour du cou une ''capsæ'' (3) renfermant des reliques.   

 

Les médailles en plomb de Saint Pierre et de Saint Paul furent à une époque une source de revenus pour le Saint Siège !...

 

Le pape lui-même, en l'occurrence Grégoire 1er  (540-590-604) Grégoire le grand, l'un des quatre pères de l'église d'Occident faisait cadeau de phylactères, (4) !...

 

… et cetera et cetera !...  

 

     

 

 

Photo 1 : Cette amulette égyptienne en ivoire et en forme de boomerang était censée protéger  la femme enceinte, et de l'aider à enfanter.

Entre autres divinités représentées sur cet ivoire, il y a la déesse Heqet dispensatrice de vie, (La grenouille) et  la déesse de la fertilité et de la maternité Taouret ou Thoueris (l'hippopotame).

L'amulette date de la XIIIe dynastie. (Vers 750 av. JC.) Elle se trouve au musée du Caire.

 

Photo 2 : Une amulette en faïence verte représentant Taouret. Cette amulette date de la basse époque égyptienne. (716-30 av. JC.) (Photo Antique Gallery)

 

Photo 3 : Tout me porte à penser que cet objet en bronze, découvert par des internautes français, donc en France, serait une amulette d'accouchement mais … rien n'est certain. (Photo www.delcampe.net)

 

Photo 4 : Un phylactère du Lanna vu sur le marche aux puces de Chiang-Maï le 19/02/2011.

  

 

 

Pour en revenir à Emile Nourry, il écrivait encore dans son dernier article, qu'au XVIIIe siècle toutes les éditions du ''Grand Albert'' (5) insistaient sur les vertus de l'amulette d'accouchement, et enfin qu'en 1874, dans le Vivarais on utilisait encore cette amulette quand une femme allait enfanter.

 

Je n'ai rien trouvé concernant son éventuelle utilisation en 2012 mais … encore que !....

 

J'ai découvert qu'il était vendu des … ''bolas d'accouchement'' appelés aussi ''bola Babylonia''.

 

Ces ''bolas'' sont ni plus ni moins des grelots de 2 centimètres de diamètre, contenant des petites billes ou un système musical sophistiqué, qui émettraient des sons bénéfiques au fœtus, à chaque mouvement de la future maman !...

 

Ces ''bolas'' qui se portent en collier ou à la ceinture sont vendus entre 15 et 120 euros !... Les prix ont augmenté depuis 1874 !...

 

Personnellement ils ne sont pas sans me rappeler l'amulette de nos ancêtres. Pas vous ?...  

 

 

Cet exemple de l'amulette d'accouchement, prit parmi d'autres, montre combien les peurs ancestrales ont la vie dure et que l'homme à toujours un pied dans un imaginaire peuplé d'esprits malins et démoniaques.

 

Au cours des siècles le flambeau de la raison a pris le pas sur l'obscurantisme, et l'église a suivi cette démarche.

 

Cependant ... qu'est-ce que la médaille de Saint-Christophe ?...

 

Une médaille qui soi-disant protège des accidents !...

 

Alors : qu'est-ce qui la différencie d'une amulette qui protège des accidents ?... Sa consécration ?...

 

Mais les amulettes thaïlandaises sont aussi consacrées !...

 

 

(1) Article paru en 1935 dans le bulletin n°12 volume 32 p.621-627 de la Société Préhistorique Française et mise en ligne par www.persée.fr

 

(2) L'amulette d'accouchement est une pierre creuse de la grosseur d'un marron contenant des petites pierres qui tintent clairement mais sans plus. Il en existe en terre cuite.

 

Cette amulette est une reproduction des deux pierres que les aigles mettent dans leur aire pour casser leurs œufs au moment opportun. Pour cette raison elle est aussi appelée ''aétite'' c'est-à-dire ''pierre d'aigle''.

 

Elle se porte en différents endroits du corps (ventre, cuisse) en fonction de l'effet désiré.

 

(3) Le mot capsa vient du mot latin capsæ, qui désigne une petite boite (capsule) portative contenant d'infimes reliques. C'est pourrait-on dire un petit reliquaire individuel portatif.  

 

(4) Un phylactère est un petit parchemin, contenu dans un petit étui, sur lequel ont été écrits quelques versets de la bible en rapport avec le mal à vaincre ou le bienfait, voire la faveur, à obtenir.

C'est un objet qui se porte autour du cou, voire autour du poigné ou de la ceinture.

C'est aussi le nom donné aux bandes écrites qu'on voit en vitraux et dans des gravures ; d'ailleurs une ''bulle'' de bande dessinée porte aussi ce nom.

 

(5) Le grand Albert fut à l'origine écrit par Maître Albert ou Albrecht Von Bollstädt (vers 1200-1280) puis ''enrichi'' ou complété par d'autres auteurs.

Pour certains c'est un grimoire, pour d'autres une espèce d'encyclopédie contenant le savoir d'une certaine époque sur les plantes, les pierres, les animaux et bien d'autres choses.    

 

 

       

 

Les amulettes remontent à la nuit des temps et aucune civilisation n'a échappé à ce phénomène.

 

 

Photo 1 : Mexique (Etat du Michoacán - Région côtière du Pacifique) : Amulette en terre cuite de couleur beige-orangé. Elle représente une jeune prêtresse en habit de cérémonie. (www.origineexpert)

 

Photo 2 : Mexique : Amulette zoomorphe en pierre vert-clair, représentant une tortue. (Longévité ?...) (Musée Branly de Paris – n° d'inventaire : 71.1932.65.118)

 

Photo 3 : Canada (Haïdas – peuple de la côte ouest du canada) : Amulette en argile, représentant une femme entrain d'accoucher. Sa raison d'être était donc de protéger ces femmes. (Musée canadien des civilisations.)

 

Photo 4 : Polynésie (Maori) : Amulette en jade néphrite représentant Hei-tiki ou la déesse ''Hina'' qui protégeait les naissances et l'artisanat féminin ?... Elle contre aussi les mauvais esprits dispensateurs de maladies et de malheurs. (www.coeurpolynésie)

 

Photo 5 : Océanie (Nlle Zélande.) : amulette en Jade néphrite représentant ''Tiki'' le 1er homme et 1er ancêtre divinisé devenu mi-dieu mi-homme. Il protège la virilité du sexe fort ou lui redonne l'énergie dont il pourrait manquer.    

 

 

Comme les populations d'Occident celles d'Indochine en général et de Thaïlande en particulier, se sont protégées au moyen d'amulettes, ou on cherché à obtenir des faveurs par leur biais.

 

Mais tandis qu'en occident les amulettes sont en déclin, voire en voie de disparition, (*) en Thaïlande elles connaissent à l'heure actuelle un véritable … âge d'or.

 

A cela au moins deux raisons, l'une culturelle et l'autre religieuse.

 

 

(*) Si en Occident les amulettes sont en voie de disparition il faut savoir que la médaille semble avoir pris sa relève ?!.... Les quelques exemples qui suivent, entre beaucoup d'autres, en sont la preuve. Ainsi …

* La médaille de Saint André d'Avellino en Italie protège les hommes des attaques d'apoplexie et de la mort subite.

* La médaille de Saint benoit protège les maisons de la grêle de la foudre de la tempête et des voleurs. (*)

* La médaille ''Agnus Dei'' attire la protection divine à la condition que son titulaire reste fidèle à ses devoirs de chrétien.

 

Cette dernière médaille est consacrée par le pape dès sa première année de pontificat et ensuite celui-ci en consacre d'autres tous les cinq ans.

 

Ce serait un mélange de baume et de cire d'abeille provenant du cierge Pascale, plus du saint chrême.

Au XIIe siècle ces médailles étaient d'une telle valeur que des fausses étaient mises en circulation. 3 moules ont été retrouvés à Newport dans l'île de Wight en Angleterre.

 

(*) ''Fétichisme en Italie'' de Giuseppe Bellucci

 

 

     

 

 

Quelques êtres extraordinaires de la mythologie thaïlandaise visibles à Chiang-Maï.

 

Photo 1 : Une tête de Naga - Wat Sri Bun Ruang. (วัดศรีบุญเรือง)

 

Photo 2 : Un Sing (lion) tenant dans sa gueule un homme -  Wat Chaï Mong Khon. (วัดชัยมงคล)

 

Photo 3 : La tête d'un personnage situé entre les pattes d'un lion gardant l'entrée d'un petit viharn - Wat Maha Wan. (วัดมหาวัน)

 

Photo 4 & 5 : Deux Yacks gardant une entrée - Wat Pa Ngio (วัด ป่างิ้ว).

 

 

La raison culturelle :

 

Les psychologues sont unanimes pour dire que les premières années de la vie d'un être humain sont déterminantes dans le comportement futur de celui-ci.

 

Car c'est lors de sa petite enfance qu'un homme se structure et qu'il construit le monde au fur et à mesure qu'il le perçoit.

 

Or dès son plus jeune âge le Thaïlandais baigne dans un univers où le merveilleux et le réel s'interpénètrent ; et à un tel point qu'il est incapable de les différencier parce qu'il n'en a pas la possibilité intellectuelle.

 

Ainsi, quand il va au temple avec ses parents, (*) il côtoie des êtres extraordinaires, et souvent effrayants qui ne le traumatisent pas ?!... alors que ma barbe en conduit plus d'un au bord des larmes !... (Vrai de vrai)

 

Ce sont les nagas qui s'élèvent au début des escaliers conduisant au temple, les yacks qui gardent certaines portes, les peintures murales qui mettent en scène nombre d'animaux fantastiques, sans oublier les contes édifiants (jatakas) qu'il entend et les rites qu'il ne comprend pas mais auxquels il assiste et participe par imitation.

 

Donc, avant même d'aller à l'école l'enfant vit dans un monde merveilleux où le meilleur est le fruit d'un bienfait et le pire le résultat d'une punition qui peuvent correspondre à des actes commis lors de vies antérieures. (**) Déjà le temps est intemporel et le monde peuplé d'esprits en tout genre !...

 

 

Ensuite, quand il va en classe il est soumis à une littérature traditionnelle classique qui se situe en droite ligne de ce qui se dit et se raconte dans les temples et où les héros triomphent au moyen de formules et d'armes magiques.

 

Ainsi l'amant Ngam Müang, (1238-1298) (งาม เมือง) roi de Phayao, (***) se transforme en cerf ou Tharaï Kham (cerf d'or) pour aller voir sa belle et tromper son ami le roi de Sukhothaï Ramkhamhaeng le grand (1239-1298/1318 ?) (พ่อขุน รามคำแหง). (***)

 

Au détour d'un chapitre, pour échapper à ses poursuivants, Ngam Müang se transforme en termitière coiffée d'une belle touffe d'herbes que va saisir le sorcier qui était à ses trousses sous l'aspect d'un chien et … et cetera et cetera !...

 

Plus les situations sont abracadabrantes, et plus les moyens pour faire triompher le bien sont en rapport. Ici, l'Historique et le merveilleux s'interpénètrent avec un naturel qui n'étonne personne et que les lecteurs ou les auditeurs prennent pour argent comptant. Si c'est écrit c'est que c'est vrai !...  

 

 

L'écolier thaïlandais, comme l'étudiant, reçoivent la parole du maître comme une vérité qui ne se conteste pas, ou qui ne se critique pas.

 

A cela s'ajoute la télévision, où le peu d'extraits de feuilletons que j'ai pu voir, et j'en ai vraiment vus ''très très'' peu, ne négligent ni les revenants ni les fantômes.

 

Par ailleurs leur cinéma, leur littérature de gare fait aussi la part belle aux esprits en tout genre, à l'irrationnel et au merveilleux.

 

Autrement dit, culturellement le Thaïlandais vit dans un monde ou la rationalité et la raison sont des valeurs qui n'ont pas cours ; mais ou l'extraordinaire et le merveilleux sont omniprésents et aussi normaux que le fait de boire ou de manger.

 

Alors du fait de cette culture, de son imaginaire il est normal et … ''logique'' qu'un Thaïlandais soit convaincu qu'une amulette puisse avoir des pouvoirs. Le contraire serait … ''stupéfiant'' ou ''illogique'' ... pour un Farang.

 

 

 

(*) En Thaïlande le Bouddhisme est une religion d'état. 94% environ des Thaïlandais sont bouddhistes.

 

(**) Le karma de la vie présente, c'est-à-dire le vécu, dépend des vies précédentes. Et les actions de la vie présente viendront modifier les vies futures.

 

(***) Ces individus sont des personnages historiques au même titre que Charlemagne ou Louis XI. Ce sont eux qui sont représentés avec Mengraï, roi du Lanna, place des trois rois à Chiang-Maï.

 

Pour en savoir plus sur le récit dont je fais état il suffit de lire ''les Chroniques de Chiang-Maï'' traduites par Camille Notton (1881-1961) et dont j'ai tiré, à mon tour, quelques chroniques que vous pouvez lire sur ce blog. 

 

 

   

 

 

Quelques rites animistes dont le bouddhisme a fait sien.

 

Photo 1 : Baci (บายศรี) sou-khouane (สู่ขวัญ) Tham bun (ทำบุญ) autant de mots pour désigner un rite dont l'objet est de rappeler les esprits. (Chiang-Mai – rue Suthep - 13/01/2011)

 

Photo 2 : Les deux piliers sacrés (*) grâce auxquels les ancêtres veilleront sur le bonheur des habitants de la future maison.

(*) Sao Mongkhala (เสามงคล) ou Sao Phaya (เสาพายา) pilier masculin et du bonheur et Sao Nang (เสานาง) pilier féminin. - Chiang-Maï

 

Photo 3 : Hommage annuel rendu par la population de Chiang-Maï à l'esprit du pilier de ville. (Cérémonie fin mai/début juin)

 

 

La raison religieuse :

 

Contrairement à l'intolérance de l'église catholique qui a violemment combattu les pratiques païennes pour s'imposer, le bouddhisme, plus tolérant, a composé avec les cultes locaux et accepté en son sein nombre de pratiques animistes nourris de superstitions en tout genre.

 

De ce fait, même si l'école bouddhique theravada, dont relève le bouddhisme thaïlandais, est la plus proche de l'enseignement laissé par Bouddha, elle est loin d'être un modèle de bouddhisme pur et dur.

 

Cette remarque vaut pour le présent comme pour le passé.

 

Car au cours des âges l'observance de l'enseignement de Bouddha a connu bien des dérives. Alors certains monarques avisés  ont été à l'origine de réformes qui soit dit en passant profitèrent tout autant au bouddhisme qu'à leur desseins politiques.

 

L'exemple le plus remarquable, et le plus remarqué, fut certainement celui d'Anôratha ou Anawratha, (1044-1077) le véritable fondateur du royaume Birman et de … Pagan. (*)

 

Ce roi décida d'adopter le bouddhisme theravada môn au détriment du bouddhisme mahayana tantrique qui tombait alors soi-disant en décadence, et d'en faire une religion d'état.

 

Fort intelligemment, mais après bien des persécutions quand même, il intégra au bouddhisme theravada le culte des nats, (**) créant ainsi une religion syncrétique particulière à son royaume.

 

En agissant de la sorte il avait trouvé le moyen consensuel d'unifier son royaume, du nord au sud, mais aussi … de se libérer des ministres du bouddhisme mahayana tantrique qui à son gré … devenaient encombrants !...

 

 

Autrement écrit le bouddhisme n'est pas une doctrine coulé dans le bronze mais un enseignement dont les rites, les observances, et la pratique qui l'accompagnent s'adaptent ou varient selon les circonstances, les chefs religieux et/ou politiques mais aussi et surtout les fidèles.

 

 

Dans le cas d'Anawratha les adorateurs des nats, malgré les persécutions dont ils furent l'objet, tinrent bon.  Alors ce fut le roi lui-même, qui du haut de sa puissance fut contraint de … biaiser et de s'adapter en faisant des nats, qui n'avaient rien à voir avec le bouddhisme, des … protecteurs et des adorateurs de Bouddha.

 

Ces adaptations ou ces variations ne vont pas toujours dans le bon sens. Parfois même elles sont à l'origine de certaines dérives.

 

Les amulettes sont une de ces dérives !...

 

 

 

(*) D'après la tradition c'est le roi Thamudarit (107/152) qui fonda le royaume Birman. Alors j'écrirai que Thamudarit est le fondateur donné par la légende et que Anawratha est celui de l'Histoire.

 

(**) Les nats ou nèqs est le nom que les Birmans donnent aux multitudes de génies dont ils seraient entourés, où qui, parfois, seraient en eux.

 

Les nats sont hiérarchisés, mais tous sont inférieurs à Bouddha. Ils lui sont soumis avec dévotion et reconnaissent sa suprématie. 

 

 

     

 

 

En 2012 à Chiang-Maï les ''reusis'' sont toujours aussi présent qu'autrefois.

 

Photo 1 : … au Wat Pa Phaeng (วัดป่าแพ่ง) – Chiang-Maï.

 

Photo 2 : Celui-ci mesure 30 cm tout au plus et fait plus vrai que nature sous sa cloche de verre. Il trône parmi une dizaine de collègues beaucoup plus grands dans un sanctuaire spécifique du Wat Ta Maï I (วัดท่าใหม่อิ) à 9 kilomètres au sud-est de Chiang-Maï, non loin de la Mae Ping.

C'est un charmant petit Wat refait à neuf et très reposant.

 

Photo 3 : Ce reusi, qui n'en est pas vraiment un mais qui s'y apparente, mesure près de 2 mètres et se tient rue kamphaeng din (กำแพงดิน) à Chiang-Maï

 

Photo 4 : Un reusi zoomorphe représentant Muchalinda (มุจลินทร์) ou Phaya Nak (พญานาค), le roi des nâgas et maître du monde souterrain. (Vitrine de la rue du Wat Suthat (วัดสุทัศน์) de Bangkok)

 

Nota bene : Les reusis existeraient toujours, mais je n'en ai pas encore vu un.

 

 

 

La dérive des amulettes au sein du bouddhisme.

 

 

La prolifération d'amulettes est liée à de nombreuses causes que nous allons voir. Mais la toute première d'entre elles est celle de la demande, c'est-à-dire du besoin des fidèles à se protéger contre les mauvais esprits et à se libérer ou se guérir (?...) des maux qui les accablent au propre comme au figuré.

 

S'il n'y avait pas une demande, il n'y aurait pas d'amulettes.

 

 

Dans les temps jadis cette protection ou/et cette libération tant recherchées se trouvaient auprès de personnes hors du commun. C'est-à-dire en général près d'individus âgés connus pour leur sagesse, leur grandeur d'âme, leurs bons conseils, voire pour les pouvoirs surnaturels qui leur étaient attribués.

 

Ces Rsi-s, rishi-s ou encore reusi-s ou russi-s (ฤาษีห), tels étaient leurs noms, devaient aussi leur renommée à leur connaissance de la nature concernant, par exemple, les vertus et les dangers des plantes, aux amulettes qu'ils confectionnaient, comme nous le verrons plus bas, et à leurs pratiques magiques en tous genres.

 

Ils vivaient en général retirés du monde, mais dans des lieux connus de leurs adeptes ou voyageaient en permanence d'un lieu à un autre. Ils étaient alors comme des ermites errants, sans point d'attache précis.

 

Avec l'implantation du Bouddhisme au XIIIe siècle dans les communautés t'aïes, (*) ces êtres d'exception, qui se mirent au service de leurs semblables, tinrent domicile au sein des temples parce qu'ils étaient … moines.

 

L'arrivée de ces moines n'élimina pas les rsi-s. Ces derniers furent … ''intégrés'' au bouddhisme qui comme je l'ai déjà dit est très tolérant et accepte en son sein quiconque reconnaît la suprématie de Bouddha.

 

Pour des raisons de communication, ce … ''relais'' entre les rsis et les moines se fit sur plusieurs siècles. De ce fait il y eu alors … cohabitation puis assimilation.

 

 

(*) Le bouddhisme était déjà présent avant l'arrivée des T'aïs 2 ou 3 siècles plus tôt. Ainsi les Môns étaient bouddhistes et présents au Lanna, par exemple, bien avant l'arrivée des t'aïs, alors animistes.

 

 

 

Déjà au IXe siècle, par exemple, la reine Chama Dhevi, la 1ère reine mône de Haripunchaï, aujourd'hui Lamphun, qui était bouddhiste, associait les brahmes de religion Hindouiste, les bouddhistes et les Rsis tenants de l'animisme  à chacune des cérémonies ''religieuses'' qui se célébraient dans sa ville !...

 

Au XVe siècle, au Lanna y compris le Laos dont une aire importante faisait partie du Lanna d'alors, il est probable que la population, dans sa grande majorité avait beaucoup plus affaires aux rsis plutôt qu'aux moines. Car les rsis circulaient comme des poissons dans l'eau dans ces régions, et s'aventuraient très au nord de l'Indochine d'aujourd'hui; alors que les communautés bouddhiques, à cause du manque de voies de communications terrestres ne s'implantaient que très progressivement.

 

Puis le temps aidant, les pistes se développant, le bouddhisme finit par être présent en de nombreux endroits mais … pas partout !...

 

Alors les esprits et Bouddha vécurent en bonne intelligence des siècles durant et … jusqu'à nos jours.     

 

 

Comme les rsi-s, des moines bouddhistes s'adonnèrent à la magie et auraient été, selon leurs fidèles, à l'origine de … miracles. Alors souvent, après leur mort un culte local se développait autour de leur souvenir, et pour beaucoup, sauf exception, s'estompait au cours des ans avec le décès de leurs derniers adorateurs. Les hommes ont partout la mémoire courte.

 

Aujourd'hui, grâce aux techniques modernes, (*) ces moines d'exception, qu'on peut appeler moines thaumaturges c'est-à-dire faiseurs de miracles, sont connus dans toute la Thaïlande, statufiés et/ou représentés grandeur nature au moyen de mannequins en cire pour être exposés en divers lieux à la vénération des fidèles.

 

Au pied de ces représentations, le nom qui figure est précédé du ''qualificatif'' de Luang Pho (หลวงพ่อ) (**), voire de  Luang Pu (หลวงปู่) lorsque le moine était de son vivant très âgé.

 

Cette ''qualité'' n'a rien d'officielle et n'est qu'une marque de considération et de sainteté que les fidèles avaient donnée à ces disparus … de leur vivant.

 

Ce sont donc les fidèles qui décident si un moine mérite cette qualification honorifique, et non la hiérarchie dont le moine dépend.

 

 

(*) Il s'agit des techniques audio-visuelles mais aussi de la technique  concernant le coulage du bronze pour réaliser des statues.

Avant 1930 les statues étaient coulées en Europe ce qui coutait cher.

Après 1930 elles furent coulées au Siam, grâce à l'italien Corrado Feroci dit Silpa Bhirasi (1892-1962) fondateur de l'université des beaux arts de Bangkok.

 

Les Thaïlandais maîtriseront d'autant mieux cet art qu'à partir de 1938 le dictateur Phibun (1897-1964), un nationaliste à tout crin, mettra à l'honneur toutes les personnalités t'aïes d'antan ayant eu un rôle un tant soit peu libérateur dans leur région, en les … statufiant. Son but était alors de faire naître un sentiment de fierté nationale au sein des diverses populations composant la Thaïlande d'alors.

 

(**) Le mot ''Luang'' (หลวง) à prononcer Louang, se traduit par ''grand'' et ''Pho'' (พ่อ) par ''père''. Le ''Luang Pho'' est donc un guide spirituel d'exception dont les fidèles ont choisi d'être ses enfants.

Pu (ปู่) à prononcer ''pou'' se traduit ''par grand-père''. Alors le Luang Pu par rapport au Luang Pho est un moine très âgé, mais qui comme le Luang Pho guide et aide spirituellement ses fidèles qui se considèrent alors, avec un zest de tendresse en plus, comme … ses petits enfants.

 

 

     

 

 

Quelques représentations de moines thaumaturges se trouvant à Chiang-Maï. (Il y en a dans pratiquement dans TOUS les temples.)

 

Photo 1 : Ces moines; en cire, sont présentés à la vénération des fidèles dans une salle du Wat Thung Yu (วัดทุงยู) à Chiang-Maï.

Il y a : 1/ Luang Pho Kasem Khemako (1912-1996) né à Lampang (หลวงเกษม เขมโก) – 2/ LP Waen Sujinno (1883-1985) né en Isaan (แหวน สุจิ ฌโษ) 3/ Phra Kruba Sri Vichaï (พระ ครูบา ศรีลิชัย) (1878-1938) né à Ban Pang (ศรีวิชัย) (*) -  4/ LP Ruesi Ling Dam (1917-1992) (ฤาษีลิงดำ) 5/ LP Pan Sonantho (1875-1938) (พ่อปาน โสนันโท) – 6/ LP Suk Kesaro  ou Suk Gesaroh (1847-1923) (ศุข เกสโร).

 

Photo 2 : Un bronze grandeur nature, recouvert de feuilles d'or, du Luang Pu Toh (1788-1872) (หลวงปู่โต) au Wat Pa Ngio (วัด ป่างิ้ว) à 9 km au sud-est de Chiang-Maï.

 

Photo 3 : Un moine plus vrai que nature parmi des confrères en bronze au bas du grand autel du Wat Phra Sing de Chiang-Mai

 

Photo 4 : Une représentation gigantesque de Phra Kruba Sri Vichaï dans son village natal de Ban Pang (บ้าน ป่าง). (*)

 

(*) Il y a deux chroniques dans le lexique concernant l'œuvre et la vie de Phra Kruba Sri Vichaï, le ''Saint patron du Lanna'' ou ''le Bienfaiteur du Lanna''. C'est l'un des rares moines à ne pas avoir l'épithète de Luang Pho ou Luang Pu et pourtant !...

 

 

Qu'est-ce qu'un Luang Pho (หลวงพ่อ) ou Luang Pu (หลวงปู่)

 

Pour s'entendre appeler ''Luang Pho'' ou ''Luang Pu'' par les fidèles, un moine doit nécessairement répondre à un certains nombre de critères.

 

Ainsi par exemple le ''Luang Pho'' doit savoir préparer une eau lustrale ayant des vertus magiques, connaître des formules magiques, posséder des dons de guérisseur, et pratiquer en des endroits propices à la méditation, nombre de disciplines mentales qui doivent le conduire à des états de sainteté de plus en plus élevés. Ce qui explique qu'un moine ne devient ''Luang Pho'' qu'à un certain âge, sauf exception !...

 

L'enseignement détenu par un ''Luang Pho'' lui vient de différents maîtres qui l'on jugé digne de le recevoir et  surtout … d'en faire bon usage.

 

 

La parfaite connaissance des textes bouddhiques, et leur stricte observance, en particulier concernant les règles de discipline (1), la compassion et la bonté envers autrui,  sont aussi des idiosyncrasies auxquels les fidèles sont très sensibles.

 

 

Outre les critères qui précèdent, un ''Luang Pho'' doit aussi posséder accessoirement des dons et des pouvoirs surnaturels particuliers.

 

Par exemple !...

* Luang Pho Wong (หลวงพ่อวงศ์) du Wat Ban Khaï (วัดบ้านค่าย) de Rayong (ระยอง) avait la faculté de faire en sorte que les pellicules ne s'impressionnassent pas lorsqu'il ne donnait pas l'autorisation de filmer ou de photographier. (2)

 * Luang Pho Khong (หลวงพ่อคง) du Wat Bang Ka Phom  (วัดบางกพ้อม) de Chonbury (ชลบุรี) ordonnait à la pluie ou au vent de cesser.

* Luang Pho Choti (หลวงพ่อโชติ) du Wat Wachira Longkon (วัดวชิราลงกรณ์)  de la province de Nakhon Ratchasima (นครราชสีมา) se déplaçait d'un lieu à un autre par la voie des airs en quelques secondes. (3)

*Luang Pho Supha (หลวงพ่อสุภา) du Wat Tha U Then (วัดท่าอุเทน) de la province de Nakhon Phanom (จ.นครพนม) voyait de visu les trésors qui étaient enfouis sous ses pieds. De ce fait il en aurait découvert un certain nombre dont le produit des ventes lui aurait permis de faire construire … trente trois temples !... (4)

 

 

Et cetera et cetera !... (5)

 

 

Tous ces critères donc permettent à un Luang Pho d'être hissé par ses fidèles au plus haut niveau dans l'état de sainteté.

 

Il est évident que ce ''cursus'' ou ces ''capacités'' morales, intellectuelles, mais surtout spirituelles conduisant à la sainteté ne s'acquièrent pas du jour au lendemain et ne se ''digèrent'' pas dès leurs premières approches. Le temps et la force de caractère du moine sont aussi des éléments qui participent et concourent à son évolution spirituelle. 

 

Il doit être même très rare qu'un Luang Pho satisfasse à toutes ces capacités. Mais atteindre les plus hauts sommets de la sainteté est le but et la raison de vie de tout Luang Pho … tout du moins en principe !...

 

 

(1) Les règles de discipline données par Bouddha étaient très strictes. Par exemple un vêtement ne devait être constitué qu'avec des pièces d'étoffe ayant servi de linceul, donc recueillies sur des cadavres. Un moine ne devait posséder que quelques accessoires pour satisfaire à son existence.

 

La connaissance du Pali est aussi un critère auquel s'attachent les fidèles parce qu'elle permet de lire les textes sacrés dans leur langue d'origine, tout du moins dans la première langue où ils ont été transcrits.

 

(2) Cette anecdote m'avait déjà été racontée par un Français établi en Isaan. Cela fait donc deux fois que j'entends parler de ce phénomène particulier. J'ignore s'il s'agit du même moine, Rayong (ระยอง) est en bord de mer alors que l'Isaan est au nord-est ?!...

 

(3) Cette faculté de se déplacer en quelques secondes ressemble un peu au don d'ubiquité (être en deux endroits à la fois) du ''Padre Pio'' de Pietrelcina en Italie (1867-1968). On dit aussi que Padre Pio portait les stigmates du Christ ?!...

 

(4) Compte tenu de mes recherches pour confirmer ce que je lis, Luang Pho Supha (หลวงพ่อสุภา) serait devenu Luang Pu Supha (หลวงพู่สุภา) et pour cause … puisqu'il est décédé à l'âge de 115 ans en 2011.

 

Le livre auquel je me suis référé à été publié en 1977. Ce qui signifie qu'entre 2011 et 1977, c'est-à-dire en 34 ans, ce Luang Pu a du trouver d'autres trésors et construire d'autres temples ?!....

En tout cas du côté de Phuket il y a un temple qui lui est dédié et qui porte carrément son nom, le Wat Supha (วัดสุภา).

 

(5) Pour se détendre un peu :

 

Le pouvoir des Luang Pho qui intéresse le plus les Thaïlandais, est celui qu'auraient certains d'entre eux de voir … les numéros gagnant de la loterie nationale.

Hélas !... si certains Luang Pho se laissent à donner quelques indices concernant les chiffres qui vont sortir, d'autres refusent de se prêter au jeu car ils estiment que ces pratiques sont contraires à la morale bouddhique.

 

Les Thaïlandais ont un gros faible pour l'argent facile. Alors il existe en Thaïlande une loterie parallèle. Cette loterie … clandestine qui est  appelée ''loterie souterraine'' ''Huaï Taï Din''  (หวยใต้ดิน) se réfère aux résultats de la loterie nationale, et verse des gains beaucoup plus avantageux que ceux de cette dernière. Alors avis !...

 

 

En conclusion de cette première partie :

 

Le Luang Pho est donc comme un successeur des reusis, qui possède soi-disant des pouvoirs magiques et dont les fidèles attendent aide et protection, y compris des miracles !...

 

Pour toutes ces raisons, les amulettes que consacre un Luang Pho sont ''forcément'' … magiques.

 

 

La suite avec la seconde partie !... (Voir dans lexique)

 



23/04/2012
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