MerveilleuseChiang-Mai

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CALEBASSIER (Le)


CALEBASSIER (Le) ou

CRESCENTIA CUJETE LIN (Le)

Au Lanna : (Nam'-tao-Youpone - น้ำเต้าญปุ่น)


                

 

Le crescentia cujete Lin, ou calebassier, est un arbre endémique du nord de l'Amérique du sud, et de l'Amérique centrale. C'est-à-dire de toute la zone tropicale et subtropicale où se situent le nord du Brésil, la Colombie, le Venezuela, les Guyanes, les Caraïbes, les états d'Amérique centrale, le Mexique, et y compris la Californie et la Floride.

 

C'est au XVe siècle, en posant le pied sur le sol américain, que les Espagnols découvriront cet arbre. Leurs historiens d'alors le baptiseront ''jicara'' un mot qui sera la déformation du nom Aztèque de cet arbre, ''xical'' ou ''jical''. Puis le mot ''higuero'' l'emportera momentanément sur ''jicara''.

 

Il y aura aussi ''macocquer'' et ''cohyne''.

 

Enfin, les années passant, le nom ''calabaza'', toujours espagnol, qui dérive probablement de l'arabe ''gar'' (courge) et ''yabis'' (sec) finira par s'imposer, et donner en français le nom que nous utilisons pour désigner ce fruit. Les Antillais l'appellent ''couï''.

 

''Nam-tao'' (น้ำเต้า) en thaïlandais signifie ''calebasse''. Comme à une certaine époque le calebassier était aussi appelé improprement ''muscadier du japon'', je suppose que les ''botanistes'' thaïs ont tiré parti des deux noms pour créer le leur, à savoir ''calebasse du Japon'' ou ''Nam-tao-youpone''.  (น้ำเต้าญปุ่น) ?....

 

 

Les botanistes appelleront cet arbre, crescentia cujete lin. Cressitia en hommage à un agronome Bolonais, Pierre de Crescenzi, ou de Crescent de son nom francisé, ou encore Pietro de Crescentiis (1230-1320/21).

 

Cujete est le nom que donnaient alors les indigènes, les Tupi, qui peuplaient le nord du Brésil, à cet arbre.

 

 

Au cours des siècles, et avec l'aide des navigateurs, le calebassier trouvera des terres d'élection dans toutes les zones tropicales et subtropicales du monde entier, l'Afrique, Madagascar, la réunion, l'Inde, l'Asie du Sud-est, donc le Lanna, et la Polynésie.

 

Selon l'accueil des populations, qui se fera en fonction de ses besoins matériels, le calebassier au cours de son périple migratoire connaîtra différentes fortunes.

 

Tantôt il s'insérera naturellement dans le paysage et prolifèrera ; tantôt il ne fera que passer sans vraiment laisser de trace. A Chiang-Maï il est un peu comme une curiosité locale.


         

 

Le calebassier du parc Nong Buak Hat, (สวนสาธารณะหนองบวกหาด) à Chiang-Maï.

(Les fleurs roses appartiennent à l'arbre voisin.)

 

   

Le crescentia cujete lin appartient à la famille des bignoniaceae.  Une famille de plus de sept cents espèces regroupées en quelques cent-vingt genres.

 

Les bignoniacées (*) sont des plantes dicotylédones et gamopétales ou caliciflores, entre autres particularités.

 

(*) La graine des plantes dicotylédones donne naissance à deux feuilles primordiales et leurs nervures sont ramifiées.

Les plantes gamopétales ont pour particularités d'avoir leurs pétales soudés entre eux à la base avec les étamines, et des feuilles généralement alternées.

 

 

L'espèce des crescentia américaines, à la fin du XIXe siècle comptait, selon certains botanistes quelques sept variétés. (*) Elle doit maintenant en répertorier quelques unes de plus, car au fils des ans les botanistes se sont aventurés de plus en plus profondément dans les forêts tropicales américaines. Alors leurs herbiers ont dû considérablement s'enrichir. ( ?)

 

(*) 1/ Crescentia alata Kunth (à fleurs rouges) – 2/ Crescentia cucurbitina Lin. (Vénéneuse) – 3/ Crescentia cujete Lin. – 4/ Crescentia edulis caule arboreo (Mexique) – 5/ Crescentia linearifolia Miers – 6/ Crescentia mirabilis Ekman ex. Urb. – 7/ Crescentia portoricensis Britton.

 

L'une des variétés de ces calebassiers, et de loin la plus importante, la crescentia cujete Lin, se caractérise par des feuilles oblongues, étroites et de gros fruits ovoïdes.

Une autre, la crescentia cucurbitina ou la calebasse-poison, se reconnaît à ses feuilles larges, et à ses fruits mous, qui sont vénéneux.

 

 

 

Le crescentia cujete lin, ou calebassier, est un arbre qui mesure entre cinq à huit mètres de hauteur. De loin il fait penser à un pommier.

 

C'est un arbre au bois tendre à l'écorce spongieuse et épaisse. Il se développe assez rapidement et vient mieux en bouture qu'à partir de ses graines.

 

Il pousse et se transplante si bien que, lorsque les Occidentaux avaient besoin de bois dans une région à coloniser, ils plantaient cet arbre en priorité.

 

 

Comme la plupart des arbres tropicaux, c'est un arbre ''cauliflore''. Ses fleurs et ses fruits naissent directement à partir de son tronc et de ses branches les plus basses, c'est-à-dire les plus fortes ; celles qui ne rompront pas lors de la fructification.

 

   

                        

Les fleurs du calebassier, qui fleurissent à longueur d'année mais avec deux temps forts, développent une corolle presque campanulée de couleur violacée. Cette corolle se découpe à son extrémité en cinq lobes.

 

Une fleur compte cinq étamines dont une stérile, réduite à un simple filet.

 

Elles ont toutes la particularité de dégager une odeur peu agréable, sans doute pour les besoins de leur pollinisation qui se fait soit par ''entomophilie'' ou ''entomogamie'', c'est-à-dire avec le concours des insectes, soit par ''cheiroptérophilie'' c'est-à-dire avec la participation des chauves-souris.

 

             

 

Ces fleurs donnent naissance à des fruits de forme ovoïde, dont le diamètre tourne autour de vingt centimètres. Cependant certains fruits peuvent arrêter leur croissance à cinq ou six centimètres de diamètre, alors que d'autres peuvent s'aventurer jusqu'à des diamètres de trente ou de trente-cinq centimètres.

 

Des calebasses peuvent peser jusqu'à quinze kilos.

 

 

L'aspect du fruit varie selon les variétés, mais aussi selon la fantaisie des hommes qui au moyen de ligatures très étudiées cherchent à obtenir des carcasses de formes diverses tant pour satisfaire, aujourd'hui, à une demande touristique que pour le plaisir de la création artistique.

 

 

Les fruits, non comestibles, se présentent sous une forme ovoïde recouverte d'une écorce verte et unie, qui protège un péricarpe d'une grande solidité.

 

A l'intérieur de cette coque il y a une chair pulpeuse et blanche qui se constitue d'un mélange d'acide gallique, de tannin, de matière verte insoluble, d'un suc amer et astringent, d'une gomme et de beaucoup d'eau.

 

Cette pulpe blanchâtre, qui contient une quantité de petites semences aplaties et cordiformes, noircit à l'air libre.

 

Parfois les graines des calebasses se mangent grillées.

 

Si la pulpe des calebasses n'est pas comestible, par contre elle sert en pharmacopée.

 

Il est extrait de cette dernière un sirop, le sirop de calebasse, qui agirait avec efficacité contre les affections des poumons et du tube digestif. Ce sont les ''Tecomate'' – ''Guiro'' - ''Cuanticomate'' des Mexicains.

 

Comme cette pulpe est astringente, elle s'emploie comme émollient, laxatif et apéritif, voire comme remède universel.  

 

 

À défaut d'être cuisiné, puisque non comestible, la calebasse, tout du moins son enveloppe, sert à la cuisine et à enrichir la vaisselle des ménages.

 

Le péricarpe du fruit est si résistant qu'il peut servir de casserole et aller sur le feu.

 

Pratiquement, la coque sert de pots ou de coupes domestiques pour contenir de l'eau, du vin, des liqueurs, des aliments, des fruits, des plantes médicinales, des graines, du sel et que sais-je encore !...

 

Artistiquement, les artisans en font des couverts, ou des ustensiles de cuisine (passoires, écumoires, louches, cuillères etc… etc…) mais aussi des instruments de musiques (maracas – koras – balafons – flûtes à eau (les fauta del agua des Aztèques du Salvador) – grelots – zambomba – toupies et … masques.)

 

 

 

Religieusement, cette sphère remplie de grains de maïs  et agitée pour émettre des sons, servait au début du XXe siècle et peut-être aujourd'hui encore, aux indigènes pour ''parler'' avec Dieu, ou leur dieu, Toupan ?!... (*)

 

(*) Toupan, Tupana, ou Tupā est le nom d'une divinité associé au tonnerre ; ce nom est devenu, par zèle missionnaire, celui du Dieu chrétien. (Note donnée par Isabelle Combes dans son article intitulé ''Yaci : mythes et représentation tupi-guarani de la lune'' se trouvant sur le site de Persée.  http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/

 

Autrement écrit, la religion des Tupinambā s'est ''fondue'' dans le christianisme tout en conservant encore aujourd'hui, quelques uns de ses rites.

 

Dans Robinson Cruzoé, Vendredi fait référence à ce dieu.

 

Elle est rangée dans un coin de la maison avec tout autant de respect qu'un crucifix sur un mur.

 

Par ailleurs, dans le ''Popol Vuh'', le livre sacré des anciens Mayas-Quichés, figure le nom du dieu Ah-Raza-Tzel qui n'est autre que le fabricant de ''jicara'' ou ''xical'' !.... c'est-à-dire de calebassiers. Un arbre qui devait avoir son importance auprès de ces populations des temps jadis. (*)

 

 

(*) Avant l'arrivée des Européens les indiens ne cultivaient pas les arbres fruitiers. Ce n'était pas dans leurs traditions. Néanmoins près des villages il y avait des vergers ''naturels''. C'est-à-dire des arbres fruitiers qui poussaient d'eux-mêmes d'entre les ordures jetées par les villageois.  

 

             

 

A Chiang-Maï, ville Bouddhiste et quelque peu animiste, l'arbre mythique c'est le ficus. Et les ustensiles de cuisine à écumer ou à puiser l'eau sont fabriqués à partir de coque de noix de coco. Car les calebassiers ou les crescentia cujete lin. se font plutôt rares !....

 

 

Cependant, dans Chiang-Maï intra-muros, j’en ai d’abord découvert deux et c’est pourquoi j’ai écrit la présente chronique. Et puis le temps passant je me suis aperçu que ce n’étaient pas les seuls, et qu’il y en avait …plus que je ne pensais.

 

Le premier de ces deux ‘’perles rares‘’ se trouve au beau milieu du parc Nong Buak Hat, (สวนสาธารณะหนองบวกหาด) et le second au Wat Chet Lin (วัด เจ็ดลิน) le temple aux sept jets d’eau.

 

Ce Wat se situe pas très loin du Wat chédi Luang Voraviharn, (วัด เจดีย์ลวงวรวิหาร) sur le même trottoir. Et ce dernier temple, le Wat du grand chédi royal, tout à côté du viharn de Than Phra Acharn (วิหารท่านพระอาจารย์) a lui aussi trois ou quatre calebassiers !....

 

Extra-muros, j’ai été amené à en voir trois au Wat Nogn-Kham. (วัดหนองคำ) Un Wat dont l’architecture sort de l’ordinaire, et qui se situe rue Changmoï, (ถนน ชางมอย) juste avant d’arriver à la porte de style chinois, donnant accès au marché ou talat Warorot. (ตลาดวโรรส)

 

Donc, contrairement à ma première impression, les calebassiers ne manquent pas à Chiang-Maï. Il suffit d’ouvrir les yeux pour les découvrir. Car il est vrai qu’ils ne sont pas très hauts, quatre ou cinq mètres, tout au plus.

 

 

Néanmoins, malgré ces dernières découvertes, ces deux premiers calebassiers, parmi des milliers d’autres arbres, devaient avoir quelque chose de … ‘’magique‘’ pour que mon attention se focalisât sur eux ?!....

 

En tout cas, je ne regrette pas de m’être intéressé à eux, car ils m’ont fait découvrir des mondes que je ne connaissais pas, et qui m’ont passionné.

 

J’espère que ces quelques lignes auront su vous faire partager l’essentiel de ces découvertes.

 

 




31/05/2010
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