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C.V. de L'AUTEUR - 6 - UNE QUESTION FORT INDISCRETE


C.V. de L'AUTEUR - 6 - UNE QUESTION FORT INDISCRÈTE

 


UNE QUESTION FORT INDISCRÈTE

 

 

Alors que j'allais me mettre à faire quelques recherches concernant la mère de Ramkhamhaeng, le roi de Sukhothaï et l'ami de Mengraï le roi de Chiang-Maï, une question, qui m'a souvent été posée, est venue dans mon esprit et n'a pas cessée de me titiller.

 

Ce qui, dans le contexte d'alors, était fort désagréable.

 

Alors pour avoir l'esprit libre j'ai décidé de répondre à cette question et de la mettre en ligne bien qu'elle soit très personnelle.

 

Car c'est en mettant sur le papier ce qui vient me taquiner les neurones, quand ce n'est pas les agacer, que j'élimine les parasites qui m'empoisonnent le cerveau et, à quoi bon écrire si ce n'est pas pour être lu ?....

 

 

Pourquoi cette question me direz-vous ?... et surtout pourquoi maintenant ?...

 

Très honnêtement je n'en sais fichtrement rien. Mais elle doit vraisemblablement avoir un rapport quelconque avec le sujet que je m'apprêtais à traiter.

 

Toujours est-il que l'arrivée soudaine de cette interrogation et surtout son manque ''d'éducation'' pour s'imposer de la sorte, ont été suffisantes pour m'amener à taper sur mon clavier les mots et les phrases qui vont suivre.

 

 

 

Comme je n'ai pas encore formulé l'énoncé de cette question, il serait peut-être temps de le faire.

 

La question concernait mon célibat et surtout pourquoi je ne m'étais jamais marié ?...''

 

D'après certaines personnes, j'aurai pu faire le bonheur d'une femme. Mais, est-ce qu'une femme aurait pu faire le mien ?... Là est la véritable question !...

 

Une question d'égoïste me direz-vous, certes, mais une question dont la réponse se compte en décennies de vie commune !... Ce qui n'est quand même … pas rien !...

 

 

Alors que j'étais enfant, j'avais déjà un caractère … d'individualiste. Je me revois dans la cour de récréation de mon école de village, enveloppé dans une grande cape noire et assis contre un mur le derrière au sol, regardant mes camarades jouer à des jeux qui … ne m'amusaient pas.

 

Nous avions alors, âgés de six ou neuf ans, pratiquement tous une ''bonne amie'', en tout bien tout honneur. La mienne se prénommait ''Yolande''. Elle fut mon tout premier amour.

 

Demeurant le même hameau nous partions en classe très souvent ensemble et, la main dans la main. Puis nous nous sommes perdus de vue alors que j'avais dix ans.

 

Elle s'est mariée, et lorsqu'elle m'a présenté son mari, quelques trente ou quarante ans après nos amours de gosses, à l'occasion d'un repas réunissant tous les gens de cinquante ans nés dans le village, je dois avouer que mon orgueil masculin eut à en souffrir !...

 

Comment avait-elle pu lier sa vie à un homme dont la beauté ne plaidait pas en sa faveur ?... Étais-je aussi peu beau ?....

 

Oui, ma première réaction fut de me comparer physiquement à son mari !...

 

Quel idiot je fus, mais ce fut ainsi !... d'autant que je connaissais ce garçon, car il était aussi du village, et qu'à défaut d'être un beau gosse il ne manquait pas d'atouts pour plaire à une femme.

 

 

 

Durant mon enfance et mon adolescence ma vie fut peuplée de femmes. Je n'eus pratiquement que des institutrices, dont je garde de merveilleux souvenirs, mais c'étaient elles qui … dictaient leurs lois, et me disaient ce que j'avais à faire … et pour cause !....

 

Parmi ces femmes qui me harcelaient de commandements ou de règles à observer il en est une que je ne peux pas oublier puisque c'est …ma mère.

 

Une femme toujours prête à se mettre en quatre pour me faire plaisir mais qui n'arrêtait pas de faire référence à ''ma femme'' lorsque nous étions en désaccord.

 

Ainsi, pour donner un exemple, lorsqu'un plat me déplaisait et que j'avais le malheur de le dire, dans la seconde qui suivait j'entendais ''Tu verras quand tu seras marié tu seras bien obligé de manger ce que ta femme te fera. ''

 

C'était dit à la manière d'une vérité révélée. Une vérité divine qui ne pouvait pas être contredite.

 

Ma mère avait une façon de voir mon mariage et mon éventuelle vie commune qui ne correspondait pas, mais alors pas du tout à l'idée que je me faisais de la ''chose''.

   

 

Je ne sais pas si cette phrase, ou celles du même genre, entendues moult fois, ont eu des répercussions dans mon esprit et joué un rôle dans mon célibat, mais elles avaient alors le don de m'exaspérer.

 

D'autant qu'il fallait toujours que ma mère ait le dernier mot. Et quand un silence ressemblait à une réplique qui prenait l'avantage sur son dernier dire, il fallait qu'elle rajoute d'un ton péremptoire, ''Tu vois bien que j'ai raison tu ne dis plus rien. ''

 

J'adore ma mère, mais son habitude de faire les demandes et les réponses m'a toujours été insupportable !...

 

Avec nos deux tempéraments il valait mieux pour la paix de la famille que je restasse alors … bouche cousue !...  L'effort me fut souvent difficile mais pas toujours impossible.

 

 

 

À dix-huit j'allais enfin pouvoir manger selon mes goûts et ne plus entendre les inepties de ma mère concernant ''ma femme''.

 

Car ce fut à cet âge que je suis monté à Paris, pour y vivre seul et … en toute indépendance … contre l'avis de mon père mais avec la bénédiction de ma mère.

 

A l'époque l'âge de la majorité était de vingt et ans. Alors ce fut avec la complicité de ma mère que mon père fut mis devant le fait accompli.

 

Il arrivait parfois que nous nous entendions, ma mère et moi … la preuve !...

 

 

A Paris étant donné ma timidité, l'intérêt porté à mon travail et à la découverte de la capitale, j'ai vraiment vécu seul, sans un camarade, jusqu'à mon service militaire. C'est-à-dire pendant presque deux ans, et cela sans jamais m'ennuyer une seule seconde, vrai de vrai.

 

Ce ne fut qu'après ma démobilisation, en m'inscrivant à un cours d'art dramatique que des jeunes filles sont entrées dans ma vie.

 

Mon professeur, Aline, encore une femme, m'a raconté longtemps après ces cours, car nous continuons à nous rencontrer, qu'à l'époque certaines élèves avaient été amoureuses de moi. Et moi je n'avais alors rien vu !...

 

Cependant mon cœur se mit à battre ''anormalement'' pour l'une d'entre elles, non grâce à ma vue, mais à mon ouïe. Elle s'appelait Danielle, Danielle A. Je m'en souviens comme si c'était hier, et parce que c'était une vraie première fois.

 

Danielle n'était pas particulièrement belle, mais elle était loin d'être laide. De toute façon, ce n'était pas son physique qui m'avait plu mais sa façon d'interpréter un poème de Verlaine, qui commençait ainsi ''Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches. Et puis voici mon cœur qui ne bat que pour vous. '' (Titre du poème : Green)

 

Mon côté ''fleur bleue'' n'avait pas résisté à ses talents.

 

En l'écoutant je buvais ses paroles, tous les poils de mon corps se hérissaient et de légers et agréables frémissements le parcourraient.

 

Je vivais avec elle chacune des émotions que sa voix et le texte faisaient passer. Dieu que c'était beau et agréable !...

 

 

De son côté elle avait été charmée et touchée par un poème de Robert Lamoureux, ''la lettre à Dédé'' qu'Aline me faisait travailler.

 

Verlaine et Lamoureux firent qu'un soir, vraisemblablement à la sortie d'un cours, nous nous promenâmes des heures durant sur les rives de la seine.

 

Je ne sais plus ce que nous nous étions racontés ce soir là, mais ce fut une promenade unique en son genre ; une ballade toute bête qui fait que deux êtres sont en osmose avec l'univers et que tout peut leur arriver sans qu'ils ne se rendent compte de rien.

 

 

Hélas, nous devions être en mars ou mai 68, et les cours se donnaient rue Cassette, en plein quartier latin.

 

Comme nous pensions nous revoir et que nous étions loin d'imaginer les événements qui allaient surgir, nous nous étions alors quittés sans échanger nos adresses.

 

Du jour au lendemain le quartier latin changea de visage. Et quand il retrouva sa sérénité d'antan bien des choses n'étaient plus ce qu'elles étaient !...

 

D'après ses amies, Danielle était repartie dans sa province sans laisser d'adresse !...

 

Le chemin qui aurait pu me conduire éventuellement au mariage s'était donc refermé brutalement, comme une porte qui vous claque au nez.

 

Etait-ce à dire que l'accès à cette forme de vie m'était interdit ?.... peut-être !....

 

 

D'autant qu'aujourd'hui je suis persuadé que si nous disposons d'un libre arbitre nous ne sommes pas libres de notre destin.

 

La vie est comme une pièce de théâtre où nous avons un rôle à tenir. Mais tandis que le comédien sait comment va se terminer la pièce, sauf au moment où il la joue, nous nous ne le savons pas.

 

Je suis donc de plus en plus persuadé que nous venons sur terre dans un but bien déterminé et, qui va à l'encontre de sa voie s'attire toutes sortes de désillusions et de déconvenues !....

 

Autrement dit personne n'est libre d'agir à sa guise, contrairement aux apparences.

 

 

Pour nous aider à prendre et à suivre notre route sans faire d'erreur des signes nous sont donnés.

 

C'est au fur et à mesure de leur entrée en scène qu'intervient alors, à bon escient ou non, notre libre arbitre !....

 

Cependant accepter d'aller là où on doit aller ne signifie pas être fataliste, car il y a des défis à relever en cours de route et … non des moindres !....

 

 

Comme cette chronique n'a pas pour objet de débattre de la liberté et du libre arbitre alors je mets un point final dès maintenant à ce chapitre. Cela m'évitera de m'embarquer là, où je n'avais pas prévu d'aller.

 

Toutefois, pour apporter un peu d'eau à mon moulin, je ne peux m'empêcher de relater une anecdote qui vient de surgir de ma mémoire ; d'autant qu'elle a parfaitement sa place dans le cadre de cette chronique et vous allez comprendre pourquoi.  

 

 

Peu de temps après Danielle, vraisemblablement en avril ou mai 69, le président d'une compagnie théâtrale amateur de banlieue ''La Rieuse'', une association qui existe toujours,  m'avait demandé alors de tenir un rôle dans une pièce de Marcel Achard, ''Le corsaire''.

 

Une pièce en deux actes et six tableaux, écrite sous forme de conte et qui à sa création en 1938 fut loin d'être un succès.

 

Elle a même été un four retentissant malgré la participation de comédiens tels que Madeleine Ozeray et Louis Jouvet.

 

 

Bref, un comédien venait de faire faux bond à cette troupe et le jour de leur première représentation approchait à grand pas.

 

Les répétitions se passaient en soirée, dans la salle des fêtes de Bois-Colombes.

 

Le fait de me rendre tous les soirs en banlieue m'avait un peu refroidi et puis j'avais accepté de me rendre à leur … audition … plus par curiosité qu'autre chose.

 

Nous n'étions que deux candidats ?!.... J'avais donc une chance sur deux de faire l'affaire à moins que mon ''concurrent'' ne fut là que pour donner le change, c'est-à-dire ne pas me peiner si le metteur en scène avait considéré que je n'étais pas à la hauteur du rôle ?!....

 

C'était alors le ''meilleur'' qui l'emportait.

 

 

Quand il me fut dit que j'avais ma place parmi la troupe, et avant que je ne l'intégrasse, un calendrier des dates de représentations me fut présenté.

 

En fait mes disponibilités semblaient passer avant mon éventuel talent. Il faut parfois savoir faire preuve de modestie !...

 

Comme j'étais alors libre comme l'air et que j'avais mis le doigt dans l'engrenage, je me suis laissé entraîner dans l'aventure d'autant qu'elle était loin de me déplaire.

 

Mon rôle était celui d'un journaliste   !....

 

 

La salle des fêtes de Bois-Colombes était vraiment à la disposition de la compagnie. Car les comédiens répétaient sur scène, dans le décor ; et au beau milieu des fauteuils la costumière de la troupe, une femme un peu forte et à la voix puissante, s'était aménagée son atelier couture.

 

Au tout début de mon arrivée sa nièce Véronique, une jeune fille de mon âge, ne faisait que passer pour lui donner un petit coup de main.

 

Cette Véronique n'était pas pour me déplaire et de son côté elle montrait quelques intérêts pour moi. Car du jour au lendemain, alors qu'elle avait des examens à préparer, elle vint régulièrement assister sa tante, comme si cette dernière avait été subitement débordée ?!....

 

Il est vrai que plus une première approche et plus les costumières ont à faire, mais dans le cas présent ce n'était pas vraiment le cas, encore que !.....

 

Toujours est-il qu'en venant tirer l'aiguille auprès de sa tante Véronique en profita pour lier connaissance avec moi ; au point que nous discutions très souvent ensemble, et qu'elle avait fini par me raccompagner pratiquement tous les soirs à la gare de Bois-Colombes.

 

La gare n'était pas toute proche, cependant de jour en jour le parcours nous paraissait de plus en plus court !...

 

 

Sa présence auprès de sa tante, et surtout auprès de moi, ne fut pas sans retenir l'attention de Mademoiselle Colin. Une dame d'un certain âge et d'un âge certain, qui m'avait mis en relation avec le metteur en scène de la troupe et, qui jouait dans ''le corsaire'' une ''mama noire'' avec un accent créole remarquable, et une petite pointe de cabotinage un tantinet comique et sympathique.

 

 

Lorsque le rideau tomba pour la dernière fois c'était courant Juin. Alors l'heure des grandes vacances sonna et la rentrée lui emboîta le pas.

 

 

En septembre, comme Véronique demeurait chez sa tante et que cette situation arrangeait bien ma timidité, j'attendais de ses nouvelles.

 

Elles me parvinrent un dimanche matin. Mais ce ne furent pas celles que j'attendais.

 

La préposée au téléphone fut mademoiselle Collin. Elle qui était d'un naturel un peu abrupt était ce jour là dans l'embarras.

 

Elle commença par me dire qu'elle m'appelait au sujet de Véronique car avait-elle poursuivit ''je crois que vous vous entendiez bien tous les deux''. Alors je viens vous dire qu'elle est … décédée ! Ce qui me laissa sans voix.

 

 

Durant ses vacances en Corse la voiture dans laquelle elle se trouvait avait été emportée par un coup de vent et précipitée dans un ravin en ne laissant aucun survivant !.... 

 

 

Avec Véronique il n'y avait jamais rien eu d'autre que des regards, des conversations, des sourires, et tout plein de petites attentions. Nous avions créé un début de relation qui présageait quelque chose de plus intime.

 

Alors autant dire que son décès n'a pas été sans me peiner et sans refroidir mes nouveaux élans.

 

Bref dès qu'une jeune fille me plaisait le destin me la ravissait d'une façon ou d'une autre !...

 

Etaient-ce des signes pour me convaincre à rester célibataire ?....

 

 

Alors que je rédigeais ce qui précède je viens de découvrir que Danielle et Véronique étaient toutes les deux brunes, et coiffées comme … Yolande … mon amour de gosse ?!...

 

C'est drôle non ?... Je n'avais jamais fait cette remarque avant d'écrire ces lignes !....

 

 

 

Quand on est jeune la vie est en perpétuelle ébullition alors après Véronique il y eut quand même quelques menus flirts gentillets mais sans vraiment d'importance ni même de lendemain.

 

Et puis un jour Cynthia se présenta sur ma route. Physiquement elle n'avait rien de commun avec … Yolande, car elle était blonde et portait des cheveux longs.

 

Jamais je n'oublierai Cynthia et d'autant moins qu'elle sera à l'origine de ma décision définitive de rester célibataire.

 

 

Cynthia était une grande et très belle jeune fille, aux dons multiples. Elle savait écrire, chanter, jouer de la guitare, se vêtir avec goût et élégance et s'intéressait aux mêmes sujets que moi.

 

Bref elle avait tout pour me plaire et m'avait fait oublier Danielle et Véronique comme par … enchantement !... Incroyable non ?...

 

Hélas, pour plaire, il lui arrivait parfois d'en faire un peu trop, comme le jour de son anniversaire.

 

Ce jour là, elle m'avait invité à une soirée ou une matinée costumée, je ne sais plus, chez ses parents au Chesnay près de Versailles.

 

Je n'étais qu'un invité parmi beaucoup d'autres, à la différence que tous ses amis (es) se connaissaient et que moi je ne connaissais … personne … à part Cynthia.

 

 

Ce fut elle qui vint m'ouvrir.

 

Dans l'encadrement de la porte elle se présenta à la manière d'une grâce, resplendissante de beauté.

 

Je l'avais embrassée tout ému et tout en lui disant combien je la trouvais belle et d'une élégance toute particulière.

 

Alors elle me répondit en me fixant droit dans les yeux mais avec un charme à faire fondre un iceberg, ''Mais c'est pour toi que je me suis faite belle''.

 

Je n'en avais pas cru mes oreilles. La flèche de Cupidon avait fait mouche ; mes jambes faiblir et je dû rougir de la tête aux pieds.

 

Le Jean avec son petit bouquet de fleurs à la main devait être le plus ridicule des hommes, mais aussi le plus heureux, juché sur un petit nuage à des kilomètres du sol !...

 

Maligne, et fine mouche comme elle était, pour me tirer d'embarras elle m'emmena auprès de sa mère afin de nous présenter.

 

Je plus d'emblée à la maman. Bien des années plus tard, et dans un triste moment, cette dernière me fera comprendre qu'elle aurait aimé avoir un gendre comme moi, vrai de vrai !.... Mais nous y reviendrons.

 

 

Alors que je découvrais les lieux et que j'étais tout à côté de la porte d'entrée, un nouvel invité s'annonça d'un coup de sonnette. Cynthia alla lui ouvrir sans remarquer ma présence tout près d'elle, tant il y avait de monde.

 

C'était un très beau gosse, du genre jeune premier. Mais non seulement il avait une belle ''gueule'' mais il était aussi à son aise. Bref, il avait du chien et de l'abattage. Le Jean tout à côté aurait fait figure de faire valoir.

 

Comme moi, mais avec beaucoup plus de brio, il complimenta l'hôtesse d'accueil. Alors Cynthia ne trouva rien d'autre à lui dire que … ''Mais c'est pour toi que je me suis faite belle''.

 

Elle n'avait pas terminé sa phrase que le  ciel m'était tombé sur la tête. Toutes mes illusions volèrent en éclats. Et pendant toute la soirée je me suis efforcé de sourire, de donner le change alors que j'en avais gros sur le cœur … ou comme on dit plus vulgairement … sur la patate.

 

Que les hommes sont bêtes quand ils s'y mettent !....  C'est vrai !.... mais que les femmes peuvent être maladroites en voulant trop en faire !...

 

 

De cette soirée j'ai tout oublié, sauf ce moment. Mais le pire, si je puis m'exprimer ainsi, restait à venir.

 

 

Malgré ce ''moment'' resté indélébile dans ma mémoire, mais sur lequel j'avais alors passé l'éponge, nos relations se poursuivirent et … au-delà de l'amitié !...

 

 

Alors pour nous voir seule à seul, sans ses amies, nous avions pris l'habitude de nous donner rendez-vous sur l'un des quais de la gare saint Lazare.

 

C'était l'heure d'arrivée d'un train en provenance de Versailles qui m'indiquait le quai où je devais l'attendre, moi qui ai horreur d'attendre !... fallait-il qu'elle me plaise !...

 

 

Ce jour là le projet de notre après-midi était d'aller au cinéma.

 

A sa descente de train, comme à son habitude Cynthia était d'une élégance et d'une beauté sans pareille. J'étais vraiment fière que sa main s'appuie sur mon avant-bras et de l'avoir à mon côté.

 

 

Tandis que nous marchions côte à côté sur le quai, nous passions en revue les titres de films récemment mis à l'affiche afin de nous décider sur l'un d'entre eux.

 

En fait, comme en de pareils cas, chacun savait ce qu'il voulait voir et s'efforçait de convaincre l'autre du bien fondé de son choix.

 

Comme j'acceptais pratiquement toujours les propositions de Cynthia, ce jour là j'avais décidé que ce serait à elle d'accepter la mienne, une fois n'étant pas coutume.

 

Pourquoi ce jour là ?... je n'en sais rien mais ce fut ainsi, à moins que le fait de toujours céder commençât à me peser ?!.... qui peut savoir ?!...

 

 

Or au lieu d'accepter ma proposition avec le sourire, ainsi que je le faisais vis-à-vis des siennes, son visage se ferma brusquement et se couvrit du voile de la tristesse. Puis laissant paraître un gros et véritable chagrin, elle se mit à essuyer quelques larmes suivies d'autres.

 

Ne pouvant en supporter plus je m'empressai alors d'accepter sa proposition.

 

Elle ne daigna pas me répondre sur le coup, alors nous marchâmes silencieusement durant quelques minutes, bras dessus bras dessous.

 

Puis ne tenant plus, cherchant le moyen à me faire pardonner, je me mis à l'observer du coin de l'œil dans l'espoir de trouver quelque chose pour la faire sourire et qui lui permettrait d'oublier notre petit différent.

 

Alors et à ma grande stupéfaction, je vis qu'elle arborait un sourire radieux qui la rendait encore plus belle qu'elle n'était.

 

Cynthia m'avait joué la comédie ... ou la tragédie ?!...

 

 

Cette vision eut pour moi des conséquences catastrophiques. Car elle fut à l'origine, certainement à cause de mon côté ''fleur bleue'', d'une prise de conscience un peu abrupte, arbitraire, voire même … primaire.

 

Car ce fut alors dans ma tête une véritable bousculade d'idées toutes faites et surfaites du genre …  ''Jean ça va être comme ça toute ta vie.'' ''Tu vas toujours devoir en passer par ses quatre volontés sous peine insupportable de la voir pleurer.'' ''Elle va te mener par le bout du nez.'' ''Arrête les frais avant qu'il ne soit trop tard.''  ''Tu n'es pas fait pour vivre à deux.'' ''Garde ton indépendance c'est un bien précieux.'' et cætera et cætera !...

 

 

Je ne sais plus quel film nous étions allés voir, mais ce fut le dernier de la série, car je mis fin à nos rencontres du jour au lendemain sous prétexte que le travail m'appelait. Ce qui d'ailleurs était loin d'être faux.

 

 

Cependant nos chemins ne se sont éloignés l'un de l'autre que bien des années plus tard, cinq ou six ans peut-être. Car nous fréquentions les mêmes cercles poétiques, le même cours d'art dramatique et nous avions même joué de conserve dans quelques pièces.

 

Bref, tout nous réunissait !...

 

Jamais Cynthia ne se plaignit de ma désaffection et me posa la moindre question à son sujet. Cependant, maligne et fine comme elle était, elle ne manquait jamais de me présenter ses nouveaux amis !…

 

Je mentirai si j'écrivais qu'alors le germe de jalousie qui sommeille en moi ne se manifestait pas. Cependant à chaque fois qu'il fut nécessaire je sus le maîtriser.

 

La première fois fut vraisemblablement une véritable épreuve et puis l'expérience aidant la chose me devint plus aisée.

 

 

Puis un beau jour, sans un adieu ni même un ''au revoir'', Cynthia s'en alla sous d'autres cieux, ceux du Pirée ou des environs, où elle mena une vie de bohême avec un certain Nikos.

 

 

La dernière fois que je la revis ce fut à l'hôpital Foch de Suresnes où elle subissait un traitement à cause d'une tumeur au cerveau.

 

C'était elle qui m'avait appelé pour me dire où elle était et pourquoi elle y était. Bien évidemment j'étais accouru à son chevet.

 

Heureusement, aujourd'hui je ne garde d'elle que l'image que j'en avais lors de nos premières rencontres. Car elle qui était si belle, allongée sur son lit d'hôpital, n'était plus qu'un … ''squelette''. J'ai mal en tapant ce mot, mais c'est le seul qui vaille.

 

Malgré son état pitoyable elle était alors pétillante de vie et débordante de projets.

 

Pour être franc cette visite m'avait été pénible et agréable tout à la fois. Pénible parce que Cynthia était dans un triste état physique, mais agréable parce que je la retrouvais après bien des années.

 

 

Cette visite fut suivie d'autres, jusqu'au jour où Cynthia quitta ''Foch'' pour entrer en convalescence quelque part dans le midi de la France, là où ses parents avaient pris leur retraite.

 

 

Deux ou trois ans plus tard, depuis le midi de la France, sa mère m'appela et m'annonça le décès  de sa fille !

 

Cynthia devait alors avoir environ entre trente et trente cinq ans. !...

 

Ce fut au cours de cette longue conversation téléphonique, je devrai plutôt écrire monologue téléphonique, que sa mère laissa parler son cœur et ne put s'empêcher de me dire que ''Cynthia et moi aurions pu faire un beau couple'' !....

 

 

 

Tandis que Cynthia vivait sous d'autres cieux, un couple de camarades et moi, Yves et Paulette, la future ''Madame truc'' de radio Monte-Carlo, avions fondé ''L'Hêdonê'' dont le siège était alors à Boulogne-Billancourt.

 

Cette aventure à trois dura quatre ou cinq ans. Quatre ou cinq ans de miracles perpétuels où nous nous consacrions corps et âme à la vie de la compagnie ; et où le ''risotto'' fut notre pain quotidien une bonne année durant faute de revenus pouvant nous assurer un autre contenu dans nos assiettes.

 

Mes collègues avaient alors deux jeunes enfants !...

 

 

Durant ces années je n'avais pas le temps d'aller compter fleurette. Il y avait toujours à faire, car Yves le mentor de la trinité ne manquait pas d'idées souvent … folles … mais que nous menions toujours à terme et non sans brio.

 

A causes d'elles son couple passait par des hauts et des bas et finira par voler en éclats peu de temps après ma démission.

 

Le départ de Paulette stupéfiera tout le monde, sauf moi, et sera à l'origine de mon retour au sein de la compagnie afin qu'elle ne partît pas à …vau-l'eau. Yves était alors sens dessus dessous et avait tout laissé tomber dans l'attente du retour de sa moitié malgré les contrats en cours.

 

Après quelques mois, quand il comprit que la rupture était définitive il se remit à pied d'œuvre mais en étant encore plus invivable qu'auparavant.

 

Alors il arriva ce qu'il devait arriver. À la suite d'une colère … de gosse … qui fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase … je repris mes cliques et mes claques pour la seconde et …dernière fois.

 

Je reviendrai vraisemblablement sur ces années. Si j'en parle maintenant c'est simplement pour souligner que le vécu d'Yves et de Paulette m'avait alors quelque peu ''refroidi'' sur ce qu'était la vie de couple au sein d'une compagnie !...

 

 

 

Atteint par le virus du théâtre je ne me voyais pas faire autre chose que du théâtre. Alors repartant à zéro je m'étais mis en quête d'une partenaire. Car il me semblait alors, et encore maintenant, que pour le bon équilibre d'une création destinée aux enfants il était indispensable de faire part égal aux deux éléments à la base de la vie, le féminin et le masculin.

 

Ce fut ''l'information du spectacle'' un magazine qui aujourd'hui n'existe plus, qui mit sur ma route Pascale M. une jeune fille de dix ans ma cadette.

 

Avec elle, de nouveaux horizons s'ouvrirent.

 

Ensemble nous créâmes la compagnie de ''La Mainate'' puis le ''Théâtre de la Mainate '' et le ''Au café chantant du Théâtre de la Mainate'' et œuvrâmes en tout bien tout honneur pendant plus d'un quart de siècle. Mais je reviendrai sur cette rencontre.

 

 

Si j'en parle maintenant c'est tout simplement pour dire que toute ma vie durant, j'ai comblé mon célibat en œuvrant qu'avec des femmes.

 

Les hommes avec lesquels j'ai collaboré, hormis les comédiens et les artistes que nous engagions, se comptent sur les doigts d'une seule main.

 

 

La gestion et l'organisation de la petite entreprise que nous avions créé m'accaparait du matin jusqu'au soir, lorsque ce n'était pas du soir au matin. Mais je ne m'en plaindrai surtout pas, car si c'était à refaire … je recommencerai sans hésiter.

 

Comme disait Lao-Tseu ''Choisis un travail que tu aimes et tu n'auras pas à travailler un seul jour de ta vie''. Je vous jure que c'est vrai.

 

 

Évidemment ce n'était pas en étant à l'eau et au moulin que j'allais pouvoir fonder une famille et avoir au moins un fils, mon seul et unique regret.

 

Mais j'avais fait un choix vers ma vingt-cinquième année et je m'y suis tenu, sans jamais le remettre en cause une seule et unique fois ; bien que les occasions de … faillir et de revenir sur ma décision ne m'aient pas manqué !...

 

Cependant la gageure de mener de conserve une vie professionnelle prenante et une vie familiale tout aussi absorbante est possible puisque Pascale l'a tenue.

 

 

En fait, et à bien y réfléchir, la solitude fut et est la meilleure épouse que j'ai pu trouver. Elle ne m'a jamais contrarié et elle est toujours d'accord lorsque je lui suis infidèle. Une femme de chair et de sang aurait-elle été ou serait-elle capable d'en faire autant ?....

 

Là se trouve … peut-être … la réponse à la question ?!...



22/03/2011
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