MerveilleuseChiang-Mai

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DEUX NOVICES (LES)

LES DEUX NOVICES

 

 

 

 

La nature a parfois des appels que la raison ne parvient pas toujours à raisonner.

 

Le brame du cerf au fond des bois est là pour le crier haut et fort, et donc pour en témoigner.

 

Ainsi, malgré le désir de certains novices à vouloir respecter leur vœu de chasteté, la douleur que leur fait subir la raideur de leur appendice viril leur fait vivre, parfois, un véritable calvaire !...

 

 

Alors, entre souffrir sans rien dire et peut-être ne rien faire, au fond d'une cellule, et jouir sans retenue lorsque le désir commence à poindre, quelques moinillons d'âge nubile auraient tendance à vouloir tourner le dos à la souffrance et à leur vœu pour se jeter, ou retourner, entre les bras ou les mains … du plaisir instantané !....

 

 

Quelques mois de vie religieuse, et parfois quelques jours suffisent pour qu'après une prise d'habit les nouveaux arrivés, souffrant de priapisme, aient envie de jeter leur froc aux orties et de retourner dare-dare à la vie laïque.

 

Hélas pour eux, on ne sort pas et on n'entre pas dans un monastère comme dans un marché.

 

 

D'abord ces jeunes adolescents sont entrés dans la vie religieuse de leur plein gré ; même si parfois leurs familles et surtout leurs mères les ont un peu poussés.

 

Car avoir un fils dans les ordres honore les parents et peut leur donner quelques mérites, surtout à la mère !...

 

Et des mérites pour un Bouddhiste, ce sont comme des années de purgatoire en moins pour un Chrétien.



Ensuite, il y a le supérieur du monastère à qui il faut rendre des comptes.

 

Car c'est lui qui reçoit les postulants à la vie religieuse, et qui leur donne l'hospitalité. C'est encore lui qui leur apporte l'aide et les moyens de parfaire leur éducation bouddhique.

 

Alors il est normal, quand un moine décide d'interrompre sa retraite et veut quitter le monastère plutôt que prévu, qu'il aille rencontrer ce supérieur pour lui donner les raisons de son départ.

 

 

 

Conformément à cet usage, deux novices qui voulaient défroquer demandèrent donc à rencontrer leur supérieur.

 

Ces deux jeunes moines, d'à peu près du même âge, dix- huit ou vingt ans, souffraient du bas-ventre et des mêmes turpitudes à cause d'érections multiples et prolongées.

 

Comme le sujet à aborder était délicat, Ils s'étaient mis d'accord pour faire ensemble leur démarche.

 

Car ils étaient persuadés qu'à deux ils se soutiendraient mutuellement, qu'il leur serait plus aisé de parler librement, et qu'ils obtiendraient beaucoup plus facilement gain de cause.

 

 

Le supérieur du monastère, quant à lui, savait par expérience que lorsque deux novices voulaient le rencontrer c'était pour lui demander de défroquer pour des raisons touchant à leur virilité !...

 

Il le savait d'autant plus qu'à leur âge, et avec l'un de ses camarades devenu lui aussi supérieur de monastère, ils s'étaient retrouvés dans la même situation.

 

Avec le temps les rôles s'étaient inversés. Convaincu par son supérieur d'alors de rester novice, et de ne pas défroquer, il avait fini, à force de persévérance, par maîtriser ses instincts et devenir supérieur lui-même !...


Et quand on a la garde de brebis, l'une des premières préoccupations d'un berger c'est de les retenir au bercail !

 

Alors lorsque le vénérable recevait ses innocents novices, c'était toujours avec l'intention de leur faire renoncer à leur projet de défroquer.

 

Il leur expliquait qu'avec le temps les choses les plus obsédantes, et parfois gênantes physiquement, finissaient toujours par retomber … dans l'oubli.

 

 

Cependant, quand il sentait qu'il ne pouvait pas retenir les deux oiseaux, il se donnait alors l'objectif d'en libérer un pour mieux retenir l'autre !...

 

En agissant ainsi, jamais le saint homme n'avait vu deux novices quitter le monastère de conserve.

 

Sur les deux candidats au départ, il y en avait toujours un qui renonçait à défroquer !...

 

 

 

La méthode qu'il utilisait était toujours la même.

 

En fait, ce n'était pas sa méthode, mais celle du supérieur qui jadis l'avait convaincu à ne pas défroquer !...

 

Il est vrai qu'il aurait eu tort de ne pas la reprendre à son compte, puisqu'elle avait fait ses preuves !...

 

Alors comme lui, il accueillait ses novices avec le sourire.

 

Un sourire qu'il portait toujours du temps de sa jeunesse, et qui est un signe caractéristique de tous les gens du Lanna.

 

Mais au fur et à mesure qu'il avait acquis des responsa-bilités son sourire s'était éteint. Et sa fraîcheur avait été remplacée par une austérité à forcer le respect qui, en pareille situation, risquait de braquer les novices !....


Alors, il ressortait son sourire d'un fond de tiroir. Et le vénérable était toujours un peu surpris lui-même de voir combien ce sourire le rendait affable et bienveillant.

 

Ensuite, il faisait asseoir ses novices le plus loin possible l'un de l'autre. Et lui trônait à égale distance d'eux.

 

Puis après avoir mis en scène ses personnages, le supérieur abordait vraiment son rôle.

 

Pour le jouer, il possédait un texte qu'il connaissait au soupir près, tant il l'avait interprété maintes et maintes fois.

 

Cependant, selon les novices en sa présence, il variait le ton, et changeait la longueur de ses blancs.

 

Mais il commençait toujours en murmurant sur le souffle, et avec une innocence d'oie blanche, pour ne pas dire un culot monstre : '' Alors, pourquoi voulez-vous me voir ?...''

 

Puis il ne disait pas un mot de plus, alors le silence tombait comme une chape de plomb dans la pièce.

 

Embarrassés, les deux jeunes moines se lançaient des regards d'appel au secours.

 

Ils balbutiaient quelques paroles, et le plus courageux des deux  finissait par dire qu'il voulait défroquer, mais sans en donner la raison.

 

Et bien souvent, l'autre moinillon se contentait d'acquiescer d'un signe de tête, ou de plusieurs !...

 

 

La première partie de la rencontre s'étant déroulée comme prévu, le supérieur s'attaquait alors à la seconde manche.

 

Et avec la bienveillance des gens qui ne pensent pas un traitre mot de ce qu'ils racontent, il chercha à savoir qu'elle était l'activité monastique que les jeunes garçons détestaient tant pour vouloir quitter l'habit.


Comme toujours, il commençait par la méditation de cinq heures. '' Serait-ce le réveil au beau milieu de la nuit qui vous indisposerait ?.... ''

 

À chaque fois, et dans un même élan de spontanéité, les deux novices lui répondaient que non.

 

 

Alors comme la mécanique s'était parfaitement amorcée, le supérieur poussait son pion suivant.

 

'' Serait-ce d'aller mendier votre nourriture et de marcher le long des routes dès six heures trente le matin qui vous déplairait ?... ''

 

La réponse fut encore non.

 

 

Puis avec une lenteur qui frisait le sadisme, il énumérait toutes les activités qui font la journée d'un moine :

 

'' Le premier repas de huit heures, les chants de neuf heures, l'enseignement du Bouddhisme de neuf heures quarante-cinq, le deuxième et dernier repas de la journée à onze heures trente, les servitudes de midi liées à l'hygiène et à la propreté des moines. ''

 

Quand il avait parlé de l'hygiène et de la propreté, et qu'il avait entendu la réponse qu'il attendait, c'est-à-dire : ''non'', le supérieur marquait toujours un temps d'arrêt, comme pour tendre une perche à ses novices.

 

Mais ce jour-là, comme les précédents d'ailleurs, aucun d'entre eux ne chercha à s'exprimer. Alors il poursuivit :

 

'' L'étude du pali de treize heures trente, la propreté du wat de seize heures, l'accueil des visiteurs de dix-sept heures, les chants de dix-neuf heures, les études privées de vingt heures, et enfin la méditation de vingt-deux heures. ''

 

À toutes ces questions la réponse fut invariablement : Non.


'' Alors pourquoi voulez-vous défroquer ?... '' finissait par conclure le Vénérable dans un élan d'hypocrisie sans nom.

 

 

Ce jour-là, le plus hardi osa dire : '' C'est à cause des douleurs que j'ai dans le ventre ''

 

Alors, avec le calme du chat surveillant sa souris, le supérieur regarda sa naïve brebis … droit dans les yeux.

 

Et avec sans doute l'intention de l'indisposer encore un peu plus,  il lui demanda : '' Tu ne placerais pas ton ventre un peu trop bas ?... ''

 

Alors, rouge de confusion mais bien décidé à en finir, le novice se ''déboutonnait'' et finissait par dire, et sans aucune retenue : '' En fait c'est notre sexe qui en se raidissant nous fait très mal. ''

 

 

Comme tombant des nues, et avec une fausseté inégalable, le vénérable lâchait alors : '' Quoi ?... C'est parce que vous bandez comme des cerfs que vous voulez défroquer ?... Mais en voilà une idée ! ''

 

Et s'adressant à celui qui n'avait encore rien dit : '' Toi par exemple, tu bandes le matin ou le soir ?... ''

 

 

Le novice qui s'attendait à tout sauf à cette question, répondit ce qui lui passa par la tête : '' Heu !... Le matin !... Oui,  oui, c'est ça, le matin !... ''.

 

Puis revenant à l'autre : '' Et toi, tu bandes le matin ou le soir ?... ''.

 

Le deuxième novice, sans plus réfléchir que le premier, mais pour ne pas dire comme son camarade, se surprit à répondre : '' Ben moi, c'est le soir !... ''

 

 

Alors le supérieur rendit son jugement :

 

'' S'il en est vraiment ainsi, j'accorde l'autorisation de défroquer à celui qui bande le soir. Mais pas question de l'accorder à celui qui bande le matin !... ''

 

 

Les deux novices se regardèrent stupéfaits.

 

'' Eh oui mes enfants, poursuivit le supérieur, il est normal de ''triquer'' le matin. C'est un des moyens physiologiques pour empêcher les garçons de pisser sur la natte durant leur sommeil !... ''

 

Comme le supérieur s'était arrêté de parler, le moinillon dont le sexe était en érection à son réveil voulut prendre la parole.

 

Mais le supérieur l'en empêcha en enchaînant : '' Une fois que tu es allé pisser, la bandaison retombe ''.

 

Le novice hocha la tête en signe de confirmation.

 

 

Le supérieur, alors,  en profita pour enfoncer le clou : '' Par contre, lorsqu'un garçon bande le soir ce n'est pas parce qu'il a besoin d'uriner. Mais qu'il a besoin d'une femme. Et ce n'est pas dans un monastère qu'il en trouvera une !... ''

 

À ce moment-là, et en général, le moine concerné baissait le nez. Ce que d'ailleurs fit le moinillon de cette histoire.

 

 

'' Alors, poursuivit le supérieur, que le bandeur du soir retourne d'où il vient et contente ses appétits sexuels. Et que le bandeur du matin retourne auprès des autres moines. Il a encore beaucoup à apprendre sur la doctrine du Bouddha ! ''

 

Et, à ce moment précis, le sourire du vénérable retournait dans son tiroir aux oublis, puis il faisait signe aux deux novices de prendre congé.

 

Alors les moinillons se levaient et chacun d'eux s'en allait là où le vénérable venait de le décider !...


En les regardant quitter la pièce le supérieur n'était pas mécontent de la façon dont se terminait l'entretien.

 

'' Ça c'est passé exactement comme je l'avais prévu ! ''... se dit-il.

 

Il n'y a rien à tirer d'un bandeur du soir. D'ailleurs c'est bien  pour cela que je ne l'aie pas fait revenir sur sa déclaration.

 

Car sinon je lui aurai fait dire qu'il bandait le matin lui aussi !...

 

 Par contre, mon bandeur du matin à tout pour faire un bon moine, voire même un bon supérieur !...

 

Et il aurait été dommageable pour la communauté de le laisser partir.

 

Et si en fait il bande le soir au lieu du matin, comme je le pense, et bien il fera comme j'ai fait !...

 

Je n'en suis pas mort !...

 

D'autant qu'avec le temps aidant, la méditation s'améliore alors que la bandaison se détériore !... ''

 

 

Puis il entra en méditation, satisfait de sa décision de n'avoir perdu, cette fois encore, … qu'une seule brebis.

 

 

 

 

 

(*)   Ce texte en forme de conte m'a été inspiré à la suite de la lecture d'un recueil qui rassemble quelques thèmes  propres au Lanna, mais sans les développer.

 

      Ces synopsis ont été réunis par Monsieur Maurice Coyaud qui les a reçus de Madame Supapora Apavacharut et de Monsieur Roger-Anatole Peltier.



12/11/2009
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