MerveilleuseChiang-Mai

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ECHINODORUS CORDIFOLIUS (L’) Grisb.


ECHINODORUS CORDIFOLIUS (L') Grisb.

 

                                       Ou

 

ECHINODORUS A FEUILLES EN COEUR

 

   

 

Cette plante d'eau n'est pas originaire d'Asie du Sud-est. Mais au royaume du Lanna elle a trouvé chaussure à son pied dans la plupart des plans d'eau. Elle y est, pourrait-on dire, comme un … poisson dans l'eau !....

 

Quoi de plus normal pour une plante d'eau me direz-vous ?!...

 

Alors quoi de plus normal que de lui consacrer une petite chronique puisqu'elle est comme chez elle au Lanna et qu'on la rencontre très fréquemment !...

 

 

En Thaïlande elle est appelée : Amésonne-baille-mone (อเมซอนใบมน) et Amésonne-baille-klome (อเมซอนใบกลม). Ce qui peut se traduire pour ''Amésonne'' (อเมซอน), par sagittaire et flèche d'eau et pour ''baille-mone'' par feuille ronde ou encore feuille-cœur, car ''mone'' (มน) a aussi le sens de cœur !... et klome (กลม) a le sens de rond, arrondi. Ce qui signifie que ''baille-klome'' peut aussi se traduire par feuille ronde ou feuille arrondie.

 

Ailleurs : Herzblättriger Froschlöffel (Allemagne) – Burhead, amazon sword plant, Echinodorus marbble queen (Angleterre) -  Echinodorus cordiforme, Echinodorus à feuilles en cœur ou échinodorus à feuilles cordiformes (France)

 

 

L'origine de l'échinodorus cordifolius :

 

Les herbes aquatiques de la famille à laquelle appartiennent les échinodorus, celle des ''Alismatacées'', ou ''Alismacées'' (*) sont originaires d'Amérique et d'Europe.

 

(*) Les deux mots s'utilisent car ils ont la même signification. Ils servent à qualifier une famille de plantes d'eau douce.

 

 

Les échinodorus cordifolius quant à eux sont endémiques d'Amérique et couvre grosso-modo une aire qui va du sud des Etats-Unis jusqu'au nord du Brésil.

 

De ce fait on les trouve au Mexique, dans les Caraïbes, (*) les pays d'Amérique centrale, ainsi que la Colombie, le Venezuela et les anciennes Guyanes.

 

Au fil des siècles avec l'aide de la main de l'homme les échinodorus cordifolius ont essaimé dans pratiquement tous les pays tropicaux et sont aussi devenus des plantes d'aquarium.

 

 

(*) Le professeur d'histoire naturelle Jean-Louis de Lanessan (1843-1919), qui fut aussi gouverneur de l'Indochine de 1891 à 1894, cite la présence de l'échinodorus cordifolius en Martinique et en Guadeloupe dans son ouvrage intitulé ''Les plantes utiles des colonies françaises'' (1885).

 

 

Noms botaniques au cours des siècles :

(Ces noms sont dits … Synonymes … mais ne le sont pas toujours.)

 

Sagittaria (*)

Alisma cordifolia Linn. (1753)

Echinodorus cordifolius (Lin) Gris. (1857)

Echinodorus cordifolius harbich rouge

Echinodorus fluitans

Echinodorus grandiflorus

Echinodorus radican (**)

Echinodorus radicans (**)

 

Echinodorus variété Marble Queen

Echinodorus variété Ovalis

 

 

(*) Nom générique utilisé par quelques botanistes d'antan pour désigner diverses plantes aquatiques, dont l'échinodorus cordifolius. Puis en 1753 Linné vint mettre un peu d'ordre dans cette … classification !...

 

(**) Noms impropres, donc pas synonymes, mais qui sont toujours utilisés par certains, pour désigner l'échinodorus cordifolius.

 

 

   

 

Signification du nom :

 

Echinodorus : Le nom de ce genre est formé de deux mots d'origines grecques, ''Echinos'' (χνος) (ekhĩnos) et ''doru'' (δόρυ) vraisemblablement latinisé en ''dorus''.

 

Si tous les auteurs en botanique s'accordent pour traduire ''échinos'' par oursin, hérisson, et en tirer la conclusion que Louis Claude Richard (*) a voulu mettre en exergue la forme de la graine qui ressemble à une épine ou à un piquant d'oursin, voire de hérisson, il en va tout autrement pour le mot ''dorus''.

 

En effet, tandis que certains auteurs font carrément l'impasse sur le concept de ce mot, d'autres écrivent que ''dorus'' serait une latinisation de ''doro'' (δορά) et que ''doro'' se rapporterait au contenant des graines de la plante dont l'aspect aurait celui du cuir ou de la peau. Car ''doro'' se traduit par peau et cuir.

 

Cette explication ne m'a pas convaincu. Alors j'en ai cherché une autre. Et j'ai découvert que les grecs appelaient ''doru'' (δόρυ) un certain type de lance. Or cette plante en thaïlandais se dit ''flèche d'eau'' et ressemble, sans conteste possible, à une lance ou … lancette !...

 

Par ailleurs les plantes aquatiques décrites par les botanistes d'avant l'ère du suédois Carl Von Linné (1707-1778), étaient classées dans des ''catégories'' ayant pour nom … ''Fléchières'', ''flèche d'eau'' que Carl Von Linné transforma pour certaines d'entre elles en ''genus'' (genre) baptisé ''Sagittaria'' … ''sagittæfolia'' …

 

Au lieu de l'idée de la flèche, reprise par Linné, ces botanistes auraient très bien pu prendre celle de la lance … ou de la lancette … non ?!...

 

Suis-je dans le vrai avec cette hypothèse ?...

Regardez les photos et soyez juge !...

 

 

(*) Louis Claude Richard (1754-1821) est le botaniste français qui créa en 1815 le genre  Echinodorus

 

 

 

Cordifolius : Le nom de ce genre est formé de deux mots latins, ''cordi'' et ''folius''.

 

''Cor'' (nominatif singulier) et ''cordis'' (génitif singulier) se rapportent au cœur. Le cœur en tant que siège des sentiments mais aussi en tant qu'organe.

Dans le cas présent c'est la forme anatomique du cœur qui est à prendre en considération.

 

''Folius'' a donné naissance en français au mot ''feuille'' dont c'est la signification.

 

Alors ''cordifolius'' signifie … ''à feuille en forme de cœur''. D'ailleurs cette plante est appelée en France ''échinodorus à feuille cordiforme'' c'est-à-dire ''à feuille en forme de cœur''. CQFD.

 

 

Griseb. est l'abréviation botanique de August Heinrich Rudolf Grisebach (1814-1879).

 

Ce médecin botaniste allemand, attaché à l'université de Göttingen, décrivit plus de 4.500 espèces dont l'échinodorus cordifolius.

 

Auteur de nombreux ouvrages, il contribua aussi à la rédaction des chapitres concernant les smilacées, dioscorées et malpighiacées de la ''Flora brasiliensis'' de l'explorateur et botaniste allemand Carl Friedrich Philipp von Martius (1794-1868) qui fit autorité en son temps.

 

Mais son plus grand succès, celui qui fit sa notoriété, fut ''La géographie des plantes'' paru en 1872.  Une œuvre où il détaillait et expliquait la végétation de la terre d'après les climats.

 

   

 

 

Photo 1 : L'un des douze signes du zodiac porte le nom de sagittaire. Dans ses représentations les plus ''réalistes '' (si je peux écrire) Il s'agit d'un centaure bandant un arc, pas vraiment comme dans la photo ; et dans celles les plus stylisées ne figurent qu'un arc et … une flèche. (Notre Dame de Paris – Détail de la rosace ouest. L'arc de la foi va propager la bonne parole au moyen de la flèche.)

Photo 2 : Le détail de la décoration de cette amphore (550 av. JC.) à figures noires, représente un cavalier ou ''hippeus'' (ππεύς) armé de la fameuse petite lance qui a pour nom ''doru'' (δόρυ). - (Musée du Louvre)

Photo 3 : Une feuille d'échinodorus cordifolius en forme de … ''doru'', ne trouvez-vous pas ?....

 

 

Précisions sur la famille :

 

L'Echinodorus Cordifolius est une herbe aquatique vivace à feuilles simples. Les étangs, les marais les marécages et les endroits très humides sont ses lieux de prédilection.

 

Avec la main de l'homme cette herbe s'est répandue sur toute la terre et est devenue une plante décorative d'extérieur mais aussi d'intérieur puisqu'elle a trouvé asile jusque dans des aquariums.

 

C'est aussi une plante monocotylédone, c'est-à-dire dont la graine donne naissance à une seule feuille primordiale.

 

 

Du fait de quelques unes de ces caractéristiques, comme les Alisma et les Sagittaria, des genres qui accueillirent en leur temps et en leur sein l'échinodorus cordifolius, le genre ''Echinodorus'' appartient à la famille des ''Alismacées'' ou ''Alismaceae'' qui tire son nom du genre Alisma. (*)

 

Cette famille comptent environ quatre-vingt-dix espèces qui se répartissent en une douzaine de genre selon les classifications, dont le genre ''échinodorus'' qui lui regroupe une vingtaine d'espèces, (26 aux dernières nouvelles) dont celle des cordifolius.

 

 

 (*) Cette famille fut créée par le Français Etienne Pierre Ventenat (1757-1808) en prenant le genre ''alisma'' comme référence, l'un des genres principaux de cette famille. Ce dernier la désigna alors sous le nom d'Alismoïdes. Mais le français Antoine-Laurent de Jussieu (1748-1836) transforma ce nom en … Alismacées, (alismaceae) que d'autres déformeront en Alismatacées (alismataceae). Les deux noms sont valables, mais encore faut-il le savoir ?!...

 

 

     

 

 

Quelques genres de la grande famille des alismacées ou alismatacées :

 

Photo 1 : L'alisma plantago Lin. (Plantain d'eau – flûteau) devenue Alisma plantago-aquatica. Une Alismacée du genre alisma créé par Linné en 1753. (*)

 

Photo 2 : L'alisma natan Lin. (Alisma nageante – flûteau nageant) devenue Luronium natan (L) Raf. Une alismacée du genre luronium créé par Rafinesque en 1840.

(Gravure de Jan Christiaan Sepp (1770-1827) extraite du 6ème volume de la collection ''Flora Batava'' de Janus (jan) Kops (1765-1849) & Hermann Christiaan van Hall (1801-1874) parue en 1832.

 

Photo 3 : La ranalisma rostrata Stapf. Une Alismacées du genre ranalisma crée par Otto Stapf (1857-1933) en 1900.

(Gravure de Matilda Smith (1854-1926) extraite du 27ème volume de la collection ''Hooker's Icones plantarum'' parue en 1901.

(Appréciez la façon dont le nom du genre a été créé : Il a été rajouté ''Ran'' au mot alisma !... Que peut bien vouloir dire …''Ran'' ?... Je vous laisse le chercher !)

 

Photo 4 : Une sagittaria sagittifolia L.  (Flèche d'eau – fléchière – sagette). Une Alismacées du genre sagittaria Rupp ex L. (1753) (*)

 

(*) Gravures extraites de l'œuvre du professeur allemand Otto Wilhelm Thomé (1840-1925) titré ''Flora von Deutschland, Österreich und der Schweiz en date de 1885, Gera Germany.  

 

 

Description de l'échinodorus cordifolius :

 

L'échinodorus cordifolius est donc une herbe aquatique originaire d'Amérique dont la taille varie entre 30 et 80 centimètres, voire un bon mètre.

 

Ses racines quelque peu ''rhizomateuses'', sans développer de rhizome, sont à la fois longues et nombreuses.

 

 

Les feuilles de l'échinodorus cordifolius sont des feuilles radicales, c'est-à-dire qui partent directement de la racine et de nulle part ailleurs. (*) Elles sont pérennes (non tributaires des saisons), émergeantes, donc non sous-marines.

 

 

(*) Pour être plus précis j'ai observé des petites feuilles qui se développaient à partir des nœuds floraux. Mais elles ne dépassaient pas les 5/6 centimètres de long et doivent très vite passer de vie à trépas.

 

 

   

 

Le limbe de la feuille est soutenu par une tige ou un pétiole à section presque triangulaire et avec de légères cannelures longitudinales sur chacune de ses ''faces''. C'est un pétiole glabre, parfaitement rigide mais néanmoins souple, pouvant atteindre les 80 centimètres de long.

 

Cette tige présente à sa base une forme en ''U'' ou de chausse-pieds, qui lui permet de s'adapter ou d'être engainée dans l'espèce de nœud végétal d'où partent tous les pétioles.

 

Mais au fur et à mesure qu'un pétiole se déploie dans l'espace cette configuration particulière s'amenuise pour disparaitre au profit d'une tige à section anguleuse.

 

 

 

Chaque pétiole soutient un limbe qui, dans la plupart des cas, prolonge le pétiole à son apex (sommet) sans casser sa courbe aérienne.

 

Comme son nom l'indique, ''cordifolius'', cette feuille est en forme de cœur, mais d'un cœur très allongé.

Il peut mesurer jusqu'à 40 cm dans sa longueur et 24 dans sa largeur. Ces dimensions sont évidemment fonction de l'âge de la feuille.

 

De part et d'autre de la nervure centrale d'une feuille, il y a entre 3 et 4 nervures verticillées, c'est-à-dire parallèles à la nervure principale. Comme cette dernière les nervures verticillées partent de l'apex du pétiole pour aller jusqu'à l'extrémité de la feuille, qui ondule légèrement sur ses côtés.

 

Les feuilles sont parcourues par des canaux lactifères schizogènes c'est-à-dire des canaux contenant du lait qui sont coupés de tout réseau lactifère existant ou supposé exister.

 

   

 

Les fleurs de l'échinodorus cordifolius naissent sur des scapes, c'est-à-dire des tiges dépourvues de feuilles et destinées à la reproduction de la plante ; elles sont aussi radicales, c'est-à-dire partant des racines de la plante.

 

Ces scapes à section géométrique anguleuse de même type que les pétioles sont glabres. Ils mesurent environ un mètre et ont tendance à fléchir, voire à se courber plutôt qu'à s'élever dans les airs.

 

Tous les 11 à 13 centimètres environ ils développent sur leur longueur des nœuds à partir desquels vont naître une dizaine de pétioles mesurant 3 centimètres. Au bout de chacun d'eux il  se former un bouton floral.

 

Ces fleurs, trimères, régulières ou actinomorphes, (symétriques par rapport à un axe) sont des plus communes.

 

   

 

Elles naissent en petites panicules de 3 ou 5 fleurs, développent trois sépales de couleur verte, trois pétales de couleur blanche et entre 12 et 15 étamines de couleur jaune dont l'anthère biloculaire (A deux poches.) contient un pollen multipore.

 

Le diamètre de la fleur n'excède pas les 3 ou 4 centimètres.

 

Ce sont aussi des fleurs hermaphrodites (bisexuées) possédant plusieurs ovaires infères, c'est-à-dire situés à la base de la fleur proprement dite ou surmontés par les éléments qui constituent la fleur, ce qui revient au même. De ce fait il s'agit d'une fleur hypogyne.   

 

   

 

L'échinodorus cordifolius  

 

Le fruit de la fleur est un akène (*) c'est-à-dire un fruit sec indéhiscent qui ne contient qu'une seule graine et qui ne s'ouvre pas de lui-même à maturité. (Exemple la noisette)

Ce fruit, qui contient la graine, a l'aspect d'une toute petite épine d'environ 2 mm de long et un demi-millimètre d'épaisseur.

Au tout début de la fructification apparait une boule verte qui atteint au maximum 7mm de diamètre. Ce sont les fruits qui se pressent les uns contre les autres.

Cette boule, ou infrutescence, a l'aspect d'une petite mûre verte aux granules très petits.

Au fil des jours cet agglomérat vire au marron clair et ressemble, effectivement à un mini-hérisson.

En voulant le saisir précautionneusement du bout de deux doigts, toutes les akènes se sont détachés les uns des autres et se sont répandus dans l'espace.

La graine est sans embryon.


 

 

(*) Akene s'écrit aussi : achaine ou achène.

 

 

   

 

Il y aurait encore beaucoup à écrire concernant cette plante, en particulier son adaptation en aquarium. Mais ce n'est pas mon sujet, même si à Chiang-Maï les aquariums ne manquent pas.

 

   

 

 

 



03/07/2012
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