MerveilleuseChiang-Mai

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MONASTERE (LE) ou … WAT DU LANNA (LE)

 

 

LE MONASTERE OU … LE WAT DU LANNA

 

 

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Photo 1 : La perspective d’un Wat, le Wat Sri Suphan de Chiang-Mai hors les murs.

Photo 2 : Chiang-Mai et ses temples - une cinquantaine intra-muros

Photo 3 : Le Plan du Wat Sri Suphan montrant l’implantation des édifices principaux.

 

En Thaïlande comme au Lanna, à la condition de bien retenir et de bien prononcer le nom du temple près duquel vous logez, vous ne pouvez pas vous perdre. Car si la plupart des indigènes ignorent le nom de leur rue, tous, ou presque, connaissent la route qui conduit à tel ou tel temple.

 

Autrement écrit la Thaïlande et le Lanna ne manquent pas de monastères ou de temples, et pourtant il s’en construit tous les jours. En 1997 le royaume comptait 30.377 monastères, (*) près de la moitié ont été construits lors des 70 dernières années, c’est-à-dire entre 1928 et 1998, ce qui donne, mathématiquement parlant, plus de 200 constructions de lieux de culte par an ?!...

 

Pour être honnête il faut préciser qu’il convient de compter dans ces deux cent bâtiments ceux dont le but était de se substituer à d’anciens édifices dont l’aspect mettait en valeur un art de vivre et un style régional qui soi-disant dévalorisaient l’image du royaume ; alors que l’art Rattanakosin, l’art qui fleurit à tous les coins de rue de Bangkok, à la prétention de donner à la Thaïlande ses lettres de noblesses ou plutôt … - ce n’est que mon avis - de faire que tous les temples finissent par se ressembler … sauf ceux du Lanna qui eux … cultivent leurs différences.

 

(*) 16.503 monastère avait été recensés en 1927, et en 2001 près de 35.000, d’après Phra Rajyanvisith (พระราชญาณวิสิฐ) c’est-à-dire 5.000 de plus en quatre ans, de 1997 à 2001, soit plus de 1.000 temple par an ?!....

 

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Photo 1 : Le Wat Sanvanwaripatanaram (วัดสนวนวารีพัฒนาราม) de Khon Kaen (ขอนแก่น). Au premier plan un sim ou ubosot caractéristique de l’art de l’Isan ; et en arrière plan un arrogant Ubosot de style ‘’Rattanakosin‘’. (Photo du 17.02.2016)

Photo 2 : Le Wat Buppharam (วัดบุปผาราม) de Chiang-Mai (เชียงใหม่). Au premier plan un Viharn caractéristique de l’art du Lanna ; et en arrière plan un Ho trai (Bibliothèque) de style ‘’Rattanakosin‘’.  (Photo du 09.03.2013)

Photo 3 : Un sanctuaire (Sim ou ubosot ?) très bien entretenu au sein du Wat Sanak Khidongbo (วัดสนัคคีดงบ่อ) non loin de Khon Kaen (ขอนแก่น) … ce qui n’était pas le cas de l’ubosot voisin made un Bangkok.

 

Nota bene : Les autochtones sont très attachés à leur passé aussi pauvre soit-il. Ainsi lors de ma visite en Issan, pour ne citer que cet exemple, je me suis arrêté au Wat Sanak-khi-dong-bo (วัดสนัคคีดงบ่อ). Dans ce Wat, grâce à Bangkok, s’élevait un grand Ubosot tape-à-l’œil de style Rattanakosin. Les portes étant ouvertes j’ai voulu y pénétrer. Mal m’en a pris, car le sol du bâtiment était couvert de fientes de pigeons. Le lieu ressemblait plus à un pigeonnier qu’à un lieu de culte. Malgré mon respect pour Bouddha je me suis rechaussé et j’ai fait demi-tour. Tout à côté il y avait le sim traditionnel qui lui, ouvert à tous vents, était d’une propreté … surprenante ?!...

Ce n’est que le 29 Mai 2016 à l’initiative du général Pongsak Siriwong que les langues, d’Issan, du Lanna et du Sud sont entrées officiellement dans le dictionnaire Thaï sous l’égide de la Société Royale du dictionnaire.     

 

En fait … le style régional de l’Issan comme celui du Lanna ne font qu’enrichir le patrimoine culturel de la Thaïlande. Hélas aux funestes desseins mis en œuvre par Bangkok et qui chaque jour se perpétuent, viennent s’ajouter les méfaits du tourisme.

 

En effet, l’afflux de visiteurs transforme les lieux de culte en parc d’attraction – je n’exagère pas - où le respect est le dernier souci des touristes, surtout ceux venant du très grand pays voisin, la Chine pour ne pas la nommer.

 

A Chiang-Mai, nombre de monastères mettent un point d’honneur à rénover, et à construire des sanctuaires quelque peu … tape-à-l’œil pour attirer les touristes, ce qui a pour conséquence, entre autres, de priver les fidèles de ces Wats d’une aire ombragée où il faisait bon de se retirer soit pour méditer, soit tout simplement pour jouir d’un environnement d’exception où il faisait bon rêvasser. C’est ainsi qu’au Wat Chiang man quelques arbres ont été abattus pour faire … un parking ?!... Il faut bien que les touristes se garent n’est-ce pas ?!....

 

 

Mais comment se créait dans les temps anciens, et encore aujourd’hui, un monastère ou … un Wat, pour utiliser le mot thaïlandais servant à désigner … un monastère.

 

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Photo 1 : La recherche de l’aire à construire : En 2008 des fouilles sont entreprises pour retrouver les fondations d’un ancien Viharn. C’est là que s’élève aujourd’hui le charmant Viharn de style Lanna du Wat Sadue Muang Inthakin.

Photo 2 : Carte précisant l’aire de culture bouddhique commune aux Thaïs du Nord.

Photo 3 : Construction d’une salle (Sala) au Wat Mo Kham Tuang (วัดหม้อคำตวง) de Chiang-Mai intra-muros nord en 2012.  

 

 

Au Lanna, quand il s’agit de construire, tout commence par une série de cérémonies dont les rites puisent dans la diversité ethnoculturelle à la base de l’identité … ‘’Lanna‘’, laquelle est indissociable du Bouddhisme. Un bouddhisme, aux influences diverses, qui a su s’accommoder de l’animisme et à s’adapter aux conditions géographiques de cet ancien royaume.

 

 

Pour construire le moindre abri, il faut un terrain. Alors après avoir choisi une aire propice à leur projet, les promoteurs d’un Wat vont ordonner le terrain, pour en faire un espace sacré à l’image des mondes de la cosmologie bouddhique ; un espace sacré et ordonné qui va se substituer à une aire qui n’était à l’origine qu’un chaos désorganisé. Au désordre va succéder l’ordre.

 

La cosmologie bouddhique s’inspire de la cosmologie indienne d’origine védique et brahmanique ; à savoir, reproduire l’univers sur terre au moyen de formes géométriques, pour organiser un espace défini dans un but précis. Cette reproduction, ou mandala, se présente alors sous la forme d’un diagramme géométrique symbolique doté d’un centre autour duquel tout s’organise ; le mandala est donc un espace sacré.

 

Dans le cas de la cosmologie indienne le mandala est la résultante d’une pensée religieuse qui considère que la création est l’œuvre d’un être suprême, c’est-à-dire … un dieu.

 

Dans le cas de la cosmologie bouddhique le mandala est une représentation symbolique montrant de manière concrète des concepts abstraits. De ce fait un mandala contient d’autres mandalas et s’inscrit au sein de mandalas plus conséquents. Les mondes s’interpénètrent comme dans la cosmologie des trois mondes ou ‘’Traibhûmi Brah Rvan‘’.

 

 

En résumé, et pour faire simple :

 

Le mandala, généralement, se présente sous la forme d’un diagramme composé de figures géométriques. Il peut s’agir d’un cercle contenant un carré ou d’un carré à l’intérieur duquel s’inscrivent un ou plusieurs cercles. Toutes les variantes sont possibles.

 

Après le tracé de quelques figures d’ordre général, des médianes et des diagonales sont alors tirées pour définir l’emplacement de certaines divinités. La divinité principale prend place à l’intersection de ces médianes et de ces diagonales, c’est-à-dire au centre du diagramme.

 

Dans le cas d’un mandala de Wat, Le tracé de la figure géométrique extérieure du mandala, c’est-à-dire ce qui représente l’enceinte du Wat, est trouée à différents endroits pour y aménager des portes qui seront mises sous la protection de géants aux airs terrifiants pour écarter les mauvais esprits.

 

Cependant, le mandala va au-delà d’une aire sacrée représentant un Wat. C’est aussi un cosmogramme, c’est-à-dire une représentation de l’univers tout entier.   

 

En conclusion : Au Lanna, si l’architecture (matériaux – formes etc…) évolue avec le temps, les croyances et la religion bouddhique qui accompagnent cette architecture restent constantes. Car au Lanna la création architecturale repose sur une conception spirituelle de l’architecture. L’humain pour laquelle elle est conçue doit pouvoir y vivre en toute harmonie et s’épanouir en son sein selon ses croyances les plus diverses. 

 

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Photo 1 : Le diagramme de la ville de Chiang-Mai à sa création. Le centre en est le Wat Sadeu Muang et le diagramme concerne Chiang-Mai intra-muros.

Photo 2 : Le diagramme de la ville de Chiang-Mai deux siècles plus tard. Le centre a légèrement été déplacé, c’est alors le Chédi Luang qui prend la relève, et le diagramme devient extra-muros ; huit Wats nouveaux ont été créés à la périphérie de la ville pour entrer dans le processus de sa protection.

Photo 3 : Le diagramme d’un Wat selon les conceptions du Lanna. Au centre il y a … l’image principale, là où sera construit le Viharn puis s’élèveront, au fur et à mesure des nécessités les autres bâtiments dont certain (s) ne seront –peut-être jamais construits.

Dans les huit directions figurent en bleu les noms des frères d’Airavata, la monture du dieu Indra et en carmin celui de ses sœurs. Ils ont tous la charge de protéger l’univers en général et le Wat en particulier. 

 

Après le choix et la préparation du terrain suivent les constructions.

 

 

Le monastère (Wat) et ses dépendances :

 

 

Le premier bâtiment : Le Kuti (กุฏิ)

 

A l’origine, la construction d’un monastère commençait par l’implantation d’un kuti (กุฏิ) non loin de quelques habitations. A moins que ce fût le contraire, à savoir quelques familles en recherche de terres cultivables venant s’installer non loin d’une petite case sur pilotis servant d’habitat à un ou plusieurs moines, des moines … ‘’évangélisateurs‘’ ou moines urbains dits des ‘’gammavāsi‘’, ou des moines pratiquants la méditation ou moines de la forêt dits des ‘’araññavāsi‘’.

 

Souvent, par la suite, un deuxième ou troisième kuti pouvait être construit près de cette première petite case. Alors une plateforme attenante aux kutis, elle aussi sur pilotis, ouverte à tous vents, et parfois recouverte d’un toit, était aménagée et constituait un lieu de rencontres et d’accomplissement de l’acte méritoire : l’aumône (*) à savoir porter de la nourriture aux moines. Ce lieu de rencontres et d’échanges portait le nom de ‘’véranda‘’. Au Lanna, les maisons de style Lanna possèdent pratiquement toutes … une véranda.

 

Très vite, la ou les vérandas devenait (ent) exiguës. Alors dans une aire nouvellement sacrée, délimitée par une barrière, une construction spécifique - une sala (ศาลา) – était envisagée. Sa réalisation devait répondre aux besoins de la communauté et son coût  aux fonds  réunis par les villageois.

 

(*) L’aumône est un acte méritoire important pour un laïc bouddhiste car il lui permet d’obtenir des mérites. Elle est à la base de toutes les fêtes, et permet d’affirmer au sein d’un groupe la position de chacun. En principe, plus le donateur est généreux et plus sa position sociale est élevée.

Attention : Le moine ne mendie pas sa nourriture et ne tend jamais son bol. Ce sont les laïcs qui d’eux-mêmes viennent déposer leur don dans le bol que le moine tient à leur disposition.

 

 

Avec la construction d’une sala, l’ermitage, qui au départ n’était que l’abri d’un religieux, va devenir, grâce à la piété et à la générosité des villageois un espace qui va se couvrir de bâtiments et de sanctuaires … c’est-à-dire … un Wat. (1)

 

L’aire de ce Wat sera divisée en deux parties ; l’une pour les différentes célébrations communes aux moines et aux laïcs, c’est le ‘’Buddhawat‘’ (พุทธาวาส) et l’autre réservée aux seuls moines, c’est le ‘’Sanghawat‘’ (สังฆาวาส) c’est-à-dire l’aire de vie spécifique au sangha, le sangha étant la communauté des moines ; une communauté commence avec quatre ou cinq moines.

 

Au début les bâtiments sont construits pour répondre à l’urgence des besoins, ensuite ils le seront pour que le Wat soit un digne représentant du village et porte témoignage de sa vie. De ce fait, les villageois auront à cœur de donner, au travers de ce Wat, la plus belle image qui leur soit possible de montrer de leur communauté à leurs visiteurs. (Ne pas perdre la face ?!...) Rien ne sera trop beau pour la construction des bâtiments. Les meilleurs matériaux seront employés, et les dernières techniques de pointe seront mises en œuvre pour les diverses constructions.

 

Ce n’est pas par hasard si dans les villages les plus reculés les habitants vivent encore dans des ‘’cabanes‘’ en bois, alors que les bâtiments de leurs Wats sont construits en dur, c’est-à-dire en briques et en limonite (2) revêtus de stuc ou de mortier et avec les plus beaux troncs d’arbres des environs.

 

Par ailleurs c’est aussi rendre hommage à Bouddha  que de lui consacrer ce que le village a de plus précieux.

 

(1) Autrefois, et encore aujourd’hui, un Wat pouvait être, et peut être, financé par un individu désirant acquérir des mérites. C’est alors une œuvre pie. Autrefois, et peut-être encore aujourd’hui ?!... le mécène faisait durer la construction du Wat le plus longtemps possible car il était persuadé qu’en prolongeant la construction d’une œuvre méritoire il prolongeait d’autant son existence ?!... 

A noter que des moines pouvaient financer une œuvre pie mais …. Comment financer une œuvre pie quand on est censé ne rien posséder ?!...

(2) La limonite est une roche ferrugineuse de couleur ocre ou brune.


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                                                  Quelques Kuti !... avec véranda.

Photo 1 : Un kuti du Wat Pa Daeng (วัดป่าแดง) de Chiang-Mai. Un Wat de la forêt rattrapé par l’urbanisation. Le kuti a sa véranda. (Photo de 2012)

Photo 2 : Un kuti du Wat Phra Phutthabat Tak Pha (วัดพระพุทธบาทตากผ้า) près de Pasang au Nord de Lamphun. Un Wat de la forêt encore en pleine de forêt. (Photo du 10 avril 2014).

Photo 3 : Un kuti du Wat San Phra Net (วัด สันพระเนตร) du côté de San Saï. (Photo du 04.12.2009)

Photo 4 & 5 : Deux kutis, un ancien et un nouveau dont les villageois sont fiers, du Wat Pa Dji ou Wat Pa Chi (วัดป่าจี้ ou วัดป่าชี้) non loin du Doï Kham.  (Photos du 14.05.2016)

Photo 6 : Un kuti du Wat Chang Kong (ช่างฆ้อง) de Chiang-Maï. (Photo 2009)

 

 

Nota bene : Le kuti individuel est une petite cellule d’environ 12 empans de long sur 7 empans de large, soit environ 2,50 à 3 mètres de long sur 1,75 à 2 mètres de large. Il ne doit comporter aucune décoration, car au Lanna, toute fioriture sans rapport avec le statut social est considérée comme … maléfique.

 

Le deuxième bâtiment : La sala (ศาลา)

(Annoté 1 sur le plan du Wat Sri Suphan)

 

 

Les premières salas étaient, elles aussi, construites sur pilotis et, au milieu des terres destinées au Wat. Car elles étaient le centre du mandala, ou plutôt c’était l’image de Bouddha qui sous la sala était le centre du mandala autour duquel allait s’organiser le Wat.

 

Les dimensions des salas et leur fonction variaient selon les besoins du village.

 

C’était dans la sala que les villageois venaient écouter les prêches, le plus souvent un jataka (ชาดก) c’est-à-dire un ou des contes se rapportant à des vies passées du Bouddha ; le plus connu, et le plus représenté de ces contes était le Vessantara Jataka, (เวสสันดรชาดก) ou Wessandorn le prince charitable, un conte sur le don de soi lié à la dernière renaissance du Bouddha.

 

La sala servait donc de lieu d’enseignement religieux auprès des adultes  mais aussi auprès des enfants. Bien évidemment, au tout début ‘’l’école … primaire‘’ ne concernait que quelques enfants, mais lorsque le village prendra de l’extension les enfants entreront à l’école du Wat comme novices ou ‘’bonzillons‘’ et ainsi apprendront à lire, à écrire et à compter … dans les meilleurs des cas, car l’école prendra son essor sous le roi Chulalongkorn (Rama V).

 

La sala avait aussi la fonction d’accueillir et d’héberger les voyageurs.

 

Pour des raisons pratiques la sala pouvait être dotée d’une chaire et abriter le gong invitant à la prière. Aujourd’hui la plupart des salas sont devenus, ou deviennent, des lieux clos mais remplissent toujours les mêmes fonctions.

 

 

Le troisième bâtiment : Le Viharn ou Vihara (ศาลา)

(Annoté 2 sur le plan du Wat Sri Suphan)

 

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                  Le Wat E-Kang (วัดอีค่าง) de Wiang Kum Kam (เวียงกุมกาม)

 

(Les fondations de ce Wat, excavées entre 1985/86, datent du XVI ou XVIIe siècle)

 

Ces photos ont pour but de montrer l’indissociabilité entre la conception architecturale du Lanna et le bouddhisme.

 

 

Photo 1 : Ces marches latérales gauches du Viharn confirment le rapport avec la descente du ciel des 33 dieux ou Tavatimsa de Bouddha. (Explications à suivre)

Photo 2 : L’intérieur du Viharn : une allée centrale et deux contre-allées. Ce plan d’occupation est pratiquement repris par tous les Viharns du Lanna.

Photo 3 : Les ‘’restaurateurs‘’ n’ont pas reconstitué l’escalier droit, mais quelques briques indiquent qu’il y avait là un escalier. (Même remarque qu’à la photo 1)

 

 

En fait ce troisième bâtiment sera le premier en dur et va se construire en lieu et place de la sala sur pilotis qui va être ‘’déménager‘’ ou reconstruite, (1) en général au sud/est de ce Viharn, comme au Wat Sri Suphan. C’est-à-dire à l’entrée du Wat. Car la sala gardera le rôle social qui était le sien au sein du Wat, c’est-à-dire le lieu où se règle la vie communautaire en général mais aussi où tout un chacun peut y trouver l’aide dont il a besoin, comme par exemple des soins médicaux.

 

Seule l’image de bouddha, qui était placée au centre de la sala restera en place, c’est-à-dire au centre du mandala parce qu’elle est l’image sacrée autour de laquelle s’organise et s’organisera le Wat.

 

Matériellement, si l’image le permet, elle sera déplacée et lorsque le viharn sera terminé elle retrouvera sa place.

 

Par contre si ses dimensions et son poids la rendent immuable, le Viharn se construira autour d’elle, comme ce fut le cas pour Phra Kao Tue (พระเจ้าเก้าตึ้อ) du Wat Suan Dok au début du XVIe siècle. (2)

 

L’édification d’un Viharn peut-être l’occasion de ‘’remplacer‘’ l’ancienne image par une image plus conséquente en briques, ou en bronze.

 

(1) Aujourd’hui beaucoup de salas de Wats sont construites avec des portes.

(2) Phra Kao Tue (พระเจ้าเก้าตึ้อ) mesure quatre mètres de haut, trois mètres de large et son poids oscillerait entre 9 et 12 tonnes ?!...

 

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        Construction d’un viharn de style Lanna autour d’images immuables

                    Au Wat Sadeu Muang Inthakin (วัด สะดือ เมือง ou วัด อินทขีล).

 

Photo 1 : Avant 2008 Phra Kao (พระเก้า) et deux autres images sont restés à tous vents de nombreuses années et n’étaient abrités qu’au moyen de quelques tôles.

Photo 2 : En un peu plus d’un an la structure en bois du Viharn fut assemblée, avec sous la charpente les trois images. (Photo 2009).

Photo 3 & 4 : En 2013 tout, ou presque, était terminé et les images méconnaissables. Chiang-Mai s’enrichissait d’un nouveau et superbe Viharn Lanna reconstruit sur d’anciennes fondations … mais pas tout à fait dans l’esprit Lanna ?!....

 

 

Le mot pāli ‘’viharn‘’ vient du mot sanskrit ‘’Vihara‘’. Un mot qui à l’origine désignait une demeure en général. Puis lorsqu’en Inde le bouddhisme est apparu, et que les adeptes de Bouddha s’abritèrent sous des abris de fortune pour méditer lors de la saison des pluies (Vassa), ces lieux divers (grotte, cabanon, grand bâtiment) prirent le nom de viharn. Avec le temps ce nom fini par désigner une salle de prières.

 

Le Viharn est construit suivant l’orientation Ouest-Est, car l’image de Bouddha et son environnement à l’intérieur du Viharn a pour objet de montrer et de rappeler aux fidèles la scène du Bodhisattva Gautama devenant un Bouddha parfait et accompli, c’est-à-dire le moment même de son éveil.

 

De ce fait l’image de Bouddha est posée sur un ‘’trône de sagesse‘’ c’est-à-dire un autel qui s’appuie sur un mur borgne. Dans la plupart des cas, un pipal, (l’arbre de la Bodhi) (*) est peint sur ce mur ; et l’image de Bouddha, tout comme l’être promis à l’éveil, fait face à l’orient (Est).

 

Car c’est en faisant face à l’Est que Siddharta Gautama est entré en méditation et qu’il a accédé au suprême et complet éveil, c’est-à-dire qu’il est devenu un Bouddha parfait et accompli, à savoir le modèle à suivre.

 

(*) L’arbre de la Bodhi, ou le ‘’ficus religiosa Lin.‘’ de son nom botanique, qu’on trouve dans tous les temples sans exception, est l’arbre sous lequel Siddharta Gautama a trouvé le complet et parfait éveil et est devenu un Bouddha.

 

La symbolique de l’Est dans le bouddhisme : (Brièvement)

 

L’Est est symbole de vie : C’est à l’Est que le soleil se lève. Avant son apparition toute vie est éteinte, c’est le chaos, la nuit. Dès son levé il darde la terre de ses rayons et comme par magie tout s’anime car la vie renaît.

 

A l’entrée des Viharns, de part et d’autre de l’escalier central, se dressent des animaux fantastiques et effrayants, ce sont des Nāgas ou Nāks. Ces animaux mythiques sont des amphibiens qui dans la mythologie bouddhique, outre le fait de protéger Bouddha, symbolisent le feu intérieur, c’est-à-dire la virilité à l’état brut, c’est pourquoi pour maîtriser cette énergie plus destructrice que fécondante le Naga (1) est cloué au sol lors du rite d’une construction.

 

L’est est aussi un symbole de victoire : Après son éveil Bouddha a médité durant sept semaines. Chaque semaine il prenait place dans une direction différente, mais en faisant toujours face à l’arbre de la Bodhi.

Lors de la cinquième semaine, celle que les écritures appellent Achapala Nikhrot (2), Bouddha méditait à l’Est de l’arbre de la Bodhi. C’est alors qu’il a vaincu et sublimé toutes les ‘’épreuves‘’ que Mara le tentateur lui a soumis lors de cette méditation.

La victoire de Bouddha a donc été de ne pas succomber aux multiples plaisirs qui retournent les sens et écartent de la spiritualité et, par voie de conséquence, du nirvana.

 

(1) Le mot ‘’Nak‘’ (นาคะ) sert à désigner un jeune garçon qui se destine à l’ordination. Ce dernier n’a pas fait vœux de chasteté mais … va devoir maîtriser sa virilité, ses pulsions, après son ordination. Dans la tradition Thaï Yaï le jeune postulant à l’ordination, qu’on pourrait comparer à un spermatozoïde, (Les Nagas ne marchent pas) est transporté à dos d’homme jusque dans la salle d’ordination (Ubosot), symbole de la matrice, d’où il sortira tel un nouvel être après avoir été ordonné.

(2) Le Nikhrot (นิโครธ) est l’arbre sous le lequel Bouddha médita et repoussa Mara (Le tentateur) lors de sa cinquième semaine de méditation. Cet arbre était un ficus Bengalensis ou, de son nom sanskrit un … Nyagrodha.

 

 

Les différents éléments d’architecture qui constituent la construction d’un Viharn se rapportent, d’une façon ou d’une autre, à la vie de Bouddha et aux croyances du Lanna, mais … il y a toujours l’exception qui confirme la règle, surtout lorsque l’art Rattanakosin (1) est apparu au Lanna ?!....

 

Le Viharn, appelé ‘’Sim‘’ en Issan, se présente sous la forme d’une pièce rectangulaire aux dimensions variables ; et il repose sur un soubassement d’environ cinquante à soixante dix centimètres de haut. En général la longueur du Viharn correspond au double de sa largeur à … quelques mètres près ?!... beaucoup d’anciens Viharns mesurent entre 15 et 20 mètres de long sur une dizaine de large.

 

Devant l’entrée du Viharn, il y a très souvent, mais ce n’est pas toujours le cas, un porche à colonnes protégé par une balustrade dont le sol est du même niveau que celui du Viharn. L’accès du porche ou du Viharn quand il n’y a pas de porche, se fait par un escalier que le visiteur gravi d’Est en Ouest. Compte tenu de l’orientation du Viharn, c’est la logique même. Une logique tellement logique que tout un chacun oublie l’essentiel, c’est-à-dire les deux arguments qui justifient cette conception ‘’Est-Ouest‘’.

 

Premier argument : (Qui n’est pas sans rapport avec le deuxième.) La tradition propre au Lanna précise que l’escalier principal d’un habitat doit être protégé par un auvent, qu’il doit comporter un nombre impair de marches et … qu’il doit monter d’Est en Ouest … une direction de bon augure … jamais d’Ouest en Est, car cela porterait malheur aux occupants de la maison.

 

Deuxième argument : La montée d’Est en Ouest symbolise l’individu lambda qui, comme Bouddha, quitte la terre pour … s’élever vers des sphères supérieures ou … le ciel des trente trois dieux connu sous le nom de ‘’Trayastrimsa‘’ ou ‘’Tavatimsa‘’. C’est en ce lieu mythique que Bouddha vers l’âge de 41 ans se serait rendu, lors de sa retraite d’été, pour prêcher à sa mère et aux trente trois dieux sa doctrine.

 

Après sa prédication qui aurait duré trois mois, Bouddha serait redescendu sur terre au moyen d’un triple escalier, dont celui du milieu était en Or. Il était alors accompagné d’Indra (Śakra) et de Brahma.

Indra à la droite de Bouddha descendait un escalier de pierres précieuses et Brahma à la gauche de Bouddha descendait un escalier d’argent.

 

Ce triple escalier était soutenu de part et d’autre de sa largeur par un Nāga qui faisait aussi office de rambarde. Ces Nāgas, sont le symbole de l’arc-en-ciel qui relie la terre au ciel des trente trois ou Tavatimsa.

 

(1) L’art Rattanakosin doit beaucoup aux architectes italiens, surtout Piémontais, venus à Bangkok sous Rama V qui fut émerveillé par l’architecture piémontaise (Turin) lors de ses voyages en Europe. Malgré le prince Naris dit Narisara Nuvttiwongse (1863-1947) (พระยา นริศรา นุวัดติวงด์) qui supervisa nombre de travaux les conceptions européennes architecturales ont largement empiété sur les conceptions architecturales siamoises et … vraisemblablement ( ?) … leurs racines bouddhiques.

 

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                       Bouddha descendant du ciel des 33 dieux (Tavatimsa).

     (Un épisode de la vie de Bouddha en rapport avec la construction d’un viharn.)

Photo 1 : Une peinture murale du Wat Dang (วัดด้าง) de Chom Thong (จอมทอง), au Sud de Chiang-Mai (Photo du 15.02.2014)

Photo 2 : Le mur extérieur ouest du Wat Chai Mongkhon (วัดชัยมงคล) de Chiang-Mai. (Photo du 19.06.2016)

Photo 3 : Une peinture murale de style néo Lanna du Wat Loï Kroh (วัด ลอยเคราะห์) de Chiang-Mai. (Photo du 19.05.2016)

 

 

Le Nāga et le dragon ‘’Makara‘’ sont dans les chroniques bouddhiques des divinités de l’eau qu’on trouve sous les noms de Sāgara roi des Nāga et de Varuna, qui dans la mythologie indienne est en relation avec l’eau. Ainsi, dans la littérature sanskrite le mot désignant l’océan est … ‘’Makaralaya‘’ c’est-à-dire la région de Makara. De ce fait, ce dragon symbolise la bouche de Varuna, dieu de l’eau, et souvent c’est de sa bouche que sort et s’élance dans les airs, au bas d’un escalier conduisant à un viharn … un nāga.     

 

 

Symboliquement, dans le cas présent, le Viharn ou Vihara est le mythique ‘’trayastrimsa‘’ ou ‘’Tavatimsa‘’, le lieu où le fidèle vient écouter la doctrine dispenser par le représentant du Bouddha. (C’est la réplique de Bouddha enseignant sa mère)

 

L’entrée d’un Viharn se compose de trois portes. La porte principale, souvent très ouvragée, symbolise l’escalier d’or, celui emprunté par Bouddha, et les portes latérales, souvent fermées, peuvent être assimilées pour l’une, à l’escalier de pierres précieuses et pour l’autre, à l’escalier d’argent.

 

De part et d’autre de cet escalier il y a …l’arc-en-ciel qui relie la terre au ciel des trente trois c’est-à-dire … un Nāga qui se love sur lui-même ou qui sort de la bouche d’un … makara.

 

Parfois une peinture murale intérieure, tout au-dessus de la porte principale rappelle la descente de Bouddha au ‘’Jambudvipa‘’ ou plus précisément dans la ville de ‘’Saṅkāsya‘’. Le ‘’Jambudvipa‘’, d’après la cosmologie bouddhique est le seul lieu où se manifestent les Bouddhas.

 

 

En conséquence : Lorsque des entrées latérales étaient construites pour accéder à l’intérieur d’un Viharn de style Lanna, leur escalier était construit parallèlement au Viharn et non perpendiculairement. De ce fait ces escaliers se montaient d’Est en Ouest, et non le contraire.

 

Pour obtenir ce résultat les murs latéraux des Viharns n’étaient pas percés, car c’était le Viharn qui, de part et d’autre était élargi d’un mètre environ. Alors, l’escalier de chacune de ces portes symbolisait, pour l’un l’escalier de pierres précieuses et pour l’autre l’escalier d’argent comme dans la descente de Bouddha du ciel Tavatimsa. (Voir les photos ci-dessus et … ci-dessous)  

 

Avec l’arrivée au Lanna de l’art Rattanakosin et de ses grands Viharns qui en imposent (Wat Chédi Luang (1) et Wat Phra Singh à Chiang-Mai, pour ne citer que les plus connus) la construction d’escaliers latéraux se justifient, mais leur implantation ne respecte plus la tradition … Lanna ?!.... elle reproduit le modèle en cours à Bangkok.

 

(1) Le Viharn du Chédi Luang a, sous un hall (l’auvent), les trois escaliers qui sont parallèles et indépendants.    

 

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Photo 1 : La porte Sud du Viharn du Wat Prasat (วัดปราสาท) de Chiang-Mai. De cette porte descend un escalier de 5 marches symbolisant l’escalier de pierres précieuses de la descente de Bouddha du ciel Tavatimsa.

Photo 2 : Le viharn du Wat Prasat (วัดปราสาท) dont l’une des particularités est de communiquer directement avec son Chédi.

Photo 3 : Une peinture murale du Wat Sri Boun Ruang (วัดศรีบุญเรอืง) près de Wiang Kum Kam. (Photo de 2008)

Photo 4 : Le viharn Laï Kham (วิหาร ลายคำ) du Wat Phra Singh de Chiang-Mai. C’est à l’intérieur de ce Viharn que se trouve le Phra Singh, une image de Bouddha légendaire.

Photo 5 : La porte Nord du Viharn Laï Kham du Wat Phra Singh de Chiang-Mai. De cette porte descend un escalier de 7 marches symbolisant l’escalier d’argent de la descente de Bouddha du ciel Tavatimsa. (Photos du 19.05.2016)

 

 

Intérieurement le Viharn comporte une allée centrale ou nef, délimitée par d’imposants piliers en bois, et de part et d’autre de cette allée il y a un bas-côté plus ou moins large. (Revoir les photos du Wat E-Kang).

 

Cette allée conduit à une plateforme, semblable à un autel, d’environ un mètre de haut, à profondeur variable et occupant presque toute la largeur du Viharn. C’est sur cette construction qui symbolise le ‘’trône de sagesse‘’ ou ‘’le trône de gloire‘’, (1) (C’est selon) que repose l’image du Bouddha principal et où viendront se joindre d’autres images plus modestes.

 

Sur le devant de cet autel, reposant au sol, il y a presque toujours un magnifique ‘’chandelier Lanna‘’ (เชิงเทียนล้านนา – Tchegn-Thian Lanna) ou Sat-ta-phan (สัตตภัณฑ์). Ce sattaphan est un héritage de l’occupation Birmane ; il est caractéristique du … Lanna et appartient maintenant à son patrimoine.

 

Le mur du fond est en général borgne, c’est-à-dire sans aucune ouverture parce qu’il donne sur l’Ouest et c’est de l’Ouest que sont censés venir les mauvais esprits et les influences maléfiques. Au dehors,  ce mur fait parfois l’objet de décorations comme au Wat Chai Mongkhon avec la descente du ciel des 33 dieux ou Tavatimsa. (Voir photo ci-dessus)

 

La lumière entre dans le Viharn par les fenêtres des murs latéraux, qui souvent la filtre, et par la porte principale.

 

Les murs intérieurs des anciens Viharns sont, la plupart du temps, d’un blanc grisâtre alors que les Viharns ayant adopté l’art Rattanakosin sont souvent couverts de peintures murales sans originalité, réalisées par de bons artisans peintres (Chang-fi-mu - ช่างฝีมือ) certes,  mais pas vraiment des artistes (Sinlapin - ศิลปิน) c’est-à-dire des créateurs. (2)

 

(1) A l’origine le trône de sagesse se constituait de huit brassées de foin vert (Kuça) apporté au pied du pipal (l’arbre de la Bodhi) par un inconnu. C’est donc sur ce simple tapis d’herbes que bouddha atteignit l’éveil. Les bouddhistes, et les siècles aidant, en ont fait un trône de plus en plus somptueux ?!...

(2) Il y a au Lanna d’anciennes peintures murales de plus d’un siècle (Viharn Laï Kam de style Lanna du Wat Phra Singh). Aux alentours des années 50 ou 60 nombre de peintres se sont inspirés ou ont copiés des cartes postales de facture Indienne, signées de Pednekar, (เพ็ดเนการ์) TK Sharma, CS Amama et Somkhuan Sakunthong (สมควร สกุลทอง); ainsi que de facture thaïlandaise, signées de Phra Thewaphinimmit (พระเทวาภินิมมิต) (1888-1942/7) et Hem Wetchakon (เหม เวชกร) (1903-1969), illustrant la vie de Bouddha. Beaucoup de ces peintures, d’un temple à l’autre, se ressemblent. Rares sont les exceptions, mais il y en a.

Vers les années 1990 un art ‘’Néo-Lanna‘’ a fait son apparition. (Viharn du Sao Intakhin du Wat Chédi Luang ou Viharn du Wat Loï Khrok).

 

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Photo 1 : L’intérieur d’un Viharn : une allée centrale délimitée par d’imposants piliers en bois. (Il s’agit du Viharn du Wat Sam Phao ou Sum Pow (วัดสำเภา) qui en 2008 était en activité et en 2009 en cours de rénovation.

Photo 2 : Le chandelier Lanna ou Sattaphan (สัตตภัณฑ์) composé de 7 branches, du Viharn du Wat Loï Kroh (วัด ลอยเคราะห์) de Chiang-Mai. Un entrelacs de feuillages encadré de Nāgas mais … sans Garuda ?!... (Photo du 19.05.2016)

Photo 3 : Le mur du fond du Viharn du Wat Pa Chi (วัดป่าจี้) au Sud de Chiang-Mai. Sur ce mur, où s’appuie un … ‘’autel‘’ ou ‘’trône de sagesse‘’ sur lequel reposent quelques images de Bouddha, un arbre de la Bodhi a été peint.

 

Le mur Ouest d’un Viharn de style Lanna est sans ouverture :

 

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Photo 1 : Le mur ouest du Wat Pachi (วัดป่าชี่) le Wat de la forêt  (Photo Juin 2016)

Photo 2 : L’intérieur du Viharn du Wat Intharawat (วัดอินทราวาศ) appelé aussi Wat Ton Kwain (วัดต้นเกว๋น) au Sud-ouest de Chiang-Mai (route de Hang Dong). Ce Wat de style Lanna, en bois, date de 1858. Ce sont des meneaux qui tamisent la lumière. En d’autres Wats Lanna ce sont des volets qui jouent ce rôle. (Photo 26.05.2014)

Photo 3 : Le mur ouest du Wat Ket Karam (วัดเกตการาม) le Wat ou vont en pèlerinage les natifs de l’année du Chien.

 

 

Le Ho Klong  (หอกลอง) ou la tour du tambour.

 

Dans le passé, en plus de son rôle traditionnel propre à la vie religieuse, le tambour du Wat servait à alerter les villageois des dangers affectant la communauté, comme les incendies ou les attaques de malfrats.

 

Aujourd’hui le tambour a conservé son rôle et  accompagné de la cloche, tous deux rythment la vie du Wat. La cloche est installée dans une tour qui porte le nom de :

 

Le Ho Rakhang (หอระฆัง) ou la tour de la cloche.

 

Souvent le tambour et la cloche sont réunis dans une même construction. Tantôt c’est le tambour qui est tout en haut de la tour et tantôt c’est la cloche. Ils font en général bon ménage.

 

 

Dans un Wat les journées commencent à 4 heures, puis après un premier service religieux les moines, pendant une heure environ, s’en vont recevoir les dons des laïcs. (1) Vers 7 heures ils retournent au Wat pour déjeuner et une heure plus tard ils observent un deuxième service religieux d’une heure environ.

 

Ensuite chacun vaque à ses occupations (Etudes diverses – services auprès des laïcs, funérailles, mariages, écoutera … écoutera !...)

 

Le déjeuner se prend à 11 heures et doit se terminer impérativement à midi. Car au-delà de cette heure pour se sustenter, c’est la règle, il faudra que le moine attende le prochain lever du soleil. Un moine n’a droit qu’à deux repas par jour.

 

Après le déjeuner chacun retourne à ses occupations et à 18 heures devra participer au troisième et dernier service religieux de la journée. Ensuite, les religieux sont libres.

 

(*) Un moine, même dit mendiant, ne quémande pas sa nourriture ce qui signifie qu’il ne tend pas son bol dans un geste de sollicitation. Ce sont les fidèles qui viennent offrir leurs dons. Le moine tend son bol pour recevoir l’offrande et non pour la demander ou … mendier.

 

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Photo 1 : La tour du tambour du Wat Sawang Wichan (วัดสว่างวิจารณ์) près de la ville de Khon Kaen en Issan. Une tour d’un Wat de campagne. (Photo 18.02.2016)

Photo 2 : La tour de la cloche et du tambour du Wat Dab Phai (วัดดับภัย) de Chiang-Mai intra-muros (Photo du 05.03.2013)

Photo 3 : Une peinture murale du Wat Chetawan (วัดเชตวัน) de Chiang-Mai hors les murs (Est) intitulée Tamboun Takbat (ทำบุญตักบาตร) c’est-à-dire ‘’Faire la charité en offrant de la nourriture aux bonzes‘’. (Photo du 09.03.2013)

Photo 4 : La tour de la cloche du Wat Phuak Pia (วัดพวกเปีย) de Chiang-Mai hors les murs (Sud-ouest) (Photo du 03.06.2016)

Photo 5 : La tour de la cloche et du tambour du Wat Phra That Si Chom Thong (วัดพระธาตุศรีจอมทอง) de Chom Thong. (Photo du 15.02.2014).

 

 

 

Le Ho Traï (หอไตร) ou …

Le Ho du Tripitaka (หอไตรปิฎก) soit …

La bibliothèque du Wat.

 

Les Thaïlandais sont les rois du raccourci. Le Ho traï (หอไตร) peut tout aussi bien se traduire par : la tour des trois … ‘’canons bouddhiques‘’ (Ces deux termes sont sous-entendus) ou, la tour des trois … ‘’corbeilles‘’ (Terme lui aussi sous-entendu) … ou encore, la tour des écritures canoniques … c’est-à-dire l’endroit où est déposé et protégé le ‘’Tripiṭaka‘’. (1)

 

Tripiṭaka est un mot sanskrit qui en pāli se dit ‘’Tipiṭaka‘’ ; ces deux mots désignent les écritures saintes du Bouddhisme écrites en Pāli. (Il existe plusieurs écritures Pālies.) A l’origine ces écritures doctrinales étaient gravées sur des oles, c’est-à-dire des feuilles de palmier traitées. Ces feuilles étaient percées d’un, ou de deux, trous ce qui permettait de les relier entre elles au moyen d’un cordon. La reliure portait alors le nom de ‘’phouk‘’ (ผูก) (attaché) ou ‘’nagn-seu-phouk‘’ (หนังสือผูก) (Livre lié ou livre attaché).

 

Ces ‘’manuscrits‘’ ou encore ‘’Kamphi-baï-Lane‘’ (คัมภีร์ใบลาน) étaient enveloppés d’un Pha-khloum (ผ้าคลุม) (2) pour les protéger, puis déposés dans de grands coffres ou ‘’Hip-Thama ou Hip-Phra-Thama‘’ (หีบธรรม ou หีบพระธรรม).

 

Ces coffres étaient entreposés dans une pièce construite le plus haut possible ou au-dessus d’une pièce d’eau. Cela dans le but de protéger les manuscrits ou ‘’phouks‘’ des dégâts causés par les ‘’vers des livres‘’ ou insectes bibliophages, particulièrement nombreux en Thaïlande.

 

 

(1) Le Tipiṭaka se traduit par trois corbeilles : ti ou tri (trois) et corbeille (piṭaka.). L’expression ‘’trois corbeilles‘’ viendrait du fait que chacune des trois grandes sections du canon bouddhique se rangeait et se conservait dans une … corbeille ou panier.

La première corbeille contenait le Vinaya, une monographie en quatre parties répertoriant et détaillant les règles de vie et de conduite que doit observer un moine appartenant au sangha.

La deuxième corbeille renfermait les cinq nikayas du Suttas. Le Suttas étant un recueil des enseignements attribués à Bouddha et à quelques uns de ses disciples les plus proches.

La troisième et dernière corbeille, sous le titre de : ‘’Abhidhamma pitaka‘’ comporte sept parties ; chacune d’elle est une suite de commentaires analytiques sur l’enseignement laissé par le Bouddha.

 

Les enseignements de Bouddha, appris par cœur, se sont transmis oralement durant cinq siècles environ. Pour ne pas altérer cet enseignement, il fut décidé au IVe concile Bouddhique theravada de Ceylan (Sri Lanka) vers -29 av.JC. de le porter par écrit. Après trois ans durant le Tripiṭaka sous forme écrite était né.

Des copies manuscrites ont vraisemblablement été introduites et recopiées en Asie du Sud-est vers le XIIIe siècle. Puis, au Siam, à l’initiative du roi Mongkut (Rama IV) en 1888, tout fut mis en œuvre pour éditer sous forme de livre un tripitaka en langue palie. Cette édition de 1.000 exemplaires verra le jour 5 ans plus tard, en 1893, sous le règne du roi Chulalongkorn dit Rama V.

 

(2) Le Pha-khloum (ผ้าคลุม) est une pièce d’étoffe qui enveloppe un objet précieux… manuscrit, amulette, bijou etc …. Pour spécifier son emploi exact il suffit d’ajouter l’objet concerné, dans le cas présent … ‘’Phakhloum KamphibaïLane‘’ (ผ้าคลุมคัมภีร์ใบลาน).

 

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Photo 1 : Une écritoire pour graver des oles. Musée de la bibliothèque du Wat Chédi Luang (วัดเจดีย์หลวง). (Photo du  03.09.2013)

Photo 2 : Quelques oles vues au musée du Wat Phra Keaw (วัดพระแก้ว) de Chiang-Rai (Photo du 22.12.2011)

Photo 3 : Quelques coffrets servant à protéger des ‘’phouks‘’ vus au musé du Wat Chédi Luang (วัดเจดีย์หลวง) de Chiang-Mai (Photo de 2009)

Photo 4 : Quelques ‘’Hip Phra Thama‘’ ou coffres à manuscrits de la bibliothèque du Wat Duang di (วัดดวงดี) de Chiang-Mai. (Photo de 2009)

 

 

Outre le Tripiṭaka d’autres manuscrits venaient enrichir le contenu littéraire des ho traï. Ainsi, pour faire œuvre méritoire un fidèle pouvait offrir à son Wat une copie d’un texte sacré. Il y avait aussi des manuscrits en langue local de chroniques locales, des manuscrits relatant la légende d’une image d’un Bouddha sacré comme le Phra Sihing, le Bouddha d’émeraude etc… etc …

 

Bref !... le Ho traï contenait une littérature riches et variées dont le Bouddhisme était à la base. 

 

Au Lanna ces manuscrits, écrits en Pāli ou en langue Yuan, dialecte du Nord (คำเมือง), pour beaucoup croupissent dans des Ho traï en cours de dégradation. Toute l’histoire d’un passé aux riches heures est entrain de disparaître !... Volontairement ?... là est la question.

 

Dans un mémoire d’étude daté de 2009, Jacqueline Lee-Fung-Kaï signale que les bibliothèques occidentales possèdent de riches collections de manuscrits palis en meilleur état ?!...

 

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Photo 1 : Le hot traï du Wat Chang Kong (วัดช่างฆ้อง) de Chiang-Mai hors les murs (Est). Il vient d’être rénové. (Photo du 09.03.2013) 

Photo 2 : Le hot traï du Wat Chiang-Man (วัดเชียงมั่น) de Chiang-Mai intra-muros. Il vient d’être remis au-dessus de son étang, il était autrefois sur terre, entre l’ubosot et le Viharn. (Photo de 2012)

Photo 3 : Le hot traï du Wat Upakut (วัดอุปคุต) de Chiang-Mai hors les murs (Est).Il a été transformé en sanctuaire. (Photo du 03.03.2014)

 

 

Le CHEDI  (เจดีย์)

Le mot Chédi (เจดีย์) vient du Pāli Cetiya (เจติย) qui vient du sanskrit Caitya (ไจติย).

 

 

La plupart des Wats s’honorent d’un Chédi, mais un Wat peut très bien ne pas avoir de Chédi. Ce fut le cas pendant longtemps, par exemple, du Wat Pan tao (วัดพันเตา) de Chiang-Mai qui aujourd’hui a … en 2016 … son Chédi.

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Le Chédi est né en Inde. C’était à l’origine une espèce de tumulus recouvrant les cendres d’un bûcher ou la dépouille d’un humain. (1) Au fil du temps et selon le charisme du mort, ce petit tertre ou montagne funéraire en forme de dôme est devenu un monument aux formes diverses. Ainsi sur les cendres du Bouddha furent érigés différents stupas. (2)

 

C’est encore en Inde, en ‘’copiant‘’ et en adaptant l’immense toiture en ‘’Shikhara‘’ des temples du nord que sont nés les Chédis. (3) 

 

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Donc pour construire leurs stupas les Sri Lankais ont copié les Indiens, et les indigènes du Sud-est Asiatiques ont copié les Sri Lankais. Mais à chaque étape ‘’régionale‘’, au Sri Lanka comme sur le continent Asiatique, le Chédi a pris des formes répondant aux normes de construction et artistiques de l’endroit où il était construit. Ainsi quand il est arrivé à Sukhothai, en passant par Nakhon Sri Thammarat et Thaton, il s’est aminci et a pris de la hauteur.

 

C’est au VIe ou VIIe siècle, que les môns Theravadas en créant une colonie à Hariphunchaï (Lamphun) auraient couvert le Lanna de ses premiers Chédis. Mais ce sera vers le XIIIe siècle, compte tenu de nombreuses influences (Sri Lankaises, Sukhothai, Mônes, Mônes de Thaton, Birmanes du Nord-est) qu’apparaîtront les premiers Chédis appelés à devenir de style … Lanna. Un style qui subira encore les influences Birmanes pendant l’occupation de ces derniers, deux siècles durant, de 1558 à 1774.

 

(1) L’incinération avait un coût (le prix du bois) que les pauvres ne pouvaient pas se payer. Dans le Dhammapadu il est écrit que Bouddha ordonna l’édification d’un petit tumulus sur les cendres de l’un de ses disciples qu’un animal avait encorné.

(2) Les cendres de Bouddha furent tout d’abord partagées en huit et l’empereur Asoka repartagea ses parts originelles au IIIe siècle av. J.C. en de très nombreuses parts … 84.000 ?!... Un chiffre à prendre avec précaution d’autant que d’autres textes parlent de monastères et non de stūpas qui aurait été construits en … un jour ?!...

(3) Le mot d’origine sanskrite ‘’Shikhara‘’ signifie pic ou sommet.

 

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Photo 1 : Un Chédi datant des môns (VIIe siècle) restauré vers le XIIIe siècle – Le Chédi Wat Chema Dhevi ou Wat Kukut (วัดกู่กุด) de Lamphun. (Photo du 11.04.2014)

Photo 2 : Un Chédi du XIIIe siècle d’influence mône restauré au début du XXe siècle – Le Wat Chédi Liem ou Liam (วัดเจดีย์เหลี่ยม) de Chiang-Mai. (Photo du 21.05.2014)

Photo 3 : Un Chédi datant du XVI ou XVIIe – Le Chédi du Wat E-Kang (วัดอีค่าง) de Wiang Kum Kam. (Photo du 22.11.2011)

Photo 4 : Un Chédi d’influence Birmane – Le Chédi du Wat Mahawan (วัดมหาวัน) de Chiang-Mai hors les murs (Est) (2007).

 

 

Les Chédis, ont évolué vers des formes les plus diverses, et se désignent sous différents noms selon les pays où ils s’élèvent (Baita, Chaitya, Dagoba, Dagone, Paya, Schörten, That, Zedi,). Cependant leur symbolique reste toujours la même. Il est la matérialisation des différentes étapes qui conduisent à l’éveil.

 

Au Lanna le Chédi est un monument en briques ou en latérite recouvert de stuc qui se compose de trois parties principales (1) en relation avec le corps de Bouddha : 1/ La base ou socle – Suan’Than (สวนฐาน), 2/ Le centre – Suan’Klagn (สวนกลาง), 3/ Le sommet – Suan’Yot (สวนยอด)

 

1/ La base ou le socle : Than-Khong-Chédi (ฐานของที่เจดีย์) (Base du Chédi)

Elle est de forme carrée, mais aussi octogonale, ronde et de hauteur variable. (2)

2/ Le centre Suan’-Klang (สวนกลาง) se compose de :

1/ La chambre aux reliques : ruan’-that (เรือนธาตุ) (Chambre du Chédi). Elle a souvent la forme d’une cloche retournée, ou plutôt du bol de Bouddha retourné. (3)

2/ L’Harmika : ban' Lang (บัลลังก์) Pallanka en pāli – (trône de    Bouddha). (3)

    C’est un socle cubique situé au-dessus de la chambre des reliques.

3/ La flèche terminale, qui elle comprend : (4)

    1/ Un gradin circulaire - Plong-Chanaï - (ปล้องไฉน)

    2/ Un bouton de lotus - Pli-Yot (ปลียอด) ou Boua-Fa-la-mi (บัวฝาละมี)   

 

Viennent ensuite se rajouter des parasols ou chattrikā (ฉัตรธิดา) dont l’un, la ‘’longue tige de lotus‘’ boua-wègn (บัวแวง) supporte une boule de cristal appelée Louk-Kéo (ลูกแก้ว).  

 

(1) Selon les auteurs un Chédi peut compter cinq parties : 1/ Le soubassement, 2/ le corps, 3/ la faîtière, 4/ Le mât et 5/ le sommet.

(2) le soubassement des Chédis se compose de plusieurs semelles ou strates, de une à cinq, dont chacune symbolise, en général, un élément : la terre, l’eau, le feu, l’air et l’éther.

A Chiang-Mai le soubassement du Chédi du Wat U-mong hors les murs est rond.

 

(3) La chambre des reliques ou ‘’garbha‘’ (Œuf) pour les indiens, est la partie la plus importante d’un Chédi car c’est elle qui contient les reliques. De ce fait les noms pour la désigner ne manquent pas. Il y a … Lagn-kha-chan-ra-khang (หลังคาชั้นระฆัง) (toiture de l’étage de la cloche) Ong-ra-Khang (องค์ระฆัง) (Partie en forme de cloche) – Phra Athi (พระอัฐิ) (Cendres sacrées) – Phra Borom Athi  (พระบรมอัฐิ) (Cendres respectables) – Boroma That (บรมธาตุ) (Reliques de Bouddha) et cætera … et cætera !...

 

C’est le type de reliques que contient cette chambre qui définit la catégorie à laquelle appartient le Chédi. Ces catégories sont au nombre de quatre, il y a le Chédi dont la chambre contient : 1/ les reliques du Bouddha (dhātu-chaitya), 2/ des objets ayant appartenu à Bouddha (paribhoga-chaitya), 3/ des supports de la doctrine (Dharma-chaitya) 4/ Tout ce qui peut se rapporter au bouddhisme (udesika-chaitya).

 

(3) L’harmikā ou pavillon sommital, ‘’devagriha‘’ (maison des dieux pour les Indiens),  est une construction de forme carrée qui chapeaute le sommet du dôme, tel le plateau au-dessus du mont Méru, destiné à recevoir des offrandes pour les dieux. C’est donc un espace sacré. Les chroniques cinghalaises le désignent sous le nom de ‘’Caturaśra-koştha‘’, c’est-à-dire le carré des divinités.

En Inde du nord dans certains temples il y a une pierre à offrandes qui porte le nom de ‘’Āmalaka‘’. L’Āmalaka serait aussi le nom du premier arbre du monde, celui qui aurait et porterait le soleil.

De l’harmikā du Chédi s’élèvent l’axe central du stupa, et le pinacle en forme de cône très effilé dont la base est constituée d’une superposition d’anneaux ‘’plong-chanaï‘’ (ปล้องไฉน).

 

(4) Le sommet ou la flèche conique se compose de deux parties :

- 1/ Le Plong-Chanaï - (ปล้องไฉน) (*). Cette première partie se constitue d’une série d’anneaux au diamètre décroissant au fur et à mesure de leur superposition. La première série de trois, porte le nom de ‘’mé‘’ (เหม) et la deuxième série de cinq celui de ‘’boua-klum‘’ (บัวกลุ่ม) (Lotus-groupe). Cet empilement d’anneaux symbolise le paradis.

- 2/ Le Boua-wègn – (บัวแวง). Cette deuxième partie se présente sous la forme d’une tige conique très effilée, appelée aussi le bouton de lotus ‘’boua-fa-lami‘’ (บัวฝาละมี) (Lotus couvrant le Chédi). Il symbolise le nirvana.

(*) Le mot ‘’plong‘’ (ปล้อง) désigne la section de bambou situé entre deux nœuds. Le mot ‘’chanaï‘’ (ไฉน) est emprunté à un instrument de musique, un haubois, dont le corps est une succession de cercles. Cet instrument aurait aussi cours en Perse.

 

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Photo 1 : Le Chédi du Wat Chiang Man (วัดเชียงมั่น) de Chiang-Mai intra-muros. La base, de forme carrée, supporte un premier degré avec éléphants (influence Sri lankaise), puis un deuxième percé de niches et enfin, une superposition de 7 couronnes (3 de forme carrées et 4 de forme octogonale) où repose sur la dernière, la chambre aux reliques. (Photo de 2009).

Photo 2 : Le Chédi du Wat Phan Waen (วัดพันแหวน) de Chiang-Mai intra-muros. La base de forme carrée supporte une suite de degrés de forme octogonale. La chambre aux reliques se trouve au-dessous des quatre têtes. (Photo de 2009)

Photo 3 : Ces quatre têtes, situées au-dessus de la chambre aux reliques semble correspondre à … l’Harmika ou ban' Lang (บัลลังก์).

Photo 4 : Le bouton de lotus, situé tout en haut de la flèche terminale du Chédi du Wat Mahawan (วัดมหาวัน) de Chiang-Maï hors les murs (Est) (En regardant bien vous devriez distinguer, tout au faîte, la boule de cristal ou … Louk-Kéo (ลูกแก้ว). (Photo de 2009)

 

 

Des offrandes sont faites aux Chédis : 1/ des fleurs, des parfums, des onguents, des lampes, des parasols en matériaux légers, des bannières de la nourriture, des boisons, des musiques, des chants et des danses

2/ des images et statuettes – 3/ des actes cultuels (vœux, pensées pieuses.

Près d’un Chédi il y a des interdits motivés par le respect, la morale, et la pureté.

 

L’emplacement des Chédis à l’intérieur d’un Wat.

 

La plupart du temps les Chédis s’élèvent dans la partie Ouest des Wats, plus exactement dans le prolongement de l’axe du Viharn, donc derrière le Viharn. C’est aussi à l’Ouest que se trouvent les petits kus contenant les cendres de certains fidèles, et les bâtiments consacrés aux rites funéraires.   

 

L’Ouest au Lanna est associé à la mort, aux influences maléfiques, à la méditation (1) et au sexe féminin. (2). C’est le ‘’lieu‘’ où se couche le soleil. L’Ouest au Lanna se dit ‘’le soleil tombe‘’ (ตะวันตก - tawan tok).

Bouddha s’éteint durant le coucher du soleil (Parinibbāna – parinirvāna.)

 

(1) C’est à l’Ouest de Chiang-Mai que se situent les Wats de la forêt dont les moines se consacrent à la méditation. Il y a parmi eux le Wat U-mong dont le … ‘’Viharn‘’ est souterrain. (Grotte – Caverne – Garbha - Chambre ?!...)

(2) Symboliquement cette association vient du fait que l’homme dépose un germe dans l’utérus qui va donner un embryon … une vie, alors que la femme accouche d’un être inexorablement voué à la mort.

 

 

Les textes bouddhiques disent au sujet de la chambre aux reliques que c’est en son sein que se développe l’embryon spirituel présent dans toutes les formes de vie (*) : la cittaprakriti qu’on pourrait définir comme étant une espèce de substance immatérielle, originelle et inconsciente présente et agissant dans tous les phénomènes du monde matériel.

 

(*) Comme écrit ci-dessus, la chambre aux reliques est aussi dénommée … ‘’Garbha‘’, ou ‘’Anda‘’ c’est-à-dire œuf … matrice, autant de synonymes se rapportant à l’utérus ?!...

 

 

En conclusion :

 

Le Chédi, (*) qui au XIVe siècle à Sukhothai était l’élément principal du Wat, est la matérialisation des différentes étapes qui conduisent à l’éveil ; il rappelle aussi aux hommes l’enseignement de Bouddha et les invite à y souscrire. Aujourd’hui c’est l’ubosot qui a tendance à devenir l’élément principal du Wat.

 

(*) Outre le Chédi principal d’un Wat, dit le Chédi Prathān’ (เจดีย์ประธาน), celui qui ‘’préside‘’ il peut aussi y avoir quelques autres types de Chédis, à savoir :

1/ Le Chédi Thit (เจดีย์ทิศ) c’est-à-dire un petit Chédi qui marque une orientation (ทิศ), comme l’un des quatre points cardinaux. Ce dernier s’élève en général autour du Chédi Prathānā pour indiquer l’une des quatre directions cardinales.

2/ Le Chédi Rāi (เจดีย์ราย) c’est-à-dire des Chédis de moyenne importance accompagnant le Chédi principal, on pourrait dire des … vice-Chédis.  

3/ Le Chédi Khū (เจดีย์คู่) c’est-à-dire un Chédi couplé (คู่) avec un autre, par exemple de part et d’autre de l’entrée d’un monastère. (A ne pas confondre avec le Chédi Ku (กู) qui est un tombeau, comme le Chédi du Wat Lok Moli.)

4/ le Chédi Moū (เจดีย์หมู่) c’est-à-dire un Chédi parmi un ensemble de Chédis.

 

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Photo 1 : Le Chédi Sadu Muang (เจดีย์สะดือเมือง) littéralement le Chédi du nombril de la ville, qui au XIIIe siècle marquait le centre de Chiang-Mai et des environs. Chaque niche correspond à une direction cardinale. (Photo du 10.07.2013)

Photo 2 : le Chédi Ku Tao (เจดีย์กู่เต้า), un Chédi qui renferme les cendres  du 1er roi Birman de Chiang-Mai, Phra Tharrawaddy ou Sawathi (1578-1607) (พระ เจ้าสารวดี) et dont l’originalité serait d’avoir 5 chambres aux reliques ?... (Photo du 14.07.2013)

Photo 3 : Le Chédi du Wat Ram Poeng (วัดร่ำเปิง) (17.07.2013)

Photo 4 : Le Chédi Luang (เจดีย์หลวง) qui avec ses 82 mètres de haut et ses 28.000 reliques du Bouddha remplaça au XVe siècle le Chédi sadu Muang.

 

 

Le Bot (โบสถ์) l’Ubosot (อุโบสถ) ou …

                                       … la salle capitulaire (Hall d’ordination).

 

 

Le mot bot (โบสถ์) est un diminutif d’Ubosot (อุโบสถ), un mot qui vient du sanskrit ‘’Uposathāgāra‘’ (1) ou du Pali ‘’uposathaggam‘’. De ces mots découle aussi ‘’Uposatha‘’ (2) un mot qui pourrait signifier ‘’Sabbah‘’ ou ‘’jour de dévotions‘’. De ce fait l’uposathāgāra, mot qui se décompose en ‘’Uposatha‘’ (jour de dévotion) et ‘’āgāra‘’ (habitation - maison), est l’endroit où se réunit la seule assemblée des moines (Sangha ou chapitre) pour célébrer les rituels de leur culte et plus particulièrement réciter le ‘’Pātimokkha‘’ (ปาฏิโมกข์), conformément aux recommandations du ‘’Vinaya pitaka‘’ (วินัยปิฎก), la première corbeille du tripitaka (ไตรปิฎก) dont il a été question plus haut.

 

L’uposathāgāra ou bot au Lanna est donc une bâtisse, réservée à des pratiques religieuses spécifiques au sangha, et à lui seul. (3) De ce fait, au Lanna et au Laos du nord, voire en Issan l’accès aux ubosots ou ‘’Sims‘’ (4) sont interdits à la gent féminine. Par ailleurs il ne peut y avoir qu’un seul bot par Wat, alors que plusieurs Viharns peuvent y être construits.

 

 

L’Ubosot, au Lanna, est un bâtiment plus modeste que le Viharn. Il n’a pas un emplacement particulier mais où qu’il soit il se remarque au premier coup d’œil. Car c’est, en général, un bâtiment modeste au beau milieu d’un espace délimité par une enceinte constituée par un petit muret et où s’élèvent, en des endroits bien précis, entre le bot et son muret, huit baï-sémas.

 

(1) En pays Khmer, l’Uposathāgāra, désignait (désigne ?...) en langue noble la cavité de l’utérus d’une reine enceinte ?!... Réapparaît là, la symbolique de la chambre aux reliques et de la cittaprakriti.

 

(2) En Inde, au temps du Védisme, il existait une cérémonie du soma. Les préparatifs se faisaient la veille, jour d’uposatha.

C’est à la demande du roi Seniya Bimbisāra, ami de Bouddha que fut créée une journée sabbatique dite uposatha propre au bouddhisme.

Les jours d’uposatha se définissent par rapport à la lune. Il y en a 4 par mois, à la pleine et nouvelle lune, et au premier et dernier quart lunaire ; et quatre dans l’année qui sont plus particulièrement fêtés : Magha Puja – Visakka Puja – Asalaha Puja – Pavarana.

 

Uposatha, dans les textes bouddhiques, se rapporte au nom d’un éléphant et d’une catégorie d’éléphants phuaks (blancs) ; C’est aussi le nom d’un personnage aux vies multiples qui fit vœux d’observer le jeûne pour atteindre la royauté et qui trouva la formule …  ‘’du jeûne à 8 membres‘’ (?...). (Que veut dire cette formule ?... je n’ai pas trouvé.)

 

Uposatha ou oupōsot en Lao signifie … jeûner.

 

Les jours d’uposatha sont donc des jours lors desquels les fidèles observent les huit préceptes ou ‘’Atthasīla‘’ en faisant, entre autres, jeûne et pénitence.

 

(3) Les pratiques religieuses ou ‘’sanghakamma‘’ (สังฆกรรม) propres aux moines du sangha comportent, entre autres, la récitation du ‘’Pātimokkha‘’ (ปาฏิโมกข์) et les cérémonies d’ordinations, la mineure ‘’pabbajjā‘’et la plénière ‘’upasampadā‘’.

Le ‘’Pātimokkha‘’ (ปาฏิโมกข์) est une suite de 227 règles de conduite que chaque moine ou bhikkhus est censé observer et qu’il se rappelle en les récitant à chaque ‘’Pātimokkha‘’.

 

(4) En Issan le ‘’Sim‘’ (Nom employé aussi au Nord Laos) semble être tout à la fois Viharn et Ubosot, de ce fait les femmes ne peuvent y pénétrer. Alors leur éducation religieuse se complète par le biais de peintures murales peintes … sur les murs extérieurs des Sims. (Personnellement j’ai vu des femmes entrer à l’intérieur de quelques Sims ?!....)

 

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Le Wat Pupia (วัดปู่เปี้ย) aurait été construit vers le XVI ou XVIIe siècle. C’est l’un des nombreux temples mis à jour à Wiang Kum Kam à 6 ou 8 kilomètres de Chiang-Mai. L’intérêt de ces deux photos est de montrer l’importance du Viharn par rapport à l’ubosot et l’architecture en place autour de l’ubosot.

 

 

L’ubosot est donc un bâtiment spécifique à la communauté des moines (Sangha-สังฆะ). Il lui permet de se réunir en chapitre afin d’accomplir les rituels importants, les ‘’sanghakammas‘’ (สังฆกรรม) c’est-à-dire les actes qui sont propres au sangha, comme les cérémonies d’ordinations, les mineures (pabbajjā) et les majeures (upāsampadā). Ces dernières permettent à un nouveau bhikkhu d’appartenir à une congrégation, et au sangha du Wat de s’agrandir et/ou se renouveler, et de ce fait d’affirmer la légitimité de leur congrégation.

 

Viennent s’ajouter aux rites d’ordination les cérémonies d’uposathas, et toutes les deux semaines, la récitation du pénitentiel dit ‘’Pātimokkha‘’ (ปาฏิโมกข์).

 

L’intérieur d’un ubosot Lanna est sobre. Les murs sont d’un blanc-gris, les latéraux percés de fenêtres, parfois de portes mais c’est très rare, alors que le mur du fond n’a pas d’ouverture. Un autel s’appuie contre lui, et des images de Bouddha se côtoient sur cet autel.

 

Extérieurement le bâtiment est dépourvu de toute fioriture, sauf ceux qui ont été construit dans le style Rattanakosin.

 

Seuls des entrelacs de feuillages, souvent en bois sculpté pour les plus anciens, surmontent l’entrée de l’ubosot. (*) Ces motifs ne sont pas sans rappeler le ‘’Hamyom‘’ (หำยนด์) c’est-à-dire le talisman soi-disant d’une puissance redoutable qui, dans le cas de la maison Kalê se situe au-dessus de l’entrée de la chambre des parents qu’il protège de toute intrusion de mauvais esprits.

 

Ces entrelacs de feuillages des pignons d’entrée ne sont pas sans rapport avec le ‘’Kirtimukha‘’ ou ‘’Simhamukha‘’ c’est-à-dire le ‘’visage de gloire‘’ ou le ‘’Lion de gloire‘’ dont le rôle est de protéger l’entrée du bot de l’intrusion des mauvais esprits ; une tradition Lanna donc !... vraisemblablement originaire de l’Inde du sud.

 

(*) Le ‘’kirtimukha‘’ est une … ‘’figure‘’ mythique qui en Inde du Sud puis en Asie du Sud-est, figurait et figure encore aujourd’hui, au-dessus de l’entrée des temples. Son rôle est de chasser les mauvais esprits et d’accueillir avec bienveillance les visiteurs.

Le kirtimukha était à l’origine une créature de Shiva, c’est-à-dire un monstre qui eut l’art de déplaire à son créateur. Eternel affamé, il fut condamné à se dévorer en commençant par le bout de sa queue. De ce fait le monstre se retrouva avec une tête sans mâchoire inférieure. C’est ainsi et au milieu de lianes de feuillages entrelacées qu’il prit place au-dessus de la porte des temples sur ordre de Shiva.

Son nom, tiré du sanskrit, signifie ‘’visage de gloire‘’. (Kirti – gloire et mukha – visage). Cette représentation est aussi appelée : Kala (Le temps) ou encore ‘’panaspati‘’ le détenteur des forces du bien.

 

L’art Rattanakosin a changé la donne. C’est Garuda, chevauché par Phra Naraï, un avatar de Vishnu qui, dans l’art Rattanakosin figure au-dessus de l’entrée des temples. Le roi de Thaïlande est un avatar de Vishnu. Autrement écrit ce n’est plus le kirtimukha qui chasse les mauvais esprits et protège les visiteurs mais … Phra Naraï, c’est-à-dire … le roi lui-même dont il est un avatar ?!....

Au Lanna, si Garuda et Vishnu figurent au-dessus de certaines entrées de temples  de style Rattanakosin, la tradition du kirtimukha perdure … comme au Wat Chédi Luang, Wat Chiang Man et bien d’autres !...

 

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Photo 1 : Le panneau d’entrelacs au-dessus de l’entrée de l’Ubosot du Wat Chédi Luang. (Photo du 23.09.2013)

Photo 2 : L’Ubosot du Wat Roy Chan (วัดร้อยจันทร์) du district de Hang Dong, un ubosot construit en dehors du Wat. Il y a au-dessus de la porte un … ‘’Hamyom‘’ (หำยนด์) et des entrelacs en bois sculpté. (Photo du 27.04.2013)

Photo 3 : Détail central des entrelacs au-dessus de l’entrée du Viharn du Wat Chédi Luang. Le visage de gloire est très symbolique. (Photo du 13.01.2010).

 

 

L’ubosot s’élève dans un espace sacré, mais les espaces sacrés sont plus ou moins grands. Il peut s’agir d’une forêt habitée par des moines, d’une ville, de tout un monastère ou un bâtiment plus modeste tel qu’un bot. Pour bien délimiter ces différents espaces sacrés des bornes, dites ‘’baï-semas‘’ (1) (ใบเสมา) ont été implantées sur leur pourtour selon certaines règles.

 

A l’origine les bornes de limites se référaient à des éléments fixes comme un monticule de terre, une forêt, une rivière, un arbre, ou encore une fourmilière. C’est dire combien certains espaces sacrés devaient être étendus. Avec le temps sont apparus des espaces plus petits et un type de bornes adéquates tantôt faites de quelques pierres puis de blocs de grès travaillés, voire de bornes en latérite.

 

Aujourd’hui, parmi ces bornes il y a la mahasīmā (มหาสีมา), la grande borne ; celle qui sert à marquer les limites d’un Wat, et la khanthasīmā (ขัณฑสีมา) qui délimite le périmètre sacré d’un ubosot, au même titre que la sīmā-song-chan (สีมาสองชั้น) c’est-à-dire la sīmā double. (2)

 

Chaque borne est solidaire d’une racine ou Louk nimit (ลูกนิมิต) qui est enfouie dans le sol à la perpendiculaire de la borne. (3)

 

(1) Le mot baï-sema (ใบเสมา) se compose de deux mots, baï (ใบ) qui signifie feuille ou feuillage et sema (เสมา) qui veut dire borne d’un sanctuaire ou, monolithe marquant l’enceinte d’un sanctuaire. La baï sema est donc une borne, plus ou moins importante, en forme de feuille, mais il y en a aussi de forme octogonale et cylindrique qui devaient alors, vraisemblablement porter un autre nom.

Elles sont en général de dimension modeste mais sous l’ère Dvaravati, (VIe - XIIe siècle) en Issan il a été retrouvé des baï-sima de 80 centimètres à trois mètres de haut sur 40 à 70 centimètres de large.

 

Le mot semā vient du mot pali sīmā. De ce fait ces mots sont souvent employés l’un pour l’autre. Du temps d’Ayutthaya, en Birmanie, et aujourd’hui en Issan et au Laos le mot sima désigne aussi une salle capitulaire ou d’ordination.

 

(2) Il y a aussi la sīmāntrik (สีมันตริก), la natipara-sima (นทีปารสีมา), et quelques autres encore spécifiques à certaine(s) particularité(s)..

Outre la ‘’baï-sema song‘’, la double, il y aurait aussi la borne triple et même quadruple. En fait ces baï-semas signifieraient que le bot serait partagé par deux ou trois ordres (sangha ?) différents, chaque ordre ayant ‘’sa’’ borne en particulier.

 

(3) La feuille de limite ou baï-sema possède une racine, c’est-à-dire une partie enfouie sous elle, dans le sol. Il s’agit d’une sphère d’environ 35 à 60 centimètres de diamètre qui porte le nom de Louk nimit (ลูกนิมิต). Ce nom signifie littéralement la boule-signe voire la boule indicatrice, ce qui ne signifie pas grand-chose, d’autant qu’elle ne  se voit pas à l’œil nu, puisqu’elle est enterrée.

Le mot ‘’louk‘’ (ลูก) se traduit par boule et/ou par enfant. Il sert aussi de ‘’préfixe‘’ à de nombreux mots relatifs à la filiation par le sang ou le lien sociétale, par exemple, un client est un … louk – kha (ลูกค้า) c’est-à-dire une personne affilié à un commerce.

Le mot ‘’nimit‘’, qui s’écrit tout à la fois ‘’นิมิต‘’ et ‘’นิมิตต์‘’, signifie image, mentale et signe. Ce mot sert aussi de … ‘’préfixe‘’ à deux vocables signifiant pour l’un … ‘’augure‘’ et pour l’autre … ‘’présage‘’.

 

A défaut de trouver une signification linguistique satisfaisante peut-être faut-il en chercher une qui se rapporte à la symbolique et de faire une synthèse ?....

 

Alors si l’on considère l’aspect symbolique de cette boule, elle pourrait représenter une graine parfaite de par sa rotondité, voire un embryon ( ?) d’où va naître, en surface et symboliquement, une feuille de bon augure et de bon présage ( ?) la baï-sema. Cette feuille de limite qui mettra, compte tenu des qualités supposées de sa racine, hors de danger, voire protègera tout ce qu’elle entourera, d’autant que les baï-semas concernant un ubosot sont au nombre de … neuf ?!.... un chiffre de très bon augure en Thaïlande, (*)

La louk-nimit (graine ?) est déposée dans un puits (utérus ?) à l’occasion d’une cérémonie appelée ‘’fagn-louk-nimit‘’ (ฝังลูกนิมิต) c’est-à-dire enterrer la louk-nimit. A noter que dans un dictionnaire thaï/anglais ‘’fagn‘’ est traduit aussi par … ‘’implant‘’ ?!... cocasse et intéressant non ?...

 

(*) Il y a huit louk-nimits autour d’un ubosot et une à l’intérieur située à l’intersection des diagonales et des médianes, ce qui en fait 9 pour 8 baï-semas.

Depuis quelques années maintenant, en Thaïlande, pour avoir un ‘’9‘’ sur une plaque d’immatriculation il faut … l’acheter, ou LES acheter, plus il y en a, et plus il faut payer. … Ce paiement aurait mis fin à la corruption des fonctionnaires qui autrefois moyennant un pot de vin faisait en sorte pour qu’un ‘’9‘’, ou plusieurs, (c’était en rapport avec le dessous de table), figure (ent) dans le numéro d’immatriculation d’un nouveau véhicule mis en circulation !....

 

 

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                            Quelques baï-semas au cours des âges :

 

Photo 1 : Une baï-sema en grès appartenant à la collection de bornes Dvaravati (VII-XIIe siècle) trouvées dans l’ancienne ville de ‘’Fa Daet Song Yang (ฟ้าแดดสงยาง) et exposées au Wat Pho Chai Semaram 1 (วัดโพธิ์ชัยเสมาราม) ou Wat Ben Kom (วัดบ้านก้อม) près de Khon Khaen en Issan. Les plus belles de ces bornes sont remisées dans un enclos couvert de tôles et pompeusement appelé ‘’muséum Muang Fadaed (พิพิธภัณฑ์เมืองฟ้าแดด). (Photo du 18.02.2016)

Photo 2 : Une copie ‘’modèle réduit‘’ très récente de la borne précédente qui agrémente le jardin du Wat Pho Chai Semaram 2 à quelques pas du Wat précédent.

Photo 3 : Une borne, composée de deux pierres, (Borne double ?) toute simple, de l’ubosot du Wat That Kao (วัดธาตุขาว) de Wiang Kum Kam (เวียงกุมกาม). Ce Wat date du XVe ou XVIe siècle et a été ressorti de l’oubli, surtout du limon qui le recouvrait en 1985. (Photo du 24.06.2016)

Photo 4 : Une ancienne baï-sema double de l’ancien Ubosot du Wat Sri Suphan de Chiang-Mai. Un nouvel ubosot est en construction sur les fondations de l’ancien. De ce fait les bornes ont été laissées en place et se trouvent sous le niveau du sol … du nouvel ubosot. (Photo du 3.06.2016)

Photo 5 : Une khanthasīmā parmi d’autres, celle de l’ubosot du Wat Pa Phrao Nok (วัดป่าพร้าวนอก) de Chiang-Mai hors les murs. (Photo du 7.03.2013).

 

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                    Quelques photos de Louk-nimits et leur plan d’implantation :

 

Photo 1 : Les neuf ‘’Louk nimits‘’ du … futur ubosot du Wat Chet lin (วัดเจ็ดลิน) de Chiang-Mai ?!... Elles attendent d’être consacrées et enfouies mais … en 2016 la construction de l’ubosot n’a toujours pas commencée. (Photo 2010)

Photo 2 : Plan précisant l’implantation des 9 louk nimits autour et dans un ubosot.

Photo 3 : Gros plans sur deux des louk-nimits qui vont constituer les racines de l’ubosot du Wat Bouddhabat si roi (วัดพระพุทธบาทสี่ร้อย) (L’empreinte du pied de Bouddha) au Nord de Chiang-Mai. (Photo du 12.03.2016)

 

 

Avec l’arrivée au pouvoir de la dynastie Chakri en 1782, l’Ubosot tend à devenir le bâtiment principal des Wats, au point de reléguer à la seconde place le Chédi. (1) En certains endroits il est même devenu le garant et le porte-drapeau de l’identité et de l’unité nationale Thaïlandaise. (2)

 

(1) Dès 1783 commençaient l’édification du temple du Bouddha d’émeraude c’est-à-dire de l’ubosot le plus somptueux de Thaïlande.

(2) En Issan, dans de très nombreux Wats s’élèvent, tout à côté du ‘’Sim‘’, un très humble mais charmant ubosot de facture … Issan, un ubosot de style Rattanakosin. Cet ubosot de style Rattanakosin est comme le symbole de la prédominance d’un ‘’grand frère‘’, imbu de lui-même et quelque peu méprisant à l’égard des œuvres de son cadet. Voir la photo numéro 4 intitulée : Le Wat Sanvanwaripatanaram (วัดสนวนวารีพัฒนาราม) de Khon Kaen (ขอนแก่น) pour s’en persuader si besoin était ?!....

 

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                                       L’Ubosot nouvelle tendance !.....

 

Photo 1 : L’intérieur du tout nouvel ubosot, encore en construction, du Wat Sri Suphan (วัดศรีสุพรรณ) de Chiang-Mai hors les murs (Sud). C’est un ubosot en métal repoussé, construit en lieu et place de l’ancien mais plus long de quatre ou cinq mètres. Les anciennes bornes sont restées à leur emplacement d’origine, de ce fait leur positionnement ne correspond plus à celui de la tradition. Néanmoins ce ‘’temple d’argent‘’ qui n’est pas un temple mais un ubosot … mérite un détour car il met en valeur le talent des artisans argentiers. (Photo du 02.12.2011)

Photo 2 : L’impressionnant et incroyable Ubosot du Wat Bouddhabat Si Roï (วัดพระพุทธบาทสี่ร้อย) (L’empreinte du pied de Bouddha) au Nord de Chiang-Mai, à 50 kilomètres. Ce lieu de méditation est entrain – hélas - de devenir un parc d’attractions. (Photo du 12.03.2016).

Photo 3 : L’intérieur somptueusement rénové de l’Ubosot du Wat Upakut (วัดอุปคุต) de Chiang-Mai hors les murs, tout près du pont Nawarat. (Photo du 04.03.2015)

 

 

Cela est si vrai, que le supérieur d’un Wat ne peut de son propre chef faire construire un ubosot ; il faut d’abord que le sangha du Wat compte un minimum de cinq Bikkhus dont l’un doit avoir 10 ans d’ancienneté, et qu’ensuite une ‘’autorisation‘’ soit demandée au roi via l’administration adéquate. Car le pouvoir royal fait du rite de l’ordination, qui est une cérémonie majeure de l’institution monastique, un moyen de contrôle auprès des deux congrégations du sangha, la Mahanikaï et la Thammayut. (1)

 

Au Lanna l’ubosot reste encore, dans la majorité des cas, un modeste bâtiment. Cependant …  il s’en construit qui font injure à la pauvreté prêché par le Bouddha ?!... Mais … ce n’est que mon avis.

 

(1) L’invalidation d’un rite d’ordination, sous prétexte de non-conformité ou de dérive  par rapport au rite d’origine, a été de tous temps le moyen que les rois ou les réformateurs religieux ont utilisé pour prendre le contrôle d’un sangha qui échappait à leur autorité. Le nouveau rite, qui souvent se référait aux pratiques Sri Lankaises pour mieux s’imposer, devenait alors le rite officiel, et donnait tous pouvoirs à son initiateur.

De ce fait, le moine d’une communauté dont le rite d’ordination avait été mis à l’index, ne pouvait rester moine qu’à la condition de se faire réordonné selon le nouveau rite ; ce qui le conduisait à reconnaître une nouvelle autorité. (*)

Car c’est l’ordination qui permet à un Bhikkhu de se reconnaître au sein d’une communauté, et c’est l’ordination qui fonde la légitimité de la congrégation. D’où l’importance de l’ordination et par voie de conséquence de … l’Ubosot ?!... L’ordination ne peut pas se faire n’importe où.

(*) Il est arrivé que certaines réformes aient conduit à la chute du réformateur, le dernier exemple est celui du roi Taksin. 

 

 

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           L’intérieur de l’Ubosot traditionnel du Lanna … et du Sim de l’Issan.

 

Photo 1 : L’autel de l’Ubosot du Wat Chédi Luang (วัดเจดีย์หลวง) de Chiang-Mai intra-muros. (Photo du 3.09.2013)

Photo 2 : Les moines du chapitre du Wat Ket Karam (วัดเกตการาม) de Chiang-Mai hors les murs (Est) réunis dans l’ubosot de leur Wat.  (Photo du 13.11.2012)

Photo 3 : L’intérieur de l’Ubosot du Wat Phuak Pia (วัดพวกเปีย) de Chiang-Mai intra-muros. (Photo du 3.06.2016)

Photo 4 : L’intérieur du Sim du Wat Sanvanwaripatanaram (วัดสนวนวารีพัฒนาราม) de Khon Kaen (ขอนแก่น) (Photo du 17.02.2016) 

 

 

La communauté monastique ou nikāya (1) d’un Wat s’agrandit ou se renouvelle par le biais de l’ordination, laquelle comporte deux degrés :

1/ L’ordination mineure dite ‘’pabbajjā‘’ (บรรพชา) (2) ou ‘’sortie du monde‘’ à l’exemple de Bouddha quittant sa famille pour vivre une vie d’ascète. Ce type d’ordination s’adresse principalement à de jeunes adolescents, à partir de sept ans environ, mais concerne aussi de jeune homme de 20 ans, maximum. Elle fait de ces postulants des ‘’sāmaṇeras‘’ (สามเณร) (3) c’est-à-dire des novices qui sont tenus de respecter dix règles de conduite ou préceptes appelés aussi sila. Ils peuvent quitter la communauté à tout moment.

2/ L’ordination majeure appelée upasampadā (อุปสมบท), (4) c’est-à-dire amener près de, ou être reçu comme moine. Cette ordination majeure se confère à tout postulant à la condition qu’il ait été novice, ou à défaut qu’il ait effectué au sein de sa future communauté un stage de quatre mois. Son entrée dans la communauté monastique l’oblige alors au respect de 227 règles. La communauté peut le révoquer à tout moment pour un comportement contraire aux règles ; et de son côté un Bhikkhu peut ‘’sortir‘’ ou ‘’quitter‘’ la communauté à son gré. Il n’est tenu à aucune durée d’appartenance à son sangha.

 

(1) Le mot ‘’nikāya‘’ a plusieurs sens. Dans le cas présent il sert à désigner une communauté monastique d’un Wat lambda.

(2) Le mot pāli ‘’pabbajjā‘’ vient du sanskrit ‘’Pravrajyā‘’. Ce mot se traduit par : avancer, se mettre en marche, abandonner son foyer – sous entendu – pour devenir un ascète errant. Autrement écrit ‘’La sortie du monde‘’ sous-entend qu’il s’agit du monde familial. Bref une sortie de la vie laïque voire d’une secte religieuse.

(3) Le mot pāli ‘’sāmaṇera‘’ vient du sanskrit ‘’Srāmanera‘’, qui se traduisait par ascète. Bouddha lui-même s’appelait samana Gautama c’est-à-dire l’ascète Gautama. Aujourd’hui ‘’sāmaṇera‘’ se traduit par novice, moinillon.

(4) Le mot sanscrit ‘’upasampadā‘’ est une forme de ‘’upasampad‘’ qui signifie : amener près de (Un gourou ?... Bouddha ?), entrer dans les ordres, et par voie de conséquence ‘’être ordonné‘’ puis il prendra un deuxième sens celui … d’ordination.

 

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Photo 1 : L’Ubosot du Wat Pa Daeng (วัดป่าแดง) de Chiang-Mai. Cet Ubosot est en dehors et fort loin du Wat. Le Wat Pa Daeng est un Wat de la forêt. (Photo du 17.04.2013)

Photo 2 : L’Ubosot du Wat Ket Karam (วัดเกตการาม) de Chiang-Mai hors les murs (Est). Les mauvais esprits n’ont qu’à bien se tenir, un Hamyom au-dessus de l’entrée et de part et d’autre de la porte d’entrée divers chiens sauvages peu rassurant. (Je n’ai vu aucune baï-sema) (Photo du 14.06.2016)

Photo 3 : L’Ubosot du Wat Duang-di (วัดดวงดี) de Chiang-Maï intra-muros (Photo de 2009)

Photo 4 & 5 : L’Ubosot du Wat Nong Kham (วัดหนองคำ) de Chiang-Mai hors les murs (Est – près du marché Warorot) et l’une de ses baï-sema. C’est un Wat de l’ethnie Pao (Karens noirs) peuplant les états Shan et Kayin de Birmanie, d’où un style ‘’Birman‘’ et non Lanna.

Photo 6 : Un jeune postulant en route pour recevoir l’ordination mineure dite ‘’pabbajjā‘’. Il s’agit d’un extrait d’une peinture murale du Wat Mae Kuang (วัดแม่กวง)  de Chiang-Maï hors les murs (Nord-est) (Photo du 02.05.2013)

 

 

La dernière construction sans laquelle il n’y aurait pas de Wat …

 

…. La maison des esprits.

 

L’une des croyances majeures des gens du Lanna c’est qu’il y a des esprits partout, dans toutes choses et en tous lieux. Il y a les mauvais, les phis (ผี) qu’il faut se concilier pour éviter qu’ils vous persécutent et les bons qu’il faut tenir en considération pour ne pas blesser leur susceptibilité, car ils ont alors des réactions loin d’être amicales. Mais, les génies punissent toujours à bon escient, alors si vous êtes punis, autrement écrit s’il vous arrive malheur il ne faut vous en prendre qu’à vous.

 

L’un des esprits qu’il faut particulièrement soigner c’est celui qui garde la parcelle de terre sur laquelle une construction est envisagée, que la construction soit profane ou religieuse. Cet esprit est un esprit multiple, il y en a autant que de parcelle de terre ; leur nom, car tous ont le même, ‘’Phra Phum‘’ (พระภูมิ) c’est-à-dire le génie de la parcelle de terre ou le gardien du terrain.

 

Ce gardien mérite attention d’autant qu’il occupe le lieu depuis la nuit des temps alors il est d’usage que son ‘’hôte‘’ lui construise une demeure, sa ‘’San-Phra-Phum‘’ (ศาลพระภูมี) ou ‘’sa‘’ … maison des esprits

 

Cette construction, plus ou moins importante, doit être à hauteur de regard, faire face à l’Est, et en aucun cas devoir supporter l’ombre d’un bâtiment alentours construit sur le même terrain.

 

La mise en place de cette maison se fait à l’occasion d’une cérémonie présidée par un brahmane qui aura par avance déterminé la date propice de la cérémonie et l’emplacement de la maison de Phra Phum.

 

Par la suite, tous les jours, et avant onze heures du matin des offrandes sous forme de nourriture, bâtons d’encens, fleurs, figurines d’esclaves,  statuettes d’animaux de somme (éléphants, chevaux) et autres plaisants cadeaux devront être faites au Phra Phum sous peine d’être durement puni. (*)

 

Comme les Phra Phum sont des esprits bienveillants ils sont souvent solliciter moyennant une promesse de don. Mais si le vœu se réalise et que la promesse n’est pas tenue, la malchance s’acharnera sur le malheureux qui a oublié ses engagements.

 

En fait, et à bien y réfléchir, le premier bâtiment d’un Wat serait plutôt … la maison des esprits.    

 

(*) Autrefois, un visiteur invité à dormir en la demeure d’un particulier devait rendre hommage au Phra Phum du lieu avant d’aller se coucher. Et le jour de son départ ce visiteur devait à nouveau rendre hommage au génie du lieu et lui demander aide et protection pour la suite de ses projets.

   

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Photo 1 : La maison des esprits du Wat Chiang-Man (วัดเชียงมั่น) de Chiang-Mai intra-muros (Photo de 2012)

Photo 2 : La maison des esprits du Wat Inthakin (วัดอินทขิล) de Pasang (ป่าฃาง) près de Lamphun (Photo du 11.04.2014)

Photo 3 : La maison des esprits du Wat Pha Khao (วัดผ้าขาว) de Chiang-Mai intra-muros (Photo de 2009) 

 

 

Souvent la maison des esprits prend place près de l’arbre Bo, de son nom botanique ‘’Ficus religiosa Lin‘’, l’arbre sous lequel Gautama devint … Bouddha.

 

Chaque temple à son Ficus, un arbre qu’il est très mal venu de planter dans son jardin …. Cela porterait – parait-il - malheur ?!....

 

Aux côtés de l’incontournable ficus religiosa il y a souvent un Couroupita Guianensis Aublet improprement appelé à Bangkok ‘’Sala Lanka‘’ (สาละลังกา) puisqu’il est originaire de Guyane et non du Sri Lanka comme son nom l’indique. Cet arbre doit sa vénération à sa fleur qui ressemblerait – paraît-il - à la gueule d’un naga, l’amphibien qui sauva le bouddha à plusieurs reprises. Pour n’oublier … ‘’personne‘’ … je me dois de citer le Gustavia gracillima Miers que les gens du Lanna appellent Bua Sawan (บัวสวรรค์) c’est-à-dire et c’est tout dire ‘’Lotus du Paradis‘’.

 

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Photo 1 : La feuille caractéristique du Ficus religiosa ou pipal ou Pho Sri Maha Phodi (โพศรีมหาโพธิ์) c’est-à-dire l’arbre ‘’Pho, glorieux et grand Phodhi‘’ sous lequel Gautama devint … Bouddha.

Photo 2 : La fleur d’un Couroupita guianensis Aublet, une fleur qui ressemblerait à la tête d’un Nāga ?!....

Photo 3 : La fleur d’un Augusta gracillima Miers, une fleur tout autant prisée par les abeilles que par les dévots ?!...

 

 

Parmi les bâtiments qu’on peut aussi trouver dans un Wat, et que je n’ai pas cités, il y a : le Mondop (มณฑป) une bâtisse le plus souvent carrée dont le toit est en forme de pyramide et qui abrite généralement une empreinte du pied de Bouddha beaucoup plus grande que nature ; il y a aussi le Param Phao Sop (ปะรำเผาศพ) qui n’est rien d’autre qu’un crématorium, et qui ne passe pas inaperçu du fait de sa grande cheminée. Les Wat Santitham (วัดสันติธรรม) de Chiang-Mai intra-muros, et Pa phaeng (วัดป่าแพ่ง) de Chiang-Mai hors les murs (Nord-est) ont encore le leur.

 

 

Conclusion et précisions annexes :

 

Dans la nuit des temps ou plus exactement lorsque le bouddhisme theravada s’implanta sur les terres du futur Lanna,  il existait deux types de Wats.

 

1/ Le Wat s’élevant au sein d’une communauté villageoise ou urbaine. Autrement dit un Wat situé au cœur de la vie de tous les jours, et à l’écoute des laïcs. Ces monastères sont occupés par des moines villageois dits ‘’gāmāvāsin‘’ ; des moines qui vivent au milieu des gens et qui s’adonnent aux études et à l’enseignement.

 

2/ Le Wat situé loin du monde et de toute habitation. Autrement dit un Wat retiré du monde urbain dont les membres se vouent à la méditation et vivent en ascète. Ces monastères sont habités par des moines forestiers dits ‘’araññavāsin. (1)

 

 

Ce mode de fonctionnement et de classification se poursuivra jusqu’au règne de Rama III (1824-1851). Puis au fur et à mesure des ans, et pour des raisons trop longues à développer, les différents sanghas, tout en respectant leur spécificité (‘’gāmāvāsin‘’ & ‘’araññavāsin‘’), furent mis sous l’autorité d’un patriarche et … ‘’priés‘’ de se conformer à l’enseignement du Bouddha, c’est-à-dire au vinaya, ce qui était la moindre des choses, et … ainsi qu’aux lois du royaume et des coutumes locales en vigueur.

 

Pour les coutumes locales il faut savoir que dès le début de son règne le roi Chulalongkorn (Rama V) (1868-1910)  a pris des mesures autoritaires et centralisées pour – soi-disant - contrer les visées colonialistes occidentales. De ce fait les fonctionnaires siamois se sont immiscés dans toutes les administrations régionales, dont celles du Lanna, ce qui a eu et a pour conséquence la perte d’une bonne part de l’identité régionale ?!....

   

Bangkok voulait alors tout gérer et les chefs locaux des provinces devaient garder le petit doigt sur la couture de leur pantalon. (Beaucoup alors ne portaient pas de pantalon – je sais - mais l’image est parlante). De ce fait aujourd’hui, sans entrer dans les détails, il existe un département des affaires religieuses qui administrativement prend en considération cinq types de lieux de culte bouddhiste : Les Wats royaux, les Wats du commun, les résidences, les Wats abandonnés, et les Wats en marge de la loi.

 

1/ Les Wats royaux : Les Wats sont dits royaux lorsqu’ils ont été fondés ou rénovés, (financés) par une personne de sang royal. Pour marquer leur différence ils portent dans l’intitulé de leur nom la distinction ou le qualificatif de … ‘’vara‘’ (วระ) qui signifie que le Viharn a été … ‘’sélectionné‘’, ‘’choisi‘’ par un membre de la famille royale, d’où le terme de … varaviharn (วรวิหาร). (2)

 

Il y avait 310 Wats royaux dans toute la Thaïlande en 2012,

(Ils étaient 272 en 2004, dont 217 de rite Mahānikāya et 55 de rite Thammayut.) (Soit une augmentation de Wat royaux de 14% en 8 ans.)

 

 

2/ Les Wats ordinaires ou ‘’Aram Rat‘’ (อารามราช) c’est-à-dire un ashram ou un monastère (อาราม) de bonzes (ราช). Ces Wats ont été financés par des particuliers ayant fait œuvre pie en échange de, ou moyennant mérites pour leurs futures renaissances.

Selon la législation en vigueur ces Wats devraient avoir un ubosot mais … ce n’est pas toujours le cas car pour avoir un Ubosot il faut au moins 10 moines à demeure lorsque le Wat s’élève dans une zone urbaine et cinq quand il est en zone rurale peu peuplée.

Il y avait 37.403 Wats ou ‘’Aram Rat‘’ dans toute la Thaïlande en 2012.

 

 

3/ Les communautés religieuses ou ‘’Samnak song‘’ (วัดสำนักสงฆ์).

L’ensemble des bâtiments de ces communautés est considéré comme une résidence monastique plutôt qu’un Wat. Leur particularité est de ne pas avoir d’ubosot. De ce fait ces communautés dépendent du Wat le plus proche possédant un Ubosot pour leurs ordinations.

Il y avait 37.713 Wats ‘’Samnak song‘’ dans toute la Thaïlande en 2012.

 

 

4/ Les Wats abandonnés dits ‘’Wat rouang‘’ (วัดร่วง).

L’intitulé se suffit à lui-même pour comprendre qu’ils n’ont plus d’activité. En 2004, la Thaïlande comptait 6.815 Wats abandonnés.

Il n’y avait plus que 6.097 Wats rouang dans toute la Thaïlande en 2012.

 

 

5/ Les Wats dits ‘’Wat thi phak song‘’ (วัดที่พักสงฆ์) (Wats hébergeant des religieux). Ces Wats sont en activités mais n’ont pas d’ubosot, et n’ont fait aucune démarche pour avoir l’autorisation d’exister.

Apparemment ces communautés ne sont pas prises en considération. Il est vrai qu’elles ne se sont pas manifestées administrativement ?!....

 

… soit … 43.810 Wats en 2012 :

 

 

En 2012 donc, la Thaïlande comptait 43.810 Wats pour une population de 66.790.000 de sujets. Considérant que, grosso-modo, 93% de cette population est de confession bouddhiste cela signifie qu’il y avait en 2012 … un Wat pour 1.418.000 bouddhites ?!...

 

Comparativement, en 1927,  16.503 Wats s’élevaient en Thaïlande dont la population était estimée à 11.050.000 sujets environ. En reprenant le chiffre de 93% de bouddhistes il y aurait eu en 1927 un Wat pour 662.700 bouddhistes.

 

Ce qui signifie qu’en 90 ans (89 exactement) la population a augmenté de 505% et les lieux de cultes bouddhiques de 165,46% ?!...

 

Cette … tendance à la baisse se retrouve du côté des … ‘’vocations‘’.

 

Ainsi en 1927 les moines représentaient 1,17% de la population ce qui faisait 1 moine (3) pour 85 habitants toutes religions confondues.

En 1994 leur représentation n’était plus que de 0,34% ce qui faisait 1 moine pour 295 habitants.

 

Pour 2014 le bureau des affaires religieuses donne un total de 355.295 moines sans faire la distinction entre les Bhikkhus et les ‘’sāmaṇeras‘’, c’est-à-dire ceux qui ont reçu l’ordination plénière, l’Upasampadā, et ceux qui ont reçu l’ordination mineure, la Pabbjjā, ce qui n’est pas sans importance.

 

Cependant, quand on sait qu’en 1994 le sangha comptait 200.512 Bhikkhus, là encore, malgré l’augmentation de la population, le nombre de moines diminue ?!.... Il diminue en quantité et en … qualité car les jeunes diplômés sont de plus en plus rares dans les rangs du sangha ?!... mais là, il s’agit d’un autre sujet.

 

 

Bref !... à Chacun de tirer les conclusions que ces chiffres lui inspirent ?!... Mais force est de constater que la crise des vocations n’est pas qu’un phénomène occidental.

 

 

Pour terminer et peut-être mieux comprendre la situation, lors de la conquête romaine, 58/52 avant J.C les historiens estiment que la Gaule devait compter une entre 10/12 millions d’habitants, c’est-à-dire ce que devait compter le Siam aux environs de 1927.

 

Aujourd’hui la France comme la Thaïlande comptent environ 68 millions d’individus. Ce qui signifie qu’il a fallu du côté Français plus de 2.000 ans pour atteindre ce chiffre et seulement … 90 ans à la Thaïlande, soit environ une progression constante annuelle de 0,26% pour la France et de 5,76% pour la Thaïlande, c’est-à-dire 22 fois la progression française ?!... .

 

 

Le monde va vite, trop vite peut-être, alors les fondations sur lesquelles nos sociétés se sont érigées ne prennent même plus le temps de se lézarder puisqu’elles volent en éclats bien avant.

 

Le Lanna, de son côté, voit ses traditions, non pas tomber dans l’oubli, mais bousculées par un mode de vie qui ne correspond pas à son art de vivre ?!...

 

Le drame ce n’est pas de voir un passé qui s’éteint, mais un avenir qui n’a rien à proposer de satisfaisant pour que tout un chacun vive en paix avec lui-même et en harmonie avec le monde qui l’entoure … tout du moins pour le moment ?!...

 

 

(1) Concernant les Wats des forêts, Chiang-Mai se trouve aujourd’hui dans une situation particulière. Car à cause de l’urbanisation ces Wats, autrefois loin de la ville, sont aujourd’hui en zone urbaine.

(2) Chiang-Mai s’honore de plusieurs Wats royaux.  Il y a le Wat Chedi Luang Viraviharn (วัดเจดีย์หลวงวรวิหาร), le Wat Phra That Doi Suthep Ratcha Viraviharn (วัดพระธาตุดอยสุเทพราชวรวิหาร), Wat Phra Singh viraviharn (วัดพระสิงห์วรวิหาร), le Wat  Phra That Sri Chom Thong Viraviharn (วัดพระธาตุศรีจอมทองวรวิหาร)

(3) Certains vont dire : ‘’Mais les moines courent les rues !..‘’. C’est vrai mais il y a moine et moine, beaucoup d’entre eux ne sont que des moinillons c’est-à-dire des jeunes gens qui n’ont reçu que la première ordination. Les ‘’vrais‘’ moines ou Bhikkhus sont ceux qui ont reçu l’ordination plénière ; c’est de ceux-là dont il s’agit.

 

Post-scriptum :

 

 

 

Le Chofa :

 

 

 

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Photo 1 : Un Chofa en forme de Naga du Wat Inthakhin (วัดอินทขิล) de Chiang-Mai intra-muros (Photo du 7.11.2010)

Photo 2 : Un Chofa en forme de Hamsa du Wat Ling Hayot (วัดหลิ่งห้ายอด) de Chiang-Mai hors les murs (Photo du 03.03.2010)

Photo 3 : Un Chofa en forme de Naga du Wat Chang Kong (วัดช่างฆ้อง) de Chiang-Mai hors les murs (Est) (Photo du 09.03.2013)

 

 

 

 

 

Le Chofa n’est pas un bâtiment, mais sa présence sur toutes les toitures des constructions s’élevant à l’intérieur d’un Wat, et plutôt deux fois qu’une, oblige à quelques commentaires, car c’est un élément indissociable du Wat. Un Wat sans Chofa ne serait pas un Wat   !...

 

 

 

Le chofa est aux toitures ce que les éperons étaient à la proue des navires d’antan, C’est-à-dire un objet dont la forme donne l’impression qu’il va fendre l’espace.

 

 

 

Contrairement à ce que croient beaucoup de gens le Chofa n’est pas ‘’la‘’ représentation de Garuda. C’est bien plus, car c’est d’abord et avant tout le symbole de l’eau qui se répand sur terre avec bienveillance, et qui réalise ainsi l’union (Abhiseka – อบิเชค) entre le ciel et la terre.

 

 

 

Cette communion se matérialise via les différentes représentations du Chofa comme les Nāgas, des animaux amphibiens, les Hamsas, des oiseaux mythiques dont la crête, des uns et des autres, s’élance vers le ciel à la manière d’une trompe d’éléphant, exactement comme celle des éléphants célestes ou ‘’Karinthips‘’ (กรินทร์ทิพย์) symboles de vie et d’eau. (Nous y revenons ?!...) qui en tant que Chofa se retrouvent avec … deux trompes ?!....

 

 

 

Le père spirituel de ces ‘’Karinthips‘’ n’est autre qu’Airawata, la monture céleste du dieu Indra. Ces éléphants célestes, dans les textes, sont souvent comparés à des nuages et dans les peintures murales ils évoluent naturellement dans les cieux.

 

 

 

C’est un éléphant qui en songe, annonça à la mère de Bouddha qu’elle était enceinte du futur Bouddha. Ce sont deux éléphants célestes qui du haut des cieux, après la naissance de Bouddha, lors de son bain, déversèrent pour l’un de l’eau chaude et pour l’autre de l’eau froide sur le jeune enfant … etc … etc…

 

 

 

Airavata, le père spirituel des Karinthips, est souvent comparé à l’arc-en-ciel, c’est-à-dire au pont qui relie la terre au ciel ou le ciel à la terre. (Nous revenons au ciel des 33 dieux) -

 

 

 

Ces symboles d’union entre le ciel et la terre sont aussi comme autant de montures pouvant emporter au-delà des cieux les prières des Bhikkhus et des fidèles.

 

 

 

 

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Photo 1 : Un Chofa en forme de Karinthip du Wat Loï Kroh (วัด ลอยเคราะห์) de Chiang-Mai Hors les murs (Est) (01.03.2013)

Photo 2 : Un très beau Chofa en forme de Garuda ( ?) en tôle repoussée de l’Ubosot du Wat Sri Suphan (วัดศรีสุพรรณ) de Chiang-Mai hors les murs (Sud) (Photo de Juin 2016)

Photo 3 : Un très beau Chofa en forme de Karinthip en tôle repoussée de l’Ubosot du Wat Sri Suphan (วัดศรีสุพรรณ) de Chiang-Mai hors les murs (Sud) (Photo de Juin 2016)

 

 

Merci d’avoir lu cette chronique jusqu’à ces dernières lignes, car elle est plutôt longue. Mais si vous saviez ?!... je n’ai pu y mettre que la moitié de ce que j’avais à écrire. Bref vous avez échappé à pire.

 

                                                                                             Jean de la Mainate – Juin 2016



16/06/2016
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