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LOY KRATHONG ET SES ORIGINES INDIENNES: (3ème partie)

LOY KRATHONG ET SES ORIGINES INDIENNES:

 

                                               Ou

 

                        YAMA TIRE SA REVERENCE

 

 

                               TROISIEME PARTIE

 

 

 

Après avoir démontré lors des deux chroniques précédentes, que la fête des lumières était à l'origine un rite agraire, et détaillé les trois premiers jours des fêtes de dipāvalī, nous allons à présent passer en revue chacun des deux derniers jours des festivités, c'est-à-dire le quatrième et le cinquième jour.

 

 

                                                 

4ème jour :

 

 

NŪTANAVARSA ou NAVU VARSH sont quelques uns des divers et nombreux noms donnés au quatrième jour des festivités et qui, dans le nord, correspond au premier jour de l'année nouvelle. C'est d'ailleurs ce que signifient ces mots, ''Jour du nouvel an''.

 

ANNAKUT - GUDI PADWA - BALI PADWA ou GOVARDHAN sont aussi des noms qui se rapportent à ce jour.

 

Annakut ou annakoot, annkut, annkaut est un vocable qui se compose de deux mots, ann qui signifie grain, voire nourriture et kut qui veut dire montagne.

 

La mise en juxtaposition de ces deux mots a pour objet de nommer la présentation particulière des prasāds, qui sont offerts ce jour là, à Krishna.

 

 

    

 

 

Quelques prasāts présentés sous forme de montagne, et constituant à eux tous … une montagne.

Ce n'est pas sans rappeler la multiplicité des ''formes'' de la divinité qui est … une. (Ces photos ont été prises sur la toile du net.)

 

 

 

Cette offrande, en général, se compose d'un lot de cinquante-six ou de cent huit récipients contenant chacun un produit alimentaire différent.

 

Cet aliment est présenté sous forme de pyramide, ou … de petite … montagne !... en rappel de la colline de Govardhan dont nous allons parler dans les lignes qui suivent.

 

D'autres adeptes, dans la nuit de Bari Dipāvalī, feraient cuire cinquante-six ou cent huit légumes différents pour en faire une offrande qu'ils présenteraient sous forme d'un … monticule, le lendemain, à Krishna.

 

 

Il existe aussi une coutume qui consiste à faire un énorme tas de bouses sèches, de le décorer et d'y mettre le feu. Car ce jour là, les vaches sont aussi à l'honneur. Krishna a passé son enfance auprès de sympathiques, frivoles et ''accueillantes'' ''gopis'' ou gardeuses de vaches.

 

 

Le ''gudi'' ou ''gudhi'' est un bâton dont le faîte a été recouvert par un large tissu de couleur, qui est coincé par et dans un pichet renversé (kalash) en cuivre ou en argent. Du riz, des feuilles de manguier et une guirlande de fleurs viennent compléter cet assemblage quelque peu hétéroclite mais ô combien symbolique.

 

Il est tout à la fois le symbole du rappel des trois premières nécessités humaines, donc des besoins de chacun pour l'année qui vient et un emblème de victoire.

 

Ces trois premières nécessités sont la nourriture (le riz) le vêtement (le tissu) et le logement (le pot renversé).

 

Quant à l'emblème de la victoire il rappelle celle du radja Chhatrapati Shivaji Maharadj (1630-1680) qui à la tête de quelques hommes s'opposa à l'hégémonie Moghole et à la domination musulmane. C'est lui qui posa les bases de l'empire Marathe et c'est grâce à lui que le Brahmanisme va ''relever'' la tête et se libérer de la tutelle islamique.

 

Ce gudi s'installe dès le lever du soleil, dix minutes au plus tard, près de l'entrée principale des lieux à sanctifier, et au-dessus d'un svastik-rangoli. C'est-à-dire d'un rangoli dont l'élément décoratif central et principal est un svastika (croix gammée positive), le symbole de Brahma.

 

 

     

 

 

De chaque côté, un gudi ou gudhi, l'emblème à double signification.

Au milieu, un rāngoli avec en son centre un svastika, (*) l'emblème de Brahma l'un des trois dieux du tri-mûrti. (Brahma, Vishnou et Shiva.)

Cette photo a été prise en août 2010 place des trois rois à Chiang-Maï, lors d'une cérémonie hindouiste où les bonzes avaient leur place. Il n'est jamais trop tard pour pratiquer l'œcuménisme … ''brahmano-bouddhique'' la preuve !...

 

(*) Si vous cherchez le mot svastika dans le dictionnaire, sachez qu' il s'écrit aussi swastika.

 

 

 

Bali est le nom d'un ''démon'' qui régnait sur les trois mondes (Le ciel, la terre et les enfers). 

 

Padwa (Pratipada en sanscrit) signifie le premier jour du mois lunaire.

 

Govardhan est le nom d'une colline qui se trouve dans le nord de l'Inde, à quelques kilomètres au sud de New Delhi, dans l'état de l'Uttar Pradesh.

 

 

BALI et GOVARDHAN sont le rappel de deux légendes où intervient encore … Vishnou.

 

Dans la première il s'incarne en la personne d'un nain, Vāmana. C'est le cinquième avatar … de la série des dix.

 

Dans la deuxième c'est un des épisodes de la vie de Krishna, le huitième avatar … de la série des dix. (*)

 

 

(*) Le premier avatar, celui ou Vishnou prend l'apparence d'un poisson et le nom de Matsya, serait aussi de la fête.

 

 

 

 

LE CINQUIEME AVATAR ou VĀMANA LE NAIN ou encore VĀMANAVATERA

 

Le ''démon'' ou géant Bali, appelé aussi Belli et Mahahali, roi des Daityas, régnait sur les trois mondes, c'est-à-dire la terre, le ciel et les enfers.

 

Sa puissance n'était pas sans inquiéter les dieux, d'autant que des bruits couraient qu'il se comportait en tyran et en homme de mal. Quand on veut tuer son chien on l'accuse d'avoir la rage.

 

Alors Vishnou, qui ne devait pas en vouloir particulièrement à Bali, envisagea de le mettre hors jeu non par la force, c'est-à-dire en le tuant, mais par la ruse. Ce qui allait lui laisser la vie.

 

Pour ce faire il descendit sur terre en prenant les traits d'un brahmane de très petite taille et le nom de Vāmana ou encore Trivikrama, ce qui signifie ''trois pas''.

 

Profitant d'une célébration religieuse, il pria Bali de lui accorder une aumône (dakshina) fort modeste, puisqu'il s'agissait de trois pas de terrain. N'ayant aucune raison de se méfier le géant, imbu de lui-même, accepta d'emblée la demande.

 

Alors, et à la surprise générale, le nain prit des proportions démesurées, qui lui permirent d'un pas d'enjamber la terre, d'un deuxième de s'accaparer du ciel, et du dernier de faire sien les enfers.

 

Cependant, alors que Vāmana (Vishnou) n'avait pas encore posé le pied près des enfers, Bali comprenant qu'il était la victime des nouveaux dieux et qu'il allait tout perdre, se jeta aux pieds de Vāmana (Vishnou) pour reconnaître sa supériorité en particulier, et celle du tri-mūrti (trinité Brahmanique) en général.

 

Vāmana, (Vishnou) bon prince, ou bon dieu, lui posa alors le pied sur la tête et l'envoya au fin fond des enfers en lui laissant la souveraineté de ce sombre royaume, certain de son assujettissement ad vitam aeternam.

 

 

Magnanime, Vishnou laisserait même Bali revenir sur terre une fois par an, afin de lui permettre d'avoir quelques largesses vis-à-vis des hommes. Car Bali a la réputation de favoriser la prospérité dont il était du temps de sa gloire, le grand dispensateur.

 

Ce jour, où Bali peut revenir sur terre, n'est autre que celui de …BALI PADWA !...

 

 

     

 

 

                       KRISHNA jouant de la flûte parmi les vaches.

                Au centre, le tableau est du peintre indien Ajay Garg.

 

Notez le côté très efféminé de Krishna. Hasard, intuition artistique ou les peintres connaissent-ils les écritures au point de vouloir le laisser transparaître dans leurs œuvres ?...

 

Avant d'être un dieu masculin Krishna aurait été à l'origine une déesse du panthéon védique que les brahmanes aurait ''récupérée''.

Vishnou, par exemple, dans le bāgavata (7ème livre des pouranas) passe du statut de femme à celui d'être insexué, c'est-à-dire qu'il n'a plus de sexe. Par la suite il sera doté par les brahmanes … d'un pénis.

 

Si l'évolution du monde divin vous intéresse, je vous conseille de lire la série de livres écrit par Céline Renooz (*) ''L'ère de vérité'' parue entre 1921 et 1923 aux éditions Marcel Giard ; et plus particulièrement son livre II, consacré à l'Inde en 128 pages.

 

 (*) Céline Renooz (1840-1928) était une féministe très très militante. Il ne faut donc pas, en la lisant, perdre de vue ce côté de sa personne. Il n'empêche que ses sources semblent fiables.  

 

 

 

LE HUITIEME AVATAR ou KRISHNA ET LES GOPIS

 

Alors qu'il passait son enfance au sein de la communauté villageoise de Gokul, l'insouciant et primesautier Krishna  avait convaincu tout son entourage de mettre fin à son habitude d'honorer le dieu Indra en fin de mousson.

 

Indra en prit ombrage, et après quelques rappels à l'ordre restés vains, il décida de punir les infidèles pour les ramener à la raison.

 

Pour cela il déclencha des pluies diluviennes qui remplirent d'effroi et de terreur toute la population de Gokul. Ce fut alors que Krishna vint à la rescousse des malheureux.

 

Pour les abriter, avec une superbe et une aisance sans pareille, d'une main il souleva la colline voisine, un bloc de grès d'environ vingt cinq mètres de haut et long de quelques kilomètres, puis il s'en servit comme d'un parapluie.

 

La légende précise qu'il maintint, au-dessus de sa tête, cette butte de Govardhan (Gowardhan ou encore Giriraj), avec seulement l'ongle de son petit doigt.

 

Par contre elle ne dit pas, si pour taquiner Indra, il s'amusa à la faire tourner sur elle-même ?!...

 

Il est vrai que déjà, avec l'autre main, Krishna jouait de la flûte. Mais à un dieu … rien d'impossible non ?!

 

Toujours est-il qu'après une bonne semaine de déluge, et un bras de fer terrible, ce fut Indra qui se lassa et cessa les hostilités le premier.

 

Le tout puissant dieu d'hier reconnaissait alors la supériorité d'un dieu de la … nouvelle vague.

 

Cependant Indra aura encore besoin de quelques … camouflets … pour rester à la place que les nouveaux dieux voulurent bien lui accorder.

 

Il est toujours difficile de laisser la première place, même pour un dieu !...

 

 

 

 

 

Au centre une gouache du peintre indien Ajay Garg intitulée ''Krishna soulevant la colline de Govardhan.'' (2006)

Pour le plaisir regardez tout en haut et à droite des deux premières images, il y a Indra sur son éléphant manifestant sa colère.

 

 

 

 

CONCLUSIONS à propos du QUATRIEME JOUR :

 

Pūjā Govardhan est donc tout à la gloire de Krishna (Vishnou) et se célèbre en souvenir du premier pūjā de Gokul, entre autres !...

 

Les prières et les remerciements qui sont adressés à Krishna (Vishnou) le sont non plus pour avoir protégé les récoltes à un moment donné, mais pour son omniprésence salvatrice et perpétuelle. Car ce dieu est partout et en tout.

 

Il est, selon ses propres dires, le mont Govardhan  pour la simple et unique raison que la nature divine réside en chaque chose. De là viendra son épithète de  Govardhandhari.

 

Krishna (Vishnou) est donc là en permanence au milieu des hommes, prêt à intervenir pour le bien de chacun. Ce qui n'était pas le cas avec les anciens dieux dont les pouvoirs étaient limités ; et dont l'habitat se trouvait dans les cieux, loin des hommes. 

 

 

Pūjā Govardhan est donc le symbole d'une ère nouvelle, celle du Brahmanisme. Ce serait d'ailleurs ce jour là que Brahma aurait créé l'univers et qu'aurait commencé l'âge de la vérité et de la justice, le ''Satya Yuga'' ou ''satyuga'', devanagari, krita Yuga.

 

Alors ce serait vraisemblablement pour ces raisons que le premier jour de ce mois, (de l'année pour le nord de l'Inde), est l'un des trois jours et demi les plus faste (*) dans une année, selon le calendrier astrologique hindou, le ''Panchang''.

 

 

(*) C'est ce jour là qu'il faut créer une entreprise, bâtir une maison, occuper un nouveau logement, bref accomplir les actes principaux envisagés dans l'année, pour mettre toutes les chances de son côté.

 

Ces jours sont appelés Mahurats, Muhuratas, Muhurats, et ont peut-être encore d'autres orthographes ?!... voire d'autres noms. Nous sommes en Inde, ne l'oublions pas !...

 

 

 

C'est aussi ce jour là que chacun boit le ''kuru nimb chi chutney'', (*) un mélange de six ingrédients rappelant les six goûts de la nature, (**) et que la vie de tous les jours est semblable à ce mélange !...

 

Outre ce rappel … philosophique, ce remède āyurvédique aiderait à purger le sang et à renforcer le système immunitaire. Une excellente manière de commencer l'année ''bon pied bon œil''.

 

 

(*) Le ''kuru '' serait une farine de haricots et le chutney, ou chatni, une sauce ou/et un condiment aigre-doux.

 

(**) Pour les indiens ces six goûts sont, le sucré, sucre, le salé, sel, le piquant, poivre, l'aigre, le tamarin, l'acre, l'ajwain et l'amer, le neem.

 

 

 

Avec l'exemple de Krishna, dont les épouses (*) mirent au monde plus de descendants que l'Inde ne compte  d'habitants aujourd'hui, (mais les légendes sont les légendes) les siècles et les fatigues des festivités de la veille, ''navu varsh'' est devenu celui de l'amour avec un grand ''A''.

 

C'est ce jour là que sont honorés les jeunes mariés de l'année, et qu'il est mis en exergue la dévotion entre époux. Ces derniers se doivent assistance mutuelle pour subvenir aux besoins du ménage concernant le manger, l'habillement et le logement, ce qui nous ramène à … Pūjā Gudi Padva et à … fermer la boucle.

 

 

(*) Krishna épousa les cent seize mille vierges que retenait prisonnières le ''démon'' Narak, le soi-disant dieu de la saleté, son ''faire valoir'' du deuxième jour de dipāvalī, Narak chaturdashi.

 

Alors évidemment lorsqu'un dieu, dont l'énergie est inépuisable honore autant de demoiselles et … sans les rendre jalouses les unes des autres … la population augmente vite !...

 

Si vous lisez la chronique sur Narak, celle qui vient tout de suite après la présente, vous en saurez un peu plus sur ces soi-disant vierges.   

 

 

 

Petite remarque …

avant d'en terminer avec le quatrième jour.

 

Curieusement, ce jour là, les faire valoir de Vishnou ne sont pas tués. Il n'y a pas de ''sacrifice''. Sans doute parce que le brahmanisme se sent suffisamment fort pour ne pas avoir à le faire ?!....

 

Ah si !... encore un détail … ce jour se nomme aussi … ''Chaitra Shukla Pratipada''. Je vous avais prévu l'Inde est multiple, mais … une tout à la fois.

 

Pour ce nom là, je vous laisse faire les recherches pour … en savoir un peu plus !... 

 

 

     

 

 

Les trois œuvres représentent YAMI et sa sœur YAMA. (Les bronzes tibétains sont du XVIIIe.) Ces pièces font parti d'une collection intitulée 'Bardo Thodrol'', (Le livre des morts, tibétain) qui se tient au ''Rubin muséum of art'' de New-York, un petit musée consacré aux arts des pays Himalayens.

 




5ème jour :

 

BHAI DŪJ – BHAI DOOJ - BHAI BIJ – BHAU BIJ – BHAU BEEJ – BHAVA BIJ – BHAI TIKA – BHATRI DITYA – BHAI PHOTA (*) – DWITHIYA BHATHRU – YAMADWITHEYA sont autant d'expressions qui servent à nommer ce jour.

 

Le premier mot de l'expression ''BHAI DŪJ'' c'est à dire ''BHAI'', et les mots lui ressemblant, signifient ''frère''.

 

Quant au second mot de la même expression ''DŪJ'' ainsi que ceux qui lui ressemblent, veulent dire ''deux''.

 

Alors la traduction brute de décoffrage se résume à ''FRERE DEUX''. Ce qui signifie littéralement que les frères vont à la rencontre de leurs sœurs le deuxième jour suivant la nouvelle lune.

 

Les indiens ont, eux aussi c'est-à-dire comme au Lanna, l'art de la contraction verbale.

 

 

L'usage dont il va être question a pour objet de resserrer les liens familiaux en général, et plus particulièrement ceux entre frères et sœurs.

 

Un joli conte illustre cette coutume.

 

 

Le conte :

 

Voilà bien longtemps un tout jeune frère qui n'avait pas revu sa sœur depuis des années, et qui était devenu durant ce laps de temps un fort et beau jeune homme, décida un jour, d'aller lui rendre visite.

 

Hélas, cette sœur habitait au-delà des montagnes et par derrière une rivière particulièrement difficile à traverser. Autrement dit la route allait être longue et pénible.

 

Le voyage fut d'autant plus périlleux qu'en cours de chemin un serpent, la montagne, la rivière et un tigre voulurent lui prendre la vie.

 

Fort heureusement, touchés par la visite d'un frère à sa sœur, tous ces ''tueurs d'hommes'' acceptèrent de remettre leur sinistre projet, d'autant que le jeune homme leur avait promis de se livrer à eux à l'occasion de son voyage de retour.

 

Il arriva donc sain et sauf auprès de sa sœur. Les retrouvailles furent sans précédent, et la joie ne manqua pas d'être au rendez-vous.

 

Puis l'heure du retour sonna !...

 

A cette occasion, seulement, le frère raconta alors à sa sœur les rencontres qu'il avait faites lors de son voyage.

 

Son aînée comprit d'emblée qu'elle allait perdre un frère. Alors prenant un mystérieux paquet elle insista pour le raccompagner sur un ''petit bout'' de chemin !...

 

 

Lorsque le tigre se présenta à eux, elle sortit de son sac de la viande fraîche que le carnassier préféra à la chair de son frère.

 

Ensuite, la rivière se contenta de pièces d'or et d'argent,  la montagne de fleurs et de plantes, et le serpent d'un grand bol de lait.

 

Lorsque ce dernier disparu entre les herbes et les rocailles, le frère et la sœur se séparèrent pour de bon. Mais le garçon promit à sa sœur de revenir la voir l'année suivante et … le même jour !...

 

À l'occasion de ce voyage il avait découvert qu'un frère se devait d'honorer sa sœur, car une sœur est comme une déesse protectrice.  Elle est toujours là dans les moments les plus difficiles.

 

 

Un joli conte non ?....

 

Maintenant il reste à savoir s'il est antérieur ou postérieur à la coutume. Mais bien malin qui saurait le dire.

 

 

Il existe aussi une légende, à propos de cette coutume. C'est celle de Yama et de Yami.

 

 

La légende de YAMI et YAMA

 

Voilà bien longtemps Surya, le soleil, épousa une très belle princesse Samja, (Saranyū, Saraniyā) qui quelques temps après leur mariage mit au monde deux superbes jumeaux, Yama et Yami, qui s'entendaient comme larrons en foire.

 

Hélas l'éclat de son mari finit par indisposer Samja, qui prit la décision d'abandonner sa famille et de retourner sur terre.

 

Ce faisant elle laissa son ombre Chaya, ou Chhaya, qui était son exacte réplique, auprès du soleil, qui apparemment ne se rendit compte de rien ?!...

 

Hélas, au lieu d'être attentive aux deux jumeaux Chaya leur mena une vie impossible, et d'autant plus qu'elle mit au monde sa propre progéniture.

 

Un jour même elle les bouscula si fort que Yami en tombant sur terre se transforma en rivière, la yamuna, et que Yama se retrouva sous terre, dans les enfers dont il devint le premier roi après avoir été le premier mort du genre humain !...

 

 

Les années passèrent, les siècles même, quand Yama, sans doute atteint par la nostalgie de son enfance, entreprit de rendre visite à sa sœur.

 

Les retrouvailles furent au-delà de toute espérance. Sa sœur le reçu si chaleureusement que Yama en resta confondu, sans pouvoir dire un mot.

 

Elle tourna autour de lui en disant des incantations, des ārtis, plaça sur son front un tilak (*) et autour de son cou une guirlande de fleurs.

 

Puis comme si toutes ces marques de respect et d'amour ne suffisaient pas elle lui présenta toutes sortes de plats et de friandises qu'ils partagèrent … comme au bon vieux temps de leur prime enfance !...

 

Alors Yama au moment de son départ, superbe et généreux, et en écrasant peut-être une larme, accorda un don divin à sa sœur d'abord, et au genre humain ensuite.

 

Il déclara qu'à chaque fois qu'un frère rendrait visite à sa sœur, lorsqu'elle lui souhaiterait santé et prospérité, elle serait exaucée … mais … à la condition que cette visite se fasse le jour de ''BHAI DŪJ'' !....

 

J'ai même cru comprendre que cette visite fraternelle épargnerait de l'enfer ?!... (**)

 

Autant dire que cette déclaration ne tomba pas dans l'oreille d'un sourd, d'autant plus que ces rencontres fraternelles s'accompagnèrent ensuite d'échanges de cadeaux, alors !.... (***)

 

 

(*) Le tilak est appelé aussi tika, bindi, potta ou phota, entre autres noms !...

 

C'est une marque qui a plusieurs significations dont celles entre autres, de souhaiter la bienvenue, de porter bonheur et de préciser une appartenance religieuse.

 

Elle s'applique sur le front, entre les deux sourcils, plus précisément au niveau du sixième chakra, le chakra Ajna. Elle symbolise le troisième œil de Shiva.

 

Le tilak se présente sous différentes couleurs et formes, dont un point, trois barres et un ''U'', entre autres.   

La tilak rouge est fait avec du curcuma séché mélangé à du jus de citron. Le blanc est à base de bois de santal et le gris de cendres.

 

D'après les textes sacrés, un front sans tilak c'est comme un puits sans eau, un village sans temple, une femme sans mari, une maison sans toit, etc… etc… il y a plusieurs pages de ces comparaisons !...

 

(**) Il faut savoir que dans le brahmanisme l'enfer ne vaut que pour le corps des défunts, et qu'il n'est pas éternel comme chez les chrétiens. La partie divine d'un individu n'est pas concernée par la damnation mais par me kharma.

 

(***) Pour être complet, je signale qu'il y a aussi un bain rituel du frère et de la sœur ce jour là.

 

 

 

Les adeptes de Krishna et de Mahāvīra ont bien tenté de s'approprier de l'origine de la coutume, mais les vrais initiateurs de cet usage sont bien Yami et Yama.

 

Car tout à fait entre nous la légende de Yami et de Yama est une vraie histoire, alors que les deux autres ne sont qu'un épisode d'un chapitre parmi d'autres. Mais jugez-en plutôt.

 

 

                             

 

 

               A gauche : KRISHNA et à droite : MAHĀVĪRA

Ces deux images reflètent assez bien la ''couleur'' du contenu de la doctrine de chacun de ces deux courants de la pensée.  

 

 

 

Les premiers, ceux qui adorent Krishna, prétendent que cette coutume vient de l'exemple de Subhadra, la sœur de Krishna.

 

À la suite de leur combat contre Narak, Khrishna et Satyabhama sont rentrés à Dwaraka. Et là, dès leur arrivée dans la ville, Krishna est allé rendre visite à sa sœur en laissant - soit dit en passant - inélégamment celle sans qui il n'aurait jamais pu tuer le ''démon'', c'est-à-dire … la belle Satyabhama.

 

Mais les dieux étant à l'image des hommes ils se montrent parfois aussi goujats que certains d'entre eux !....

 

Bref !... Subhadra en accueillant Krishna se serait alors comportée à son égard … comme Yami vis-à-vis de Yama.

 

 

 

Les seconds, ceux qui pratiquent le jaïnisme, racontent que c'est Sudarshana l'instigatrice de cette coutume et qu'elle remonterait aux environs de 527 avant notre ère.

 

Car ce fut en -527 av.JC. que mourut Mahāvīra, (*) le fondateur du jaïnisme actuel.  

 

Son frère le roi Nandivardhan, qui fut très affecté par cette mort, ne trouva alors de réconfort qu'auprès de sa sœur qui alors … aurait eu les mêmes gestes et les mêmes attentions que Yami avec Yama !...

 

 

(*) Mahāvīra (-599/-527 av. JC.) contemporain de Bouddha est le fondateur du jaïnisme, ou jnisme actuel. L'origine de ce courant de pensée serait bien antérieure à l'hindouisme, puisqu'il remonterait soi-disant vers 2.500 av.J.C.

(De ce qui précède, et à mon avis, Mahāvīra serait alors un très grand réformateur plutôt qu'un fondateur ?!...)

 

 

 

A tout bien réfléchir, je crois que le plus beau texte parmi ceux qui sont proposés, pour cette cinquième et dernière journée, est celui du conte. Un conte fort peu cité parmi tout ce que j'ai pu lire, mais ô combien à l'unisson de l'événement.   

 

 

 

CONCLUSIONS concernant ces festivités de cinq jours :

 

C'est en me documentant pour écrire les lignes qui précèdent que j'ai découvert l'hindouisme. Auparavant je ne connaissais rien de cette religion, hormis son nom.

 

Alors en écrivant les lignes qui vont suivre je ne me suis pas livré à un travail d'érudit, car j'en suis tout à fait incapable ; mais à une mise en évidence d'un sentiment qui n'a fait que grandir au fur et à mesure de mes lectures, à savoir que ces festivités sont avant toutes choses la grande fête du brahmanisme triomphant, tout comme Noel est celle du christianisme triomphant.

 

Je vais m'en expliquer.

 

 

Tout d'abord, il est indéniable que la fête des lumières, Indienne et celle des lanternes, Chinoise ont une même origine. Et il est fort probable que le rite chinois soit une ''pousse'' des rituels indiens. Mais, après plus de deux mille ans,  qui peut-être affirmatif à ce sujet  ?!...

 

Quoi qu'il en soit de leurs liens, ces cultes agraires se sont développés au fur et à mesure de la sédentarisation des hommes. Ils ont alors été ''mis en scène'' par un clergé en parfaite communion avec la nature. C'était à l'ère du védisme et de la médecine āyurvéda.

 

Puis avec le temps, donc avec toutes les évolutions qui ont façonné les sociétés nouvelles, ces rituels ont fini par perdre leur identité parce que de nouveau courant de pensée, répondant aux nouveaux besoins des hommes, ou à la prise du pouvoir spirituel par les hommes (*) détenu auparavant par les femmes, les ont adaptés à leur idéologie.

 

 

(*) Là, je fais référence à Céline Renooz.

 

 

C'est ainsi qu'en Occident le christianisme a mis en place sa liturgie au détriment des cultes dits païens existants, qu'en Chine le bouddhisme a fait main basse sur la fête des lanternes, qu'en Inde le brahmanisme s'est construit sur les fondations du védisme et accaparé de la fête des lumières.

 

Dans chacun de ces cas la ''prise du pouvoir'' a du tenir compte des superstitions, accepter des compromissions et faire sien, momentanément ou ad vitam aeternam, de certains usages ou figures protectrices.

 

 

Dans le cas qui nous intéresse le brahmanisme a ''récupéré'' Yama, le dieu de la mort, sans doute parce qu'il était lié aux ancêtres et que dans le cœur de chaque homme ces valeurs défient le temps et les modes.

 

 

Alors c'est YAMA qui fait le lien entre les deux systèmes, le védisme et le brahmanisme, lui qui ouvre les festivités, et qui les clos.

 

Ensuite, c'est sur un fond de meurtres, donc de sacrifices et sous l'œil de Yama, que les tenants de l'ordre nouveau, le dharma, célèbrent leurs victoires et leurs nouveaux dieux, le tri-mûrti ou la trinité brahmanique. (Brahma, Vishnou et Shiva.)

 

Le premier jour Yama, la mort et tout ce qu'elle véhicule entrent en scène.

 

Le deuxième jour Narak l'impur, le bouddhiste, (*) c'est-à-dire l'ennemi de l'intérieur est vaincu.

 

C'est le premier grand triomphe de Vishnou via Krishna. Une incarnation où Vishnou fait homme jouit de sa toute puissance divine en tant qu'homme. C'est aussi le seul avatar où le phénomène se produit.

 

Le troisième jour Ravana l'étranger, le musulman (**) c'est-à-dire l'ennemi de l'extérieur est vaincu.

 

C'est le deuxième grand triomphe de Vishnou via Rama. Une incarnation où Vishnou fait homme n'est qu'un homme, c'est-à-dire qu'il ne jouit pas de sa toute  puissance divine. C'est le dieu-singe Hanuman qui permettra à Rama de vaincre Ravana.

 

 

 (*) L'ennemi de l'intérieur est l'objet de la prochaine chronique. Car Narak m'a interpelé et passionné pour différentes raisons, dont celle du bouddhisme.

 

(**) Il n'y aura pas de chronique concernant Ravana et l'islam car il faut savoir s'arrêter même sous le coup de la passion.

 

Le sujet de ce blog c'est Chiang-Maï, et j'ai encore beaucoup à écrire à son sujet. 

 

 

 

 

 

 

A gauche, une carte de l'Inde indiquant l'étendue de l'empire Moghol à son apogée, en 1687. C'était sous le règne de son dernier grand souverain, l'empereur Aurangzeb (1687-1707) un musulman fanatique qui fit interdire l'hindouisme, détruire les temples hindous et imposer tous les non-musulmans du fait d'être des infidèles. Bref, c'était un taliban avant l'heure.

 

Au centre, Chhatrapati Shivaji Maharadj ou le radja Shivaji Bhonsla (1628-1674-1680) fondateur de l'empire Marathe et défenseur de l'Hindouisme. Il posa les bases de l'empire Marathe aux dépends des princes musulmans de Bijapur et de l'empereur Aurangzeb.

A noter que parmi ses lieutenants il y avait des musulmans, et qu'il eut le bon sens d'épargner les mosquées lors de ses conquêtes.  

 

A droite, Une carte de l'Inde quelques soixante années plus tard !... Elle précise l'étendue de l'empire Marathe au plus haut de sa gloire, vers les années 1750, sous le règne du Chhatrapati Bālājī Bājī Rāo (1740-1748-1761) un hindouiste.

 

L'empire Moghol, en vert, n'est plus qu'un souvenir. Le danger musulman est écarté, alors le brahmanisme va pouvoir reprendre des couleurs et … prospérer.  

 

 

 

Le quatrième jour les dieux védiques sont ''remis à leur place'' par Vāmana le nain d'une part et Krishna de l'autre.

 

Le premier, magnanime, envoie Bali régner sur les enfers et le relègue tout au bas du panthéon des dieux après l'avoir dépossédé de tous ses biens, le ciel, la terre et les enfers.

 

Le second, insolent, inflige quelques affronts à Indra qui finit par comprendre qu'il n'est en haut du panthéon que par égard à son passé mais qu'il n'a plus aucun pouvoir.

 

 

Durant ces trois jours le brahmanisme se délecte de sa victoire. Les trois causes ou dangers qui mettaient en jeu son existence sont écartés définitivement.

 

Alors il fête son triomphe sans aucune retenue !....

 

 

Le cinquième jour, la messe étant dite, Yama n'a plus qu'à tirer sa révérence et à aller juger ceux qui ont fait trembler le brahmanisme. Il va s'en dire que Yama aura été sans pitié pour eux.   

 

 

 

Ce qui précède n'est que mon sentiment, car en parcourant de nombreux de blogs dipāvalī c'est d'abord la page que chacun tourne dans l'espoir que la fortune et le bonheur franchiront le seuil de leur demeure.

 

A mon avis ce point de vue ressemble à l'arbre qui cache la forêt. Mais peut-être que ces gens ont raison et que je cherche midi à quatorze heures ?!...

 

Qu'en pensez-vous ?...

 

 

Maintenant c'est à vous à vous faire une opinion. Je pense que vous avez tous les éléments en main pour cela.

 

 

Merci d'avoir parcouru ces quelques lignes, que j'ai voulu aussi complètes que possible et, qui je l'espère n'ont pas été trop ardues.





05/01/2011
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