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LOY KRATHONG ET SES ORIGINES KHMERES : (2ème partie)


LOY KRATHONG ET SES ORIGINES KHMERES:

 

 

 

                             DEUXIEME PARTIE

 

                                    (Suite et fin)

 

 

 

Avec les témoignages qui terminent la première partie de la chronique ''Loy krathong et ses origines khmères'' nous sommes loin de la légende de Nang Nopamas. Une légende qui aurait été ''retrouvée'' … par hasard, si ce n'est pas ''écrite'' de ''A'' jusqu'à ''Z'', par une ''personne'' du département des beaux arts siamois.

 

La ''sortie'' de cette légende des oubliettes de l'histoire, est souvent datée de 1850. Mais comme l'avènement de Mongkut ou Rama IV date de 1851, il serait plus judicieux, à mon avis, de la faire naître quelques années plus tard. Car ce roi a vraisemblablement eu un rôle déterminant dans son ''exhumation'' voire … ''son écriture'' !...

 

D'autant que pour lui donner ses lettres de noblesses ou un sceau d'authentification elle fut écrite en anglais en 1863 par le roi … Mongkut lui-même !....

 

Un roi soucieux de donner à son royaume une image qui n'avait rien à envier à celle des pays occidentaux.

 

Au Siam comme partout ailleurs on n'était jamais mieux servi que par soi-même, y compris lorsqu'on était à la tête d'un royaume. Et le roi Mongkut se retroussera souvent les manches pour mettre le Siam en valeur, comme par exemple avec la pierre de Ramkhamhaeng !... encore lui !... dont nous reparlerons. 

 

 

Cette légende, qui daterait du XIIIe siècle, commence par mettre en scène un brahmane, Chotira Mourachatinnam (โชติรัน์ มืราชทินนาม), au savoir encyclopédique et à la philosophie hors de pair. Car à l'époque ''l'embryon'' de ce qui deviendra le Siam ne manquait pas d'hommes de valeur et d'expérience ?!....

 

Puis elle précise que ce dernier était le père d'une fille à la beauté et à l'intelligence hors du commun … Nang Nophamas !... (นางนพมาศ)

 

Tous deux vivaient alors à la cour de Phra Somdet Ruang, ou Ramkhamhaeng, le roi de Sukhothaï. (*)

 

 

 

(*) J'ai aussi lu que le roi en question ''Ruang'' ne serait pas Ramkhamhaeng mais son petit-fils, Phaya Lithai, ( ?/1347/1368).

 

En fait le terme de ''Ruang'' ne désigne pas un roi en particulier, mais une dynastie. Alors, ne serait-ce que pour cette raison, chacun peut associer à ce nom ''générique'' tous les souverains appartenant à la lignée royale des Ruang ?!....

 

Maintenant … c'est au lecteur à choisir entre le grand-père et le petit-fils. Personnellement je penche pour le premier …. la légende lui ressemble plus mais, avec le second le bouddhisme était beaucoup plus implanté ?!... alors ?!....

 

 

 

Les qualités de Nang Nophamas étaient telles qu'elle était la source d'inspiration de pratiquement toutes les œuvres artistiques produites alors à Sukhothaï …. après Bouddha … cela s'entend !....

 

Mais si tous les artistes connaissaient cette égérie, curieusement le roi semblait ignorer jusqu'à son existence ?!....

 

Car il fallut qu'il entendît une chanson vantant les mérites de cette muse pour qu'il demandât qu'elle lui fût présentée.

 

 

Les artistes disaient et voyaient vrai. Nang Nophamas était une reine de beauté.

 

Alors dès que Ramkhamhaeng l'aperçut, il succomba à ses charmes au point d'en faire l'une de ses épouses … vraisemblablement la favorite. Mais la légende ne précise pas ce détail !....

 

 

Très vite Nang Nophamas apprit son ''métier'' de reine. C'est pourquoi elle remplissait alors ses devoirs de souveraine à la perfection.

 

Ainsi, tout en continuant d'honorer les dieux de son père, elle accompagnait toujours son époux lors des cérémonies bouddhiques.

 

 

Un jour à l'occasion des solennités du nouvel an, qui correspondaient aussi à une fête brahmanique – et pour cause - elle avait confectionné, et mis à flot dans l'après midi, un magnifique krathong.

 

Pour cela elle avait tressé, en forme de lotus ouvert, une magnifique corbeille avec des feuilles de bananier, qu'elle avait remplie de nombreux présents, dont des bougies, des bâtons d'encens, des fruits sculptés (*) et bien d'autres choses encore.

 

 

(*) L'art de la sculpture sur fruits ou légumes, kè-sa-lak (แกะสลัก) en thaïlandais, aurait aussi pour origine l'offrande de Nang Nophamas, aux divinités.

C'est en tout cas pour cette raison qu'il est associé à … loy krathong.

 

Ce serait Nang Nophamas qui, la première, se serait mise à sculpter sur végétaux. Bien évidemment cela reste à prouver d'autant que cet art est aussi un art japonais … très très ancien … alors ?!...

Il n'empêche qu'aujourd'hui, cet art est enseigné dans certaines écoles thaïlandaises et qu'il compte parmi les grandes traditions de ce pays. 

 

 

 


 

 

A gauche : Ganga, la divinité du Gange assise dans un lotus. Elle est sur son vāhana ou véhicule spécifique à une divinité … un crocodile. (C'est une image … d'Epinal à l'indienne que j'ai inversée.)

Au centre : Un krathong, un peu hors norme mais pas géant, tressé en feuilles de bananier.

A droite : Une Ganga à la mode du Lanna, c'est-à-dire véhiculée par un rote-krathong.

(Les deux dernières photos ont été prises à l'occasion du deuxième défilé de Yi-Peng 2010.)

 

 

 

 

En accomplissant ce rite Nang Nophamas remerciait ''Phra Mae Kongka'' et les génies des eaux de leurs bienfaits passés tout en les sollicitant de les renouveler à l'occasion de l'année nouvelle. C'était aussi pour elle une opportunité de purification.

 

 

 

Quelques heures après avoir accompli ce rite elle se rendit sur les lieux où la cérémonie bouddhique devait se dérouler.

 

Et là, en arrivant, elle découvrit tout un attroupement de gens qui s'extasiaient et discouraient sur un objet venu s'échouer sur la berge de la rivière.

 

Comprenant qu'il s'agissait de son Krathong, Nang Nophamas fendit la foule et, prenant la parole, elle expliqua ce qu'était dans sa religion un ''krathong dok bua'', (กระทงดอกบัว) puis elle se mit à satisfaire la curiosité de ses auditeurs en répondant à leurs questions.

 

Ses réponses et ses explications furent si captivantes que personne ne remarqua alors l'arrivée du roi, d'autant que ce dernier, tout aussi subjugué que ses sujets par les propos de sa concubine, les écoutait avec le plus grand intérêt.

 

 

Lorsque que la présence royale fut découverte ce fut la confusion générale. Alors Nang Nophamas, se sentant coupable d'un crime de lèse majesté, alla se jeter aux pieds de son époux dans l'intention de lui demander pardon pour l'offense qui venait de lui être faite.

 

Mais sans dire un mot Ramkhamhaeng l'aida à se relever. Il se dirigea vers le krathong et alluma les bougies ainsi que les bâtons d'encens.

 

Lorsque le krathong s'illumina et répandit ses effluves odoriférantes il se tourna vers l'assistance et, dans un silence soutenu par l'émotion, Ramkhamhaeng lança alors, d'une voix ferme et solennelle, en désignant le krathong :

 

''Aux temples, aux pagodes, à tous les abris destinés à Bouddha situés de part et d'autre de ces eaux, aux empreintes de pied laissés par notre guide à tous sur les rives de cette rivière et à la mer qui en reçoit les eaux j'offre ce krathong en l'honneur de Bouddha. ''.

 

Puis après quelques secondes de pause voire de recueillement, qui parurent alors des siècles, il rajouta, d'une voix toujours aussi solennelle et assurée :

 

''… Et quelque soit la bénédiction que je recevrai en retour de cette action je ne garderai rien pour moi.

 

Tous les mérites qui me seront accordés sont d'ores et déjà la propriété des génies des eaux pour lesquels Nang Nophamas a confectionné cet admirable krathong. Car conformément à l'enseignement de Bouddha je respecte les esprits qu'elle honore. ''

 

Alors comme par miracle la tension se dissipa pour laisser place à une espèce de douce euphorie, ou à un soulagement collectif qui se ressent plus qu'il ne s'explique.

 

Et, comme pour clore cet intermède, Ramkhamhaeng avec l'aide de Nang Nophamas remit le Krathong à flot, qui cette fois fut emporté par les eaux au-delà de l'horizon !....

 

 

C'est ce geste (*) que prétend perpétuer la tradition qui, selon Rama IV, tire son origine exclusivement de la fête indienne appelée … Dipāvalī.

 

Autrement dit, cette coutume aurait été ''réinventée'' fortuitement et ne devrait rien aux …. Khmers ?!...

 

 

(*) D'après cette légende lorsque deux jeunes gens, épris l'un de l'autre, mettent à flot un krathong c'est le moment idéal pour eux de faire le vœu d'un amour éternel.

 

Si le couple est déjà marié c'est alors l'occasion d'un vœu pour renforcer leur amour.

 

Mais dans chacun de ces cas, et dans les autres aussi, car tout individu peut émettre un vœu de son choix, pour que les vœux se réalisent il faut que la bougie reste allumée jusqu'à ce que le krathong s'estompe dans la nuit !...

 

Heureusement, la légende ne précise pas le nombre de krathongs auxquels chacun a droit. Alors tous les espoirs sont permis !.... 

 

 

 

 

 

Quelques krathongs prêts à être mis à l'eau ou en attente d'un acheteur sur la table d'un fabricant et vendeur occasionnel.

 

 

 

 

Rama IV, (1804-1851-1868) qui fut un très grand roi, poussa parfois le bouchon un peu loin pour souder l'unité de son pays et en faire une nation à l'égale de celles des occidentaux.

 

Il faut reconnaître qu'à l'époque ses ''manigances'' avaient plutôt bien réussi. Mais avec le temps, les œuvres les plus belles se dégradent et les ''supercheries'' les plus élaborées finissent par être découvertes.

 

Alors aujourd'hui quelques historiens thaïlandais n'hésitent pas à remettre en cause l'authenticité des événements qui sont au cœur de cette légende.

 

Certains d'entre eux sont même allés jusqu'à demander que cette ''fable'' ne soit plus enseignée aux élèves et prise par eux pour argent comptant.

 

Mais le Ministère concerné s'est toujours refusé à prendre en compte leur demande pour … sans doute (?) ... ne pas perdre la face !.... et rien de plus … vraisemblablement !...

 

Quelques téméraires blogueurs thaïlandais vont même jusqu'à écrire à ce sujet, que … ''l'histoire enseignée aux élèves, à défaut d'être exacte, sert surtout à raviver l'orgueil national. ''. Qu'ils sachent qu'en France … c'est la même chose !....

 

 

Pour en terminer avec Nang Nophamas, ce ''prénom'', aurait été donné à la concubine royale par un saint astrologue.

 

Ce dernier aurait même spécifié à la naissance de l'enfant dont la ''peau était de couleur miel, le nez aquilinetc… etc… '', qu'elle serait aussi belle que les ''neuf étoiles d'or qui brillent au firmament.

 

De ce fait, Nophamas signifierait ''les neuf navagrāhas d'or''. Les navagrāhas sont en astrologie indienne ce que ce que sont les planètes en astrologie occidentale c'est-à-dire le Soleil, la Lune, Mercure etc….

 

 


 

 

Quelques charmantes Nang Nophamas en herbe au cours du grand défilé de Yi-Peng 2010.

 

 

 

 

Ce prénom fut aussi celui d'une héroïne de roman à succès paru un peu avant 1850, sous le règne de Rama III, (1787-1824-1851) le frère de Rama IV.

 

L'un des objectifs de ce roman à succès aurait été d'édifier voire d'instruire des modalités en vigueur et auxquelles devaient se conformer les femmes siamoises qui se destinaient alors à une carrière de fonctionnaire ?!....

 

De là à emprunter ce prénom à succès … pour le donner à une reine, qui n'a probablement pas existé, il n'y avait qu'un pas à accomplir. Et apparemment il a été fait par l'auteur (Rama IV ?...) de la légende !....

 

Grâce à ce pas ou à cause de lui, c'est selon, c'est aujourd'hui sous le terme de Miss Nophamas que sont désignées toutes les reines de beauté qui sont élues de par le royaume.

 

Un royaume où il y a tant et tant de concours de beauté que chaque Thaïlandaise a du, un jour ou l'autre, recevoir ce titre. Car il est bien connu que les plus belles femmes du monde sont originaires … du nord de la Thaïlande. C'est-à-dire … du Lanna.

 

 

 

Pour clore cette brève analyse de la légende, car il y aurait encore beaucoup à dire, nous y ajouterons un dernier chapitre, celui du bouddhisme.

 

Car là encore Rama IV  a fait d'une pierre deux coups. (Un homme infatigable ce Rama IV)

 

D'abord il fait croire que la fête en question était d'origine bouddhique, ce qui ne se peut pas quand on sait que Ramkhamhaeng a repris les fêtes khmères en y associant des coutumes t'aïes.

 

Ensuite, pour asseoir et donner corps à son affabulation il va associer à cet événement un épisode de la vie de bouddha, celui de son empreinte dans les limons d'une rivière.

 

 

L'un des grands soucis politiques de Rama IV était alors d'unifier son royaume pour le protéger des appétits occidentaux, et le bouddhisme fut l'un de ses instruments pour y parvenir au mieux.

 

Cet homme a été moine plus de vingt-cinq ans durant avant de ceindre la couronne. Il a été aussi à l'origine de la création des Thammayuts. Une congrégation bouddhique réformée qui s'est développée sous les bons auspices de la famille royale.

 

Grâce à elle, la royauté disposait alors (et toujours) d'un moyen de contrôle sur les communautés religieuses bouddhiques, le sangha, mais aussi d'une entremise pour pénétrer, sous prétexte de  conversion au bouddhisme, les régions encore mal intégrées au royaume.

 

Voilà pourquoi, entre autres raisons, Rama IV s'était ingénié à mettre le bouddhisme en valeur dans cette légende.

 

Rama IV n'a négligé aucun moyen pour consolider son pouvoir. C'était un visionnaire et un monarque avisé, qui a su avec les moyens du bord conduire son vaisseau ''Siam''.

 

Toute autre personne compétente aurait vraisemblablement, à quelques nuances près, agi de même. Rama IV fut globalement un excellent capitaine et la Thaïlande lui doit, à mon avis et contrairement aux apparences, tout autant sinon plus qu'à Rama V, son fils. 

 

 

 

 

      Le roi Mongkut (1804-1851-1868) dit RAMA IV.

 

 

 

 

La légende de bouddha associée à loy krathong.

 

 

Alors que le Bouddha n'était encore que Gautama, un ascète à la recherche de la vérité, dans le petit village de Senani, ou Senā, en Inde, vivait une belle et riche fermière au nom de Suchada. (Sujata - Soudjātā).

 

Elle était connue dans la région pour produire un lait de vache doux et parfumé, et pour faire don d'un bol de riz cuit dans son lait d'exception à la divinité qui habitait un magnifique banian situé sur une berge du Neranjara,  (Nairanjanā) qui coulait non loin de sa ferme.

 

 

Suchada voulait trouver un mari de son rang, et par voie de conséquence mettre au monde des enfants. Alors sur les conseils de ses voisins chaque année, au nouvel an et  depuis déjà un certain temps, elle allait déposer des offrandes à la divinité de ce banian pour que ses désirs fussent exaucés.

 

Cette année là, comme les précédentes, sa servante s'était rendue auprès du banian avant elle, afin de nettoyer l'endroit et de le décorer agréablement pour mettre en valeur son don.

 

Mais cette année là, contrairement aux précédentes, il y avait sous le banian un ascète en position de méditation sur un tapis de feuillages.

 

L'homme, revêtu d'un drap de couleur safran, immobile et serein dégageait comme une espèce d'agréable sensation de béatitude.

 

Persuadée qu'il s'agissait de la divinité ''incarnée'' la jeune fille courut annoncer la bonne nouvelle à sa maîtresse.

 

Alors Suchada s'empressa de mettre les petits plats dans les grands, et en particulier de trouver un bol digne de la divinité. Elle le découvrit par hasard tout au fond d'un placard resté fermé depuis des lustres !...

 

C'était un beau et magnifique bol en or sur lequel aucune impureté n'avait osé se poser de crainte de maculer son éclat et de ternir sa splendeur !...

 

Son père, qui vaquait à ses occupations tout à côté, avait d'ailleurs oublié jusqu'à l'existence de ce bol en or. Il fut même incapable de lui dire d'où il venait et ce qu'il pouvait bien faire là.

 

 

L'offrande étant plus importante que le prix du bol, Suchada le remplit de kheer, son délicieux et succulent riz au lait parfumé, et prit la direction du banian le cœur battant à grands coups sourds, mais confiant tout à la fois.

 

 

L'ascète était toujours là, assis sur son tapis de feuillages. Alors elle le salua très respectueusement et le pria d'accepter son offrande, c'est-à-dire … son bol d'or.

 

Gautama, car c'était lui, l'accepta tout comme les trois Bouddhas qui l'avaient précédé avaient accepté le leur pour consommé leur dernier repas avant leur éveil, et cela … quelques millénaires avant Gautama.

 

Après quoi Gautama se rendit avec son bol contenant un gruau cuit de riz au lait sur la berge de la rivière et prit un bain pour se purifier.

 

Sa purification terminée il s'installa face à l'est et partagea son repas en 49 petites portions … très exactement, qu'il mangea l'une après l'autre.

 

Sa méditation après l'éveil devait durer  … sept semaines ou … quarante-neuf jours, c'est-à-dire sept fois sept jours !...

 

 

Lorsqu'il eut terminé ce dernier repas avant son éveil, soucieux de savoir s'il atteindrait la bouddhéité, Gautama à l'instar des trois bouddhas qui l'avaient précédé, lança lui aussi son bol vide au milieu de la rivière.

 

Comme il était alors habité par le doute, comme probablement les trois bouddhas qui l'avaient précédé, il pensa très fort, ou dit peut-être à haute voix en s'adressant à la divinité du banian, qui sait ?...

 

'' Si je dois réussir à devenir un bouddha que ce bol remonte le cours du Neranjara. Dans le cas contraire qu'il descende se perdre dans les eaux de la mer. ''

 

 

Suchada qui ne comprenait pas les raisons du geste de Gautama mais dont l'intuition lui faisait sentir qu'elle vivait un moment sans précédent, vit alors le bol prendre place au beau milieu de la rivière et s'éloigner à contre courant !...

 

Stupéfaite elle regarda Gautama, qui alors lui sourit.

 

 

Tandis que Suchada se remplissait les yeux de tous ces prodiges, le bol d'or au fur et à mesure de son parcours, se remplissait d'eau.

 

Après un trajet de quatre-vingt coudées, environ une quarantaine de mètres, il s'enfonça dans les eaux de la rivière et alla se poser sur la tête de Muchalinda, le roi des nagas.

 

 

L'auguste amphibien, dont le crâne n'avait pas pour habitude de se retrouver coiffé aussi cavalièrement, allait montrer son mécontentement quand, se saisissant du bol, il reconnut celui du futur Bouddha.

 

Alors, sachant que le récipient venait de parcourir quatre-vingt coudées, c'est-à-dire tout autant que les bols des trois prédécesseurs de Gautama, il se retrouva en un rien de temps au pied du banian et face à l'ascète Gautama.

 

Là, rendant alors hommage au futur bouddha il lui tendit, en s'inclinant respectueusement, son bol d'or.

 

Le futur bouddha s'approcha du roi des nagas, récupéra son bien, et tandis qu'il s'apprêtait à aller prendre place sous l'arbre de la toute proche Boddhi, (illumination ou éveil) Muchalinda lui demanda de laisser l'empreinte de son pied sur la berge de la rivière en témoignage de ce jour béni, pour les générations à venir.

 

Gautama pour qui la gloire posthume importait peu sembla alors ne prêter aucune oreille à cette demande et commença les sept tours autour du figuier avant d'aller s'asseoir sous sa ramure.

 

 

Mais comme le limon de la rive du Neranjara était à cet endroit meuble Gautama y laissa, apparemment malgré lui, une superbe empreinte de son pied.

 

Alors dans l'instant, et lors des siècles futurs, le roi des nagas en prit, et en prendra, le plus grand soin. Car cette empreinte était le témoignage de l'événement qui allait changer la face du monde.

 

Dans les heures qui allaient suivre, après trois veilles très exactement, Gautama, l'''Être promis à l'éveil'' trouvera la réponse à ses grandes questions et deviendra alors … un ''Bouddha parfait et accompli'', le Bouddha des temps actuels.

 

 

 

 

A gauche : Suchada, accompagnée de sa servante, offre son don (Un bol d'or contenant du riz au lait ou Kheer) à Gautama.

Au centre : Le roi des Nagas, Muchalinda, après avoir rendu le bol d'or à Gautama, lui demande de bien vouloir laisser son empreinte sur la rive du Neranjara.

A droite : Gautama est devenu un bouddha et son tapis de feuillages s'est transformé, selon la légende, en trône du triomphe que les bouddhistes appellent … l'''aparajita''.

 

Ces trois ''images'' proviennent d'une série d'oeuvres qui ont été peintes en 2007 sur les murs du Wat de ''Preah Prohm Roath'' ou ''Preah Prohm Rath'' de Siem-Reap au Cambodge. Un temple qui a été élevé en 1915 c'est-à-dire en pleine occupation Siamoise.

Pour visualiser d'autres images, car elles viennent de ce site.

 www.angkor-planet.com/FR/FTPculture/buddha-khmer.html

 

 

 

Depuis cet auguste jour l'empreinte du pied de Bouddha fut associée à la fête de la pleine lune d'avril, qui deviendra par la suite le nouvel an des bouddhistes d'obédience theravada.

 

 

Voilà comment les ''nouveaux venus'' qu'ils soient chrétiens, bouddhistes ou adeptes d'un autre grand courant religieux ou philosophique s'accaparent d'une tradition venue de la nuit des temps et qui à l'origine ne concernait que le culte des ancêtres !....

 

Un culte qui consistait à nourrir les mânes de ceux qui avait quitté le monde des vivants !...

 

 

 

Nota bene : J'ai trouvé plusieurs versions de cette belle légende. Elles étaient toutes, ou presque, aussi hermétiques les unes que les autres, car elles étaient écrites par des bouddhistes, pour des Bouddhistes, (*) c'est-à-dire des gens qui sont en pays de connaissance ; ce qui était loin d'être mon cas.

 

Alors je me suis permis de mettre mon … ''petit grain de sel'' dans sa réécriture afin que sa lecture réponde d'emblée à la … logique du cartésien que je suis et que vous êtes.

 

Je pense ainsi avoir rendu cette légende plus accessible et compréhensible, sans avoir pour autant dénaturé l'essentiel de son contenu et de son message.

 

Si j'ai ''raté'' mon objectif, que les bouddhistes me le pardonnent. Et  merci de me signifier ce qui ne va pas afin que je remédie à mes éventuelles erreurs.

 

(*) Je passe sous silence les légendes réécrites par certains occidentaux qui visiblement n'ont fait que de mauvaises recopies !....

 

 

 

Enfin, il reste un mot à dire concernant l'impulsion donné à cette fête par le département des beaux arts thaïlandais en 1977, c'est-à-dire une dizaine d'années après 1968.

 

En France, 1968 a vu naître des associations comme ''Le Point Mulhouse'', ''Nouvelles Frontières'' et quelques autres. Ces associations ont démocratisé les voyages et amorcé le tourisme de masse.

 

La Thaïlande, dont le Tourisme est devenu l'une des principales ressources n'a pas attendu le départ du train pour mettre en œuvre nombre de modalités, dont des fêtes, pour les attirer. Et apparemment elle a plutôt bien réussi.

 

 

Le département des beaux arts Thaïlandais, en donnant vie à cette fête dans le parc historique de Sukhothaï, a été l'un des nombreux organismes thaïlandais, dont aussi la ''Thaï Airways'' qui furent alors au diapason des nouvelles tendances mondiales.

 

Faut-il lui reprocher d'avoir porté atteinte à la vérité historique au profit d'une légende ?... ou au contraire le féliciter de faire rêver nombre de spectateurs qui sans lui ne seraient – peut-être - jamais venus en Thaïlande ?...

 

A vous de voir et de dire !...

 

 

Conclusions :

 

Après avoir passé en revue les différentes traditions concernant les origines de Yi-Peng et de Loy Krathong, tout semble indiquer que c'est la fête indienne de ''Dipāvalī'' qui serait à la source de ces festivités.

 

Mais partout où ''Dipāvalī'' a fait son apparition et a été ''adaptée'' des ''fêtes'' préexistaient sous forme de cultes consistant à nourrir les mânes des ancêtres.

 

Autrement dit ce serait ces rites, propres à chaque région, que l'hindouisme aurait ''colorer'' ou … ''dipāvalīser'' de ses ''idées nouvelles''.

 

 

Selon les routes empruntées la ''dipāvalīsation'' s'est caractérisée – principalement - par deux ''techniques'' ; le ''khom faï'' pour la route terrestre et le ''krathong'' pour la route maritime.

 

Autrement écrit, si l'Inde fut le départ de ces deux routes, il semblerait qu'elles aient abouti toutes les deux au Lanna, c'est-à-dire à Chiang-Maï.

 


 

 

Envois de Kkom-faïs (โคมไฟ) au pont Nawarat, parfois un feu d'artifice est accroché au ballon pour mieux suivre son ascension.

 

Sur la carte, la route de l'ouest est en jaune et celle de l'est en vert. Dipāvalī a donc pris deux routes et chacune aurait abouti à CHIANG-MAÏ ?... Fantasme d'un doux rêveur ou réalité possible ?...

 

 

La première de ces deux routes, celle de l'ouest, par le biais de la route de la soie aurait conduit cette tradition jusqu'à Luoyang, et les autres villes chinoises situées au nord-est de la Chine.

 

Puis cette tradition, à partir de là, serait descendue dans le sud de la Chine pour arriver au Lanna et … Chiang-Mai, via le Sipsongpanna ... tout cela, bien évidemment, en … quelques siècles !...

 

 

La deuxième route, celle de l'est, beaucoup plus courte mais aussi beaucoup plus tardive, a profité des voies maritimes crées lors des différentes ''hindouisations''.

 

Ces voies l'ont conduite jusqu'aux portes de l'empire khmer. Et de là elle s'est répandue dans tout ce royaume et fut adoptée par tous les peuples qui par la suite copièrent leur grand aîné cambodgien, comme Sukhothaï et Chiang-Maï.

 

 

Mon analyse est-elle influencée par la tendresse que je porte à Chiang-Maï ou correspond-elle vraiment à une certaine réalité ?....

 

Très honnêtement, je ne saurai dire !...

 

En tout cas, ce qui est certain, si vous m'avez lu de ''A jusqu'à Z'', vous avez en main, ou en tête, un bon nombre d'éléments pour vous faire votre propre opinion.

 

Alors maintenant … à vous de jouer.




13/02/2011
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