MerveilleuseChiang-Mai

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MAIS N’TE PROMENE DONC PAS TOUT NU


MAIS N'TE PROMENE DONC PAS TOUT NU (*)

 

 

 

L'anecdote qui va suivre n'a pas vraiment de lien avec Chiang-Maï, mais elle est significative des préjugés que peuvent avoir, ou qu'avaient, les asiatiques à l'égard des occidentaux en général et des Français en particulier.

 

 

Elle a d'autant moins à voir avec Chiang-Maï qu'elle s'est passée à Shanghaï et concerne donc plus particulièrement les … Chinois !...

 

Mais elle est si savoureuse, tout du moins à mon goût, que je ne peux pas m'empêcher de la rapporter.

 

 

 

Nous étions alors en … 1983. J'allais en Chine pour la première fois et, cerise sur le gâteau, avec pour seul accompagnateur, mon ami Chu.

 

Autrement écrit nous avons pu sillonner de long en large cet immense pays en bâtissant notre itinéraire jour après jour et … sans jamais avoir été contrôlé une seule fois. Ce qui aujourd'hui, soit près de trente ans plus tard, m'étonne encore.

 

 

 

 

Les points verts représentent quelques unes des étapes, dont je me souviens encore, de ce premier voyage en Chine. C'était il y a plus de trente ans !... En fait nous avions visités beaucoup plus de villes, que celles indiquées sur cette carte, mais … le temps est passé par là !...

Hong Kong et Macao comptèrent parmi nos haltes, mais avant et après l'entrée en Chine. Car à l'époque elles n'étaient pas encore retournées dans le giron chinois.

 

 

 

A cette époque là la Chine commençait tout juste à s'ouvrir au tourisme ; mais au tourisme de groupe.

 

Les autorités chinoises distinguaient alors trois types d'individus, les étrangers, les chinois d'outre-mer, c'est-à-dire les chinois résidant à l'étranger et, les Chinois du cru, ou les autochtones.

 

Selon la catégorie à laquelle vous apparteniez vous étiez alors considérés et traités différemment.

 

Ainsi par exemple pour embarquer dans un train, les étrangers attendaient dans des salles d'attente aux coussins quelque peu désuets et défraîchis, mais qui étaient alors le summum du luxe, alors que les chinois ''poireautaient'' à la belle étoile et à même le sol, qu'il pleuve ou qu'il vente.

 

Ensuite ces mêmes étrangers passaient avant tout le monde pour prendre place dans des voitures ferroviaires, qui étaient aménagées spécialement pour eux ; dans les instants suivants les chinois allaient se bousculer sans vergogne pour s'entasser dans des voitures peu ragoutantes ou peu amènes.

 

 

Jamais je n'oublierais mon arrivée en taxi à la gare de Pékin, cette année là.

 

La nuit tombait et pour rejoindre la gare en question le taxi devait traverser une immense place, au moins trois ou quatre fois comme celle de la concorde.

 

Cette place était toute bosselée d'ombres et donnait le frisson. En fait elle était recouverte d'une multitude d'hommes, de femmes et d'enfants, recroquevillés ou allongés sur le sol, attendant avec résignation l'heure de leur train.

 

C'était comme une cour des miracles à la dimension … chinoise !...

 

 

Ces ''traitements de faveur'' avaient un coût qui, dans la plupart des cas, centuplait le prix demandé aux chinois de base.

 

Ainsi, par exemple, l'entrée d'un musée qui coûtait 3 yuans pour un autochtone, revenait à 30 yuans pour un chinois d'outre-mer et carrément à 300 yuans pour un étranger !...

 

Mais à l'époque, même 300 yuans ne représentaient pas grand-chose. Je me souviens avoir mis en banqueroute une agence bancaire de Shanghaï en changeant seulement … cinq cent francs !...

 

En voyage à l'étranger j'ai toujours préféré les francs aux dollars et je n'ai jamais eu à m'en plaindre. Mes francs ont toujours été acceptés où que je fusse.

 

 

Ces ''traitements de faveur'', qui visaient à offrir le meilleur aux étrangers, n'étaient pas sans avoir quelques revers, dont celui de les éloigner des populations chinoises.

 

Ainsi les hôtels qui leur étaient réservés et qui soi-disant étaient plus ''luxueux et confortables'' que les anciens, destinés alors en priorité aux chinois d'outre-mer, se situaient très souvent loin des villes, voire même … très loin !...

 

Les touristes y étaient conduits en autocar et en repartaient de la même manière. Ce qui signifiait qu'il était pratiquement impossible à quiconque d'échapper à son groupe, y compris dans les moments de repos, pour aller faire un tour dans la ville voisine.

 

Pourtant les hôtels en question disposaient de quelques taxis, mais les démarches pour en obtenir un, devaient se faire … la veille !... alors !...

 

Alors les petits curieux ne pouvaient voir que ce qu'on voulait bien leur faire voir, et pour qu'ils en aient pour leur argent ils étaient sans arrêt ''trimballer'' de droite et de gauche ce qui limitait d'autant plus leur désir de circuler individuellement … librement !...

 

 

A propos d'argent, un sapeur pompier attaché au sénat, que j'avais rencontré lors de la visite d'un site, m'avait dit avoir payé 40.000 francs pour son voyage de quinze jours en Chine ?!…

 

Je crois me souvenir que le groupe auquel il appartenait se constituait d'une vingtaine de personnes !...

 

 

Le voyagiste de mon sapeur ou les autorités chinoises n'y étaient pas allés avec le dos de la cuillère. Car avec Chu nous avons passé six semaines en Chine, du 8 juillet au 15 août, pour le quart de cette somme !...

 

 

 

 

A droite, mon tout premier visa chinois et à gauche les visas de Hong Kong, ville d'où je suis parti pour entrer en Chine et revenu lorsque je l'ai quittée.

 

 

 

À l'époque les prix, y compris ceux des voyages aériens, étaient dérisoires pour un occidental, même pour ceux qui voyageaient avec des francs comme c'était mon cas.

 

Depuis cela a bien changé, tout est bon pour prendre quelques yuans supplémentaires aux voyageurs.

 

Ainsi aujourd'hui, les stewards et les hôtesses des compagnies intérieures chinoises vont jusqu'à revêtir la défroque de camelot  pour vendre aux passagers, en cours de vol, des  objets d'aucun intérêt mais dont les passagers chinois raffolent, surtout quand ils viennent d'un pays étranger !...

 

Personnellement ces ventes me cassent les oreilles. Et un jour de 2009, lorsque j'ai demandé à l'hôtesse de l'air de baisser le volume des hauts parleurs vantant sa camelote j'ai été … ''exécuté'' … mais au double sens du terme !...

 

Heureusement pour moi les hôtesses n'étaient pas des héroïnes de Kung-fu … alors j'ai gardé ma tête sur mes épaules. Mais si elles avaient pu me la décoller … je ne serai plus là à écrire.

 

En Chine les affaires sont les affaires !...

 

 


Photo Louis Chu                                                                                          Photo Louis Chu

 

 

Octobre 2009

A gauche l'avion qui nous a conduits de Kunming à Shanghaï, dernière étape d'un voyage à Dali.

Au centre le steward en cours de vol proposant aux passagers, entre autres bagatelles, et tout comme le font les camelots de chez-nous, la maquette de l'avion aux couleurs de la compagnie.

A droite, les à bords de ''Hongqiao'' l'ancien aéroport international de Shanghaï qui, bien que ramené au rang d'aéroport domestique vit à cent à l'heure … si ce n'est pas plus ?!....

 

 

 

 

Pour être honnête au sujet du coût de notre séjour il me faut préciser que, très souvent, nous trouvions asile dans des hôtels réservés aux chinois d'outre-mer ; non pas par souci d'économie, mais parce qu'ils étaient au cœur des villes et que personnellement cela comblait ma curiosité maladive.

 

J'adore me baguenauder dans les villes et tenter de communiquer avec les gens. Il y a toujours une photo insolite à prendre et une anecdote qui surgit au moment où on s'y attend le moins.

 

 

   

 

 

Quelques photos insolites, entre autres, prises à Shanghaï.

A gauche, tout à côté du stadium, un magasin qui vend des ''crissants'' vraisemblablement … ''crustillants'' à défaut d'être croustillants.

Au centre,  la fille d'un marchand de marrons qui prend son bain dans l'échoppe de son voisin …  un coiffeur chez qui j'allais me faire masser les pieds. C'était aussi près du stadium.

A droite deux anciens, accros à la ''nouvelle bouffe''. Et dire qu'à Shanghaï les bons restaurants ne manquent pas … enfin ?!....     

 

 

 

 

Pour pouvoir loger au cœur des villes, donc dans des hôtels réservés aux chinois d'outre-mer, nous avions mis au point une technique imparable.

 

Chu qui était donc considéré comme chinois d'outre-mer allait faire toutes les réservations sans moi, car nous avions constaté, au tout début de notre périple, que lorsque je l'accompagnais dans les bureaux du tourisme chargés des réservations, il n'y avait jamais de place pour nous deux dans les hôtels intra-muros. 

 

Par contre, et comme par hasard, lorsque Chu s'y rendait seul et demandait à réserver dans un hôtel intra-muros il y avait toujours, pour lui, une chambre à deux lits … curieux non ?....

 

 

En fait quand un étranger pointait son nez dans les offices de tourisme d'état, les agents devaient avoir ordre de lui attribuer d'autorité un hôtel pour étranger et non un autre.

 

Par contre, lorsque Chu se présentait seul dans l'un de ces offices, il obtenait d'emblée ce qu'il demandait ; car pas un agent ne soupçonna alors que la personne qui l'accompagnait était … un étranger !...  

 

 

Le lendemain, lorsque nous nous présentions à la réception de l'hôtel pour chinois d'outre-mer les réceptionnistes, qui ne devaient pas avoir eu à traiter de tels cas,  nous attribuaient une chambre sans faire le moindre problème. Et personnellement, je ne me souviens pas avoir particulièrement mal dormi dans ces hôtels !...

 

 

Outre le fait d'avoir logé dans des hôtels réservés aux chinois d'outre-mer, alors que je n'y avais pas droit, j'ai aussi dormi chez l'habitant ; et c'est à propos de ce mode de logement, alors vraiment peu confortable, que se situe mon anecdote.

 

 

 

Chu est originaire de Shanghaï. C'est dans cette ville qu'il a vécu son enfance et que vivent ses proches. Alors lorsque nous sommes arrivés dans cette ville il ne faisait aucun doute pour lui que j'allais pouvoir dormir, tout comme lui, chez sa grande sœur.

 

Personnellement j'en étais un peu moins sûr car l'état d'esprit d'alors n'était pas ce qu'il est aujourd'hui !...

 

Les étrangers étaient encore regardés de biais. Et si chacun ne surveillait pas chacun, encore que !... tout était fait pour que les faits et gestes de chacun soient observés d'une façon ou d'une autre, et rapportés aux autorités … au cas ou ?!...

   

 

Dans le Shanghaï d'hier, et encore d'aujourd'hui, les gens vivaient dans de petites maisons voire de petits immeubles de 3 ou 4 étages. Ces logements étaient à l'intérieur de quadrilatères qui eux-mêmes étaient à l'intérieur d'un grand mur d'enceinte.

 

Il suffisait donc de cadenasser quelques grilles pour tenir enfermé toute une population ; et de quelques gardiens auprès des différentes entrées pour épier toutes les allées et venues.

 

 

Aujourd'hui encore pour se rendre chez un particulier, qu'il demeure dans un ancien bloc ou une tour nouvelle, il faut passer devant un poste de garde.

 

Les Chinois disent, sans rire, que c'est pour éviter la venue des voleurs. Personnellement j'ai une toute autre opinion et vraisemblablement le mauvais esprit qui en est à l'origine ?!...

 

 

   

 

 

Des quadrilatères qui peuvent être fermés d'un moment à l'autre à la condition que les portes tiennent le coup !...

 

 

 

Bref !... autant dire qu'alors je n'étais pas passé inaperçu, et que compte tenu du climat il n'était pas question que je couchasse chez la sœur de Chu sans allé demander l'autorisation aux autorités policières du secteur.

 

Selon moi il aurait été plus simple de prendre une chambre d'hôtel, même pour étranger, mais Chu et sa grande sœur s'étaient mis en tête de m'héberger et je dois dire que les chinois, lorsqu'ils ont quelque chose en tête, peuvent être aussi têtus que les bretons.

 

Alors, pour ne pas peiner la sœur de mon camarade nous sommes allés de conserve au poste de police du secteur.

 

Mon entrée fit sensation. Ce n'était pas tous les jours qu'un étranger franchissait le seuil de leur honorable maison.

  

 

Tandis que j'allais m'asseoir dans un coin, Chu entra en conversation avec un gradé qu'il appellera par la suite le ''président'' mais qui devait être un officier ou le sous-officier le plus gradé des policiers présents ?!....

 

Je ne comprenais rien à ce qu'ils se disaient mais tout donnait à penser qu'il y avait un problème, pourtant, de part et d'autre le ton restait parfaitement anodin.

 

C'était comme une partie de ping-pong sans le moindre smash.

 

 

Comme mes fées à ma naissance ont oublié de me faire don de la patience au bout d'une bonne demi-heure je demandai à Chu ce qui se passait, car une simple autorisation ne pouvait pas prendre autant de temps.

 

Alors Chu, quelque peu gêné me dit :

 

.- Le président dit que tu ne peux pas dormir chez ma sœur.

 

.- Bon et bien partons !... lui répondis-je

 

Mais mon camarade enchaîna sans vraiment m'avoir entendu :

 

.- Il dit que les Français dorment tout nu et que ce n'est pas bien pour ma grande sœur.

 

Chu n'avait pas terminé sa phrase que je me mis à pousser un rire tonitruant et surfait, je l'avoue, qui stupéfia et paralysa toute la gente policière.

 

Aujourd'hui encore je suis incapable de dire ce qui avait bien pu dicter ma conduite d'alors ; d'autant que je suis plutôt du genre secondaire et non primaire.

 

Bref !... après une bonne minute d'un rire strident je dis à Chu, tout en m'esclaffant :

 

.- Tu diras à ton président que c'est au cinéma qu'on voit les Français dormir tout nu, mais qu'il ne faut pas croire ce qu'on voit au cinéma. Car dans la vie les français dorment avec un vêtement parce que certains soirs il fait froid.

 

Là encore je suis incapable de dire pourquoi j'ai eu cette répartie.

 

Toujours est-il que le plus sérieusement du monde Chu rapporta mon propos au … ''président''. Alors tous les policiers présents exprimèrent un sentiment de satisfaction.

 

Ce qui tenterait à prouver qu'au lieu d'être attentionné à leur travail comme ils en donnaient l'air, ils écoutaient tous avec attention  la conversation entre leur … ''Président'' et Chu.

 

Sans une parole de plus, dans les trois minutes qui suivirent l'autorisation nous fut accordée !...

 

Je vous jure que tout est vrai. Personnellement je n'en reviens toujours pas.

 

 

 

 

Depuis cette anecdote Shanghaï a bien changé, mais la bâtisse où naguère me fut accordée l'autorisation de dormir chez l'habitant existe toujours !...

 

Alors lorsque je vais faire un tour à Shanghaï et que je passe devant elle je ne peux m'empêcher de sourire et penser que les temps ont bien changé !.... heureusement d'ailleurs …non ?!....

 

 

 

 

 

Le passé n'est pas sans charme !... mais le présent aussi !... Alors ?!...

 

 

 

 

(*) Petit clin d'œil à la pièce de Georges Feydeau (1862-1921) intitulée ''Mais n'te promène donc pas toute nue'', présentée pour la première fois le 25 novembre 1911, sur la scène du ''Théâtre Femina'' (1907-1929) sis alors au 90 avenue des Champs-Elysées Paris VIIIe et qui aujourd'hui n'existe plus.



02/05/2011
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