MerveilleuseChiang-Mai

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MAISON KALÊ (6/3 & 10/12) : L’EMPLACEMENT DES ARBRES AUTOUR D’UNE MAISON KALÊ - OUEST


 

MAISON KALÊ (6/3 & 10/12) :

 

L'EMPLACEMENT DES ARBRES AUTOUR D'UNE MAISON KALÊ.

 

                                                      L'Ouest

 

 

                                                 Avertissement :

Cette Chronique et les suivantes concluent une première série de chroniques concernant la maison kalê :

 

            1/ ''Musée des maisons traditionnelles du Lanna 1 & 2 ''

                                             2/ ''La maison kalê ''

3/ ''L'emplacement des arbres autour d'une maison kalê '' 1 à 4''

 

Alors pour mieux ''goûter'' ce qui va suivre, je vous conseille de jeter un œil sur les chroniques précédentes. Mais ce n'est qu'un conseil !....

    

Pour associer plus intimement le lecteur au contenu de cette chronique il doit savoir que la culture du Lanna est la résultante de trois composantes, l'animiste, le brahmaïsme et le bouddhisme, les deux dernières étant à leur départ, intimement liées.

 Comme ces trois composantes cohabitent en bonne intelligence, tous les actes sociaux se réfèrent à chacune d'elle en permanence, au point qu'on ne peut dire si c'est l'animisme qui s'est accommodé du bouddhisme ou le contraire.

 

Compte tenu de ce qui précède, la construction d'une maison doit se conformer à un certain nombre de rites, que nous avons détaillé dans les chroniques précédentes ; et les arbres qui seront plantés autour de cette maison ne peuvent l'être qu'en conformité à cette tradition qui découle de nos trois composantes … l'animisme, l'hindouisme et le bouddhisme.

 

     

 

 

Photo 1 : Maison Kalê ''Heaun Oui Paad'' du musée des maisons traditionnelles de Chiang-Mai.

Photo 2 : Schéma d'implantation des arbres de bon augure autour d'un habitat.

Photo 3 : Le mur Nord-Ouest de la porte ''Suan Dok'' (ระตูสวนดอก) en 2009.

 

 

 

LES ARBRES DE BON AUGURE :

 

 

Avertissement :

 

Au Lanna, et en Asie du Sud-est, de nombreux critères entrent en ligne de compte pour planter un arbre de bon augure, entre autres le calendrier duodénaire (Horoscope chinois).

 

Ainsi il serait plus favorable de planter un manguier dans l'année du buffle que dans celle du Lapin.

Ensuite, le bon développement comme les bonnes influences de ce manguier dépendent aussi du jour et de l'heure de sa plantation.

 

Comme il serait trop long et fastidieux de prendre en considération tous ces critères, alors cette chronique ne concernera que l'arbre et sa position autour de l'habitat.

 

Par ailleurs, comme pour valider ce qu'ils écrivent sur les ''croyances ancestrales'', nombre d'auteurs de blogs thaïs se réfèrent au ''Feng Shui'' (ฮวงจุ้ยเสริม) (*), une œuvre d'origine chinoise, en faisant table rase des héritages animistes, brahmaniques et bouddhiques ?!...

 

J'ai fait le contraire car je pense que les royaumes constituant la Thaïlande, dont le Lanna, (**) doivent beaucoup plus à l'Inde, via les Môns, qu'à la Chine ; ce qui n'éliminera pas ce que j'ai trouvé sur l'influence chinoise, bien évidemment.

 

 

(*) Le ''Feng Shui'' est un traité chinois vieux de plus de 4.000 ans dont l'objet est de développer l'art et la manière d'aménager la nature autour de soi pour un meilleur bien être, une bonne santé et aussi … connaître la prospérité.

En lisant les blogs thaïs, il ne fait aucun doute que la plupart des auteurs s'appuient sur le ''Feng Shui'' sans savoir ce dont il s'agit.

(**) Le Nord Vietnam ou Tonkin, fait peut-être, exception ?!...  

 

 

       

 

 

Image n° 1 : Une œuvre sur soie de 80 x 55 cm réalisée d'après une peinture murale de la grotte 17 de Mogao près de Dunhuang (Gansu) Chine. (Dynastie des Tang) (British muséum).

C'est la plus ancienne réalisation sur le sujet : ''Bouddha Tejaprabha'' (Le Bouddha de la lumière flamboyante). Il est entouré des cinq planètes.

Au centre et en bas ''Vénus'' Elle est en blanc et joue du pipa. A droite Mars (en rouge et avec 4 bras). A gauche, en vieil Indien, Saturne. Jupiter a les traits d'un fonctionnaire en bleu portant des fleurs ; Mercure ceux d'une femme scribe.     Image n° 2 : Un ''Shukra'' khmer en terre cuite de Terra cotta (Porte Chiang-Mai). Il a pour vāhana un cheval blanc d'autres disent un crocodile. (La couleur de Shukra est le blanc.).

Image n° 3 : Le zodiaque occidental avec Vénus dans les signes qu'elle gouverne, c'est-à-dire les signes du Taureau et de la Balance.

 

 

 

L'Ouest : (ทิศตะวันตก)

 

 

L'astrologie et l'Ouest de Chiang-Mai :

(La maison kalê est une réplique de Chiang-Mai de ce fait l'Ouest de Chiang-Mai est symboliquement similaire à l'Ouest de la maison kalê.)

 

L'Ouest est une direction de très mauvais augure.

L'Ouest est à l'opposé de l'Est. (Chacun le sait, mais il est bon de le rappeler pour la suite.)

C'est à l'Est que le soleil se lève, et à l'Ouest qu'il se couche.

De ce fait l'Ouest, au Lanna comme en Chine, est la direction de l'ombre, de l'obscurité et des ténèbres.

 

C'est pour cette raison que dans le cas de la maison Kalê il n'y a pas d'ouverture donnant sur l'ouest et, quand il y en a elles sont toujours fermées. C'est de l'Ouest que viendraient les mauvais esprits !....

 

Le soir les ''dormeurs'' d'une maison kalê ont la tête à l'Est et les pieds à l'Ouest. Un escalier monte d'Est en Ouest et non le contraire.

C'est aussi à l'Ouest que se situe, dans la plupart des cas, la cuisine.

 

Dans les temples c'est à l'Ouest que s'élève le chédi, le monument qui est sensé contenir des reliques, des objets sacrés ou des cendres ; ce qui n'est pas sans rapport avec la mort.

Très souvent c'est à l'Ouest des temples, donc derrière le viharn que se situent les reliquaires ou kus (กู) contenant les cendres de défunts ainsi que la ou les salas où se déroulent les cérémonies funèbres. (*)

 

 

(*) Actuellement une frénésie de constructions met à mal cette coutume.   

 

 

 

Les astrologues ont mis l'Ouest de Chiang-Mai sous la protection de Vénus.

 

En Inde Vénus correspond à la Navagrāha (1) Shukra, un dieu de la caste des Brahmanes ; c'est-à-dire de la caste supérieure, la varna dite sacerdotale. De ce fait Shukra est détenteur de l'autorité supérieure, l'autorité dite spirituelle. La couleur qui lui est attribuée est le blanc, et son vāhana (moyen de transport) un crocodile mais il est souvent représenté avec un attelage de chevaux blancs.

 

 

Sa mission fut d'être le précepteur des démons ou des Asuras ; ces anti-dieux qui habitent dans les entrailles de la terre, les cavernes des montagnes ainsi que dans les mers et les cieux, dont les cités sont l'œuvre de Māya, le précepteur des magiciens, l'inventeur de l'art magique et … le frère de … Rāhu ou Rāhula. (Pour en savoir plus au sujet de Rāhu, veuillez vous reporter au Sud-ouest.)

 

Ces démons, experts dans l'art magique, ont le pouvoir de prendre moult apparences, de se rendre invisibles et d'effrayer leur entourage au moyen de cris démoniaques. (Les mauvais esprits ?...)

 

Shukra, pour avoir voulu aider Bali, le dieu de ces monstres, fut victime de la colère de Vishnu.

 

Ce dernier, pour remettre de l'ordre en ce bas monde, s'était réincarné sous les traits d'un nain (2) Vāmana ; ce faisant il priva Shukra d'un œil. Depuis Shukra est synonyme de borgne.

 

La symbolique de cette infirmité est sans conteste. Il y a un œil lié aux ténèbres et un œil associé à l'acuité, la prescience ; d'autant que le passé, le présent et l'avenir n'ont aucun secret pour Shukra. Il a même le don de ressusciter les morts. (3)

 

Le nom de Shukra est aussi synonyme de semence et de sperme. D'après le Rāmayāna ''Semence'' est aussi le nom de la charge ministérielle que le dieu Kubera, un dieu difforme maître des richesses et créateur de biens, confia à Shukra, lequel Shukra serait aussi une manifestation d'Agni d'où son épithète de Shukra le brillant.

 

Bref, Shukra ''balance'' entre la lumière et les ténèbres. Ce double aspect se confirme avec le 6ème avatar, c'est-à-dire celui de ''Rama-à-la-hache'' l'avatar de … Vénus. (4) Un avatar qui se résume par le combat entre la caste des Brahmanes, la caste supérieure et de la spiritualité, et la caste des Kshatriya-s, la caste du pouvoir temporelle qui alors était devenue le symbole d'une matérialité avilissante et déshonorante.

     

En Thaïlande Shukra porte le nom de Phra Souk (ระศุกร์). Il a pour vāhana un taureau en marche.

 

Astrologiquement les plantes associées à Phra Souk dont le jour est le Vendredi, sont :

La pomme de rose ou jambose - Chompou (ชมพู่), la cerise - Cheri (เชอรี่), l'hibiscus – chaba (ชบา), la rose - koulap  (กุหลาบ).

Les pierres : Le saphir bleu – Phaï-lin (ไพลิน), le zircon bleu ou turquoise bleue – phethaï si-fa (เพทายสีฟ้า) et le diamant de couleur bleu – pet si-fa (เพชรสีฟ้า) (สีน้ำเงิน). (5)

 

 

(1) ''Navagrāha'' littéralement : ''nava'' = neuf et ''grāha'' = saisisseur, preneur, d'où … les neuf saisisseurs ou les neuf planètes.

La ou le ''grāha'' sert à désigner une fonction vitale comme la vue, le souffle, les mains, entre autres, mais c'est aussi le nom d'une coupe servant à des sacrifices ; Dans le cas présent la ou le ''grāha'' est comme un contenant qui appréhende les sens humains, ou qui s'impose aux organes sensoriels des hommes, donc qui les influence dans leur vie. C'est ce que sont censées faire les planètes aux dires des astrologues occidentaux.

(2) Le nain Vāmana est le 5ème des dix avatars de Vishnu racontés dans le ''Varaha Purāna''. Selon les œuvres le nombre d'avatars varie. Ainsi d'après le ''Rupa Mandana'' il y aurait eu 24 avatars, le nain Vāmana est alors le 8ème ?!...

Chaque avatar se rapporte à une planète celui du Nain Vāmana, est celui de Jupiter.  

(3) Shukra a appris l'art de ressusciter les morts avec Kaca, le fils de Brishaspati (Jupiter)

(4) Rama-à-la-hache ou Parashu-Rama, le 6ème avatar raconte comment Vishnu, dont c'est la 1ère incarnation humaine, vainc les Kshatriya-s qui non contents d'avoir le pouvoir temporel, briguaient le pouvoir spirituel, celui des Brahmanes.

(La caste des Brahmanes est la 1ère caste et celle des kshatriya-s la 2ème caste.)   

(5) La couleur associée au vendredi est donc le bleu clair ou, plus exactement, le bleu foncé dans lequel a été joint du blanc. La vierge Marie dont nous allons parler est souvent représentée avec des vêtements de couleur blanche et bleue claire ?!... coïncidence ?!...

 

 

       

 

 

                                          Vénus selon les traditions :

Photo 1 : Occident – La Vierge et l'Enfant un polychrome de  l'atelier florentin – début XVe (Louvre) (2012)

Photo 2 : Inde : Shukra à cheval, et non sur un crocodile ?!... (Image du Net.)

Photo 3 : Inde : Rama-à-la-hache ou Parashu-Rama, le 6ème avatar. (Image du Net.)

Photo 4 : Thaïlande thaïe : Phra Souk (ระศุกร์). (Image du Net.)

 

 

 

Les arbres qu'il convient de planter à l'ouest d'une maison sont :

 

1/ Le girembellier ou cherimbillier : (*) mayom (ต้นมะยม) ou

Phyllanthus acidus (L) Skeels (1909)

Madagascar est souvent donné comme étant le lieu d'origine du girembellier mais, rien n'est moins avéré car il est très … très … répandu en Asie du Sud-est.

 

Cet arbre, selon les classifications, appartient à la famille des euphorbiacées (euphorbiaceae) ou phyllanthacées (phyllanthaceae) qui compte, pour cette dernière, une soixantaine de genres et quelques 1800 espèces.

 

Le girembellier est un arbuste qui peut atteindre les 8 ou 9 mètres de haut et son tronc une circonférence de 15 à 18 centimètres. Son écorce de couleur noirâtre est couverte de petites cicatrices relativement régulières et perpendiculaires aux fibres de l'arbre ou de petits boutons qui ressemblent à des furoncles.

 

Ses branches à la fois noueuses et tortueuses se terminent par un toupet de verdure constitué par cinq ou six pennes, voire plus, d'une vingtaine de feuilles chacun. Ces pennes mesurent une trentaine de centimètres.

 

Les fleurs, dont la corolle mesure entre 2 ou 3 millimètres de diamètre, peuvent être indifféremment mâles, femelles ou hermaphrodites et se trouver sur un seul et même arbre. Elles naissent en panicule de 5 à 12 centimètres, directement sur l'arbre, (fleurs caulifères), leur couleur est rose.

 

Les fruits, d'un jaune cireux, sont comestibles malgré leur acidité ; leur grosseur est comme celle d'une noisette des bois. Ils ont pour noms : girembelle, pomme-surelle, surelle, surette ou groseille étoilée pour ne citer que ceux-là. J'ai découvert qu'il existait aussi une variété de fruits d'un rouge cireux – mayom si dègn (ต้นมะยมสีแดง) en thaïlandais.  

 

 

(*) Le girembellier ou cherimbillier a souvent été confondu avec les caramboliers. Les premières descriptions, très peu nombreuses, ont conduit a des erreurs mais les noms suivants me semblent exacts : brignolier acide – averrhoa acida et cerisier de l'Inde.

 

 

 

Le girembellier  ou, de son nom thaï le … ton-mayom (ต้นมะยม) est l'arbre du dieu Phra Yom (พระยม), le dieu de la mort et … de la justice. (*) Il tire son origine du dieu indien Yama.

 

Yama en Inde, porte aussi le nom de Yamarāja, dharmarāja ou  Dhamma quand il symbolise le dieu de la justice, car c'est lui qui juge si le dharma (la loi divine) a été ou non respectée par les défunts. C'est lui qui ouvre et clos la fête de Loy Krathong ou Yi Peng, une fête dont les origines sont agraires et qui se rapportent au culte des ancêtres, c'est-à-dire des disparus ou des morts.

 

De ce fait, et nous revenons à l'astrologie, les défunts qui ont respecté la loi divine, Yama les dirige vers l'une des sphères célestes appropriée, c'est Vénus en balance ; et les mécréants vont, sur l'ordre de Yama, sous terre, en enfer, c'est Vénus en taureau. Ces décisions sont prises après avoir fait … des pesées, on revient alors au symbolisme de la balance et à Yama, le dieu de la justice.

 

Yama ou Yom au Lanna, est aussi le seigneur des esprits, mais des bons esprits car les mauvais génies ou les esprits malins le fuient comme la peste d'autant que Yom est armé d'un gros gourdin surmonté d'un crâne, un danda ; car apparemment les mauvais esprits, tout comme le mal d'une façon générale, auraient peur des coups ?!...

 

Comme les mauvais esprits viennent de l'ouest, le ton-mayom ou girembellier ne peut trouver une meilleure implantation par rapport à la maison kalê.

 

 

Lors des rituels de purification, c'est une branche de ton-mayom qui sert de … ''goupillon''.

 

Comme le bois de mayom fait fuir le mal et les mauvais esprits ce bois, comme le bois de santal, sert à la confection d'amulettes ; et parmi les amulettes ou objets magiques  il y en a un qui porte le nom de Rak-Yom. (**)

 

Le Rak-yom se présente sous l'aspect d'un petit flacon d'huile ( ?) dans lequel baignent deux poupées de sexe différent (Yami et Yama) (*) liées entre elles au moyen d'un cordon rouge.

 

Le liquide de cette fiole aurait le pouvoir de ''charmer'' et d'attirer l'être désiré vers le (ou la) possesseur de ce flacon et aussi d'attirer la fortune. (Je ne garantie pas le ou les résultats.)

 

Pour être plus complet il faut savoir que le mot yom signifie aussi : pleurer, se recueillir et se contrôler, et … paire de jumeaux.

 

En conclusion : le mayom (มะยม) protège des fantômes et des démons tout en évoquant les pleurs et les larmes.

C'est vraisemblablement pour se protéger des fantômes et des démons qu'il y a beaucoup de mayoms à Chiang-Mai, mais vraiment beaucoup, et … plus particulièrement dans l'aire du Sud-ouest hors les murs. (***)

 

 

(*) D'après une légende parmi d'autres, Yami et Yama (Yom) des jumeaux, avaient pour parents le soleil et la princesse Samja qui, indisposée par l'éclat de son époux retourna sur terre à son insu, en laissant à son ombre la charge de ses enfants.

Hélas, cette dernière n'avait rien d'une mère et à force de rudoyer Yami et Yama, les deux jumeaux tombèrent sur terre.

A leur arrivée au sol Yami se transforma en rivière, la Yamuna, et Yama se retrouva en enfer dont il devint le 1er roi après avoir été le 1er mort du genre humain.

La légende se poursuit avec les retrouvailles des jumeaux.

 

Ces retrouvailles ont fait l'objet de célébrations et de nombreux rites. Ainsi en Inde lorsque qu'une sœur (mariée) invite son frère  la cérémonie porte le nom de ''Yama-dvitiya''. En retour il existe une cérémonie où c'est le frère qui invite sa sœur. Certaines d'entre elles font l'objet … d'une … ''remise de peine'' … pour l'au-delà. Car Yama, sous des traits terribles, sait se montrer magnanime.

 

Il existe en Inde une cérémonie funèbre qui porte le nom de ''Tarpana''. Elle aurait lieu chaque jour en l'honneur de Yama.

 

(**) Rak-Yom au Lanna, signifie littéralement aimer pour ''rak'' (รัก) et le dieu Yama, le dieu de la mort, pour ''Yom'' (พรัยม). Le rakyom serait donc comme la symbolisation d'un amour qui va au-delà de la mort. Mais cet amour est d'abord un amour fraternel ; car la poupée blanche représenterait Yami la sœur de Yama et la poupée noire Yama. Cet amour fraternel aurait été chaste, ''sublimé'' et porté à son paroxysme. Mais comment ont fait Yami et Yama qui seraient les parents de l'humanité pour être à la tête d'une telle engeance sans avoir été … incestueux ?...

Il est vrai que les légendes concernant les dieux n'ont pas toujours la logique des hommes.

(***)Le kālakinni (กาลกิณี ou กาลรรญี) ou mauvais esprit de Chiang-Mai réside dans l'aire du Sud-ouest intra-muros !.... (Se reporter à la chronique consacrée au Sud-ouest pour en savoir plus.)

 

 

     

 

 

                                    Le girembellier ou cherimbillier : mayom (ต้นมะยม)

             1/ L'arbre – 2/ Les feuilles, les branches et les fleurs – 3/ Les fruits.

 

 

2/ Le Jujubier : Phutsa (ต้นพุทรา) (Prononcer Pout'-sa)

Le jujubier est un arbre originaire de Syrie et de Perse pour les uns, et de la Chine du nord pour d'autres. (*)

Il se présente sous l'aspect d'un arbrisseau épineux pouvant atteindre les 8 ou 9 mètres de haut, certains auteurs disent 12 mètres ?... C'est un arbuste idéal pour clôturer un espace car ses épines rendent ce type de haie impénétrable.

 

Son bois sert à fabriquer des violons, et aussi des … castagnettes ?!...

Ses fleurs naissent sous forme de grappes et sont de couleur blanche.

Ses fruits, le jujube ou gingeole, son ancien nom, ressemblent à de très grosses olives de couleur orange. La pulpe, comestible, est très agréable au goût. Elle est protégée par une peau dure et coriace, et renferme un noyau oblong biloculaire à deux semences.

 

Cet arbre appartient à la famille des ''rhamnacées'' (rhamnaceae) une famille de plantes dialypétales (**) comprenant une cinquantaine de genres et environ un millier d'espèces. Il y en avait 480 en 1898.

 

Le jujubier, lui aussi, ne manque pas de noms. Alors pour éviter toute erreur autant l'appeler par son nom botanique : Ziziphus jujuba (L) Lam. (1789)

 

 

 

(*) D'après Pierre-Emile Levasseur (1828-1911) ''La région septentrionale (Nord) de la Manchourie et de la Corée est favorable au jujubier''…. A plus forte raison le nord-ouest de la Chine. Par ailleurs j'ai trouvé de nombreux textes chinois remontant à plus de 500 ans avant notre ère où il est question du jujubier en tant qu'arbre sacré.

 

(**) Une fleur dialypétale est une fleur dont les pétales de sa corole sont indépendants les uns des autres.  

 

 

 

Rappel : Dans la maison Kalê les ouvertures du côté ouest se font rares, car d'après la tradition du Lanna, les mauvais esprits viennent de l'ouest et pénètrent dans l'habitat par ces baies.

Matériellement une haie de jujubier est en mesure de protéger un espace des incursions malintentionnées, voire – peut-être - des mauvais esprits ?!...

 

En tout cas, quand il y a une naissance, c'est avec des branches de jujubier que les ''voies d'entrée'' de la maison sont bloquées, cette manière de faire empêcherait les mauvais esprits d'approcher le nouveau né.

Par ailleurs, l'odeur soi-disant nauséabonde des fleurs du jujubier ferait fuir les mauvais esprits. Les mauvais esprits auraient-ils l'odorat sensible ?!...

 

 

Les Indous ont fait du jujubier un arbre sacré, mais c'est surtout en Chine  qu'il a été porté au pinacle. Ce qui renforcerait l'hypothèse que le jujubier soit – peut-être - endémique de la … chine du nord. Le naturaliste français Jean-Baptiste de Lamark (1744-1829) avait appelé le jujubier de Chine : zizyhus sinensis.

 

En Inde, il est question du jujubier dans le Mahābhārata. Dans ce texte il est appelé Badari ; ce sont des badaris  qui constituaient la forêt de ''Badrī-Nàthet'' sur les pentes de l'Himalaya (*). Dans ce bois de jujubiers, Nara et Nārāyana, deux mounis ou ascètes étaient venus se mortifier pour obtenir aide et protection de Shiva.

 

En guise de filtre d'amour, pour qu'une femme soit attirée par un homme, ce dernier devait jeter au feu un petit fagot de 21 brindilles de jujubier, liées par un fils rouge ?!....

 

Lors d'un autre rite, mais plus communautaire celui-là, pour que les récoltes soient bonnes et abondantes, c'était encore une poignée de jujubier, avec d'autres éléments, qui étaient jetées dans les flammes.

 

En Inde le jujubier était donc symbole de vigueur, de force vitale et d'abondance.

 

C'est au pied d'un jujubier qu'à Yangapura, la future Chiang Saen, vint au monde Lāvacangaraja  le fondateur de la dynastie du Yonok dont le 23ème descendant a pour nom Mengraï le fondateur de Chiang-Mai. Ce ''peuple'' venait de Chine du Sud ?!....

 

 

(*) Cette forêt se situait près de la ville et du temple d'Alakananda, qui de nos jours semblent avoir disparus. Par contre dans les mêmes lieux, qui portent aujourd'hui le nom d'Uttarakhand, un état indien voisin de la Chine et du Népal, s'écoule un affluent du Gange qui porte le nom de … Alakananda.

 

 

 

En Chine cet arbre portait le nom de ''zao'' et le ''Sien-zao'' était le jujubier des immortels.

 

Le type de bois pour la confection de berceaux passait par le pêcher symbole de longévité ou le jujubier symbole de dignité. En dehors des périodes de deuil les cuillères servant lors des offices étaient en bois de jujubier.

 

Sous les Zhou (1046-771- 221 av. JC) vraisemblablement sous le règne dit de ''paix et de prospérité de Cheng-Kang'' (1) dans la cour des ministres d'état il y avait, à l'Est et à l'Ouest neuf jujubiers et au nord 3 sophoras (2).

 

Sous les 9 jujubiers de l'Est prenaient place les grands ministres et sous ceux de l'ouest les princes feudataires.

Le ministre de la justice prenait connaissance de ses pièces sous des jujubiers sauvages avant de les transmettre à l'empereur. (3) Ce ministre de la justice sous ses jujubiers n'est pas sans faire penser aux plateaux du signe de la balance, symbole de la justice ?!...

 

Au Tonkin, un pays que la chine a tenté à plusieurs reprises d'intégrer à son empire et qu'elle a longtemps occupé donc influencé, les tablettes des ancêtres sont en bois de santal ou de jujubier lorsque les familles en ont les moyens.

Il y a là un rapport sans équivoque avec la mort. (4)

 

Au Lanna le jujubier est appelé : Phutsa (ต้นพุทรา) et sa dernière syllabe joue en sa défaveur car le ''sa'' (ทรา) phonétiquement correspond à un mot signifiant un développement qui marche au ralenti ?!...

 

 

(1) Ce sont ces deux empereurs du début de la dynastie des Zhou occidentaux, le 2ème Cheng-Jisong et le 3ème Kang-Jizhao qui ont mis en place un certain nombre de règles comme par exemple celle de l'hérédité impériale et fait connaître à la Chine une ère de prospérité.

(2) Le sophora est aussi un arbre originaire de Chine malgré son nom de ''sophora du japon''

(3) Ces détails sont tirés du Li Ki, (mémorial des rites des Zhou) un ouvrage qui a subi de nombreux avatars puisqu'il comptait 131 chapitres et a fini avec 49 sous les Tang (618-907) et 27 aujourd'hui ?!...

(4) Après la 4ème génération ces tablettes sont enterrées. Le bois de jujubier aurait la particularité de se décomposer rapidement.

 

 

       


 

                     Le Ziziphus jujuba (L) Lam ou Jujubier - Phutsa (พุทรา)

1/ Une planche extraite de ''Flora de Filipinas'' (1877-1883) de Francisco Manuel Blanco '1778-1845) – 2/ Sa feuille à Chiang-Maï – 3 & 4 Son fruit (3/ photo de Beni Saf, un fruit de zizypyhus d'afrique – 4/ un fruit de zizyphus sinensis (Chine). 

 

 

3/ Le tamarinier : ma-kham (ต้นมะขาม)

Le tamarinier est un arbre de la famille des fabacées ou légumineuses (léguminosae) qui selon les classifications compte 12 ou 18.000 espèces réparties en 400 genres dont le genre tamarindus qui ne comporte qu'une seule et unique espèce, l'espèce…''indica'' d'où le nom binominal du tamarinier de : tamarindus indica Linn. (1753)

 

Concernant l'origine de l'arbre certains botanistes penchent pour l'Egypte et d'autres pour Madagascar.

 

De ce fait ?... en Inde comme en Asie du Sud-est il n'y a pas de forêts de tamariniers mais des tamariniers solitaires dont les plus anciens peuvent atteindre les 20 mètres de hauteur et leur tronc un diamètre d'un mètre.

 

Dans les textes védiques, c'est-à-dire environ 2.000 ans av.JC, figure le nom du tamarinier, c'est donc un arbre qui fut introduit en Inde voilà plus de 4.000 ans ?!...

 

Son port et son élégance en font le roi des arbres ; un seigneur qui n'accepte pas la promiscuité puisqu'il secrète un acide qui rendrait son sol infertile à d'autres espèces.

 

Ses feuilles de forme elliptique sont attachées à une tige et constituent des pennes ; ses fleurs, hermaphrodites, irrégulières et jaunes verdâtres, naissent en grappes ; et ses fruits de la grosseur d'un gros doigt difforme, légèrement courbés, contiennent des graines noires quelque peu cuboïdes que protège une pulpe rougeâtre comestible et très agréable au goût.

 

 

Le tamarinier : ma-kham (ต้นมะขาม) est un arbre sacré, en Inde comme au Siam et au Lanna. Déjà il y a des milliers d'années c'était, à Madagascar planté au milieu des villages, sous ses branches qu'étaient célébrées nombre de rites. A Babylone (env. 2000 av.JC), une ville plutôt proche de l'Egypte, les servants de la déesse Balthi, Balti, Belti (Vénus) bénissaient les dévots au moyen de rameaux de … tamarinier et offraient en sacrifice un … taureau à la déesse (Vénus en Taureau ?...).

 

L'une des particularités de cet arbre, est d'avoir des feuilles dites ''sommeillantes'' c'est-à-dire des feuilles qui s'ouvrent au lever du soleil et en direction de cet astre. Durant la journée ces feuilles suivent la marche du soleil et en soirée se ferment à son coucher. Le portugais Garcias de Horto (1501/2- 1568) fut le premier en 1567 à décrire ce phénomène. Il est évident que les anciens n'ont pas été sans remarquer cette particularité, et de ce fait sacraliser le tamarinier. (Le tamarinier n'est pas le seul végétal à avoir des feuilles ''sommeillantes''.)

 

En Inde le tamarinier est l'arbre de Krishna, le 8ème avatar du dieu Vishnu. Il symbolise l'amour de Krishna et de Radha que Krishna séduisit avec sa flûte sous un bakula ou … mimusops elengi.

 

Un rite indien se rapportant au mariage consistait (consiste ?...), quelque temps avant le mariage, à marier deux arbres : un tamariner symbolisant le futur époux et un manguier représentant la fiancée. (Il pouvait aussi s'agir d'un manguier et d'un Jasmin.)

 

Une autre coutume, la ''cérémonie du Nahma-Carma'' ou dation du nom,  consistait (consiste ?) au moment de l'attribution d'un nom à un enfant et après un hommage rendu à Brahma, à planter dans le jardin de la famille un tamarinier ou un cocotier, voire un palmier selon la région.

(Rappel : Le tamarinier et le cocotier ont en commun d'être une espèce unique pour un genre unique ?!...)

 

Un dernier exemple : Un dwidja (religieux hindou) pour ses oblations (offrandes) au feu ne peut utiliser que 5 types bois, tous les 5 sacrés : le manguier, le santal, le figuier, l'acacia rose et … le tamarinier sauvage !...

 

C'est chargé de ce riche passé culturel et cultuel, connu et méconnu, que le tamarinier est arrivé au Lanna avec le label … d'arbre sacré.

 

En conclusion :

Avec ces arbres il est surtout question d'esprits (Fantômes), de justice et de mort.

 

       

 

 

                                    Le tamarinier : makham (ต้นมะขาม)

                            1/ L'arbre – 2/ La feuille – 3/ La fleur – 4/ Le fruit

 

 

 

L'astrologie et l'Ouest de Chiang-Mai :

(La maison kalê est une réplique de Chiang-Mai de ce fait l'Ouest de Chiang-Mai est symboliquement similaire à l'Ouest de la maison kalê.)

 

C'est la planète Vénus ou la navagrāha Shukra, qui en Thaïlande porte le nom de Phra Souk (ระศุกร์), qui aspecte l'Ouest de Chiang-Maï.

 

En occident la planète Vénus est la déesse de l'amour (Aphrodite en Grèce.). Elle gouverne deux signes.

 

1/ Le signe de la balance. Le signe de la balance est un signe d'air et un signe cardinal c'est-à-dire qui marque le début d'une saison, en l'occurrence l'automne.

Dans ce cas Vénus doit être considérée comme le symbole de la spiritualité ; C'est une Vénus qui aspire aux hautes sphères, c'est alors un amour spirituel, un amour et un don de soi qui conduisent … au paradis pour les chrétiens et au … nirvana pour les bouddhistes.

 

2/ Le signe du taureau. Le signe du taureau est un signe fixe et un signe de terre.

Dans ce cas Vénus doit être considérée comme le symbole des plaisirs de la chair. Elle entraine à la dépravation. Ces avatars seraient les différents ''sexe symbole'' que le cinéma des années 50 et 60 a pu créer. C'est alors une Vénus qui plonge dans les entrailles de la terre, pour se retrouver dans le monde des ténèbres ou … au fin fond des enfers.

 

Autrement écrit, il y a entre la symbolique de la navagrāha Sukra et celle de la planète Vénus des occidentaux une parfaite concordance. C'est à la fois la spiritualité et la matérialité portée à leur paroxysme.

 

 

L'Ouest symbole de mort :

 

Lorsque le soleil se couche l'obscurité s'empare de la terre et la vie semble au … point mort. De ce fait, et pour d'autres raisons, l'Ouest est associé au sexe féminin, aux influences maléfiques, et … à la mort.

 

L'une des rhétoriques qui étaie ce symbolisme consiste à dire que c'est l'homme, qui en déposant son sperme, donne la vie à un embryon. Alors que la femme, en qui se développe l'embryon, mettra au monde un être vivant dont la destinée se terminera inéluctablement par la mort.

 

Tous les monuments funéraires Indo-javanais connus ont leur entrée orientée vers l'Ouest ; et tout donne à penser qu'Angor Vat est un monument funéraire parce qu'il est dans ce cas.

Plus exceptionnel, sur le mur de la galerie Ouest d'Angkor Vat, dans sa partie Sud-Ouest, la bataille de Kuruksetra considérée comme étant de très mauvais augure, a été sculptée alors que depuis toujours les artistes de tout bord se sont abstenus d'y faire allusion sous peine des plus grands désastres. Car la bataille de Kuruksetra est un événement des plus néfastes.

C'est en ce lieu, Kuruksetra, lors de l'affrontement des Kauravas et des Pandavas que les plus grands héros d'alors ont trouvé … la mort.

(La bataille de Kuruksetra est racontée dans le Bhagavad-Gita, un des poèmes épiques du Mahabharata.)

 

L'Ouest ou ''tawan tok '' en thaï se traduit par : ''le soleil tombe''.

 

 

L'Ouest est aussi un symbole de spiritualité :

 

La ''navagrāha'' Shukra (Çukra et aussi Sita) appartient à la caste des brahmanes, c'est-à-dire à la caste qui détient l'autorité spirituelle.

Vénus dans le signe de la balance, signe d'air et signe de jour dans l'astrologie indienne, symbolise l'esprit qui transcende la matière, c'est-à-dire qui mène les … ''âmes'' … au paradis ou au Nirvana '' ?!...

Bouddha quitte notre monde avec la tête au Nord et en faisant face à l'Ouest. Il est alors étendu sur le côté droit, dans la posture du lion, entre deux arbres jumeaux (*). Ses disciples sont autour de lui. C'est l'épisode du ''Parinibbāna''.

 

 

(*) C'est la 66ème et dernière attitude.

Les arbres jumeaux ne sont pas sans faire penser au double aspect de Vénus, c'est-à-dire à l'étoile du berger ou Phosphoros (Eosphoros) la planète du matin, celle qui précède le lever du soleil et qui porte la lumière ; et l'étoile du Nord ou Vesper (Hespéros) qui brille avec l'éclat de … Lucifer (A) et traîne à sa suite le crépuscule et … la nuit.

(A) Vénus en tant qu'astre féminin est synonyme de pensées d'amour alors que Vénus en tant qu'astre masculin est appelé Lucifer, l'ange déchu ?!...

 

 

     

 

 

             La porte Suan Dok et ses abords très proches … hors-les murs.

Photo 1 : Le chédi du Wat Pan Sao (เชดิ วัดปันเส่า) qui vient de retrouver un viharn tout neuf. (Photo 2010). (Il s'écrit aussi เชดิ วัดพันเส่า)

Photo 2 : la muraille de la porte Suan Dok (ระตูสวนดอก) (Photo 2009).

Photo 3 : Le chédi Sen Ta Hoï (เชดิ แสนตาห้อย) (Photo 2010).

 

 

 

L'Ouest de Chiang-Mai et les temps anciens :

 

C'est à l'Ouest de Chiang-Maï, et pas dans une autre direction, que s'élève la chaine de montagnes comprenant le ''doï Suthep'' (ดอยสุเทพ), qui jadis portait le nom d'Ucchupabatto (La montagne des cannes à sucre.)

 

Le doï Suthep symbolise deux idées.

Il est d'une part la représentation du monde d'en bas avec ses grottes et ses tombes, et du monde d'en haut en raison de la spécificité de certains de ses temples (méditation).

Il est aussi le lieu privilégié où aboutit l'escalier d'or, qui relie le ciel des trente trois dieux (Tuṣita) avec la communauté Bouddhique theravada ; ce ''pont'' fut descendu par Bouddha après qu'il eût instruit sa mère.

 

Par ailleurs, c'est dans l'Ouest de Chiang-Mai hors-les-murs que nombre de Wats furent construits et qu'à leur tête furent nommés des Théras venus, ou ordonnés du/au Sri Lanka afin que le Bouddhiste pratiqué au Lanna soit le plus conforme à celui des origines et, en se référant à la langue pāli. 

 

     

 

 

        ''Ok Phansa'' (อ่อกพรรษา) ''Tak Bat Thewo Ro'' (ตักบาตรเทโวโรหณะ)

Photo 1: Chiang-Raï : Wat Chet Yot (วัดเจ็ดยอด) (06.2014)

Photo 2: Chiang-Maï hors-les-murs : Wat Wang Sing Kham (วัดวังสิงห์คำ) (2014)

Photo 3: Si Chom Thong : Wat Khang (วัดค้าง)

 

Cette fresque se rapporte à la fin du carême bouddhique (Ok Phansa – อ่อกพรรษา) mais aussi à la naissance de Bouddha et à l'enseignement de sa mère.

Elle est peinte en général, sauf exception, à l'intérieur des Viharns, au-dessus du portail d'entrée. Elle fait donc face … à l'Ouest. (Celle de Chiang-Raï figure à l'extérieur du hall d'entrée, mais elle est liée aux figures astrologiques du plafond de ce hall.)

 

Bouddha est monté au paradis des 33 (Tuṣita) pour enseigner sa mère qui de ce fait deviendra un dieu masculin. Après cela, ce qui correspond à la fin du carême bouddhique, Bouddha redescend sur terre au moyen d'un escalier d'or. Il est alors comme le lien entre le ciel (paradis) et la communauté bouddhique theravada.

La légende parle de trois escaliers, un d'argent pour Brahma, un d'or pour Bouddha, et un de cristal pour Indra. Mais les artistes n'en font qu'à leur tête, ce qui n'élimine pas la symbolique !...

 

 

 

La construction qui caractérise l'Ouest de Chiang-Mai, c'est la porte Suan Dok (ระตูสวนดอก),  c'est-à-dire la porte du/des jardins (สวน) de/en fleurs (ดอก) ou des jardins fleuris. Dans la chronique du ''Mahatera Fa Bot'', cette porte Ouest est appelée ''Patu Sên Dôk'' ; ce qui a la même signification.

 

A noter que Vénus a commencé sa … ''carrière'' de ''déesse de l'amour'' comme ''déesse des jardins et des champs''. (Curieux non ?...)

 

La porte Suan Dok était à l'origine la porte réservée aux religieux ; c'était la porte Boriwan Muang (บริวารเมือง) c'est-à-dire la porte réservée aux disciples ou serviteurs –(sous-entendu de Bouddha)– de la ville.

Elle était (et est) gardée par le Deva Putra Surakhato Raksa (เทวบุตร สุรขาโต รักษา) un génie ou un ange gardien particulier à cette porte, et pour lequel je n'ai pas trouvé d'autel en lieu et place ?!...

 

Intra-muros, tout près de la porte Ouest, s'élève le Wat Phra Singh (วัดพระสิงห์) qui fut d'abord appelé le Wat Phra Li Chiang (วัดพระลีเชิยง). Le Chédi du temple fut construit vers 1367 par le roi Phā Yû (1334-1366) (เจ้าผายู) pour y recevoir les cendres de son père, le roi Kham Fû (1328-1334) (เจ้าคำฟู). C'était donc au départ un ''Ku'' c'est-à-dire un tombeau. Il ne pouvait mieux se situer.

 

Hors-les-murs, sur les contreforts du Doï Suthep, s'élèvent de très nombreux temples, dont l'un des plus anciens est le Wat Umong Suan Puthatham (วัดอุโมงค์สวนพุทธธรรม) c'est-à-dire le Wat des galeries souterraines du jardin des enseignements de Bouddha.

 

D'après les légendes il aurait été bâti du temps de Mengraï (1261-1319), le fondateur de Chiang-Maï vers 1306, pour servir de résidence à cinq religieux originaires du Sri Lanka, dont le Maha Thera Chan.

Comme son nom l'indique, la particularité de ce Wat est d'être constituée de galeries souterraines. Ces galeries symbolisent les ténèbres dont il faut se libérer pour atteindre … l'illumination.

 

       

 

 

Le Wat Umong Suan Puthatham n'est pas à confondre avec le Wat intra-muros Umong Maha Thera Chan (วัดอุโมงค์เถรจันทร์), bien que dans les deux cas ces Wats se rapportent à un même moine : le Thera Chan. Ce dernier, originaire du Sri Lanka, avait l'habitude du temps de sa jeunesse de méditer dans des grottes. De ce fait, le Wat Umong Suan Puthatham fut vraisemblablement créé, non parce que ce moine aurait perdu son esprit, comme j'ai pu le lire, mais par souci d'être au plus proche de la tradition Sri Lankaise … chercher la lumière au sein des ténèbres.

Ce Wat fut tout d'abord appelé le Wat Welu Kat Tharam (วัดเวฬุกัฏฐาราม) ce qui signifierait le Wat des onze petites bambouseraies.

Enfin, l'expression ''galeries souterraines'' me semble plus adéquate que le mot ''tunnel'' pour traduire le mot pali : ''umong''.

 

 

 

Vers 1373,  à quelques kilomètres de la porte Ouest,  le roi Ku Na Thammikaracha (1366-1387) (พระเจ้ากืนาธรรมิกราช) fit construire le Wat  Buppharam (วัดบุปผาราม) (1) pour accueillir le Maha Thera Sumana ou Soumana de Sukhothai.

C'est ce thera qui aurait découvert un soi-disant os de l'épaule de Bouddha. Cette relique se serait dédoublée et l'une d'elle reposerait aujourd'hui au Wat Doï Suthep qui fut construit tout spécialement pour elle ?!...

 

A la tête du Wat Suan Dok, le thera Sumana fit appliquer la règle traditionnelle venant du Sri Lanka mais dont la rigueur s'était, soi-disant, émoussée au fils des ans. Du fait de sa localisation cette communauté fut désignée par le terme de ''Faï Suan'' (2) (ฝายสวน) c'est-à-dire l'obédience ou la secte de Suan Dok.

 

Un peu plus tard, vers 1430, le Wat Pa Daeng (วัดป่าแดง) accueillait le Thera Dhammagambhira ou Phra Yanna Kamphi (พระญายคัมภีร์). Ce dernier et ses 25 moines, de retour du Sri Lanka, cherchèrent à imposer une réforme dont les pratiques étaient soi-disant plus conformes aux règles du pāli. Comme ils résidaient au Wat Pa Daeng leur mouvement fut appelé le ''Fai Pa''  c'est-à-dire l'obédience ou la secte de Pa Daeng ; Pa Daeng signifiant littéralement : forêt (pa - ป่า) rouge (daeng - แดง).

(Il y eut rivalité entre ces deux … ''faï''. Le faï Suan l'emporta.)

 

C'est au Wat Pa Daeng qu'en 1447 furent incinérés la mère et le père du roi Tilokarāja, Chao Racha Théwi (เจ้าราชเทวี) et Chao Sam Fang Kaen (1398-1411-1442) (เจ้าสามฝั่งแกน).

 

 

(1) Le Wat  Buppharam (วัดบุปผาราม) signifie le Wat aux/des belles (บุปผา) fleurs (ราม). Il porte aujourd'hui le nom de Wat Suan Dok dont la traduction signifie la même chose.

(2) Le mot ''Faï'' est un mot Yuon (Langue du Lanna) que les Siamois ont transcrit phonétiquement (ฝาย) ce qui a changé sa signification. En effet, ''Faï'' en Siamois se traduit par … ''barrage''. Or en langue Yuon ''faï'' ne signifie pas barrage, mais obédience mouvement, voire … ''secte'' ; conclusion, ''faï'' aurait dû se traduire en Siamois par ''Nikaya'' (นิกาย).

   

 

   

 

 

Photo 1 : Le Wat Suan Dok ancien centre du ''faï suan''. 

Photo 2 : Le Wat Pa Daeng ancien centre du ''faï Pa''.

 

 

 

Vers 1442, sous le règne du roi Tilokarāja (1441-1487) (พระเจาติโลกราชะ), fut bâti le Wat Fai Hin (วัดฝายหิน) (1).

 

De nos jours le Wat Fai Hin a perdu de son importance mais il a connu ses heures de gloire  sous Tilokarāja en tant que centre international de l'étude du pāli, et résidence du 1er prima du sangha du royaume de Chiang-Mai ; des terres qui n'était pas encore désignées sous le terme de … Lanna.

 

L'une des particularités du Wat Faï Hin est d'être noyée dans une mer de Kus. (Monuments funéraires plus ou moins important renfermant des cendres).

 

 (1) Le Wat Fai Hin (วัดฝายหิน) : La traduction de Fai Hin signifierait ''barrage de pierre'' ce qui ne veut pas dire grand-chose ; par contre si l'on donne à ''Faï'' son sens en langue Yuon, et si l'on considère ''Hin'' (หิน) comme l'abréviation de ''Hinayana'' (หินยาน) la traduction deviendrait le Wat de la communauté du bouddhisme theravada, sous-entendu … du royaume de Chiang-Mai (Lanna).

 

Cette proposition de traduction – la mienne - me paraît d'autant plus plausible que le Bouddhisme theravada commença vraiment à s'implanter sous le roi Ku Na (1366-1387) et, que c'est en ce Wat que résida Phra Apaïsantha (พระอภัยสารทะ) ou Khruba Wat Faï Hin (ครูบาวัดฝายหิน) le 1er ''primat'' (สังฆปาโมกข์) du Lanna ou 1er ''évêque'' du bouddhisme theravada du Lanna, (สังฆราชา) ; aujourd'hui courant Octobre, se célèbre dans ce Wat ''Tak Bat Thewo Ro'' (ตักบาตรเทโวโรหณะ) c'est-à-dire la fin du carême bouddhique, ou le retour de Bouddha sur terre … ''Ok Phansa'' (อ่อกพรรษา). (Comme pour ''faï'', Ok Phansa n'est que la phonétique thaïe du nom de cette fête.)

 

 

Conclusion : L'Ouest de Chiang-Mai fut par excellence, l'aire géographique réservée à l'implantation de nombreux Wats ayant pour objet la méditation et la bonne observance du bouddhisme.

L'Ouest fut aussi le lieu de prédilection pour incinérer des hauts personnages et conserver leurs cendres dans des Chédis ou kus (prononcer kou) plus ou moins modestes.

 

      

 

L'Ouest de Chiang-Mai et les temps modernes :

 

Près d'anciens Chédis ont été reconstruits des viharns (Wat Pan Sao - วัดปันเสา et Wat Ling Ha (Hayot) – วัดหลิ่งห้า (ห้ายอด), par exemple !....

 

Au sein du Wat Suan Dok a été créé le cimetière royal du Lanna.

 

Mais la construction la plus caractéristique, outre l'université, c'est le ''Maharaj hôpital'' (1939), le plus grand hôpital de la région Nord ; c'est là que se situe aujourd'hui la faculté de nurserie … le centre médico-légal, c'est-à-dire … la morgue de Chiang-Maï.

 

En cet hôpital il y a des naissances, … des ''réparations'' ou des guérisons et … des fins de vie !...

 

Décidément l'Ouest de Chiang-Maï a vraiment parti lié avec la mort, voire les enfers mais aussi l'élévation spirituelle.

 

                                                     

 

                                                           Un élève du Wat Faï Hin

                                                                    (17 juin 2014)

 

 

Pour lire la suite vous reporter à la rubrique

03 CULTURE & TRADITIONS – MAISON KALÊ (7/3 & 11/12)

Jean de la Mainate - Merveilleuse Chiang-Mai - juin 2014




29/06/2014
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