MerveilleuseChiang-Mai

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MENGRAÏ - 15 A- LA LEGENDE DE LA TRIPLE ALLIANCE (1)



LA LEGENDE DE LA TRIPLE ALLIANCE de 1287


Première partie


 

Là encore l'histoire se termine bien, mais grâce à l'intelligence et au talent diplomatique de Mengraï.

 

Car le vaudeville qui fut à l'origine de la triple alliance, d'après la légende, aurait pu mettre à feu et à sang une région qui pousse beaucoup plus au farniente qu'à la violence.

 

 

Cependant, à la décharge de la coupable, il faut savoir que si d'après les chroniqueurs d'antan tous les rois étaient beaux, Phaya Ruang, ou Ramkhamhaeng, le roi de Sukhothaï, l'était encore plus que tout autre.

 

Et pour cause, ce garçon, raconte la légende, aurait eu pour mère Kang Li, un génie de sexe féminin de toute beauté, et pour père un chasseur fort bien fait de sa personne.

 

D'ailleurs le corps du tireur à l'arc était d'une telle perfection que lorsque Kang Li, le génie féminin, le vit pour la première fois ce fut le coup de foudre.

 

Alors le génie l'enleva, et sur le champ.

 

 

Des amours de ces deux êtres naquit un très beau garçon qui avec le temps devint un très bel homme, puis au décès de son aîné, le souverain de Sukhothaï.

 

Ce roi de Sukhothaï, Phaya Ruang et le roi de Phayao, Phaya Ngam Müang, étaient les meilleurs amis du monde.

 

À ce titre ils se voyaient souvent, d'ailleurs dans leur jeunesse, à Lavo, la future Lopburi, ils avaient été camarades de classe. Alors chacun d'eux avait une confiance aveugle et sans limite envers l'autre !...


Lorsque Phaya Ruang, escorté de ses soldats et suivi par ses nombreux éléphants, s'en allait pratiquer ''dam hua'' dans les eaux du Mékhong, il ne manquait jamais de faire un détour par Phayao.

 

Et pendant que ses serviteurs fichaient son campement tout près de cette cité, à seulement quelques pas de la demeure royale, il s'en allait rendre visite à son ami Ngam Müang, phaya de Phayao, pour le saluer.

 

 

En ces temps anciens ''dam hua'' était un rituel hebdomadaire, qui consistait à se dégraisser les cheveux que les gens se graissaient les autres jours de la semaine, conformément aux critères de beauté de l'époque.

 

La graisse de porc, l'huile de noix de coco ou de ricin, toutes parfumées, comptaient parmi les produits les plus utilisés pour la pratique de cette coutume.

 

 

Ruang, le roi de Sukhothaï, n'allait pas toutes les semaines sur le bord du Mékong, mais quand même suffisamment souvent pour que le chemin qu'il empruntait, et que ses pachydermes défonçaient à chaque fois, toujours un peu plus, se creusât au point de devenir le lit d'une rivière, qui aujourd'hui encore porte le nom de la Mè Nam Tchang, (แม่นำช้าง) ou la rigole (ou rivière) des éléphants.

 

 

Un jour, quelque temps avant le passage de Ruang à Phayao, à l'occasion d'une cérémonie d'appel aux Khuans, Ngam Müang, phaya de Phayao, blessa verbalement sans l'avoir voulu, l'une de ses reines, Nang Ua Xieng Sen.

 

Une femme particulièrement belle, mais d'une susceptibilité redoutable. Elle avait même le don de trouver des sous-entendus là où il n'y en avait pas !....


Donc ce jour là, ce fut ce qui arriva.

 

Elle fut même si vexée du dire de Ngam Müang, qu'elle se détourna de lui, et alla jusqu'à lui refuser, des jours durant, les plaisirs de sa couche !...

 

Mais sa punition se retourna contre elle, car ses sens avaient des besoins que sa raison ne pouvait apaiser !...

 

Alors elle se mit à rêver sur l'art et la manière que Ruang, le roi de Sukhothaï et le très bon ami de son mari, mettrait en œuvre pour maîtriser le feu qui la dévorait, et entretenir  la flamme qu'elle venait d'allumer pour lui.

 

Les rêves à répétition de la belle Nang Ua Xieng Sen,  finirent par alerter Ruang. Car ce fils de génie était quelque peu magicien et disposait de pouvoirs extra sensoriels !...

 

Tout commença par une indiscrétion ; celle d'aller jeter un œil sur les rêves de la belle Nang Ua Xieng Sen, dont la pensée ne cessait de le … titiller.

 

Puis très vite, Ruang se fit douce violence et, avec la plus grand discrétion, s'aventura parmi eux. Mais plus il errait dans les rêves de la belle, plus il y prenait plaisir, et plus il s'y attardait !...

 

Sans l'amitié qu'il portait à Ngam Müang, dès sa première indiscrétion il serait allé sans hésiter, satisfaire celle qui se languissait d'amour pour lui.

 

Car c'était bien de ce dont il s'agissait. Mais un ami étant un ami … il n'en fit rien, tout du moins dans l'immédiat !...

 

Cependant, le désespoir de Nang Ua Xieng Sen était tel, qu'il aurait fallu manquer de cœur pour la laisser souffrir davantage !...

 

Alors un soir, n'y tenant plus, faisant appel à ses talents de magicien, Ruang se retrouva auprès d'elle sans avoir eu à entrer … par la porte.


Ce soir là, quand elle découvrit sa présence, Nang Ua Xieng Sen poussa un léger cri d'effroi.

 

Mais ce fut seulement pour la forme. Car ce n'était pas le moment de réveiller quelqu'un !...

 

Et la mâtine, après avoir attiré Ruang contre elle, lui glissa dans le creux de l'oreille : ''Tu en as mis du temps à te décider !... ''. Car à l'époque le vouvoiement n'existait pas ; ce qui facilitait bien … certains rapports intimes !...

 

Comme cette première rencontre fut du goût des deux amants, d'autres suivirent !...

 

 

Ngam Müang, roi de Phayao, mari et ami trompés, finit par se douter de quelque chose.

 

Mais malgré tous ses efforts, le délit restait à prouver.

 

Jamais il ne parvenait à prendre les amants sur le fait, ou à croiser son ami en des endroits et à des heures que la bienséance aurait réprouvé.

 

Alors Ngam Müang eut l'idée de faire enlever le neveu de son ami. Un jeune page que son oncle Ruang initiait à la magie et qui le suivait comme son ombre.

 

L'adolescent, quelque peu naïf et qui devait avoir de l'amitié pour le roi de Phayao, ne tarda pas à lui confirmer que son oncle était bel et bien l'amant de la belle Nang Ua Xieng Sen ; et pire … que Ngam Müang ne pourrait jamais confondre son ami Ruang.

 

Car Ruang, son oncle, se rendait auprès de sa maîtresse, non pas sous sa forme humaine, mais sous celle d'un animal afin de ne pas attirer l'attention.

 

Tantôt il venait sous l'apparence d'un éléphant, tantôt sous celle d'un cheval, voire d'un cerf ou de tout autre animal !...


En entendant cela, Ngam Müang qui venait de tendre en vain un piège à son ami, décida alors de l'affronter avec les mêmes armes que les siennes, la magie !...

 

Alors il ordonna à Thao Müng, son dignitaire expert en magie et au serviteur de celui-ci, Han Bang, d'apprendre la magie que leur enseignerait le neveu du roi de Sukhothaï.

 

Et lorsqu'ils seraient suffisamment instruits, de se servir de cet enseignement pour prendre la main dans le sac et le confondre, Ruang, son ami et … roi de Sukhothaï.

 

 

Étant loin d'être des débutants, les deux magiciens de Ngam Müang en seulement quelques leçons se sentirent fin près.

 

Alors, sans perdre de temps, ils commencèrent à traquer leur victime.

 

Après quelques déconvenues, sans conséquence et somme toute … normales, les deux hommes devinrent redoutables.

 

Ils furent même à l'origine d'une extraordinaire chasse à l'homme qui restera dans toutes les mémoires, y compris dans les chroniques de Chiang-Maï.

 

 

Ce jour là, à la nuit tombante, les deux magiciens étaient à l'affût d'un Tharaï Kham, c'est-à-dire d'un cerf d'or !...

 

Grâce à leur magie ils savaient que c'était sous la forme de cet animal, que Ruang viendrait rôder autour du palais. Et qu'ensuite, il reprendrait apparence humaine.

 

Alors à la faveur de l'obscurité, l'amant se faufilerait jusqu'à la chambre de la belle Nang Ua Xieng Sen et là, s'allongerait sur sa couche.

 

C'était donc une occasion à ne pas manquer.


Après quelques heures d'attente, les deux magiciens virent enfin un Tharaï Kham sortir des bois, et s'avancer prudemment vers les premières habitations.

 

Dès son apparition, les deux hommes jubilèrent de joie.

 

Non seulement parce que leurs efforts les menaient à un premier résultat, mais parce qu'ils sentaient que tout allait finir en tournoi de magie.

 

Et quoi de plus jouissif que d'avoir à combattre un maître ès magicien et fils de génie ?!....

 

 

Dès que le cerf fut à leur portée, d'un coup d'un seul, ils se transformèrent en chien et se lancèrent à sa poursuite dans l'intention de le mordre et de le blesser tant et plus, afin de ralentir sa course.

 

Mais le cerf d'or les distança très vite. Et mettant à profit son avance Ruang alla se suspendre à la branche d'un gros arbre.

 

Dès qu'il s'y fut accroché, il se métamorphosa alors en un nid de guêpes.

 

En voyant cela, les deux chiens, eux, se changèrent tout aussitôt en oiseaux de proie. Et ils fondirent sur le guêpier pour en faire de la charpie.

 

Mais tandis que les deux oiseaux, aveuglés par leur rage, s'acharnaient sur du vide, Ruang avait pris l'aspect d'une énorme taupe dès qu'il eût eu posé les pieds au sol.

 

Sans perdre une seule seconde il était ensuite monté se réfugier tout en haut d'un arbre. Un arbre Tün, tout couvert fruits, de superbes santols à la pulpe granuleuse et au goût tout à la fois sucré et acidulé.

 

Et comme au faîte de cet arbre il y avait un énorme trou. Le mammifère des sous-sols s'y était faufilé.


Au pied de l'arbre ses poursuivants, un temps désorientés, finirent néanmoins par remarquer les empreintes laissées par la taupe tout au long du tronc de celui-ci.

 

Alors ils déployèrent toutes leurs forces pour abattre ce … ''sandoricum indicum''.

 

Et avec tout autant de rage que pour détruire l'essaim, ils s'attaquèrent au pied de l'arbre pour y déblayer la terre qui retenait ses racines.

 

Dès que l'une d'entre elles était dégagée alors ils la déchiquetaient pour la couper, tout en psalmodiant d'une voix rageuse et haletante, ''il faut qu'on l'attrape'', ''il faut qu'on l'attrape'', ''il faut qu'on l'attrape'', ou encore ''abattons l'arbre pour l'avoir'', ''abattons l'arbre pour l'avoir'' ''abattons l'arbre pour l'avoir''.

 

D'ailleurs, ce fut depuis l'épisode de cette course poursuite, que tous les gens de la région prirent l'habitude de désigner cet arbre sous le nom de : Ka-thon (กระท้อน).

 

Et aujourd'hui encore, tous les gens du Lanna désignent cet arbre par ce nom.

 

 

Privé de ses racines, le faux mangoustanier finit par tomber !

 

Cependant, malgré la vigilance des deux hommes, la taupe avait réussi à leur passer sous le nez et sans qu'ils s'en eussent aperçu.

 

Mettant encore à profit son avantage, Ruang s'était alors transformé en une termitière que coiffait une belle touffe d'herbes. La quelle n'était autre, en fait, que son chignon.

 

Les deux magiciens tournèrent un bon moment, autour de ce monticule de terre, sans se douter qu'il s'agissait de Ruang.

 

Mais plus ils le contournaient, et plus ils s'énervaient. Car même les magiciens les plus avertis sont aussi victimes de montées d'adrénaline !...

 

D'ailleurs, pour couper court à une crise de nerfs imminente, Han Bang se jeta sur la touffe d'herbe qui surmontait la termitière et qu'un rayon de lune mettait en évidence.

 

Puis il l'empoigna de toutes ses forces dans l'intention de l'arracher pour l'envoyer ''valdinguer'' le plus loin possible, dans l'obscurité environnante.

 

Comme il fut d'une brutalité sans nom, Ruang poussa alors un cri de douleur, qui déchira le silence de la nuit, mais qui procura une espèce de joie sadique aux deux magiciens.

 

Car les deux hommes, en entendant la plainte de leur victime, n'eurent aucun besoin d'explication pour comprendre qu'ils tenaient enfin … Phaya Ruang ; et que le tournoi de magie tant espéré allait enfin entrer dans sa phase finale.

 

Alors, tandis que Han Bang se cramponnait  aux cheveux de Ruang, Thao Müng récita formule magique sur formule magique pour contrer et annihiler tous les pouvoirs magiques de Ruang, phaya de Sukhothaï.

 

Après un combat très inégal, à bout de force, Ruang s'écria, ''Vous avez gagné, c'est bien moi Phaya Ruang ! ''

 

 

Avec toutes les précautions nécessaires, Ruang fut alors ligoté et emmené pour être conduit devant son ami, Phaya Ngam Müang, qui refusa de le voir.

 

Cependant, il ordonna de le jeter dans une prison spécialement construite et aménagée pour lui !...

 

Une geôle d'où les magiciens eux-mêmes ne pouvaient pas s'échapper, quels que fussent leurs pouvoirs !...




Suite en deuxième partie.





 

 




27/01/2010
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