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MENGRAÏ - 15 A- LA LEGENDE DE LA TRIPLE ALLIANCE (2)

LA LEGENDE DE LA TRIPLE ALLIANCE de 1287



Deuxième partie - suite et fin



L'arrestation et l'emprisonnement de Phaya Ruang ne résolvaient rien. Car même s'ils donnaient un terme à l'adultère il restait à mettre un point final à toute l'affaire !....

 

En effet, Phaya Ngam Müang, pour ne pas perdre la face, se devait de laver son honneur et de demander réparation à son ami de toujours. Ce qui n'était pas aussi facile que cela en avait l'air, et surtout sans conséquences politiques dramatiques !....

 

D'abord, ses sentiments pour Ruang étaient toujours aussi vivaces, même si dans son for intérieur sa fierté d'homme trompé lui pesait lourdement sur le cœur.

 

Ensuite, si tuer son ami c'était venger son honneur d'homme, c'était aussi créer une situation de conflits permanents entre le royaume de Phayao et celui de Sukhothaï ; y compris ceux de Nakon Sri Thammara et de Sri Ayuthia dont les rois étaient parents avec Phaya Ruang. .

 

Par ailleurs, les deux royaumes avaient toujours vécu en bonne intelligence, et n'avaient aucun motif, même dans le plus lointain passé, pour se chercher querelle !...

 

Alors à quoi, Phaya Ngam Müang,  devait-il donner la priorité, à son amour propre ou bien à la sauvegarde de la paix ?.... 

 

Toute la question était là ?!....

 

Comme il entretenait de très bonnes relations avec son voisin, Mengraï, roi du Lanna, et qu'il avait été à même d'apprécier son art pour ''garder la face'' dans les situations qui lui étaient les plus défavorables, l'idée de faire appel à ses bons offices lui traversa l'esprit.

 

Mengraï, outre ses talents de fin diplomate et de fin politique, était alors, et depuis seulement quatre ou cinq ans, un homme de mérites parce qu'il s'ouvrait à l'enseignement de Bouddha.   Et pour des rois d'obédience bouddhiste c'était de la plus haute importance.


Alors Ngam Müang lui envoya une délégation, et de nombreux présents, pour lui demander conseil, voire trancher la situation.

 

Leur amitié remontait alors, à une bonne dizaine d'années, à 1276 très exactement, l'année de leur alliance.

 

 

En recevant les envoyés de Phayao, Mengraï se sentit très honoré par la demande.

 

En tout cas ce fut qu'il dit aux émissaires de Ngam Müang, car au fond de lui-même il dut méditer et réfléchir intensément sur l'art et la manière d'intervenir pour ne blesser personne.

 

A parler franchement, il se serait peut-être même bien passé d'un tel arbitrage !.....

 

Mais, comme Mengraï n'était pas homme à se dérober quand un ami lui demandait de l'aide, et quand un autre était en difficulté, car il entretenait de très bonnes relations avec les deux antagonistes, confiant en sa bonne étoile, il estima qu'il devait se rendre à Phayao, plutôt que de faire venir à Wiang Kum Kam, la toute nouvelle capitale de son royaume, ses deux amis en conflit.

 

Son déplacement à Phayao fut loin de passer inaperçu. Il était, et devait être, en rapport avec l'événement.

 

Mengraï à dos d'éléphant, suivit par un grand cortège allait tel un triomphateur. En fait le fond de son cœur n'était pas au beau fixe. Car au bout du chemin il allait devoir faire preuve de diplomatie comme jamais il n'avait encore eu à le faire  !...

 

 

Dès son arrivée à Phayao, il lui fut donné l'emplacement le plus digne pour installer son campement. Des vivres à soutenir un siège, et des présents tout aussi nombreux, furent déposés à ses pieds.


Puis après lui avoir souhaité la bienvenue, Ngam Müang, sans perdre une seconde, l'informa dans les moindres détails de la situation, et de la faute commise par Phaya Ruang, roi de Sukhothaï.

 

Mengraï qui avait écouté d'une oreille attentive Ngam Müang, lui demanda ensuite de faire venir Ruang, afin d'entendre la deuxième version des faits.

 

Ramkhamhaeng, le roi de Sukhothaï prêta alors serment. Et en présence de Mengraï, comme il était un homme droit, il reconnu sans détours et sans ambages avoir réellement commis l'acte d'adultère, avec l'une des reines de son meilleur ami.

 

Les deux partis s'étant exprimés, et ayant été ouïs avec la plus grande attention, Mengraï les rappela auprès de lui.

 

Et quand ils se furent installés, comme il convenait à des souverains de prendre place auprès d'un autre roi, car il n'était pas question de simples partis, il prit la parole.

 

Tout d'abord il commença par rappeler aux deux hommes qu'ils avaient été investis roi par l'eau du couronnement versée sur leurs têtes. Et que leur fonction royale passait avant toute considération personnelle.

 

Puis il entra dans un long monologue, tant pour réconcilier les deux amis que pour les préparer à sa sentence.

 

Et enfin, il demanda à Ruang de présenter des excuses à Ngam Müang et de lui verser 990.000 cauris.

 

Ce qui représentait plus de 80 sacs de 12.000 petits coquillages, la monnaie de l'époque. Et qui, même pour un monarque, représentaient une sacrée somme !....

 

Le roi de Sukhothaï comme celui de Phayao acceptèrent le verdict. Et comme Mengraï le leur avait demandé ils se promirent de renforcer leurs liens d'amitiés.


L'offense étant lavée, et le coupable puni, tout semblait se terminer au mieux dans le meilleur des mondes, et pour tout le monde, tout du moins …en apparence !...

 

En effet, si Ngam Müang était satisfait de la sentence, prononcée par Mengraï et accepté par les deux partis, il n'était pas sans être inquiet des suites qui pouvaient en découler.

 

Car quelque chose le … ''chiffonnait'' !...

 

Alors dès qu'il se retrouva seul à seul avec Mengraï, il s'empressa de lui faire part des inquiétudes qui le tourmentaient.

 

Et ce qui le tracassait, c'était … la magie de Ruang !

 

Comme il en avait été victime, sans le savoir et sans s'en douter, il craignait qu'un jour ou l'autre, par rancune, Ruang ne se vengeât de cette condamnation, tant sur Mengraï que sur lui, au moyen de sa magie !...

 

Alors il aurait souhaité que Ruang fût dans l'impossibilité d'exercer cet art contre eux deux ?!...

 

Cette fois encore Mengraï s'engagea à réfléchir sur la question ; tout en soulignant que la solution demandait beaucoup de doigté. Car il allait falloir contraindre Ruang sans blesser sa dignité de roi et son amour propre.

 

Mais comme Mengraï était un homme de ressources, il eut une idée de génie. Celle d'organiser une grande cérémonie de réconciliation qui allait les mettre en scène tous les trois.

 

Alors dès le lendemain, Mengraï, avec l'assentiment des deux autres souverains, sur les rives de la Mè Nam Khun Phu, une petite rivière qui se jette dans le lac de Phayao et qui aujourd'hui s'appelle la Nam Mè Ing, ordonna l'aménagement des lieux en vue de ce grand événement.


Des présents, variés et nombreux, furent joliment agencés et offerts aux divinités. Puis, pour le plaisir de leurs oreilles, des musiciens s'installèrent sur un banc de sable pour jouer sans interruption durant trois jours et trois nuits.

 

 

Après ces trois jours et ces trois nuits de musique,  trois sièges furent installés sur l'autre rive de la rivière. Et chacun des souverains alla y prendre place.

 

Tandis que la tension montait, et que tous les gens présents attendaient l'ultime moment, les trois rois écoutaient avec gravité et ravissement les musiciens.

 

Puis quand qu'il jugea le moment favorable, sans doute indiqué par les astrologues, Mengraï se leva. Alors le léger brouhaha qui s'élevait de la foule s'interrompit comme par enchantement.

 

 Et prenant la parole, il dit d'un ton solennel :

 '' À partir de maintenant et jusqu'à notre mort, nous, rois de Phayao, de Sukhothaï et de Wiang Kum Kam, faisons le serment de rester fidèle entre nous quoiqu'il arrive.

 

Et si un jour l'un d'entre nous devait manquer à cet engagement, le trahir pour se venger, ou par intérêt, que celui-là soit renversé de son trône et connaisse les pires tourments jusqu'à sa mort. ''.

 

Après avoir prononcé ces paroles, un couteau fut apporté aux trois souverains.

 

Chacun d'eux s'en servit pour s'entailler la main et faire couler son sang dans une tasse commune, où il se mélangea avec celui des deux autres.

 

Ensuite, chacun des trois monarques but sa part de sang, sans qu'il en restât une seule goutte dans la coupe.

 

Après cet instant de grande émotion, les souverains s'étreignirent sous les manifestations de joie de tous les témoins.


Ce pacte d'amitié indéfectible étant scellé, Phaya Mengraï s'en retourna à Wiang Kum Kam, sa toute nouvelle capitale.

 

Phaya Ruang quitta lui aussi Phayao, pour aller quérir 80 sacs de 12.000 cauris, afin de dédommager son ami, Phaya Ngam Müang.

 

 

Au fil du temps, non seulement ce pacte fut respecté, mais l'amitié entre Ngam Müang et Ruang se renforça au point que Ramkhamhaeng donna des cours de magie à son ami.

 

Ces leçons se donnèrent dans une petite crique de la Nam Mè Ing qui s'appelait naguère Vang Kham (วาคำ) ce qui signifiait la crique des paroles ou des mots, et qui aujourd'hui s'appelle Vang Kam ce qui veut dire la crique de l'infortune.

 

 

À ma connaissance, aucun des chroniqueurs ne prit la peine d'écrire de ce qu'il advint de la belle Nang Ua Xieng Sen ?!.....

 

Pourtant, sans elle, le pacte dont on parle tant aujourd'hui n'aurait jamais eut lieu ?!...

 

À Chiang-Maï la place du monument des trois rois porterait, certainement, un autre nom ?!...

 

 

Bref, l'Histoire envers Nang Ua Xieng Sen, a été bien ingrate, d'autant que ses infidélités sont riches d'ensei-gnements pour le commun des mortels.

 

Car d'après ce qui vient d'être conté il y a toujours une porte de sortie honorable pour quelqu'un qui succombe à la tentation de la chair, ou qui en est la ''victime'' !.....

 

À la condition bien sûre que la personne trompée soit compréhensive et mette au fond de sa poche son amour propre. Ce qui, hélas !... est rarement le cas !....


Toujours est-il que cette légende, comme la plupart des légendes, est belle et donne à rêver.

 

Mais les légendes sont une chose et la réalité en est une autre.

 

En effet, derrière les légendes il y a toujours un fond de vérité. Et c'est en voulant découvrir cette ''vérité'' que j'ai été amené à écrire un autre texte, (*) que j'ai aussi intitulé ''La triple alliance'' !...

 

Ce nouveau texte n'est pas une remise en cause du contenu de la légende, mais une autre explication des motifs qui ont conduit ces trois souverains t'aïs à faire acte d'alliance.

 

Car de toute évidence, les raisons qui les ont contraints à s'unir n'ont rien à voir avec cette histoire d'adultère, ou si peu … tout du moins … à mon avis.

 

D'ailleurs à vous d'en juger en prenant connaissance de ce nouveau texte, qui lui se réfère à des événements historiques indiscutables et avérés.

 

 

 

(*)   Pour trouver ce texte voir la catégorie : ''Historique. ''

      Et ouvrir à la référence :

      MENGRAI - 15 B - DES DESSOUS FEMININS AU DESSOUS DES CARTES OU LA TRIPLE ALLIANCE.

 



27/01/2010
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