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MONUMENT DE LA VICTOIRE 02 (Guerre franco-thaïlandaise 2)


MONUMENT DE LA VICTOIRE 02

อนุสาวรีย์ชัยสมรภูมิ (VICTOTORY MONUMENT)

 

              LE PRELUDE au MONUMENT

                                 

                                             OU

                                   

LA GUERRE FRANCO-THAILANDAISE de janvier 1941

                           (Une guerre méconnue.)

 

                                        (2ème partie)

 

 

Résumé de la chronique précédente :

 

Aux alentours des années 1930 le monde est en ébullition. Le Siam n'échappe pas au phénomène mondial.

 

Le 24 juin 1932 un coup d'état renverse la monarchie absolue et les putschistes instaurent la monarchie constitutionnelle.

 

Mais tandis que les uns, dont Pridi Panomyong (1900-1983) (ปรีดี พนมยงค์) envisagent un partage du pouvoir avec le roi, d'autres, dont Plaek Phibunsongkhram (1897-1964) (แปลก พิบูล สงคราม) ont des ambitions plus personnelles et beaucoup moins démocratiques.

 

Le roi Prajadhipok (1893-1925-1935-1941) (ประชาธิปกฯ) ou Rama VII que rien n'avait préparé à sa fonction de roi, pressent l'arrivée d'une dictature et se sent impuissant à son encontre.

 

Alors sous prétexte de se faire soigner il part pour Londres d'où il abdiquera le 2 mars 1935 en écrivant ces mots, quasiment prophétiques : ''Je laisse mon pouvoir au peuple et non à quelques factions opportunistes … ''

 

 

 

 

Photo 1 : Le roi Rama VII (1893-1926-1935-1941)

 

Photo 2 : Un extrait de la lettre d'abdication de Rama VII datée du 2 Mars 2477 ou 1935. (A cause du décalage de trois mois entre le début d'année du calendrier grégorien et celui du calendrier siamois, c'est bien 1935 et non 1934)

 

Photo 3 : Rama VII et son épouse, la reine Rambhai Barni (1904-1984) (รำไพ พรรณี) qui s'éteindra 43 ans après le décès de son mari. 

 

 

 

Les opportunistes, avec Plaek Phibun à leur tête, vont gagner la partie. Ce dernier se voit confier les rennes du pouvoir siamois le 12 septembre 1938.

 

Il a carrément les pleins pouvoirs car il cumul les postes de premier ministre, ministre de la défense, ministre des affaires étrangères et chef des armées. Ce qui fait beaucoup pour un seul homme, mais Phibun est un surhomme !...

 

Pour ''couronner'' le tout, comme Rama VII n'avait pas d'enfant, un conseil de régence fut créé pour l'occasion et désigna en 1935 son neveu comme successeur au trône. Un tout jeune adolescent, Anantha Mahidon (1925-1946) (อานันทมหิดล) (*) qui en 1938 fêtera ses  … treize ans !....

 

Ce jeune garçon vivait alors en Suisse avec sa mère, son aînée la princesse Galyani Vadhana (1923-2008) et son tout jeune frère, le futur Rama IX qui aujourd'hui, en 2011, règne sur la Thaïlande.

 

 

(*) Le neveu de Rama VII, Anantha Mahidon (1925-1946) (อานันทมหิดล) était le fils de Mahidon Adulyadej, prince de Songkhla (1892-1929).

Le prince de Songkhla était le 69ème fils de Rama V, et le 7ème et dernier enfant de la reine Savang Vadhana (1862-1955). (*) Il était donc le demi-frère de Rama VI et Rama VII.

 

Le père d'Anantha Mahidon ou Rama VIII, Mahidon Adulyadej était donc décédé lorsqu'Anantha ou Anandha le futur Rama VIII fut élu roi par le conseil de régence !... Encore un … ''plus'' … pour Phibun.

 

(*) C'était le frère aîné du prince de Songkhla, Maha Vajirunhis (1878-1895) (มหาวชิรุณหิศ) qui devait succéder à Rama V. Mais ce dernier fut emporté par la typhoïde à l'âge de 16 ans. Alors Rama V désigna comme successeur un fils d'un autre lit, Vajiravudh (1881-1925) (วชิราวุธฯ) qui devint Rama VI.

Rama V avait quatre reines et de nombreuses concubines.

 

 

   

 

 

A gauche : Le ''partant'' le roi Prajadhipok (1893-1925-1935-1941) (ประชาธิปกฯ) ou Rama VII. Avec lui s'acheva la monarchie absolue ; et il préféra abdiquer plutôt que de cautionner les agissements des militaires qui de fait avaient pris le pouvoir et installé une dictature.

 

La photo à été prise le 25 février 1930, date anniversaire du couronnement de Rama VII, et jour où il inaugura la 1ère radiodiffusion siamoise en adressant solennellement un message à ses sujets. C'était sur ''Phayathaï'' (พญาไท).

 

Au centre : Le ''nouvel arrivant'' Plaek Phibunsongkhram (1897-1964) (แปลก พิบูล สงคราม) le dauphin de Phot Phahonyothin (1887-1947) (พจน์ พหลโยธิน) un général qui arriva au pouvoir suite à un coup d'état en 1933. Ce dernier prit sa retraite en 1938 en laissant sa place à son dévoué poulain qui le vénérait comme un père.

 

Phibun se servit de la radio inaugurée par Rama VII pour imposer son image de leader charismatique, ses idées d'extrême droite et, alors que son portrait s'affichait à tous les coins de rue, il avait interdit la moindre image de Rama VII. Comme Hitler et Mussolini il développa le culte de sa personnalité.

 

A droite : Le neveu de Rama VII, Anantha Mahidon (1925-1946) (อานันทมหิดล) ou Rama VIII, un tout jeune adolescent de 13 ans en 1938.

 

 

 

 

Phibun avait donc les mains libres, mais plus que libres, pour gouverner le Siam, d'autant qu'il fit arrêter 40 opposants de tous bords dont 18 furent exécutés.

 

Grand admirateur d'un certain Benito Mussolini, qui venait de donner un empire à l'Italie en faisant main basse sur l'Ethiopie en 1936, il rêvait lui aussi d'un grand empire, un grand empire T'ai, ''le grand Siam'' comme il disait.

 

Un grand Siam qui aurait réuni tous les t'ais d'Asie et qui de ce fait se serait constitué du Laos, du Cambodge, d'une partie du Tonkin, du sud de la Chine (Le Sip Song Panna au Yunnan) de l'Inde du nord-est et même d'une partie du Tibet.

 

Phibun ne voyait pas grand, mais démesurément grand. Ce mégalomane alla jusqu'à faire éditer des cartes géographiques comme si ''son'' empire thaïlandais était déjà une réalité sous sa dictature.

 

 

Le rêve étant une chose et la réalité en étant une autre, Phibun commence par avoir des visées sur le Laos et le Cambodge … hélas pour lui … sous protectorat français.

 

Ses premières tentatives pour annexer ces deux pays vont passer par la voie diplomatique.

 

 

Comme en Europe la tension monte et que l'Allemagne va d'annexion en annexion, à Bangkok Phibun s'engage à ratifier un traité de non-agression avec la France et l'Angleterre.

 

Sa diplomatie laisse même entendre qu'en cas de conflit mondial la Thaïlande pourrait s'allier à la France si … la France rétrocédait au Siam certaines provinces indochinoises.

 

La France ne donne pas suite.

 

   

 

 

Le rêve d'un mégalomane nommé … Phibun !...

 

Dans un premier temps Phibun voulait reconstituer le Siam du roi Taksin, territoires en jaune et en blanc sur la carte de gauche.

 

Puis dans un second temps ses projets étaient d'annexer les territoires recouverts de points blancs, jusqu'au Tibet … pas moins !...

 

Le début de cette grande entreprise passait alors par la revendication des territoires marqués d'un rond bleu (Photo 1) et qui se trouvaient dans le giron de l'Indochine … française.

 

Ce rêve insensé est donc à l'origine de la guerre Franco-Thaïlandaise.

 

Les photos 2 et 3 sont des cartes plus détaillées des revendications territoriales de Phibun. Il y a tout d'abord la province laotienne de ''Xayabouri'' et les deux provinces Cambodgiennes de ''Battambang'' et ''Siem Reap''.

 

 

 

En fait Phibun joue un double jeu, il mène une politique de rapprochement avec le Japon et il prépare son pays à la guerre en le dotant d'une force militaire à la pointe du progrès servie par un important potentiel humain.

 

 

C'est alors qu'arrive la débâcle française de juin 1940.

 

Phibun et le Japon ne peuvent rêver d'une meilleure situation pour mener à bien leurs projets en Indochine française ; d'autant que les ''forces'' françaises, qui n'ont plus de ''forces'' que le nom, disposent d'armes obsolètes,  sont disséminées dans toute l'Indochine, et ont à faire face à deux mouvements insurrectionnels.

 

 

Alors à l'annonce de la capitulation française le 17 juin 1940, Bangkok commence par faire savoir que le traité de non-agression est maintenant sans intérêt.

 

Puis il lance des campagnes anti-françaises.

 

Les traités vieux de plus de trente ans sont remis en cause, et quelques incidents de frontières sont même perpétrés pour ''intimider'' les Français à qui est remis courant septembre et à deux reprises, un mémorandum concernant les revendications territoriales thaïlandaises.

 

Là encore, et par deux fois, la France s'obstine à ne pas donner suite. Elle est une et indivisible à l'intérieur comme à l'extérieur.

 

 

Alors une guerre ''psychologique'' commence, dont le point d'orgue sera une grande manifestation à Bangkok et dans quelques villes de province, le 8 octobre 1940.

 

Puis au fils des jours, sans que la Thaïlande ne déclare la guerre à la France, tout au long de la frontière Indo-chino-thaïlandaise, il va y avoir des accrochages à l'initiative des thaïlandais.

 

Des bombardements vont même avoir lieu, et le 14 octobre dans le but d'augmenter la pression sur la France une mission Thaïlandaise se rend en Allemagne.

 

Mais les résultats n'ont pas du être ceux escomptés. Car si les blogueurs thaïlandais citent presque tous cette mission, aucun n'en donne le compte rendu ou les éventuels résultats !....

 

 

En réponse aux harcèlements thaïlandais, du côté français les ordres sont formels, on riposte mais sans entrer en territoire thaïlandais ; on bombarde mais pour rendre coup pour coup et … seulement de nuit à cause de la vulnérabilité et de la vétusté des … ''coucous''.

 

Par ailleurs il faut économiser les munitions, car les français ne peuvent compter sur aucune aide extérieure, y comprise celle de leurs soi-disant alliés et amis … les Etats-Unis et la Grande Bretagne !...

 

 

 

Cependant du côté français pour connaître les positions ''ennemies'' et pouvoir riposter à bon escient, des patrouilles aériennes sont envoyées à l'aube, ou en début de soirée, en vols de reconnaissance.

 

Le 28 novembre à 8 heures, du côté de Nakhon Phanom l'une d'elles est attaquée par un avion thaïlandais qui sera abattu.

 

Alors Bangkok monte en épingle l'événement qui devient le bombardement de Nakon Phanom et qui aurait porté à son comble l'émoi de l'opinion publique thaïlandaise !…

 

D'agressée la France devient l'agresseur et celle qui met en cause l'intégrité territoriale de la Thaïlande, rien de moins.

 

Bref jusqu'au début janvier 1941 les harcèlements thaïlandais sur terre, en l'air et sur mer, ne vont pas cesser, d'autant que leur supériorité tant en hommes qu'en matériel est indiscutable. Alors ils sont sûrs d'eux et n'hésitent pas à provoquer les Français.

 

Pour ces raisons Phibun et son état-major peuvent envisager une guerre éclair victorieuse dont la prise de Phnom Penh serait la cerise sur le gâteau.

 

Pour cela ils projettent d'envahir le Cambodge par l'ouest et le nord afin de faire de Phnom Penh, pris en étau, le lieu de ralliement de leurs deux armées.

 

La route de l'ouest passerait par Sisophon et Battambang tandis que celle du nord se ferait par Paksé et Stung Treng. Pour plus de détails, voir la carte ci-dessous.

 

   

 

 

Photo 1 : L'immortalisation de l'entente Nippo-thaïlandaise.

 

Photo 2 : Le projet d'invasion du Cambodge, avec au final une arrivée triomphale à Phnom Penh.

 

Photo 3 : Un détachement de cavaliers Thaïlandais.

 

 

 

Les combats succèdent aux harcèlements.

 

Fin décembre début janvier les militaires français reçoivent l'autorisation du droit de suite, c'est-à-dire d'opérer en territoire ennemi.

 

Jusque là les affrontements n'avaient lieu qu'en territoire ''français'', plus exactement … cambodgien. Le Mékong, difficile à traverser constituait une défense naturelle entre le Laos et la Thaïlande. Alors les Thaïlandais évitèrent les harcèlements le long de ce fleuve tout en y étant très présent.

 

Mais du côté du Cambodge ils ne se privèrent pas d'intervenir ainsi …

 

Le 4 janvier, en réponse à une opération contre le poste de Comreing, des hommes du 5e REI et du 3e RTT (*) détruisent celui de Compong ou Kompong tenu soi-disant, par une unité d'élite de fusiliers marins thaïs.

 

Le 6 ou 7 janvier les artilleurs de Kein Kebao ou Kim Kebao détruisent les silos à riz de Lakhon qui pendant trois jours vont dégager d'épaisses fumées noires, ce qui contribuera, d'après Pierre Gosa, (*) ''à redorer le prestige français auprès des populations locales et à remonter le moral des troupes. ''    

 

Le 8 janvier les artilleurs du 5e RAC (**) en deux tirs abattent les deux tours d'un monument baptisé ''les tours de la victoire'' qui faisait l'orgueil des Thaïlandais.

 

Bref, les soldats français, sous équipés, sont loin de démériter et font des miracles, y compris dans les airs où les aviateurs les imitent, malgré le professionnalisme de ceux d'en face et de la supériorité technique de leurs appareils.

 

 

 

(*) Pierre Gosa est l'auteur du livre intitulé ''Le conflit franco-thaïlandais de 1940-41 – La victoire de Koh-Chang''.

 

(**) REI = Régiment Etranger d'Infanterie (Légionnaire) – RIC = Régiment d'Infanterie Coloniale – RAC = Régiment d'Artillerie Coloniale.

 

 

 

D'après certains textes thaïlandais, la Thaïlande aurait déclarée la guerre à la France le 7 janvier 1941 ?!...

Je n'ai pas trouvé la moindre confirmation de cette information du côté des occidentaux !... Alors ?!...

 

Une fausse information pour se donner bonne conscience ou un acte de si peu d'importance qu'il est tombé dans les oubliettes de l'histoire ?!... au lecteur à choisir !...

 

 

À partir du 10 janvier 1941 les Thaïlandais vont lancer quatre grandes offensives, la première dans le nord du Laos du côté de Vientiane, la seconde dans le sud du Laos en direction de Paksé, la troisième dans les Dangrek, pour atteindre Samraong (*) et la dernière à la frontière ouest du Cambodge en direction de Sisophon.

 

 

(*) Les monts Dangrek s'étendent sur environ 300 kilomètres et constituent une frontière naturelle entre le Cambodge et la Thaïlande.

Les plus élevés de ces petits monts ne dépassent guère les 700 mètres et les cols pour les traverser sont plutôt rares. Le plus fréquenté et le plus accessible d'entre eux, le col de ''O Smach'' conduit de Kap Choeng (กาบเชิง) en Thaïlande à la ville de Samraong au Cambodge.  

 

 

 

Dans le nord du Laos les Français cèdent du terrain et se retranchent sur la rive droite du Mékong pour protéger Vientiane. Les Thaïlandais quant à eux s'installeront sur le terrain conquis sans chercher à franchir le Mékong.

 

Dans le sud du Laos, à la date du 16 janvier, après des combats intensifs les Thaïlandais occupent toute la zone située à l'ouest du Mékong, c'est-à-dire une grande partie la province de Basac ou Champasak. Malgré leur défaite et leur reculade les Français gardent la ville de Paksé.

 

En moins d'une semaine, côté Laos, les Thaïlandais font du Mékong la seule et unique frontière entre leur pays et l'Indochine française mais, sans détenir les villes de Vientiane et de Paksé restées aux mains des Français.

 

 

Du côté du Cambodge les choses ne vont guère mieux pour les Français.

 

Dans les Dangrek le 20 janvier les Thaïlandais sont à Samraong qu'ils pillent. Le poste français sera investi après trois jours de combats.

 

Par contre deux cents kilomètres plus loin c'est la garnison française de Cheom Khsam qui fait mouche. Elle surprend en plein bivouac un détachement thaïlandais de cavalerie sur lequel elle ouvre le feu. De nombreux cavaliers sont tués et le reste prend la fuite sans jamais réapparaître dans la région.

 

 

Du côté de Sisophon où se cantonnent le gros des troupes françaises, les Thaïlandais qui, grâce à leurs espions en habits safran, connaissent dans le détail tout à leur sujet, ne lésinent pas sur les moyens à mettre en œuvre pour les écraser … 12 bataillons d'infanterie, deux groupes d'artillerie et un fort détachement de blindés sans parler de l'aviation !...

 

En parallèle aux combats terrestres il y a aussi une intense activité aérienne. Les accrochages de la veille, ceux des mois passés, deviennent de véritables batailles.

 

Contraint au repli, le 10 au soir, du côté français le moral est au plus bas car la menace plane sur Sisophon.

 

Alors une riposte est décidée pour le 16 janvier. Ce sera un échec car ceux d'en face sont trois fois plus nombreux que prévu !... et ce sont les français qui pensaient surprendre qui ont été surpris !...

 

Cependant ces derniers sont parvenus à stopper l'avance thaïlandaise et ont forcé leur ennemi à la retraite.

 

Les Thaïlandais qui rêvaient d'une cerise sur le gâteau n'entreront ni dans Phom Penh, ni dans Battambang et ni dans Sisophon.

 

Bref, malgré le courage et la bravoure des forces françaises l'avantage, et de loin, est à la Thaïlande.

 

   

 

 

A gauche : Des soldats du 5ème REI en action du côté de Sisophon.

 

Au centre : La carte des combats. Les quatre flèches noires correspondent aux quatre grandes offensives thaïlandaises, et les trois flèches blanches se rapportent aux trois ripostes françaises.

 

A droite : Des soldats du 3ème bataillon du 5ème REI faits prisonniers par les Thaïlandais.

 

 

 

     

 

 

Photo 1 : Le capitaine de vaisseau Régis Béranger (1888-1971) commandant du croiseur ''La Motte-Piquet'' qui à la tête d'une escadre de fortune en moins de deux heures va passer par le fond le tiers de la flotte thaïlandaise !...

 

 A la suite de cette victoire il sera promu au grade de contre-amiral en mars 41, et à celui de vice-amiral en 1943. Il sera mis en congé d'activité en septembre 1945 ?!... A cause de l'âge ou parce qu'il a servi en Indochine ?...

 

Photo 2 : La carte, devenue célèbre, de la bataille navale de Koh Chang.

 

Photo 3 : L'équipage au grand complet du croiseur ''La Motte-Piquet''

 

 

 

 

La bataille navale de Koh Chang

 

 

Par contre, le 17 janvier, sur mer, au sud de l'île de Ko Chang, (เกาะช้าง) (*) la suprématie Française ne laisse aucun doute.

 

En l'espace de 2 heures la ''Royale'' détruit le quart ou le tiers, c'est selon, de la marine Thaïlandaise et aurait fait près de 300 morts. Du côté Français il n'y a aucune perte, tant humaine que matérielle.

 

   

 

 

Photo 1 : Le croiseur ''La Motte-Piquet''. Il a été mis en service en 1926. Fin 1942 il sera mis en réserve à Saigon. Attaqué le 12 janvier 1945 par des avions US de la TF38, il chavirera et coulera. (Une erreur ou une façon de peaufiner Mers el-Kébir ?.... Je n'ai pas approfondis !...

 

Photo 2 : Le garde côtes cuirassé ''Dombhuri'', un fleuron de la marine royale thaïlandaise qui mis en service depuis à peine trois ans, finira par le fond après avoir été remorqué.

Sa tourelle trône aujourd'hui fièrement au musée de la marine thaïlandaise. Un tel investissement pour en arriver là !...

 

Photo 3 : Le garde côtes cuirassé ''Dombhuri'' quarante cinq minutes après le début de la bataille !... (Même en cherchant bien on n'y voit pas l'ombre de Phibun … lui qui aimait pourtant tant pavoiser !... Il est vrai que ce jour là … il n'y avait pas de quoi !...)     

 

 

 

Phibun qui pensait ne faire qu'une bouchée des forces françaises, en est pour ses frais.

 

Plutôt perdre l'Indochine en combattant qu'en la trahissant disait alors le gouverneur général de l'Indochine française Jean Decoux qui, pour obliger Phibun à composer aurait envisagé de frapper un grand coup au moyen d'une démonstration navale d'envergure aux portes de Bangkok et de bombardements nocturnes sur la ville. (**)

 

Le projet ne verra pas le jour. Car les japonais ont voulu mettre fin à cette guerre qui contrariait certains de leurs plans.

 

À deux reprises déjà ils avaient proposé leurs bons offices de médiateur, que la France avait refusé.

 

Alors employant la manière forte et prétextant une intervention Anglaise, ils finissent par imposer leur médiation sous forme d'ultimatum, et en s'appuyant sur une démonstration navale d'envergure.

 

Le gouvernement Français, ne pouvant faire autrement, l'accepte et affecte alors de croire en la bienveillante neutralité du japon mais … il s'attend au pire.

 

Quant à la Thaïlande elle ne peut que se réjouir. Car elle sait que le Japon ne la défavorisera pas.

 

 

Alors un cessez-le-feu est mis en place le 28 janvier 1941, et après deux jours de pourparlers un armistice est signé le 31 janvier à 20 heures à bord du croiseur japonais ''Natori'' qui est alors ancré dans le port de Saigon.

 

 

 

(*)    Ce sera d'ailleurs la dernière bataille navale remportée par la France, et la dernière et unique de la seconde         guerre mondiale. On en parle très peu, vraisemblablement parce qu'elle a eu lieu sous le régime de Vichy. On reconnaît bien là l'esprit Français … hélas !...

 

(**) Les deux rebellions avaient été matées, deux sous-marins, ''le Monge'' et ''le Pégase '' étaient attendus ; les régiments de l'armée de terre avaient été repris en main. Quant à l'aviation, après quelques rafistolages, elle était à nouveau opérationnelle.

 

(***) Du côté adverse j'ai lu, que si le Japon s'était interposé entre les deux belligérants c'était avant tout pour arrêter l'essor de la puissance thaïlandaise. Car cette dernière aurait pu mettre à mal les projets de conquête de l'Asie du Sud-est du Japon, dont elle avait eu connaissance ?!... Si les Thaïlandais l'écrivent !...

 

 

                                                                                             

 

Ensuite les négociations commencées le 7 février 1941 vont durer plus de trois mois, avant d'aboutir le 9 Mai 1941 à une convention de paix.

 

Les délégations sont représentées, entre autres, par Messieurs, Yōsuke Matsuoka, Matsumiya et Saito pour le Japon, Paul Arsène-Henry, René Robin, Georges Gautier et Jean Decoux pour la France et le prince Varn Waityakon (าวรรณไวทยากร) pour la Thaïlande.

 

 

Les exigences Thaïlandaises ne sont plus ce qu'elles étaient au début du conflit. C'est pratiquement l'annexion du Cambodge et du Laos que réclame ce pays, et qu'il obtient en partie … environ 70.000 km2 de territoire.

 

Le roi du Laos Sisavang Vong (1885/1959) comme le tout nouveau roi du Cambodge Norodom Sihanouk (1922) sont carrément tenus à l'écart de ces négociations.

 

     

 

 

Photo 1 : Yōsuke Matsuoka (1880-1946) le ministre des affaires étrangères, japonais. Il commença à faire parler de lui en 1933 en claquant la porte de la SDN. Le Japon avait alors envahi la Manchourie et entendait y rester contre l'avis de la SDN.

 

Yōsuke Matsuoka fut arrêté en 1945 et accusé de crimes de guerre avec 28 de ses compatriotes. Mais il mourut de mort naturelle avant son procès.

 

Photo 2 : La signature de l'armistice à bord du croiseur japonais ''Natori'' le 31 janvier 1941. La convention de paix restait à venir.

 

Photo 3 : le prince Varn Waityakon (1891-1976) (าวรรณไวทยากร) Secrétaire d'ambassade à Paris en 1917, il assiste à la conférence de paix de la 1ère guerre mondiale.  Chef de la police, ambassadeur en Grande Bretagne, Belgique, (1926) Président de l'Institut royal, vice premier ministre (1959-1970) ... entre autres responsabilités.

 

Photo 4 : L'un des grands absents de la convention, et pourtant concerné au premier chef, Le roi du Laos Sisavang Vong (1885/1959).

 

 

 

Deux mois plus tard, en juillet 1941, on découvre que le japon a offert ce ''cadeau'' à la Thaïlande moyennant l'installation de bases aériennes et navales sur son sol alors qu'elle était censée être neutre ?!...

 

 

Autant dire que le grand vainqueur de cette guerre Franco-Thaïlandaise ce n'est pas la Thaïlande, mais le Japon, qui s'est servi et a manipulé la Thaïlande pour renforcer ses positions dans la région.

 

D'ailleurs l'accord se fit avec le Japon et non avec la Thaïlande. Car c'est le Japon qui fait écrire dans cette convention soi-disant ''franco-thaïlandaise'' : ''l'Indochine ne devra contracter avec une tierce puissance aucun accord ou entente qui prévoit une coopération politique, économique ou militaire, de nature à s'opposer au Japon ''. !...

 

Ce qui signifie que le Japon a les mains libres en Asie du Sud-est et qu'il va pouvoir mettre en œuvre sa politique d'expansion territoriale, en privant la chine des moyens nécessaires à sa défense via l'Indochine, et en préparant ses bases d'agression.

 

 

 

Les Américains et les Anglais, qui se disaient nos amis, de part leur attitude, ont concouru indirectement à cette situation dont ils vont avoir à payer les conséquences. 

 

La France quant à elle, à la demande de Monsieur Paul Arsène-Henry et après une mémorable colère de Monsieur Yōsuke Matsuoka, qui finira par se calmer et présenter ses excuses, peut tout juste faire écrire dans cette convention : qu'elle est …

 

''…disposée, dans les circonstances présentes, à céder aux instances du gouvernement japonais. ''. On sauve les meubles et l'honneur de la manière qu'on peut !... Mais … chapeau bas !

 

 

Grâce à sa politique opportuniste la Thaïlande est arrivée à ses fins. La sollicitude du japon à son égard, et les raisons pour lesquelles les européens sont entrés en conflit ont été les derniers de ses soucis. Seuls ses intérêts du moment ont compté.

 

 

En rejoignant les alliés lors de la 1ère guerre mondiale Rama VI (1910/1925) n'avait pas agit autrement. Il avait été guidé, lui aussi, par ce que la Thaïlande pouvait avoir à gagner dans le conflit.

 

 

La façon d'agir de ce peuple n'est pas nouvelle. Elle s'inscrit même dans une longue tradition. Car c'était ainsi que procédaient les rois des anciens royaumes t'aïs. Des rois qui vivaient dans l'ici et le maintenant sans se soucier des lendemains.

 

Aujourd'hui en 2011 il en va toujours de même. Les gens vivent l'instant présent et sans se soucier du lendemain. On dirait qu'ils ne sont pas capables d'anticipation ?!....

 

   

 

 

Photo 1 : Les participants à la conférence de la ''Grande Asie Orientale'' des 5 et 6 novembre 1943. Sont là les alliés du Japon. Ba Maw (Birmanie) – Zhang Jinghai (Mandchoukuo) – Wang Jung Wei (une Chine) – Hideki Toja (Japon) - Varn Waityakon (Thaïlande) – José P. Laurel (Philippines) – Subhas Chandra Bose (Inde libre)

 

Photo 2 : L'empire japonais en 1942. La grande Asie orientale était-elle devenue le grand Japon au détriment de ses alliés ?... En tout cas ni de grande ou de petite Thaïlande dans cet empire qui ne fait qu'un !...

 

Photo 3 : Les 28 accusés japonais lors du procès de Tokyo qui se déroula du 3 mai 1946 au 12 novembre 1948. Là encore pour des raisons politiques et ne pas s'aliéner les Japonais les américains firent la pluie et le beau temps. (Voir ''Le monde'' du 26.09.2005 ou http://laplumeetlerouleau.over-blog.com/article-4326397.html)

 

 

 

Quelques mois plus tard, le 25 Janvier 1942, la Thaïlande déclare la guerre à la Grande Bretagne et aux Etats-Unis.

 

Quelque temps plutôt elle avait laissé les japonais mettre le pied sur son sol  … sans réagir ?!... C'était le 8 décembre 1941. Le lendemain les … amis ou envahisseurs … furent très amicalement accueillis à Bangkok !....

 

Alors il paraît logique que la Thaïlande ait fini par signer un traité d'alliance avec le Japon le 21 décembre 1941. Cependant il reste à savoir si c'était pour ''sauver la face'' ou par opportunisme voire … pour les deux raisons ?!...

 

 

Du fait de cette alliance et de sa déclaration de guerre à l'Angleterre, la Thaïlande va retrouver ''ses'' derniers territoires Indochinois, mais aussi malais et birmans que lui avait ravi en 1909 la Grande Bretagne.

 

Elle les retrouvera tous, pas pour bien longtemps, mais elle les retrouvera.

                                                                                             

 

Hélas ou tant mieux, c'est selon, tout à un prix, et la grande Thaïlande qui vient pourtant de doubler la surface de son territoire, à cause de la présence des Japonais sur son sol va se retrouver à l'étroit, et surtout ne pas vraiment se sentir chez elle.

 

Car les japonais vont faire d'elle le grand carrefour dont ils avaient besoin pour conquérir les pays voisins. Ensuite, non content d'aller et venir en Thaïlande comme chez eux, ils vont y stationner des troupes !...

 

L'opportunisme, et heureusement, a aussi ses revers, sans pour autant guérir le sujet. Car si un nouveau conflit mondial devait éclater, je gage que la Thaïlande adoptera l'attitude qui a toujours été la sienne et celle des Siamois … la vision à court terme … c'est-à-dire l'opportunisme.

 

                                                                                             

A la fin de la seconde guerre mondiale, grâce à un retournement de veste, dont elle est seule au monde à avoir le secret, la Thaïlande se retrouve aux côtés des alliés.

 

Tout aurait commencé en juillet 1944, tout juste un mois après le 6 juin, date du débarquement en Normandie.

 

Sentant le vent tourner, Phibun Songkhram démissionne et laisse sa place à un homme de la société civile qu'il connaît depuis fort longtemps, le régent Pridi Phanomyong. (1900/1983).

 

 

C'est à ce titre que Pridi Phanomyong refuse en 1942 de signer la déclaration de guerre faite aux Etats-Unis et aux Britanniques par la Thaïlande.

 

Malgré cet acte … d'insoumission …curieusement Phibun va laisser son compatriote libre de tous ses mouvements. Comme si son opportunisme exacerbé lui avait insufflé le pressentiment que la Thaïlande devait avoir un joker pour son salut.

 

Et effectivement, à la fin des hostilités, parce que Pridi Phanomyong est premier ministre, régent et … découvrira-t-on …le chef du ''réseau Thaïs libres'', (ou l'un des chefs ?...) les Etats-Unis vont considérer la Thaïlande comme un pays ''ami''. (*)

 

 

Cependant l'émergence du bloc communiste et la nécessité de pouvoir disposer, comme les japonais mais pour d'autres raisons, de bases en Thaïlande n'a pas été sans peser dans la toute nouvelle fraternité américano-thaïlandaise !...

 

Toujours est-il que la politique opportuniste, autrefois si chère aux princes t'aïs, et reprise de mains de maître par leurs descendants, a été une fois de plus favorable aux T'aïs … ou aux Thaïs ou plus justement … aux Thaïlandais c'est-à-dire aux habitants de la Thaïlande !...

 

 

Malheureusement pour les Thaïlandais même si les amis des Etats-Unis sont les amis de la France et des Britanniques, ces deux dernières puissances tinrent à récupérer leurs colonies !....

 

Sans doute parce que les bons comptes font aussi les bons amis ?!...

 

 

(*) C'est l'ambassadeur de Thaïlande en poste aux Etats-Unis, Mom Rachawong Seni Pramoj (1905-1997) (หม่อม ราชวงศ์ เสนีย์ ปราโมช), un descendant de Rama II, qui fonda le ''Khabuan Kam Seri Thaï'' ou ''Le mouvement des Thaïlandais libres'' (ขบวนการเสรีไทย).

C'est aussi lui qui va assurer les Etats-uniens de la loyauté de Pridi Phanomyong le second chef du ''Seri Thaï''.

 

 

  

 

 

Photo 1 : le régent Pridi Phanomyong. Il deviendra le 7ème premier ministre thaïlandais. En 1949, suite à un coup d'état manqué contre la nouvelle dictature d'un certain … Phibun, de retour au pouvoir, il s'exilera en France, où il mourut le 2 mai 1983 à Neuilly-sur-Seine.

 

Photo 2 : Le monument de la victoire !...

 

Photo 3 : Seni Pramoj, ambassadeur aux Etats-Unis en 1942. Il deviendra le 6ème premier ministre thaïlandais et le redeviendra à trois autres reprises.

 

 

 

Je me suis laissé quelque peu dépassé par mon sujet … si passionnant. Car il devait conduire au monument de la victoire et non au free Thaï.

 

Mais vous l'aurez compris c'est à la suite de la ''défaite française'' que Phibun décida de la construction d'un monument glorifiant le courage et l'abnégation des Thaïlandais morts pour la patrie ou … plus prosaïquement à cause de sa mégalomanie.

 

 

Phibun fut arrêté après la guerre pour crimes de guerre et … relâché à la demande des Thaïlandais qui aujourd'hui encore sont convaincus que cet homme n'a fait que protéger l'intégrité territoriale de la Thaïlande.

 

Les Américains qui avaient besoin stratégiquement de la Thaïlande pour lutter contre le communisme les ont crus sans chercher midi à quatorze heures ; cela en fermant les yeux et en prenant soin d'appuyer bien fort sur leurs paupières … dès fois que !....  

 

Alors Phibun reviendra au pouvoir à la suite … d'un nouveau coup d'état en 1948. Et il sera tout aussi coopérant avec les Américains qu'il l'aura été avec les Japonais. Mais cette fois sans le projet du ''grand Siam''.

 

Comme l'objet de cette chronique est le monument de la victoire je vous invite à lire la chronique suivante pour découvrir les arcanes de la construction de ce monument.

 

La chronique, intitulée ''Monument de la victoire 03'' est classée dans la rubrique : Tout sur le Siam.

 



27/08/2011
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