MerveilleuseChiang-Mai

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MORT N'ETAIT PAS AU RENDEZ-VOUS (LA)

LA MORT N'ETAIT PAS AU RENDEZ-VOUS !...

 

 

 

Bien avant l'origine du Lanna, les hommes qui habitaient cette région et les immigrants T'aïs qui viendront s'y installer par la suite, étaient persuadés que les planètes influençaient la destinée humaine, tant sur le plan individuel que collectif.

 

Car les planètes, d'après les textes dont s'inspirent les bouddhistes, posséderaient une conscience, et aurait un pouvoir d'agir.

 

Elles seraient comme des ''errants célestes'' dont la spiritualité leur permettrait de saisir, de percer et de veiller sur la destinée de chacun et du groupe dont il dépend.

 

D'ailleurs les gens du Lanna d'aujourd'hui croient toujours en cette influence !...

 

 

Donc, les gens des temps anciens ne pouvaient rien faire et rien entreprendre sans savoir si le ciel leur était ou non favorable !...

 

Pour se marier, construire une maison, une ville, ou entreprendre un acte capital de la vie quotidienne engageant leur avenir, ils faisaient tous appel aux devins et aux astrologues.

 

Bref, l'astrologie et ses horoscopes comptaient à un tel point dans l'esprit de ces gens, que le Bouddhisme avait fini par adopter et intégrer cet art divinatoire dans ses pratiques.

 

Cependant, pour les bouddhistes, un horoscope n'est pas quelque chose d'immuable et de définitif.

 

En effet, pour eux, l'acte prévaut toujours sur ce qui est écrit dans le ciel. Autrement dit, une action, bonne ou mauvaise, que commet un individu va modifier les tendances de son thème astrologique.


Et pour expliquer à ses fidèles la prééminence de l'acte ainsi que ses répercussions sur un thème, figé à une date et heure données, les ''prêcheurs'' bouddhistes racontent souvent à leurs ''ouailles'' l'histoire qui va suivre.

 

 

 

Sāripūtra était un vénérable bonze et un grand disciple du Bouddha. C'était même quelqu'un qui faisait autorité dans l'art de lire et d'interpréter les horoscopes.

 

Car il lisait dans le ciel comme dans un livre.

 

Et, comme certains de ses coreligionnaires, il avait pris à ses côtés, pour l'éduquer et le former, un jeune garçon qui à l'époque des faits était âgé de sept ans.

 

 

Ce moinillon que tout le monde connaissait sous le nom de Tissa n'était jamais le dernier à faire une farce. Mais en revanche, il était toujours le premier à rendre service.

 

Car, tout en étant un enfant espiègle, il avait le cœur sur la main et débordait de générosité !...

 

Alors son maître l'aimait bien. Et malgré quelques grosses bêtises il l'avait gardé auprès de lui ; après avoir hésité, quand même, à le renvoyer définitivement chez ses parents.

 

Mais il lui arrivait souvent de se désespérer un peu de la turbulence de son jeune disciple. Et il se demandait ce qu'il allait advenir de lui s'il ne changeait pas de conduite.

 

 

Alors, autant pour aider Tissa que par curiosité d'en savoir un peu plus à son sujet, le vénérable Sāripūtra dressa l'horoscope de son élève !....

 

Et le thème ne fut pas encore terminé que le vénérable Sāripūtra s'aperçut que Tissa n'avait plus que sept jours à vivre.


Pour être certain de ne pas commettre d'erreur, le saint homme recommença plusieurs fois de suite le montage du thème de l'horoscope de l'infortuné enfant.

 

Mais, à chaque fois, les thèmes donnaient toujours la même interprétation : Tissa n'avait plus que sept jours à vivre !...

 

 

Le vénérable Sāripūtra, se résignant à prendre pour argent comptant le verdict de tous ses horoscopes, appela Tissa pour l'informer de son destin.

 

L'enfant, en apprenant qu'il n'avait plus que sept jours à vivre s'accrocha à la robe du vénérable que ses sanglots mouillèrent de ses larmes.

 

Avec des paroles qui surprirent le moine lui-même, car elles étaient celles d'un père aimant profondément son fils, celui-ci consola l'enfant.

 

Puis, après d'émouvants adieux, Sāripūtra renvoya Tissa auprès de ses parents pour qu'il passe ses derniers jours avec eux.

 

En voyant partir son élève, le bon moine, malgré tous ses efforts pour rester digne et maître de la situation, ne put contenir ses larmes. Quelques-unes roulèrent sur ses joues mates et burinées !...

 

 

Chemin faisant, l'enfant n'avait pas le cœur à batifoler. Il marchait comme s'il avait été privé de la vue tant il était bouleversé.

 

Alors, ce qui devait arriver, arriva. Il tomba dans un étang faute d'avoir regardé où il mettait les pieds.

 

Comme l'étang se desséchait, il s'était retrouvé à plat ventre, dans une boue immonde et puante.

 

Devant lui, quelques poissons qui se débattaient contre la mort.

 

Alors oubliant les raisons de son voyage, et même la boue qui maculait sa robe, le petit bonhomme, n'écoutant que son cœur, attrapa son bol à aumônes pour y mettre les poissons et les porter jusqu'à la rivière voisine.

 

 

En quelques allers et retours il avait évacué tous les poissons qui allaient passer de vie à trépas.

 

Le soleil n'avait pas fini de sécher son vêtement, qui lui collait encore un peu à la peau, que quelques centaines de mètres plus loin, les plaintes d'un animal attirèrent son attention.

 

Comme elles venaient de la forêt voisine, il se fraya un passage entre les grandes herbes Kha pour se diriger vers ces gémissements.

 

C'était un jeune daim empêtré dans le rets d'un chasseur.

 

 

Alors une nouvelle fois, oubliant sa propre infortune et n'écoutant que son cœur, il délivra le jeune animal de son piège tout en prenant soin de ne pas endommager le matériel de chasse du chasseur.

 

Sitôt libéré le jeune cervidé regarda Tissa, comme avec reconnaissance.

 

Puis avec calme et sans précipitation, il fit un demi-tour sur lui-même et s'élança vers le fin fond des bois.

 

Tissa regarda un court instant le jeune daim gambader, comme il avait regardé les poissons sauter hors de l'eau et faire tout une ronde dans la rivière, comme pour le remercier.

 

Heureux d'avoir accompli cette nouvelle bonne action, pour le seul plaisir de venir en aide à autrui, l'enfant se sentit tout d'un coup comme plus léger, comme si une grande paire d'ailes lui avait poussé dans le dos.

 

Alors il se mit à marcher d'un pas beaucoup plus alerte, plus guilleret, et arriva alors beaucoup plus vite que prévu !...

 

 

Comme ses parents habitaient un tout petit village, et que dans les tout petits villages les nouvelles vont vite, Tissa vit son père et sa mère venir à sa rencontre.

 

Son père n'avait pas sa mine des meilleurs jours, car il était persuadé que le vénérable Sāripūtra avait perdu patience et renvoyé son fils.

 

Et puis lorsque Tissa répéta mot pour mot les paroles que le vénérable Sāripūtra lui avait demandé de rapporter à ses parents, son père fut encore plus abattu qu'il ne l'était.

 

Il se surprit même à penser qu'il aurait préféré que son fils fût renvoyé du monastère plutôt que d'appendre sa mort prochaine.

 

 

 

Pour Tissa, et contrairement à toute attente, la semaine se passa plutôt bien. Car jamais ses parents n'avaient autant été à ses petits soins.

 

Et au matin du huitième jour, alors que tout avait été préparé pour conduire l'enfant dans l'autre monde, celui-ci apparut plus en forme que jamais.

 

La mort n'était pas venue au rendez-vous. Et pourtant il n'y avait pas meilleur astrologue dans la région que le vénérable Sāripūtra.

 

Alors le père, constatant l'excellente santé de son fils, conclut à l'une de ses mauvaises farces.

 

Et prenant son rejeton par la main, il le ramena illico presto auprès du vénérable Sāripūtra.



Lorsque le vénérable Sāripūtra vit arriver son jeune disciple accompagné de son père, sa première réaction fut de se demander s'il ne rêvait pas !....

 

Et puis l'évidence étant ce qu'elle était, il ne put s'empêcher de serrer l'enfant tout contre lui, tant il était heureux de le revoir vivant.

 

Une nouvelle fois quelques larmes, mais de bonheur, roulèrent alors sur ses joues … mates et burinées !... 

 

Cependant, l'amour-propre du vieux moine avait été piqué au vif, car c'était la première fois qu'en interprétant un thème astrologique, une de ses prédictions s'était avérée fausse !....

 

 

Dans les jours qui suivirent, tandis que l'astrologue cherchait encore à connaître les raisons de son impair, Tissa, ''comme par hasard'' se mit à lui raconter l'histoire des poissons et du daim qu'il avait sauvés d'une mort certaine.

 

Le vénérable Sāripūtra, qui savait que toutes les réponses viennent à point pour qui sait les entendre, comprit alors que les bonnes actions de Tissa, que les bouddhistes appellent des actes méritoires, avait été portées au crédit de l'enfant puis modifié son destin.

 

Par voie de conséquence il en conclut que c'était faire fausse route que de donner la préséance à la technique astrologique sur la doctrine bouddhiste, puisque l'homme pouvait changer le cours de son destin.

 

 

Alors depuis ce jour, lorsque le vénérable Sāripūtra dressait un thème, il s'appuyait d'abord sur la doctrine bouddhiste avant de se pencher sur la technique astrologique.

 

Et sa renommée fut encore plus grande qu'auparavant.

 

Car ses interprétations n'en furent que plus précises.

 

D'ailleurs, tous ses coreligionnaires prirent exemple sur lui. Et maintenant, personne ne s'aventurerait à faire passer la technique astrologique avant la doctrine bouddhiste !...

 

 

 

L'histoire ne le dit pas, mais je pense que Tissa, loin d'avoir été traumatisé par cette aventure, en tira lui aussi le plus grand profit.

 

Et qu'il devint avec le temps … sinon un vénérable moine, du moins un brillant astrologue, tout comme son maître le vénérable  Sāripūtra!...



02/09/2009
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