MerveilleuseChiang-Mai

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PHIS ET GENIES - 3ème partie - LES GENIES ET LEUR CONTEXTE


Avertissement :

Cette chronique appartient à une série de huit chroniques qu'il est préférable de lire dans l'ordre suivant :

Dans la catégorie lexique :

- Phis et génies. (1ère  partie) – Généralités.

- Phis et génies. (2ème partie) – Les génies et le bouddhisme.

- Phis et génies. (3ème partie) – Les génies et leur contexte.

Dans la catégorie au sujet de l'auteur.

- C.V. de L'AUTEUR - 1b - DIVINATION OU COUPS DE POT ?...

- C.V. de L'AUTEUR - 1c - ESPRIT ES-TU LA ?...

Dans la catégorie lexique :

- khouanes – (1ère  partie) - La définition d'un khouane.

- khouanes – (2ème partie) - L'avant cérémonie du soukhouane.

- khouanes – (3ème partie) - La cérémonie du soukhane.)

 
 

             LES GENIES ET LEUR CONTEXTE

 

                                    Troisième partie

 

Comme nous l'avons vu dans les chroniques précédentes, en Asie du Sud-est en général et au Lanna en particulier, les esprits ne manquent pas. Ce qui manquerait, ce serait plutôt la place pour tenter de les énumérer.

Mais comme leur énumération relève du défit, nous nous contenterons de n'en présenter que quelques uns, en demandant aux autres de bien vouloir nous excuser de les avoir écartés de la présente chronique, et surtout de ne pas nous en tenir rigueur….

Sait-on jamais !...

 

Lorsque débuta la colonisation du Sud-est Asiatique, sous Napoléon III, (1808-1852-1870-1873) les ethnologues d'alors découvrirent des populations en prise à toutes sortes de superstitions, et vivant dans un obscurantisme total.

 

Ces gens croyaient aux sirènes, aux ogres, aux géants, aux nymphes des bois, aux fantômes, aux revenants, aux animaux monstrueux et extraordinaires et, que sais-je encore.

 

 

Les esprits se bousculaient un peu partout. Certains se cachaient à l'intérieur des gousses de fruits, dans les corolles des fleurs, au cœur des arbres, et encore en de bien d'autres endroits.

 

Les arbres étaient alors, et sont toujours, les refuges de prédilection des esprits. Alors ''on'' ne touchait pas aux arbres par crainte des représailles des esprits.

 

Lorsque le Siam commença à se doter d'un semblant de réseau routier, vers 1900, c'étaient les criminels chargés des plus lourdes peines qui étaient obligés de couper les arbres. Car les travailleurs embauchés pour la construction des routes, par peur des génies, refusaient de les abattre.

 

 

Si les arbres inspiraient de la crainte, les forêts la démultipliaient.

 

Plus un homme osait pénétrer au cœur de l'une d'entre elles, et plus il prenait le risque d'avoir affaire à des génies de plus en plus dangereux.

 

L'inconnu a toujours fait peur !

 

 

Alors il fallait un sacré courage, ou une sacrée dose d'inconscience, pour violer certains interdits ou certains lieux. Chacun se gardait bien de le faire, mais un accident pouvait toujours survenir.

 

Ainsi, dans le cadre d'une mission militaire, pour avoir pénétrer dans un lieu tabou sans le savoir, deux soldats Français vers les années 1890 trouvèrent la mort.

 

Ils furent délibérément tués par les indigènes, pour que l'esprit dont ils avaient profané la terre ne soit pas courroucé et laisse en paix la population locale.

 

 

Je pourrai citer d'autres exemples du même genre. Mais ceux-ci suffisent à montrer combien les populations du début du XXe siècle étaient encore sous l'emprise de leurs superstitions.

 

 

 

Quelques-uns des millions d'êtres imaginaires qui peuplent l'univers des gens du Lanna. Ces sculptures au ciment se trouvent sur le pourtour extérieur du Wat Kou-Tao, (วัดกู่ตา) à 1 km après la porte nord de Chang Puaek.

 

 

Le merveilleux et l'extraordinaire sont des mondes qui correspondent au plus haut point à l'imaginaire et aux attentes des autochtones du Sud-est Asiatique.

 

La décoration des temples, les cérémonies hautes en couleurs et en clinquants, les honneurs en tout genre, sont autant d'éléments qui plaident en ce sens.

 

Au XIIIe siècle, et bien après, les rois (*) eux-mêmes se combattaient au moyen de la magie et de la sorcellerie. Et les bonzes, qui intervenaient pour le compte des uns ou des autres, n'étaient pas les derniers à recourir à ces pratiques, tout bonzes qu'ils fussent.

 

(*) Lire à ce sujet, ''la légende de la triple alliance'', qui pour les gens du Lanna est, non pas une légende mais, la réalité.

 

 

Les gens étaient donc d'une crédulité sans borne. Ils prêtaient foi d'emblée à tous ceux qui leur apportaient sur un plateau le remède à leurs maux.

 

Aujourd'hui encore, il est plus facile d'obtenir quelque chose de quelqu'un en faisant intervenir les génies ou Bouddha, plutôt qu'en le raisonnant.

 

Pour appuyer mes dires concernant cette crédulité, je ne peux m'empêcher, pour le plaisir, de relater une histoire assez cocasse rapportée par le journaliste français Marcel Monnier. (1853-1918)

 

Ce grand reporter des temps anciens écrivait pour le journal ''Le Temps''. Dans un de ses livres paru en 1899 sous le titre, ''Le tour d'Asie – L'empire du milieu '' (Pages 244/46) il rapporta l'anecdote suivante, qui eût lieu au Sichuan, en Chine du sud, donc pas très loin de notre Lanna.

 

 

Tout commença par un puits qui c'était tari. Alors pour faire revenir son eau, la société pour qui ce puits était vital, s'adressa aux diverses sommités divines qu'elle avait l'habitude de couvrir d'offrandes, mais en vain.

 

Déjà, au cours de ses voyages, Marcel Monnier avait remarqué que les Chinois vénéraient indifféremment, Bouddha, Lao-Tseu, Confucius, le soleil, la Lune, et tous les dieux possibles et imaginables, pourvus qu'ils exauçassent leurs demandes.

 

Comme l'eau ne revenait pas, en dépit de la somptuosité des offrandes, en désespoir de cause il fut demandé à un prêtre voisin ce qu'il faisait dans des cas semblables.

 

Le père Boucheré leur répondit alors, que lorsque sa mère perdait une louche elle priait Saint Antoine de Padoue. Et qu'ainsi elle finissait toujours par la retrouver.

 

Alors Saint Antoine de Padoue fut prié et … miracle … l'eau revint. En remerciement une rente mensuelle de 300 kilos de riz fut votée pour saint Antoine de Padoue et pour le plus grand bien des indigents du curé.

 

D'après Marcel Monnier, cinq ans plus tard, la rente était toujours versée !...

 

Les actionnaires chinois n'ont qu'une parole.

 

 

Dans la même veine, à l'heure actuelle, de nombreux asiatiques, en majorité des Chinois, vont à Lourdes non pas pour accomplir un pèlerinage mais pour en rapporter de l'eau. Car pour eux, l'eau de Lourdes a des pouvoirs … spéciaux … pour ne pas écrire … magiques !....

 

 

 

Monseigneur Pallegoix qui séjourna 22 ans au Siam, de 1830 à 1852,  raconte que lors des inondations le roi, (*) ordonnait aux eaux de se retirer.

 

(*) Les rois siamois d'antan portaient le titre de Çakravartin, Chakravartin, ou Cakkavattin, c'est-à-dire de souverain universel ; de roi de l'univers et de la montagne. C'étaient des ''dieu-roi'' et ceux qui faisaient tourner la roue de la vie. Ce qui signifiait qu'ils étaient maîtres de la vie de leurs sujets.

Aucun de leurs sujets ne pouvait lever les yeux sur eux sous peine de mort. Cet interdit ne fut levé que sous le règne de Mongkut ou Rama IV, (1804-1851-1868) qui fut élu roi un an avant le départ définitif de Mgr Pallegoix pour la France. 

 

 

Pour ce faire, le roi d'alors envoyait sur les eaux de nombreuses embarcations où prenaient place plusieurs centaines de talopins (*)  qui, une fois sur les flots avaient la charge de demander aux eaux de se retirer en récitant des prières, ou formules magiques adéquates. (Gāthā)

 

L'ecclésiastique ne put s'empêcher de souligner que le lendemain les eaux continuaient de monter !...

 

Probablement parce que les génies n'avaient pas reçu le lot d'offrandes auxquels ils prétendaient ?!...

 

 

(*) Les talopins sont de jeunes novices qui portent la robe safran, mais qui ne sont pas bonzes. Certains le deviendront peut-être, mais ils sont d'abord et avant tout des étudiants, et au service de la communauté religieuse.

 

 

 

 

Chiang-Maï ne manque pas de talopins ou de galopins, ( ?...) parcourant la ville. Il suffit d'être là au bon moment pour les rencontrer. Ceux-là s'en vont au Wat Phrasingh, (วัดพระสิงห์) non pas pour intimer aux eaux de se retirer, mais pour la réalisation d'une photo collective. Les génies malveillants malgré leur jalousie maladive se sont abstenus de faire échec au projet. Mais ils n'apparaitront pas pour autant sur la photo. 

 

 

Pour nourrir le débat, je ne peux m'empêcher de rappeler qu'en Bretagne, et au saint homme qui n'est plus là pour me lire, que lors de la grande sécheresse de 1990, il y a à peine vingt ans, certains curés organisèrent quelques processions pour invoquer la clémence de dieu et … faire pleuvoir !...

 

Dieu eut le même comportement que les génies t'aïs !...

 

Dans les deux cas, bien qu'à des époques différentes, la nature seule décida des suites à donner à ses excès du moment, et Dieu comme les génies ne purent rien y changer !...

 

 

 

Malgré leur nombre, les génies sont parfois insuffisants. Alors les rois sont ''obligés'' d'en créer, en particulier pour garder les portes des villes.

 

Monseigneur Bruguière, (1792-1835) nommé évêque coadjuteur de Bangkok en 1829, raconta à ce sujet, leur façon de procéder.

 

Donc, quand un roi décidait d'ouvrir une porte dans l'enceinte de sa ville, ou d'en réparer une, il fallait la mettre sous la protection d'un génie.

 

Comme je l'ai déjà expliqué en parlant des nâts Birmans un homme qui meurt de mort violente, c'est-à-dire de malemort, devient un génie.

 

Alors il suffisait que trois êtres correspondissent à certains critères pour être arrêtés. Emprisonnés, ils étaient traités comme des princes.

 

Puis à la suite d'une belle et somptueuse cérémonie, dont la date avait été fixée par des astrologues, ils étaient placés sous une énorme poutre, tout près de la porte en question. Et à l'heure dite, ils mourraient écrasés par l'énorme poutre. Mais ils devenaient génies pour l'éternité. Un honneur qui ne se refuse pas ; et d'autant moins, qu'ils étaient dans l'impossibilité de le faire.

 

 

A Chiang-Maï :

La porte nord, la porte Chang-Puaek (ประตูช้างเผือก) est placée sous la protection du génie Khantharakkhito, (คันธรักขิโต)

La porte est, la porte Thaphae, (ประตูท่าแพ) est gardée par le génie Sourakkhito, (สุรักขิโต)

La porte sud, la porte Chiang-Maï, (ประตูเชียงใหม่) a été mise sous la férule du génie Sourachato, (สุรชาโต)

La porte ouest, la porte Suan Dok, (ประตูสวนดอก) est protégée par le génie Chaïphoumno, (เชยยภูมโน).

Nota bene : Nous reviendrons plus en détail au sujet de ces génies et de leur porte dans d'autres chroniques. 

 

 

 

Au sud de Chiang-Maï, à environ 8 Km, il y a le Wat Done-Chaï, (วัดดอนชัย) un wat sans grand intérêt, si ce n'est la ''curiosité'' que je vous présente.

A votre avis, qu'est-ce que c'est ?... Un extra terrestre ?... un génie captif ?... ou que sais-je encore !...

A ma demande, le bonze s'est contenté de me sourire et de me laisser en plan avec cette … représentation sortant de l'ordinaire !...

Il a du penser qu'il n'y avait qu'un Farang pour poser des questions pareilles. C'est, un point c'est tout !... Oui, mais encore ?...


Il est un génie que je ne peux pas, ne pas citer, c'est Khoun Phon. (ขุนพนธ์) (Prononcer Pone) Ce génie, qui prend l'apparence humaine quand il est représenté, aurait la particularité de protéger les personnes contre tous les génies malveillants ou … malévolent. (*)

 

 (*) Malévolent (prononcer malévolant) est un vieux mot français tombé en désuétude. Il ne figure pas, ou plus ( ?), dans le petit Larousse. Mais les auteurs traitant des esprits se plaisent à l'employer. Il est en fait synonyme de … malveillant.

On peut le retrouver sous d'autre forme. Ainsi un bénévole est une personne bienveillante à l'égard d'une cause, alors qu'un malévole sera quelqu'un de malveillant vis-à-vis d'elle.

 

 

Khoun Phon, (ขุนพนธ์) est comme le génie du dernier recourt, car face à certains génies malveillants, même les formules de protections bouddhiques, les gāthā, sont impuissantes.

 

Certaines représentations du Bouddha, (figurines, statuettes ou statues) peuvent être la proie et le siège de génies malveillants. La ''sainte'' représentation est alors maléfique au lieu d'être protectrice. Et tous les malheurs du monde peuvent arriver à la personne qui la détient.

 

Face aux esprits malveillants, Bouddha n'est pas toujours le plus ''fort''.

 

 

Pierre-Bernard Lafont (*) racontait dans l'un de ses articles, qu'en Birmanie, les jeunes novices qui devaient être ordonnés étaient enfermés et gardés par leurs aînés durant toute la semaine qui précédait leur ordination.

 

Car les mauvais génies, jaloux des honneurs qui allaient choir sur ces futurs moines, cherchaient à les enlever !....

 

La peur des génies n'est donc pas un mythe. C'est bel et bien une réalité !...

 

(*) Pierre-Bernard Lafont, (1926-2008) est un chercheur français qui s'est intéressé au Sud-est Asiatique et qui a œuvré à partir de 1953 pour l'EFEO.

 

 

 

 

Ces images ont été prises sur le net, comme elles se retrouvent sur plusieurs sites il est difficile de donner une paternité.

Aux extrémités, des amulettes Phra-Pit-Ta, (พระปิดตา) qui sont censées fermer les yeux des génies malveillants. Et au centre le fameux Khoun Phon, (ขุนพนธ์) dont je n'ai trouvé QUE cette représentation !...

 

 

La grande particularité de Khoun Phon, (ขุนพนธ์) c'est de rendre invisible et invulnérable, aux génies malveillants, les individus qu'il est censé protéger.

 

De nombreuses amulettes, ou figurines appelées Phra-Pit-Ta, (พระปิดตา) littéralement le seigneur ou le Bouddha qui ferme les yeux … sous entendu à ses ennemis, sont censées jouer le même rôle.

 

Chacune d'elles rendrait invisible et invulnérable aux génies malveillants, tous ceux qui la porterait ?!....

 

 

Comme dans tous les cas, et comme partout dans le monde, il vaut mieux prévenir que guérir, la première des choses à faire pour ne pas être victime d'esprits malveillants, c'est de les éviter et de les fuir.

 

Comme ils sont à l'image des hommes, comme eux ils ont leurs habitudes. Alors au cours des âges toute une panoplie de solutions pour échapper à leur malveillance s'est développée.

 

L'Astrologie, les calendriers des jours néfastes, les  consultations d'experts en ''sciences'' occultes, les trucs de bonne femme (*) les rites et les cérémonies, sont autant de moyens pour y parvenir.

 

(*) Entre autres trucs de bonne femme, il en est un qui consiste à faire brûler, là où est censé se trouver le mauvais génie, tout un mélange de détritus bien précis. En se consumant cet amalgame dégage une telle odeur que même les mauvais esprits ne peuvent pas la supporter. Alors ils sont obligés de décamper.


 

Enfin, parce qu'il faut bien conclure car j'ai encore bien des choses à écrire, pour communiquer avec les hommes les génies se manifesteraient de mille et une manières.

 

Ainsi, tout ce qui n'est pas dans l'ordre normal des choses, serait un signe voulant signifier et dire quelque chose à celui qui le découvre.

 

Comme ces signes ne manquent pas au cours d'une journée, il faut en conclure que les esprits sont très bavards, tout du moins au Lanna.

 

 

 

Cependant, entre une logorrhée ininterrompue lue et entendue sous la peur et la naïveté, et un mutisme dicté et imposé par une incrédulité de cartésien bien assise, n'y aurait-il pas un juste milieu ?...

 

 

Je m'explique, autrefois la terre était le centre de l'univers. Aujourd'hui, tout prouve que c'est loin d'être le cas.

 

Mais aujourd'hui, comme hier, nous commettons la même erreur. C'est-à-dire celle du tout ou rien.

 

En effet, qui nous dit qu'au-delà du tangible il n'y aurait pas de l'intangible ?...

 

Et que de l'autre côté, ou des autres côtés, il n'y aurait pas aussi, comme du nôtre, des êtres qui vont et viennent ?...

 

Certains en sont si persuadés qu'ils communiqueraient avec eux.

 

Alors pourquoi de l'autre côté, si autre côté il y a, ces êtres ne chercheraient-ils pas à entrer en communication avec nous ?...

 

 

Comme le terrain devient ''glissant'' je ne m'y aventurerai pas davantage. Cependant je vous invite à lire deux autres chroniques qui font suite à ces trois premières et où il est question … peut-être … d'esprits.

 

Elles se trouvent dans la catégorie : au sujet de l'auteur.

Et elles sont titrées :

- C.V. de L'AUTEUR - 1b - DIVINATION OU COUPS DE POT ?...

- C.V. de L'AUTEUR - 1c - ESPRIT ES-TU LA ?...

 

 

 

 




07/09/2010
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