MerveilleuseChiang-Mai

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PLUMERIA PUDICA Jacq. (Le)

PLUMERIA PUDICA Jacq. (Le)

ต้นลีลาวดีใบลูกศร

 

Ou encore

 

FRANGIPANIER PUDIQUE (Le) ... voire ...

FRANGIPANIER PUDICA  (Le)

 

   

 

 

Le plumeria pudica Jacq. Son tronc ... sa fleur et sa feuille !...

 

 

Remarque :

 

Le plumeria pudica jacq. appartient, comme son nom l'indique au genre plumeria qui autrefois s'orthographiait ''plumiera'' car venant du nom propre ''Plumier'' ... qui latinisé donna ''plumiera'' et devint ... ''plumeria'' au fil des siècles. Ce genre est aussi appelé en langue vernaculaire ''franchipanier'' ou ''frangipanier''.

 

Le genre ''plumeria'' totalise sept ou huit espèces, c'est selon les organismes de classification, qu'il ne faut pas confondre. L'une des plus courantes au Lanna serait le plumeria obtusa appelé ''Lilawadi-Kao'' c'est-à-dire plumeria blanc ou frangipanier à fleurs blanches.

 

Comme la plupart des frangipaniers, ou plumerias, ont des fleurs blanches il y a fort à parier pour que ce terme recouvre plusieurs espèces, sauf celle à fleurs rouges ... évidemment.

 

Dans la présente chronique il sera plus particulièrement question du plumeria pudica et non obtusa ou autres. Cependant pour des raisons pratiques je vais être amené à faire état de généralités car ces espèces, peu nombreuses, ont beaucoup de points communs.

 

   

 

 

Photo 1 : L'une des premières gravures d'un plumeria alba appelé aussi à l'époque plumeria acutifolia Poir.

Photos 2 & 3 : L'aire endémique des plumerias ou frangipaniers.

 

 

Les lieux d'origine des plumerias ou frangipaniers :

 

Les Frangipaniers ou plumerias sont originaires et endémiques d'Amérique centrale, (Panama et certaines îles des Antilles) y compris le sud du Mexique,  ainsi que du nord de l'Amérique du sud (Colombie - Venezuela). Ils sont endémiques de ces régions et de nulle part ailleurs.

 

Autrement écrit les frangipaniers du Lanna ne viennent pas de l'Inde, comme je l'ai souvent lu sur le net, mais de l'Amérique centrale d'où ils ont été importés en Inde ;  et, des spécimens indiens, d'origines américaines ont été importés au Siam et au Lanna, c'est-à-dire dans ce que nous appelons aujourd'hui ... la Thaïlande. Ils ont aussi été importés dans tout l'est asiatique, Cambodge, Laos, Vietnam, et autres pays voisins ; soit venant directement d'Amérique ou ... indirectement !...

 

 

En raison de ces importations on les trouve maintenant un peu partout. En général dans les zones tropicales où le climat leur convient parfaitement et en particulier en pot dans des serres lorsqu'il s'agit de climats tempérés, car ils sont sensibles au froid et à la lumière du soleil.

 

Ainsi au Lanna il n'est pas rare de voir un plumeria se présentant sous deux aspects. Celui de la luxuriance avec des feuilles et des fleurs parce que parfaitement exposé au soleil, et celui de la décrépitude, c'est-à-dire avec des branches totalement nues parce que se trouvant dans une zone d'ombre !...

 

Donc avis aux jardiniers amateurs, c'est un arbre qui a besoin de soleil et de chaleur.

 

    

 

 

Feuilles et fleur d'un plumeria Singapour (obtusa). Ces photos vont vous permettre de reconnaître au premier coup d'oeil le plumeria pudica Jacq. car toutes les autres espèces diffèrent peu de l'obtusa sauf ...le pudica, comme nous allons le voir.

 

 

Une petite page de ''petite histoire ... thaïlandaise''.

 

Au Lanna les plus anciens des frangipaniers ou plumerias, eu égard à la pureté de leurs fleurs, et à leur immortalité légendaire, (*) s'élèvent dans la cour des temples conformément au modèle indien ; en général pas très loin des petits monuments contenant les cendres de fidèles bouddhiques. Ils sont à ces lieux du souvenir ce que sont les ifs de nos cimetières. (**)

 

De ce fait, et malgré la respectabilité de leur image, n'étaient-il pas appelés les arbres des pagodes ?... ils avaient acquit au cours des siècles une coloration quelque peu austère et distante que leur nom, comme nous allons le voir, ne faisait qu'accentuer, voire quelque peu ''diaboliser''.

 

      

 

 

Photo 1 : L'un des magnifiques et vénérables plumerias du Wat Prasat (วัดปราสาท) tout près du Wat Phrasing (วัด พระสิงห์) à Chiang-Mai.

Photo 2 : Quelques plumerias du Wat Nantaram (วัดนันทาราม) de Chiang-Mai. Ils sont derrière le temple, au beau milieu des monuments-souvenirs.

Photo 3 : Un monument-souvenir du Wat Chaimongkol (วัดชัยมงคล) de Chiang-Mai près de la ''Mae Ping'' avec un pluméria juste derrière lui.

Photo 4 : La plante qui a piqué ma curiosité et qui m'a conduit à cette chronique. Elle se trouve au Wat Buppharam (วัดบุพพาราม) de Chiang-Mai, rue Thaphae et ... c'est un plumeria pudica parmi quelques autres. Ce sont les premiers que j'ai vus et photographiés.

Comme quoi la curiosité à ses bons côtés. A noter qu'il est très différent des plumerias vus précédemment.

 

 

Or les croyances animistes et la superstition font encore la pluie et le beau temps au Lanna. La construction d'une maison n'est rien de moins que la représentation à l'échelle humaine du monde divin. Alors le choix des arbres et la manière de les planter autour d'une demeure doivent répondre à des critères bien précis.

 

Autrement écrit, les végétaux sont plantés pour conforter l'équilibre d'un lieu et non pour y semer le moindre trouble, y compris à cause de leur nom.

 

Or la phonétique du nom thaïlandais du frangipanier, et non son véritable nom je tiens à le souligner, était évocatrice de mauvaises sensations, certains disent de mauvais présages. Alors et bien qu'il fût vénéré en tant qu'arbre des pagodes il était rejeté de la vie profane pour des raisons liées aux superstitions. De ce fait le frangipanier était présent dans la cour des temples et nulle part ailleurs ... ou presque !... (***)

 

 

Son Altesse Royale Maha Chakri Sirindhorn, (มหาจักรีสิรินธร) (1955) la fille du roi actuel Rama IX, qui trouve, et à raison, les fleurs de ces arbres très belles s'est émue de la situation.

 

Alors pour encourager les sujets de son père à avoir un autre comportement vis-à-vis des frangipaniers elle a tout simplement décidé de changer le nom thaïlandais de cet arbre, qui aujourd'hui ne se traduit plus par ''Lane-thome'' (ลั่นทม) mais par ''Lilawadi'' (ลีลาวดี) un nom soi-disant porteur de rêves, et de bons augures. (****)

 

     

 

 

                                        Quelques fleurs de plumerias autres que le pudica.

 

Son Altesse Royale Maha Chakri Sirindhorn avait bien mille fois raisons, les fleurs des frangipaniers sont d'une beauté et d'une pureté à vous couper le souffle. Cependant vous êtes obligés de les admirer sans pouvoir les nommer, car leurs ''propriétaires'' étaient tous incapables de me donner leurs noms, sauf celui de ... ''Lilawadi'', mais ''çà'' je le savais !...

 

 

Grâce à ce tour de passe-passe linguistique on commence aujourd'hui en 2012 à voir ''fleurir'' quelques frangipaniers en dehors des temples, surtout aux abords des hôtels ; car il semblerait que la plupart des particuliers restent dans l'expectative avant de se risquer à planter cet arbre chez eux.

 

En tout cas les esprits n'ont pas eu l'air de s'être indigné du changement du nom de leurs demeures et semblent s'accommoder du mot de ''Lilawadi'' (Leelawadee) alors ... tous les espoirs sont permis.

 

Du fait de ce ... retournement de situation, les plumerias ou frangipaniers qui s'élèvent en dehors des temples sont loin d'avoir les énormes troncs de leurs vénérables aînés mais ... cela finira par arriver car tout arrive en ce bas monde, même au Lanna.

 

      

 

 

           Quelques hôtels de Chiang-Maï où les plumerias sont rois.

(Comme par hasard se sont des hôtels récents. Alors les troncs ne sont pas gros. )

Photo 1 : L'entrée du Méridien, près du marché de nuit.

Photo 2 : Au Shangri-là il est possible de déjeuner à l'ombre de plumerias ; le parc en compte une bonne centaine.

Photo 3 : Une haie de plumerias au Holliday Inn près de la Mae Ping.

                             ...... Et ...

Photo 4 : Une haie de plumerias Singapour d'un ... particulier sur un terrain à construire. Le propriétaire est-il Thaïlandais ou Farang ?... là est la question !... Personnellement je serai curieux de le savoir.

 

 

 

(*) D'après  l'écrivain Đinh Trọng Hiếu, les Vietnamiens prétendent qu'il suffit de ficher dans le sol une branche de frangipanier pour que l'arbre se reproduise de lui-même ?!... d'où son symbole d'immortalité (Je n'ai pas vérifié. Alors peut-être qu'un lecteur peut confirmer ?..)

 

(**) Au Bangladesh le frangipanier est carrément associé à la mort et aux funérailles - Au Vietnam, d'après les on-dit locaux, les végétaux à fleurs très odoriférantes attireraient les esprits malfaisants. - Les Annamites quant à eux, ne plantent jamais cet arbre près de leur maison car, disent-ils, ''les fantômes des jeunes filles décédées dans la fleur de l'âge en font leur demeure.'' - Selon Ernest Lehr (1835-1919) les Malais déposaient leurs morts à l'ombre des frangipaniers. 

Nota : Comme nous le verrons le frangipanier appartient à la famille des apocynacées c'est-à-dire à la famille dont le lait ou latex est ... toxique et peut donner la mort. Ceci explique peut-être cela ?...

 

(***) Les thaïlandais, surtout ceux des campagnes, parlent en ''mangeant'' leur mots et en prononçant pratiquement de la même manière deux lettres différentes comme par exemple le ''r'' et le ''l''. Alors le nom du frangipanier qui se disait ''Lane Thone'' (ลทน) s'entendait ''Rathome'' (ระทม). Or ce dernier mot signifie avoir le coeur gros, avoir de la peine, du chagrin et/ou de la douleur, ce qui, dans l'esprit d'un Thaïlandais ne peut qu'attirer le malheur.

 

(****) Le mot ''lilawadi'' (ลีลาวดี) (leelawadee) ne figure pas dans mes dictionnaires ... et pour cause car ils ont un certain âge. Par contre j'y ai trouvé ''lila'' (leela - ลีลา) qui signifie ''geste - posture - style'' et ''wadi'' (wadee - วดี) qui se traduit pas ''cloître'' et ''mur''.

 

En créant le mot de ''lilawadi'' la princesse Sirindhorn a-t-elle voulu suggérer que les plumerias plantés sur le périmètre d'un terrain pourraient constituer un type de clôture qui le personnaliserait et lui donnerait un certain cachet ?!... ou plus simplement que c'est l'arbre à haie ... idéal ?!... mystère et boule de gomme.

 

 

Le Plumeria ou frangipanier

 

Quelques noms vernaculaires du plumeria en général:

 

Au Lannna : Leelawadee (ลีลาวดี) (Lanna) - Kamboja (Bali & autres îles Indonésiennes) -China-champac - Taroksaga (Birmanie) - Daëm champey sâr (Cambodge) - Amancayo - Azucena (Colombie) - Lirio rojo - frangipan (Cuba) -  Atabaiba ou ataiba rosada (Dominique Rep.) - Alheli - amapola blanca - amancaya ou amancayo - mapuche (Espagne) frangipanier - bouquet de mariée - (France) - White frangipani - (Grande Bretagne) - Arali (Malayam) Carachucha (Tagalog) Chameli (Hindi) Champa - Chafa - Champaka - Dalanaphula (Inde) - Pomelia - frangipane (Italie) - Dok Champa (Laos) (*) - Carachuche (Pérou) - Araliya - Pansal mal (Sri Lanka) - Cacalosuchil - cacaloxochitl - Suchil - flor de Cuervo - Lirio rojo (Mexique) -  Amapolo - Amapola (Venezula) - Hoa su - Hoa daï (Vietnam)

 

 

(*) La fleur du plumeria est la fleur nationale du Laos et du Nicaragua.

 

 

     

 

Noms vernaculaires du plumeria pudica jacq. :

 

Au Lanna : Lilawadi-baille-louksone (ลีลาวดีใบลูกศร) (feuille en forme de flèche) - Donzella (Colons Espagnols) - Bouquet de mariée - Plumeria à fleurs closes (France) - Bridal bouquet - fiddle leaf - Golden arrow - Gilded spoon (Grande Bretagne) - Bonairian oleander (Pays de Galles)

 

Nota bene : Il existe un cultivar thaïlandais (une variété ou un hybride) créé à partir de cette espèce qui porte le nom de Plumeria Sri Supakorn (ศรีศุภกร) ou Pink pudica.

 

 

Noms botaniques au cours des siècles :

 

Plumeria floribus limbo claufis. Linn. Jacq.

Plumeria pudica Jacq.1760)

Plumeria caracasana J.R.Johnst. (1908) (*)

Plumeria cochleata S.F.Blake (1918)

 

 

(*) Tous les botanistes ne sont pas d'accord pour dire que le Plumeria caracasana J.R.Johnst est un synonyme ?!...

 

 

Signification du nom :

 

Plumeria : Le nom du genre est une latinisation du nom propre ''Plumier''. C'est pourquoi ce genre commença par s'appeler ''Plumiera'' comme je l'ai signalé au début de cette chronique.

 

En créant ce genre, le suédois Carl Von Linné (1707-1778) et surtout le français Joseph Pitton de Tournefort (1656-1708) ont voulu rendre hommage au botaniste et naturaliste Français Charles Plumier (1646-1706) qui fut en son temps un très grand spécialiste de la flore des Antilles et d'Amérique et qui, d'après Carl Von Linné qui fit grand usage de ses écrits, était un homme au ''brillant savoir''. Le naturaliste suisse Albrecht Von Haller (1708-1777) disait de Plumier : ''Un homme né pour étendre la connaissance de la botanique. ''

 

Charles Plumier, (*) né à Marseille, fit, à la demande du roi Louis XIV (1638-1643-1715), quatre voyages successifs aux Amériques entre 1689 et 1704. C'est au retour de sa quatrième mission qu'il décéda du paludisme, auquel se rajouta une pleurésie, dans le port de Santa Maria près de Cadix en Espagne.

 

Ce religieux, entré dans les ordres à l'âge de 16 ans, était aussi un excellent dessinateur, ... sculpteur et tourneur sur bois.

En plus de nombreux ouvrages, 22 volumes in-folio, dont ''Description des plantes d'Amérique avec les figures'' (1693) -  ''Nouveaux genres de plantes d'Amériques'' (1705) et ''Traité des fougères d'Amérique'' (1705), il laissera plus de 6.000 dessins dont 4.000 concernent des végétaux.

 

 

(*) D'après l'américain Peter Loewer, un auteur et illustrateur botanique contemporain, le prêtre espagnol Francisco de Mendoza aurait décrit le frangipanier (plumeria) en1522, c'est-à-dire presque deux siècles (170 ans) avant Charles Plumier ?!...

 

 

       

 

 

Photo 1 : Une planche d'un ''Clematitis indica laltifolia'' de Charles Plumier dont le Père dominicain Jean baptiste Labat (1663-1738), botaniste lui aussi et compagnon de voyage de Charles Plumier disait '' ... un génie merveilleux pour la botanique et une main admirable pour dessiner les plantes. '' Cette planche est extraite de son ouvrage ''Les plantes d'Amérique'' (Plantarum Americanarum) qui en contenait 108 et qui parut en 1693.

 

Photo 2 & 3 : Deux planches d'un ''Fuschsia gesneria'' de Charles Plumier extraites de son ''Nova plantarum Americanatum Genera'' parut en 1703. Charles plumier décrit et nomme dans cet ouvrage, 106 genres et 700 espèces nouveaux dont certains des noms sont toujours d'actualité.

C'est lui qui le premier dédia certains genres à des personnalités ainsi, ''Fuschia'' rend hommage à l'humaniste allemand Leonard Fuchs, (1501-1566) ''Bégonia'' à son ami Michel Begon V, (1638-1710) ''Pittonia'' à Joseph Pitton de Tournefort, ''Magnolia'' au botaniste français Pierre Magnol (1638-1715)  etc... etc... Il fit aussi usage de noms locaux.

 

Photo 4 : Une gravure représentant Carolus Plumierus dit Charles Plumier (1646-1706). Ce religieux que Louis XIV nomma botaniste du roi dès son premier retour d'Amérique en 1693, laissa une oeuvre considérable dans laquelle Carl Von Linné puisa largement pour ne pas écrire abondamment. Il intégra à son système de classification nombre d'espèces et de genre créés par Charles Plumier.

Certains noms furent même attribués à d'autres genres.

Quelques auteurs contemporains écrivent que Charles Plumier n'a eu qu'un tord ... celui de naître 50 ans trop tôt.

 

Nota : J'ai beaucoup parlé de Charles Plumier mais n'en était-ce pas l'occasion ?... Car cet homme, aujourd'hui quelque peu tombé dans oubli a été l'un des véritables fondateurs de la botanique, et, il n'était pas vain de le rappeler, tout du moins à mon avis. 

 

 

Frangipanier ou franchipanier : Cet autre nom dériverait lui aussi d'un nom propre appartenant cette fois à un noble Italien, Frangipani, maréchal de camp des armées de Louis XIII (1601-1643) et petit fils de Muzio Frangipani qui lui servit Charles IX (1550-1574).

 

Cet homme aurait créé un parfum pour donner aux peaux servant à la fabrication de gants et de sachets, voire de chaussures, une agréable odeur qui n'était pas sans rappeler celle de la fleur des ... frangipaniers.

 

D'après le dictionnaire étymologique de Noel et Carpentier (1839) il serait aussi le créateur de la ... frangipane ?!... Un mot qui ne figure pas dans le dictionnaire de l'académie de Crusca (*) de Florence paru en 1691 ?!...

 

Alors peut-être s'agit-il d'une légende et que d'autres hypothèses sont envisageables ?!...

 

N'ai-je pas lu que la frangipane serait un nom qui sert aussi à désigner le lait caillé dont l'aspect ne serait pas sans rappeler le latex blanc qui s'écoule de la moindre entaille ou blessure du ... frangipanier.

 

Bref il n'est pas impossible que d'autres explications soient tout aussi valables que celle de Muzio Frangipani ?!... 

 

 

 (**) C'est cette académie qui fit paraître en 1682 le 1er dictionnaire de la langue italienne, lequel servira de modèle aux autres dictionnaires européens dont celui de l'académie française quelques 82 ans plus tard !...

 

 

Pudica ou pudique : Ce mot s'explique de deux façons, tout d'abord de par son sens lié à la couleur blanche de la fleur, ensuite par le biais de la métaphore.

 

1/ La blancheur de la fleur n'est pas sans rapport avec la pureté et la virginité c'est-à-dire des valeurs morales que la pudeur protège de l'impureté et autres salissures de l'esprit et de la matière.

 

2/ La corolle de la fleur est toujours fermée, contrairement à celles des autres fleurs des autres frangipaniers ou ... plumerias, même après être tombée de son arbre. Elle est comme une robe qui cache pudiquement l'intimité de la fleur, y compris lorsqu'il n'y a plus lieu, tout du moins d'après les botanistes d'antan, CQFD.

 

Jacq. est l'abréviation de Jacquin ou plus précisément du médecin, chimiste et botaniste néerlandais Nicolas Joseph Von Jacquin (1727-1817).

 

Né à Leiden aux pays bas il étudiera successivement à Anvers, Louvain, Leyde et Paris où il fera la connaissance des frères Jussieu.

 

En 1752 il se retrouve à Vienne pour poursuivre ses études. Là il va se voir confier la charge des plantations exotiques du jardin botanique de l'université de la ville.

 

Cette fonction le conduisit à fréquenter les jardins de la résidence d'été de l'empereur François 1er à Schönbrunn et à faire connaissance de l'empereur qui l'enverra aux Antilles pour rapporter de nouvelles espèces de plantes. Ces missions ''exotiques'' étaient à l'époque très à la mode.

 

Durant quatre ans, de 1755 à 1759, il sillonnera les Antilles et à son retour publiera de nombreux ouvrages, et enrichira le monde de la botanique de 50 nouveaux genres.

 

En 1768 il prend la direction du jardin botanique de l'université de Vienne et en 1783 est élu membre de l'académie royale suédoise des sciences.

 

Ses pairs lui rendront hommage à différentes reprises en latinisant son nom pour créer le genre ''jacquinia'' appartenant à la famille des theophrastacea, le genre ''Jacquiniella'' relevant de la famille des orchideceae et ... la ''variété Jacquiniana'' issue du plumeria alba.

 

                                                                  

 

 

                                                     Nicolas Joseph Von Jacquin (1727-1817)

 

 

 

La classification du Plumeria pudica Jacq. (frangipanier) :

 

Le Plumeria pudica Jacq. (frangipanier) est une plante dicotylédone gamopétales, c'est-à-dire dont la graine donne naissance à deux feuilles primordiales, et dont la corolle de la fleur se constitue de pétales soudés entre eux ; dans le cas du plumeria pudica sur environ un tiers de leur longueur à partir de leur naissance.

 

Le Plumeria pudica Jacq. (frangipanier) du fait de sa sève ou latex toxique, dans la classification classique, appartient à la famille des apocynacées ou apocynaceae, une famille qui regroupe 1500 espèces se répartissant en 424 genres dont le genre ''plumeria''.

 

Pour être plus précis, la classification phylogénétique APG, une autre classification des espèces, a regroupé les apocynacées avec les asclépiadacées pour constituer 5 sous-familles, ce qui a eu pour conséquence de porter à 4.555 le nombre des espèces de ce regroupement et à 415 celui des genres.

 

L'une de ces cinq sous-familles, celle des ''apocynoidées'' regroupe 860 espèces qui se répartissent en 77 genres dont le genre ''plumeria''.  

 

Selon les classifications le genre ''plumeria'' (พลูมีเรีย) répertorie 7 ou 8 espèces qui sont :

1/ l'acuminata, (อัฤมินต) - 2/ l'alba, (อัลบา) - 3/ l'inodora, (อินโนโดรา) - 4/ l'obtusa, (ออบทูซ่า) - 5/ le pudica, (พูดิกา) ou (ลีลาวดีใบลูกศรนั้น) - 6/ le rubra, (รูบรา)  ou (ลีลาวดีแดง) - 7/ le stenopétala ou le subsessillis (ซับเซสซิลิส) et - 8/ le stenophylla  ou  filifolia (ฟิลิโฟเลีย).

 

Et dont l'origine serait :

 

1/ Le Venezuela pour l'acuminata - 2/ Les Antilles pour l'alba, - 3/ de Panama, la Colombie, le Venezuela et la Guyane pour l'inodorat, - 4/ le Mexique pour l'obtusa, - 5/ Le Venezuela, la Colombie, Panama et les Caraïbes pour le pudica - 6/ le Mexique pour le rubra, - 7/ Haïti pour le steno-pétala ou le subsessillis, - 8/ Cuba pour le steno-phylla  ou  filifolia.

 

Mais il est bien connu que la nature n'a que faire des frontières humaines alors ce ne sont que des aires approximatives, peut-être plus précises pour les îles et encore !....

 

A partir de ces espèces de nombreuses variétés ou cultivars sont apparus ou ont été créés.

 

Description du Plumeria pudica Jacq. :

 

   

 

 

Photos 1 & 2 : De jeunes plumerias jacq. en bottes au marché aux plantes de Kamthieng de Chiang-Mai.

Photo 3 : Un jeune plumeria ayant perdu le nom de son espèce, comme de nombreux autres spécimens, ce qui est dommage et regrettable, au parc de l'administration ''foresty office'' de Chiang-Maï, 164/1 rue Charoen Prathet.

 

Nota : Si on peut confondre facilement les sept autres espèces dont le port ou l'allure se ressemble terriblement (photo 3), on reconnaît au premier coup d'oeil un plumeria pudica Jacq., voire aussi un rubra aux fleurs de couleur rouge.

 

 

Le tronc du Plumeria pudica Jacq. contrairement aux autres plumerias à un tronc tout en longueur, pratiquement rectiligne et ne développant des branches qu'à son extrémité. Il est droit comme un ''i'' et non tout tortueux.

 

Les arbres à planter que j'ai observés au marché aux plantes de Kamthieng à Chiang-Mai, avoisinaient les cinq mètres de haut et le diamètre de leur tronc, j'ai envie d'écrire de leur tige, ne dépassait pas les trois ou quatre centimètres.

 

Le bois des plumeria, en général, est un bois mou qui servirait en ébénisterie.

 

     

 

Les feuilles du Plumeria pudica Jacq. (*) sont caduques (c'est-à-dire tombent chaque année) et en forme de spatule ou de cuillère, voir de fer de lance ce qui permet de reconnaître l'espèce au premier coup d'oeil.

 

Elles sont alternes sur la tige et forment des touffes en extrémité de rameaux. Ces feuilles peuvent atteindre une longueur de 30 cm. et une largeur d'une dizaine de centimètres à leur extrémité la plus large.

 

Elles sont épaisses, bien nervurées, d'un vert foncé brillant et ... toxique.

 

 

(*) Il existe une variété de plumeria qui ne perd jamais ses feuilles sous les tropiques c'est le ''plumeria singapour''. Un cultivar issu du plumeria obtusa et officiellement pris en compte dans les années 1980.

Il est apparu en Hawaii vers 1931 après avoir été importé de Singapour dont les ''ancêtres'' venaient ... d'Amérique. Un aller et retour qui ne fut pas sans profit ( ?) pour la plante.    

 

 

     

 

La fleur du Plumeria pudica Jacq. ne manque pas d'élégance. Sa corolle, d'un diamètre de 7 à 8 centimètres environ, est d'un blanc pur ; en son coeur s'est invitée une coloration jaune paille qui ne fait que rehausser la pureté de sa beauté.

 

La plupart du temps ces fleurs forment des corymbes (grappes ou bouquets) en extrémité des tiges et tout au faîte, d'où le nom vernaculaire de la plante de ... ''bouquet de mariée''. Mais il n'est pas rare qu'une fleur vive sa vie sans la compagnie de congénères.

 

La corolle est en forme d'entonnoir dont le ''tube'' terminal est très étroit. Elle se constitue de cinq gamopétales qui sont reliés entre eux sur le premier tiers de leur longueur.

 

La particularité de ces pétales par rapport aux pétales des autres espèces est de rester comme clos sur eux-mêmes et non ouvert à l'extrême. Autrement écrit la corolle ne s'épanouit jamais, les pétales restent solidaires. (Reportez-vous à la 8ème photo et vous verrez la différence avec les autres espèces.)

 

De cette particularité viennent les noms de pudique, pudica, frangipanier à fleurs closes, et de donzella que lui donnèrent les colons espagnols d'Amérique car ce mot signifie vierge dans la péninsule ibérique.

 

   

 

 

Photo 2 : Le croquis à été réalisé à partir d'une planche trouvée dans deux livres de Monsieur Henry Ernest Baillon (1827-1895)

1/ Histoire des plantes - Tome 10 - partie 2 - Monographie des apocynacées p.154 fig.125. (Hachette 1867-1895)

2/ Dictionnaire botanique tome 3 - p.617 (1891).

 

 

La plante est gamopétale et hypogyne, ce qui signifie que les deux ovaires de type multi-ovules se trouvent pratiquement entièrement sous la corolle de la fleur.

 

Ces ovaires sont surmontés par un seul style court dont le stigmate est épais et échancré à son sommet.

 

Depuis la base du tube de la corolle et à l'intérieur de celui-ci cinq étamines supporte chacune une anthère conique (Sac à pollen) à deux loges..

 

La fleur est odoriférante (*) sans pour autant produire de nectar. Le parfum qu'elle dégage n'a d'autre but que d'attirer, en les trompant, les insectes pollinisateurs dont elle a besoin pour se reproduire.

 

A noter que le parfum de la fleur du plumeria pudica est très léger et serait plus fort la nuit que le jour mais ... je n'ai pas vérifié. Ce qui est certain c'est que le parfum des autres espèces est plus puissant.

 

 

(*) J'ai tout lu sur le parfum de la fleur du pudica et en particulier qu'elle n'avait pas d'odeur. Ce qui est faux, elle a un léger parfum.

 Il est à se demander si certains botanistes d'antant, ou rédacteurs d'encyclopédies n'écrivaient pas un peu n'importe quoi au sujet de plantes alors peu connues. Car c'est dans ces livres que je me réfère et que j'ai lu cette contrevérité.

 

 

     

 

 

Les photos de ces fruits appartiennent à des espèces autres que celle du pudica dont je n'ai pas trouvé de fruit en dépit de mes recherches, mais ... ''les fruits'' se ressembleraient alors ... à regarder avec prudence et à ne pas prendre pour argent comptant ... mais c'est bien un fruit de frangipanier.

 

 

Le fruit du Plumeria pudica Jacq. et des autres espèces, se présente sous la forme d'un gros haricot de la grosseur d'un doigt et mesurant une quinzaine de centimètres. Il arrive assez souvent, c'est du moins ce que j'ai constaté, que deux fruits s'associent à leur sommet pour former une espèce de fer à cheval.

 

Ce fruit se compose de deux follicules ventrus à l'intérieur desquels sont contenues de nombreuses graines qui sont pressées les unes contre les autres dans un parfait alignement et dont la particularité est d'être ailées sur un côté.

 

       

            

 

La graine munie d'une ''ailette'', plus longue que large dans sa partie arrière, mesure trois centimètres de long ; et l'ailette dans sa partie la plus large 9 millimètres. La graine seule fait 1 centimètre de long pour un diamètre de 1 ou 2 millimètres.

 

Dans la gousse que j'ai ouverte j'en ai compté dans une rangée une vingtaine. Comme il y avait quatre rangées ma gousse, relativement courte, devait en contenir environ quatre vingt. Mais il ne s'agit que d'une gousse.

 

   

 

Le petit plus :

 

Les fleurs des frangipaniers sont utilisées en parfumerie, à Chiang-Mai les salons de massages en font usage.

 

Ce parfum dont le but est d'attirer les insectes pollinisateurs aurait aussi la faculté d'attirer ... les vampires. Les Malaisiens à une certaine époque en étaient (sont ?) persuadés.

 

En Annam, les jeunes filles et les jeunes hommes qui voulaient entrer en religion devaient apaiser leurs désirs charnels en buvant l'eau recueillie de bonne heure se trouvant à l'intérieur des fleurs de frangipaniers.

 

Au Vietnam lorsqu'une femme accouchait on lui frottait la poitrine avec des feuilles de frangipaniers qui avaient été au préalable bouillie. Ensuite ces feuilles étaient jetées sur le chemin voisin dans l'espoir qu'elles soient foulées aux pieds par le plus grand nombre de passants. Car soi-disant que la qualité et la quantité du lait de la mère dépendaient du nombre des allées et venues sur ces feuilles.

 

 

En bref :

 

Comme toutes les plantes les plumérias sont utilisés pour guérir certains maux ou certaines blessures.  

 

Son latex est employé comme purgatif et pour traiter les maladies vénériennes. Ce serait aussi un excellent anti irritant.

 

L'écorce comme le latex a aussi des propriétés purgatives ; ses décoctions seraient un puissant anti-herpétique et transformée en une espèce d'enduit elle serait un excellent remède pour guérir les gonorrhées et les plaies vénériennes.

 

Le lait dans lequel auraient bouilli des graines de frangipaniers serait un véritable antidote contre les morsures de serpents.

       

                         

 

 

                                                        Une fleur de plumeria singapour.

                              Les pétales sont très ouverts et se détachent les uns des autres.

 

 

     

 

 

                                                                  Des fleurs de Plumeria pudica.

                                    Les pétales sont comme resserrés sur eux-mêmes ... pudiquement refermés.

 

 

Et pour terminer en beauté allez donc faire un tour sur ce site. Vous y verrez de nombreuses fleurs d'espèces mais ... sans qu'elles soient nommées, à part trois ou quatre ... l'exception qui confirme la règle.

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18/11/2012
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