MerveilleuseChiang-Mai

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RIFIFI A LA BANGKOK BANK (DU)


RIFIFI A LA BANGKOK-BANK (Du)

 

 

 

Jamais je n’avais connu un tel remue-ménage au sein de l‘agence bancaire que j’ai l’habitude de fréquenter. Et pourtant c’est bien le mot qui convient pour parler des faits dont je fus l’unique témoin, extérieur à la maison.

 

Les événements dont il va être question se déroulèrent un lundi après-midi, juste à l’heure de déjeuner, c’est-à-dire vers les douze heures trente.

 

 

Ce lundi là, lorsque je suis entré dans la banque, c’était le grand calme plat. Et pour cause, j’étais l’unique et le seul client.

 

Comme à l’habitude j’avais eu droit aux sourires commerciaux des deux premières employées, et j’étais allé prendre mon ticket d’ordre pour me glisser dans une queue … en manque de quidam.

 

 

Le ticket n’était pas encore sorti de la machine, que déjà j’étais appelé à me présenter au guichet numéro six.

 

Alors, sans perdre de temps, je suis allé prendre un formulaire de retrait, et je me suis dirigé vers le dit guichet.

 

Lorsque je fus en face de la caissière je lui demandai de bien vouloir patienter quelques minutes pour que je pusse remplir ma demande d’espèces sans faire d’erreur, car ces formulaires ignorent la langue française.

 

 

J’étais donc à rédiger consciencieusement cette demande, lorsque dans mon dos une agitation prit naissance.

 

D’après les premiers sons, qui parvinrent à mes oreilles, quelqu’un devait poursuivre quelqu’un en compagnie de quelques autres personnes.

 

Alors pour satisfaire ma curiosité toujours aux aguets, et aussi pour prendre mes dispositions en cas de nécessité, car on se sait jamais, je me suis retourné pour voir ce qui se passait derrière moi.

 

A peine avais-je terminé mon mouvement de rotation, que la curiosité ou l’appréhension qui devait paraître sur mon visage, laissa place à un large sourire. Le même que celui qui parcourait les lèvres de chacun des autres témoins !...

 

 

Le spectacle que nous avions sous les yeux, et qui ne manquait pas de piquant, ne pouvait que prêter à rire. Car c’était une course poursuite surréaliste.

 

 

Une grande ‘’duduche‘’, dont la jupe un peu courte et serrée au niveau des cuisses l’obligeait à faire de tout petits pas, suivie par quelques uns de ses collègues masculins, tentaient d’attraper un intrus, qui s’était introduit dans l’agence.

 

Mais le visiteur, bien décider à ne pas se laisser prendre, et à vivre sa vie comme il l’entendait, n’arrêtait pas de les ridiculiser tous.

 

Car à chaque fois que ses poursuivants pensaient l’attraper, le fuyard finissait toujours par leur échapper. C’était un être qui avait le don pour l’exécution des revirements soudains.

 

Et pour cause, c’était un cafard ; et les cafards échappent souvent par le biais de cette technique à tous ceux qui cherchent à leur régler leur compte.

 

 

Cependant ce cafard là, non seulement faisait tourner en bourrique ses poursuivants, mais refusait obstinément d’entrer dans une enveloppe kraft que mettait devant lui, grande ouverte, l’employée aux belles gambettes.

 

Alors ce qui devait être un jeu d’enfant devenait un jeu de patience et de stratégie … essoufflant !....


Le match entre les deux parties dura au moins cinq bonnes minutes et mit de bonne humeur, tant les spectateurs que les acteurs haletants ; sauf peut-être le cafard  qui finit par se retrouver dans une poubelle de bureau d’où il lui fut impossible de s’échapper.

 

Un employé avait fini par se rendre compte, que recouvrir le cafard d’une petite poubelle pour l’attraper serait plus aisé que de chercher à le faire entrer dans une grande enveloppe. Et son coup d’essai, qui fut un coup de maître, lui donna raison.

 

 

Sitôt la capture faite, les chasseurs contemplèrent avec satisfaction, et tout en reprenant leur souffle, leur victime au fond de sa boite.

 

Puis pour mettre un terme à cette petite récréation bancaire, une femme de ménage fut alors appelée, et des consignes ainsi que la poubelle lui furent données.

 

Cette nouvelle intervenante, consciente de sa responsabilité, après avoir opiné du chef, sans esquisser le moindre petit sourire, d’un air grave et d’un pas lent, se dirigea vers la sortie de la banque en serrant bien fort contre elle, la poubelle et son cafard.

 

 

Le héros ayant quitté la scène et les acteurs étant partis s’assoupir derrière leur bureau, le rideau tomba. Et chacun des spectateurs retourna à son activité.

 

Cependant je ne pus m’empêcher de faire remarquer, à haute et intelligible voix, qu’il aurait suffit de mettre le pied sur le cafard pour clore en deux temps et trois mouvements une capture rocambolesque.

 

Mes propos jetèrent comme un petit froid auprès de certains !...

 

Mais quelques sourires approbateurs me firent comprendre que ce que j’avais osé dire bien haut, d’autres le pensaient … tout bas !....


L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais en descendant au sous-sol, où était garée ma mobylette, je tombai nez à nez avec la femme de ménage.

 

Cette dernière venait tout juste de relâcher dans la rigole conduisant aux égouts … le cafard !....

 

 

 

Cette anecdote, et surtout sa chute, étaient tellement en contradiction avec mes us, qu’en rentrant chez moi je décidai sur le champ, d’en écrire le récit.

 

Et tandis que j’écrivais, au moment précis où je parlais de la libération du cafard, la réalité du présent vint s’immiscer dans celle du passé. Elle m’obligea même à aller fermer mes fenêtres.

 

Car une odeur nauséabonde s’infiltrait à l’intérieur de ma pièce et un bruit assourdissant, que mon ouïe avait tout d’abord naturellement ignoré, finissait par me casser les oreilles.

 

Des désinsectiseurs en pleine action à l’école d’à côté, et qui devaient occire quelques centaines de cafards pour ne pas écrire plus, étaient à l’origine de ces nuisances.

 

 

Alors le sourire aux lèvres et l’air sans doute un peu désabusé, je me mis à penser que si dans une vie future je devais renaitre sous la forme d’un cafard, (*) et plus particulièrement à Chiang-Mai, j’aurai tout intérêt à choisir les égouts d’une banque pour vivre ma vie plutôt que ceux d’une école.

 

Car la vie d’un cafard de banque semble beaucoup plus précieuse et respectée que mille vies de cafards d’école sujettes aux destructions massives.

 

 

 

(*) Après leur mort les bouddhistes ne se réincarnent pas mais renaissent, y compris sous des formes animales.




01/08/2010
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