MerveilleuseChiang-Mai

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SOURICEAU D'OR AUX YEUX DE BERYL (LE) (1ère partie)



LE SOURICEAU D'OR AUX YEUX DE BERYL



Avant propos.

 

Le conte qui suit, est une adaptation très, mais très librement écrite d'après un jātaka (*) intitulé ''La souris d'or'' que j'ai eu le plaisir de découvrir grâce à son traducteur Anatole-Roger Peltier, que je remercie au passage.

 

En écrivant ce texte, tout me donnait à penser que ce conte, certainement d'origine populaire, devait être bien antérieur au Bouddhisme. Et que le bouddhisme en se développant avait du le ''récupérer'', au fil du temps pour servir à la gloire de Bouddha ; comme d'autres religions ou philosophies l'ont fait avant ou après lui, pour asseoir leur idéologie.

 

 

Sans Bouddha et toute la culture qui s'est développée autour de lui, le sud-est asiatique ne serait pas ce qu'il est. Alors c'est volontairement que j'ai conservé le personnage de Bouddha.

 

J'espère ne pas avoir maltraité cette belle et merveilleuse philosophie qu'est le bouddhisme, ainsi que celui qui est à son origine, et pour lequel j'ai le plus grand respect.

 

Si tel n'était pas le cas, qu'il me soit pardonné d'avoir trop laissé libre cours à mon imagination et aussi à ma logique d'occidental.

 

Maintenant je laisse à mon lecteur le plaisir de découvrir un monde où le merveilleux diffère du nôtre, mais dont la connaissance ne peut que nous enrichir.

 

 

(*)      Les jātakas sont des contes bouddhiques qui ont pour objet d'illustrer l'enseignement du Bouddha, c'est-à-dire d'instruire et d'édifier ses adeptes.

          Ils ont d'abord été divulgués oralement, puis sous forme d'écrits vers 300 ans av. J.C.

          Ces textes ont très certainement beaucoup emprunté aux récits et à la tradition populaire, bien antérieurs au bouddhisme.



 

 PREMIERE PARTIE

 

 

Il était une fois, voilà de cela bien longtemps, un royaume dans lequel les hommes vivaient jusqu'à l'âge de cinq mille ans. Ce royaume avait pour nom : Bâranasî, et son roi : Brahmadatta. (ƒ)

 

 

Brahmadatta était un souverain juste et bon, car il suivait dans les moindres détails le ''Dasarājādhamma'', c'est-à-dire les dix règles de conduite royale (*) que le Bouddha recommandait à tous les monarques d'alors.

 

Car alors, la mission d'un roi qui prenait bouddha comme exemple, était de conduire avec succès tous ses sujets, du plus humble au plus riche, vers l'état de nirvana.

 

C'est-à-dire à un état de pureté qui devait permettre à chacun d'eux, dès que la flamme de leur vie s'éteignait et qu'ainsi s'achevait leur renaissance présente, à ne faire qu'un avec le cosmos ou le ''Brahman''.

 

Ces règles de vie, (*) spécifiques aux souverains bouddhistes, étaient d'une telle pureté et d'une telle beauté qu'elles sont encore aujourd'hui respectées et suivies par les rois qui ont choisi de mettre leurs pas dans ceux du Bouddha.

 

Mais de nos jours, le Bouddha ne foule plus les terres qui lui sont consacrées car il est entré pour l'éternité et à jamais dans le Nirvâna. (ƒ)

 

 

 

(*)   Les dix préceptes du ''Dasarājādhamma'' ou Chakravartidhamma'' ou encore ''Dasavidharājādhamma'' suggèrent aux rois de faire preuve de/du : 1/ générosité, 2/ moralité, 3/ don de soi, 4/ honnêteté, 5/ bienveillance, 6/ austérité, 7/maitrise de soi, 8/ miséricorde, 9/ patience, 10/ ouverture d'esprit.

(ƒ)   Lire tout à la fin du conte les explications.

 



Alors que du temps du roi Brahmadatta, tout un chacun pouvait le voir, l'entendre et même le toucher, car il s'était réincarné pour prêcher ses enseignements. Et accompagné de ses disciples, il était passé par le royaume de Bâranasî.

 

 

 

Lorsque notre histoire commence, Bouddha s'était retiré près de la ville de Kosambi, à Vijula très exactement, dans une petite grotte qu'il affectionnait tout particulièrement et dans laquelle il se plaisait à méditer.

 

Mais sa méditation ne l'empêchait pas, bien au contraire, d'avoir un œil compatissant sur les hommes de bien. Car le Bouddha est un être omniscient. Il sait tout et il voit tout !....

 

 

Ce jour là donc, ce fut un pauvre gueux, qui ramassait des branches de bois mort, qui attira son attention, tant par son aspect visuel que par ses plaintes.

 

Le pauvre homme, encore dans la force de l'âge, se lamentait alors de son infortune.

 

Et, comme il se croyait seul au milieu des bois, il se plaignait à haute et intelligible voix.

 

''.-   Depuis le premier jour de cette renaissance je vis dans l'indigence et la souffrance (1). Mais il n'y a pas pire souffrance que de se savoir proche du Bouddha et de ne jamais avoir eu le bonheur de le rencontrer.

 

       Certes, je n'ai qu'à m'en prendre à moi. Car dans mes vies antérieures j'ai dû manquer à tous mes devoirs et en particulier aux actes charitables (2) que recommande le Bouddha.

 

        Ah si seulement je pouvais le rencontrer !... ''

 

 

(1)    La souffrance dans la terminologie bouddhiste s'appelle ''dukkha''.

(2)    La générosité dans la terminologie bouddhiste s'appelle ''dâna ''.

 


Alors qu'il était tout au fond de sa grotte de Vijula, et en pleine méditation, le Bouddha, qui voit tout et entend tout, ouvrit doucement les yeux et avec un sourire tout plein de compassion il se dit à lui-même :

 

''.-   Voilà un homme qui a foi dans les trois joyaux (1) et que la souffrance accable. Il serait juste et bon que moi, le Tathâgata,  j'intervinsse en sa faveur pour qu'il soit heureux. ''

 

Et sur cette pensée, le Bienheureux se leva. Il réajusta sa vieille robe safran à moitié décolorée et toute râpée, prit son patra ou bol à aumônes, et d'un pas assuré se porta à la rencontre du pauvre et malheureux ramasseur de bois mort.

 

Le pauvre et malheureux ramasseur de bois mort faisait peine à voir et pitié à entendre. Car son sort il est vrai, n'était pas des plus enviables.

 

Néanmoins, malgré sa pauvreté, et la dureté de son travail il n'avait jamais eu recours au vol, au meurtre ou à quelque autre forme de malhonnêteté. Mieux, il n'hésitait pas à donner le peu qu'il possédait ; ce qui lui procurait des ''mérites'' (2) à mettre sur le compte de ses vies futures.

 

Bref, ce pauvre gueux vivait conformément aux enseignements du Bouddha. Il suivait à la lettre les cinq et huit préceptes (3) que le Bouddha enseignait alors au commun des mortels pour les aider à atteindre le nirvana ; et que les Bouddhistes d'aujourd'hui suivent encore et appellent le ''Dharma''.

 

 

 

(1)    Les trois joyaux du Bouddhisme sont: le ''Bouddha'', son enseignement ou le ''Dharma'' et sa communauté ou le ''Sangha ''. 

(2)    Les ''mérites'' sont comme des bons points qui s'accumulent et qui favoriseront leurs détenteurs lors de leurs renaissances futures.

(3)    Les huit préceptes du Bouddhisme reprennent les cinq premiers. Et ces préceptes, qui ne sont pas sans rappeler les dix commandements de la bible, conseillent à ses adeptes, de s'abstenir de : 1/ voler – 2/ tuer – 3/ laisser libre cours à leurs sens - 4/ mentir – 5/ boire de l'alcool.

         Et lors des jours saints de l'Uposatha : 6/ manger dans l'après-midi – 7/ se laisser distraire par le chant, la danse, les spectacles ou les parfums - 8/ dormir sur une couche moelleuse.

 


Lorsque Bouddha se trouva en face du malheureux ramasseur de bois mort, celui-ci assis à l'ombre d'un arbre géant, s'apprêtait à reprendre quelques forces en se nourrissant, mais beaucoup plus par nécessité que par plaisir, de quelques grains de riz maintenus dans un petit sachet de feuille de bananier, malingre et ridicule mais qui contenait, à lui tout seul, toute sa richesse du jour.

 

Comme le riz ''sec'' n'est pas d'un goût particulièrement appétissant, le ramasseur de bois mort avait pris l'habitude, à défaut de pouvoir frotter sa boulette de riz sur un morceau de viande, de la manger avec quelques feuilles d'une plante aromatique.

 

Mais ce jour là, il n'avait pas encore défait son paquet de riz que le Bouddha lui apparut au détour d'un chemin.

 

 

Jamais le ramasseur de bois n'avait vu et rencontré Bouddha.

 

Il était donc incapable de le reconnaître. Et pourtant dès que le ''Tathâgata'' se trouva face à lui, sans la moindre hésitation, le pauvre gueux lâcha tout ce qu'il tenait en main.

 

Puis il se  prosterna de tout son long, (ƒ) en s'aplatissant contre terre et sans oser lever la tête.

 

La sérénité et le rayonnement de son visiteur avaient d'un coup, et d'un seul, envahi tout son être et atteint le plus profond de son cœur.

 

Et puis quelques minutes plus tard, d'instinct, il ramassa à tâtons son malingre et ridicule petit sac de riz, mais qui contenait à lui tout seul, toute sa richesse du jour, et l'offrit spontanément à celui qui se tenait debout, devant lui, c'est-à-dire le Bouddha lui-même.

 

 

Alors, d'une voix mal assurée, et avec des mots qui lui restaient tout au fond de la gorge tant il était sous le coup de l'émotion, le pauvre gueux articula à grand peine :

 

''.-   Vous le parfait d'entre les parfaits, le Saint d'entre tous les saints, veuillez accepter ce modeste don. C'est tout ce que je possède. Mais je vous le donne de bon cœur.


       Et s'il me vaut quelques ''mérites'', que ces ''mérites'' me   délivrent à tout jamais de la pauvreté, tant ici bas que lors de toutes mes renaissances à venir, jusqu'à l'atteinte du Nirvana.

 

       Vous, le parfait d'entre les parfaits, le Saint d'entre tous les saints, vous qui ''savez'', ce que je suis à des ''yojana'' (1) d'imaginer, faites en sorte que je vive dans l'opulence tant que je serai dans le cycle des renaissances !... ''

 

Lorsque le pauvre gueux resta sans voix, comme stupéfait par ce qu'il avait osé demander à son visiteur de marque, Bouddha accepta son offrande avec une humilité déconcertante, et lui dit :

 

''.-   Homme de bien, je savais ce que tu allais me demander. Et par ce qui vient de s'accomplir, par le don que tu viens de   me faire, tes souhaits ne peuvent que se réaliser. ''

 

Et, sans dire un mot de plus, Bouddha lui tourna le dos et rebroussa chemin pour retourner méditer dans sa grotte de Vijula.

 

 

Le pauvre gueux, à peine remis de ses émotions et encore tout retourné à l'intérieur de lui même, était alors incapable de maîtriser le tremblement qui agitait le bout de ses doigts.

 

Comme quelques heures auparavant il avait déjà fagoté quelques branches, il décida que ce jour là, sa journée s'arrêterait plus tôt que d'habitude. Alors, il attrapa le fagot en question, le mit sur son épaule, et prit le chemin qui conduisait à sa cabane.

 

Une vieille ruine  que personne n'aurait échangée pour le plus petit grain de riz. Mais c'était son chez lui. Et il en était fier.

 

Quand il arriva devant les trois ou quatre planches qui constituaient ce que le brave homme appelait sans rire ''sa remise'', il se délesta alors de son fardeau de branchages. Et là, ce fut la surprise de sa vie !...

 

 

(1)    Le ''yojana'' est une unité de mesure indienne qui correspondrait à environ 25 Kilomètres. C'est-à-dire à la distance qu'une armée royale était capable de parcourir à l'époque, en une journée.

 


Les branches comme les plus petites brindilles qui composaient son fagot s'étaient transformées …en or.

 

Abasourdi, mais heureux, le brave ramasseur de bois mort, retourna maintes et maintes fois son fagot d'or afin de s'assurer s'il ne rêvait pas. Puis sans penser le moins du monde à ce qu'il ferait de cet or, il commença par se dire :

 

 ''.-  Je savais que celui qui avait foi dans les trois joyaux, et qui donnait sans compter, finissait par trouver la félicité, mais pas d'une façon aussi rapide et extraordinaire. ''

 

 

 

Les lendemains qui suivirent multiplièrent sa fortune. Car malgré son trésor, l'homme de bien resta fidèle à son mode de vie d'antan.

 

Ainsi, au lieu de jouir égoïstement de sa fortune il en faisait don tout autour de lui, à bon escient et sans compter. D'autant que, plus il donnait et plus il accumulait de mérites pour ses vies futures, qui allaient le conduire au nirvana.

 

Mais le plus extraordinaire fut que, plus il donnait de branchages de son fagot, et plus il lui était donné en retour.

 

 

Ainsi, un jour, alors que la solitude était venue lui chatouiller l'esprit, et que sa demeure lui semblait bien grande pour lui tout seul, une femme vint frapper à sa porte pour lui demander la charité.

 

C'était une pauvresse sans le sou, d'un âge assez proche du sien, ni particulièrement belle mais ni particulièrement laide, et qui cherchait désespérément à se faire employer pour gagner de quoi manger, sinon à satiété du moins sans trop souffrir de la faim.

 

 

Le ramasseur de bois mort, qui au fil des jours avait retrouvé sa jeunesse perdue, et apprit à reconnaître les véritables nécessiteux, fut pris d'un drôle de sentiment en regardant cette inconnue. Car il avait comme l'impression de déjà la connaître.


D'ailleurs quand il lui adressa la parole, et avec tout le respect qui convenait, il remarqua dans le ton de sa voix comme une petite pointe de familiarité, qui l'étonna lui-même.

 

''.-   Femme tu viens me rendre visite à point nommé. Et au plus profond de moi, quelque chose me dit que tu es digne de confiance. ''

 

''.-   Maître, lui répondit la pauvresse, vos paroles me réchauffent le cœur, mais je ne vous demande qu'un peu de travail pour pouvoir acheter et cuire mon riz quotidien. ''

 

''.-   Femme, je peux te donner beaucoup plus. Ma maison est devenue beaucoup trop grande pour moi. J'ai besoin d'une femme et j'aimerai câliner quelques têtes brunes.

 

       Voici peu, comme toi, je n'avais rien et je vivais dans la pauvreté. Mais le peu que j'avais, quelques grains de riz maintenus dans un petit sachet de feuille de bananier, malingre et ridicule mais qui contenait à lui tout seul, toute ma richesse du jour, je l'ai donné au Bouddha.

.

       Et le parfait d'entre les parfaits, le Saint d'entre tous les saints, par la suite, m'a rendu au centuple mon misérable don.

       O femme, si tu le veux, accepte de partager mon existence et, ensemble, accomplissons sans relâche des actes méritoires. ''

      

En entendant ces paroles, la pauvresse resta sans voix. Car en venant quémander quelques heures de ménage, elle était loin d'imaginer une offre pareille.

 

Pourtant, la proposition qui venait de lui être faite entrait dans l'ordre des choses. En effet, quand on a foi dans les trois joyaux, qu'on suit à la lettre les cinq et huit préceptes, et qu'on accomplit des actes méritoires, la bonne fortune prend la place de l'infortune.

 

 

Comme le mutisme de la femme s'éternisait, l'ancien faiseur de fagots le prit pour un acquiescement. Un acquiescement qui d'ailleurs ne fut jamais démenti par la pauvresse. D'autant qu'elle aussi, tout comme le ramasseur de bois mort, avait fini par acquérir la certitude qu'elle connaissait déjà cet homme et qu'elle avait déjà vécu à ses côtés au cours d'une vie antérieure.


Bref !... Ce fut ainsi, qu'ils redevinrent l'un et l'autre, le temps de leur existence présente, mari et femme.

 

Pour fêter l'événement, ainsi que leurs retrouvailles dans cette vie présente, ils décidèrent alors de donner une petite fête et d'inviter à déjeuner quelques connaissances.

 

Hélas si le ramasseur de bois mort possédait maintenant de quoi se vêtir royalement, la garde robe de son épouse se réduisait à un tout petit baluchon, mal ficelé et ne contenant que des hardes que tout épouvantail se respectant aurait refusé de porter.

 

Autrement dit, cette femme ne disposait, pour le moment, d'aucun vêtement digne de son mari, de ses invités, et de l'événement à fêter. Alors, comme le temps pressait, ils décidèrent d'aller rendre visite au brahmane du coin pour lui demander de les aider.

 

 

 

Ce Brahmane, un homme riche et âgé, s'était fait la réputation d'un sage qui avait réponse à tout. Alors on venait le consulter des contrées les plus lointaines du royaume de Bâranasî.

 

Et, il n'était pas rare que le roi Brahmadatta, lui-même, vînt en personne pour lui demander conseil.

 

Le vieil homme brillait tant par sa vivacité d'esprit que par l'à-propos de ses conseils. D'ailleurs, du premier coup d'œil il devinait la raison qui poussait chacun de ses visiteurs à venir le consulter.

 

Mais lorsque le ramasseur de bois mort et la pauvresse se présentèrent devant lui, il se surpassa dans son art divinatoire, car après les avoir priés de s'asseoir il leur demanda deux minutes de patience.


(Suite dans la deuxième partie.)





12/03/2010
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