MerveilleuseChiang-Mai

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WAT CHET LIN (วัด เจ็ดลิน)

 

WAT CHET LIN (วัด เจ็ดลิน)

 

 

Adresse : Le Wat possède deux entrées.

L’entrée principale : 69/1 rue Phra Pokklao  (ถนน พระปกเกล้า).

L’entrée secondaire : 15 Phra Pokklao soï 7 (ถนน พระปกเกล้า)

 

Téléphone : (053) (sans numéro connu)

 

Intérêt :

 

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Photo 1 : L’enseigne du Wat Chet Lin.

Photo 2 : Le plan du Wat Chet Lin : le n°1 donne l’emplacement de l’entrée principale, et le n° 2 de l’entrée secondaire. La lettre A désigne l’endroit où s’élève le ‘’Chet Lin‘’ d’aujourd’hui, et la lettre B celui du Chédi de sable.

Photo 3 : Le supérieur du Wat Chet Lin, Phra Maha Wisanu Jarudhammo (พระมหาวิษณุ จารุธมโม)

 

 

 

Mise en garde à propos du Wat Chet Lin et du Wiang Chet Lin :

 

Le Wat Chet Lin et le Wiang Chet Lin n’ont rien à voir entre eux si ce n’est qu’ils ont en commun le même nom.

 

Le Wiang Chet Lin qu’on trouve aussi sous le nom de ‘’Jethapuri‘’ est un ancien village fortifié du côté de l’Université, au bas du doï Suthep. Ses traces sont encore visibles aujourd’hui. Les historiens ne sont pas d’accord quand à la période de son édification par rapport à Chiang-Mai.

Je ne suis pas historien mais le bon sens me conduit à penser que ce village serait plus ancien que Chiang-Mai mais, ce n’est que mon avis.

 

Le Wat Chet Lin est l’un des  8 temples du quadrilatère n° 8 dit du Sud et le 32ème des 43 sanctuaires que j’ai recensés dans Chiang-Maï intra-muros. (C’est mon ordre personnel d’étude et de recherche.)

 

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Photo 1 : Photo aérienne montrant parfaitement le pourtour de l’ex-Wiang Chet Lin – En jaune la route 1004 qui se poursuit par la route Sri Vichaï conduisant au Wat Phratha Doï Suthep. En A le Zoo et en B l’arboretum Huai Kaeo.

Photo 2 : Un plan situant le Wiang Chet Lin et le Wat Chet Lin par rapport à Chiang-Mai.

Photo 3 : Le Wat Chet Lin vu depuis la rue Phra Pok Klao. (Photo 2012)

Photo 4 : Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?!...

Ce jour là une dizaine de gamins pratiquaient l’escalade sur le portique du Wat Chet Lin. Celui de la photo, au sommet du portique, me mettait alors au défit de le faire descendre, car j’avais déjà fait fuir, avec ma grosse voix, tous ses camarades. Comme la photo me plaît bien et qu’elle date de 2006 je pense que le jeune escaladeur, qui doit avoir aujourd’hui, en 2014, environ 18 ans, ne risque aucun ennui ?!...

 

 

 

Le Wat Chet Lin en tant que tel n’est pas d’un grand intérêt. Car c’est un lieu de culte qui n’a pas de cachet particulier, bien que les locaux soient de construction récente. Par contre, historiquement parlant le lieu est dépositaire d’une grande richesse ; hélas les documents attestant de ce glorieux passé se font rares. Alors !...

 

Comme il est tout à côté du Wat Chédi Luang allez quand même y faire un tour !... Le Chédi, le Bouddha assis se trouvant à l’intérieur du viharn, les neuf sphères de pierres alignées le long du petit hall d’accueil et l’étang ou s’épanouissent quelques ‘’victoria amazonica‘’ ne seront pas sans satisfaire un pan de votre curiosité.

 

Vous y verrez … quelques vestiges du passé et …les pierres de l’avenir :

 

Le Chédi du Wat Chet Lin et son image de Bouddha :

 

D’après son aspect et quelques sources écrites le Chédi a été construit dans un style propre à la région, qui porte aujourd’hui le nom de style architectural Lanna. Il fut, vraisemblablement, l’un des plus grands Chédis de son temps parce que appartenant à un temple royal où les rois se faisait sacrer.

 

Les derniers sacres dont on trouve un écrit sont ceux des 16ème et 17ème rois de la dynastie Mengraï, le roi Setthathirath (1546-1547) et Mae Ku (1551-1564).

 

Le Chédi du Wat Lok Moli (เจดีวัดโลกโมฬี), un Chédi qui ressemble au Chédi du Wat Chet Lin, mais qui est plus imposant, a été commandé par le 12ème roi de la dynastie de Mengraï, Phra Muang Ket Klao vers 1527. (*) Pour cette raison le Chédi du Wat Chet Lin, qui fut construit bien avant et qui servit – vraisemblablement - de modèle, devrait dater du XIVe ou début du XVe siècle ; pour être plus précis, il aurait – peut-être – été construit avant le Chédi Luang inauguré vers 1468, sous le règne du 9ème roi de la dynastie de Mengraï, Tilokarāja ou Bilakarāja (1409-1441/2-1487).

 

 

(*) Il existe un livret ‘’officiel‘’ consacré au Wat Chet Lin qui indique que le temple aurait été élevé vers la fin du XVe siècle)   

 

 

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Photo 1 : Chédi du Wat Chet Lin (วัด เจ็ดลิน) (Faces Sud & Est - Photo 2013)

Photo 2 : Chédi du Wat Lok Moli (เจดีวัดโลกโมฬี) – (Faces Sud & Est - Photo 2008)

Photo 3 : Le Chédi et l’image d’un Bouddha assis en position dite ‘’samadhi‘’ tels qu’ils se présentaient avant 2003, année de leur restauration. (La photo est extraite d’un petit livret consacré au Wat Chet Lin.)

Photo 4 : L’image du Bouddha assis en position dite ‘’samadhi‘’ telle qu’elle se présente aujourd’hui à l’intérieur de son nouveau Viharn. (Photo 2009). Elle est méconnaissable.

 

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Photo 1 : La tête d’une image de Bouddha trouvée devant le Bouddha assis. (Photo 2012)

Photo 2 : La tête de l’image de Bouddha tel qu’on la voyait dans la cour du Wat Chet Lin en 2008.

Photo 3 : La tête de l’image du Bouddha assis en position dite ‘’samadhi‘’ telle qu’on peut la voir aujourd’hui à l’intérieur de son nouveau Viharn. (Photo 2008)

 

 

 

Les neuf sphères de pierre ou ‘’Luk nimit‘’ (ลูกนิมิตร).

 

Ces sphères en pierre sont destinées, pour huit d’entre elles et solidairement avec huit feuilles de limite, à borner l’enceinte sacrée du futur hall d’ordination ou bot (Ubosot ou uposathāgāra) du Wat Chet Lin.

 

Chacune des huit bornes rituelles ou ‘’sīmā‘’ d’un bot se compose de deux parties. La première partie est enterrée d’où son nom de ‘’racine‘’, c’est notre sphère en pierre ; la seconde partie s’élève en surface et au-dessus de la sphère en pierre, c’est une espèce de stèle qui porte le nom de ‘’baï sema‘’ (ใบเสมา) (feuille de borne).

Quatre des bornes sont placées par rapport aux médianes du bot et les quatre autres en fonction de ses diagonales.

 

La neuvième racine, qui n’a pas de feuille, est enterrée à l’intérieur du bot et détermine l’endroit où se placera le moine devant lequel le postulant prononcera ses vœux.

 

En conclusion, lorsque le bot du Wat Chet Lin sera construit ces sphères auront disparu.

 

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Photo 1 : Les neuf ‘’Luk nimit‘’ (ลูกนิมิตร) du … futur ubosot du Wat Chet lin ?!... (Photo 2010)

Photo 2 : Croquis de l’espace sacré (Ubosot ou Uposathagara) appelé aussi le Hall d’ordination dont l’objet est de montrer la façon dont sont enterrées les sphères de pierre par rapport au bâtiment. L’aire ainsi déterminée est interdit à la gent féminine.

Photo 3 : Un Baï-sema (ใบเสมา), ou feuille de limite, délimitant en surface l’espace sacré de l’Ubosot du Wat Chedi Luang Voraviharn (วัดเจดีย์หลวงวรวิหาร). (Photo de Nov. 2013). L’élément décoratif de cette feuille est la roue du dharma, symbolisation de l’enseignement de Bouddha.

Photo 4 : Un baï-sema en métal repoussé délimitant l’espace sacré de l’Ubosot du Wat Sri Suphan (วัด ศรีสุพรรณ) ; un Ubosot tout en métal repoussé qu’il faut aller voir, il en vaut la peine. Il se trouve rue Wualai, là où se tient le marché du Samedi soir. (Photo de Nov. 2010.)

L’élément décoratif est l’être mi-homme mi-oiseau Garuda (ครุฑ) qui transporte le dieu, Vishnu (วิษณุ) ou Phra Narai (พระนารายณ), lequel est assis au sein d’une fleur de lotus. Garuda est celui qui porte la parole, qui l’enseigne et qui est cette parole.

 

 

  

L’étang et ses ‘’Victoria amazonica‘’.

 

Autrefois chaque Wat avait son plan d’eau, dont on creusait la cuvette dans la plupart des cas, et  au-dessus duquel s’élevait une bibliothèque appelée ‘’ho traï‘’ (หอไตร) ou encore ‘’ho Phra Traipidok‘’ (หอพระไตรปิฎก). En ce lieu, mis ainsi hors d’atteinte des insectes, donc de la prédation insectivore, étaient entreposés les livres sacrés.

 

L’étang du Wat Chet Lin, outre la fonction de protéger les livres saints, avait aussi celle d’être un des éléments essentiels dans le sacre des rois de Chiang-Mai. C’était dans cet étang que le roi se faisait purifier lors de la cérémonie ‘’Phithi-proutègn-Name-Mourathaphisek‘’ (Transcription phonétique) (พิธิปรุงแต่งน้ำมูรธาภิเษก). Une cérémonie sur laquelle nous reviendrons pour plus de détails ci-dessus.

 

Aujourd’hui, cet étang à la particularité d’offrir à la vue de qui passe par là des … ‘’Victoria amazonica‘’. (Pour en savoir plus à leur sujet vous reporter à la rubrique ‘’06 BOT – les FLEURS‘’.)  

 

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Photo 1 : L’étang à l’abord du nouveau pont maçonné, qui s’est substitué, il n’y a pas si longtemps, à une passerelle en bambou. 

Photo 2 : Une Victoria amazonica (Poepping) JC Sowerby ou en thaï : Boua-kradong (บัวกระด้ง).

Photo 3 : Quelques moinillons curant l’étang.

 

 

 

Les fêtes de Songkran (สงกรานต์) et …

la participation du Wat Chet Lin à ces fêtes.

(Chaque 10 avril vers 17 heures).

 

Les cérémonies du ‘’nouvel an thaï‘’ dites ‘’Songkran‘’ commencent à Chiang-Mai dès le 1er Avril au Wat Chiang Man pour se terminer le 15 avril dans les rues de la ville, par de folles batailles d’arroseurs arrosés.

 

Entre ces deux dates, 1er & 15 avril, des cérémonies phares sont célébrées dans certains temples. Le 10 avril c’est au Wat Chet Lin. Ce jour là, tout un chacun vient déposer son sceau de sable au pied d’un Chédi géant (1) pour acquérir des mérites et rendre au Wat ce qui lui a été ‘’volé‘’ par inadvertance. (2) Les fidèles viennent aussi y planter un thong (ธง) ou Toung nak-sat (ตุงนักษัตร) et, ‘’baigner‘’ une image de bouddha par le biais d’un …‘’chet lin‘’. (3) Puis vers 17 heures un tchat (ฉัตร) ou parasol, dans le cas présent de 7 étages, est planté au faîte du Chédi de sable géant. (4)

 

 

(1) Le Chédi du Wat Chet Lin mesure environ 8 mètres de haut et nécessite 150 m3 de sable ce qui représenterait une masse de 247 tonnes ?!...

(2) D’après la tradition un individu qui s’approprie d’un bien monastique renaît comme démon. Un larcin monastique peut tout aussi bien être un grain de sable, que le fidèle emporte collé sous la semelle de ses chaussures, qu’une image de Bouddha ou le contenu d’un tronc.

Ce grain de sable peut porter à rire, mais au cours d’une année, plus un fidèle se rend au temple, et  plus il emporte de grains de sable sous ses chaussures ?!... Alors le nouvel an est une occasion de rendre au temple les grains de sable qui lui ont été … volés au cours de l’année qui vient de s’écouler !... C’est aussi l’occasion d’acquérir des mérites et … aussi … et peut-être … surtout … d’échapper à une mauvaise réincarnation ?!...

(3) En fait les différentes dévotions s’étalent sur 6 jours, du 10 au 15 avril, sauf bien sure la cérémonie d’ouverture marquée par la mise en place du tchat (ฉัตร) qui n’a lieu que le 10 avril vers 17 heures.

(4) A l’origine le Chédi était une coutume indienne pour conserver des cendres. Il s’agissait alors d’un tumulus de terre surmonté d’une espèce d’oriflamme en l’honneur du défunt.

Les bouddhistes se sont appropriés de la coutume. C’est pour eux un symbole rattaché à un événement de la vie de Bouddha et, avec le temps, c’est devenu une concrétisation et une affirmation de leur foi.

Compte tenu du petit ‘’2‘’ (2) la restitution du sable sous forme de petit Chédi est aussi, pour un fidèle, une affirmation de son attachement à Bouddha. 

 

 

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                    Les fêtes de Songkran (สงกรานต์) au Chédi Chet Lin les 10 avril.

                                                        Le Chédi de sable (1)

Photo 1 : Les premiers travaux d’édification du Chédi de sable (เจดีย์ทราย) par les moinillons du Wat Chet Lin. (Photo du 5 mars 2013).

Photo 2 : Le Chédi de sable (เจดีย์ทราย) planté de thong(s) (ธง) et de toung(s) nak-sat (ตุงนักษัตร) le 10 avril 2013 en début d’après-midi.

Photo 3 : Un essai, parmi d’autres, concernant la montée du tchat (ฉัตร) au faîte du Chédi de sable.   

 

 

 

Le nom du temple : Wat Chet Lin ou Wat Djet Lin

 

Chet lin (เจ็ดลิน) se compose de deux mots.

Le premier, Chet (เจ็ด) est la transcription du chiffre 7.

Le second, Line (ลิน) ou Rine (ริน) (*) sert à désigner une conduite d’eau. Cette conduite peut tout aussi bien être un aqueduc de quelques kilomètres, qu’une petite gouttière ou un déversoir de quelques centimètres ; tout dépend du contexte dans lequel le mot est utilisé.

 

Ainsi, l’angle Nord-ouest de Chiang-Maï intra muros porte le nom de Chaeng Hua Line ou Rine, (*) c’est-à-dire l’angle ou débouche l’aqueduc qui conduit l’eau de la montagne jusque dans le bassin de la douve qui cerne et protège la vieille ville.

 

Le Line ou rine (*) dans le cas du Wat Chet line concerne un instrument de rituel composé de 7 petites canalisations, installées l’une par-dessus l’autre, et dont le but est de faire descendre l’eau, versée dans la ‘’mini-gouttière‘’ supérieure, en cascade jusque dans le ‘’rine‘’ le plus bas qui lui, va déverser son eau sur un individu qui va se voir ainsi sacré … roi. Car cette … combinaison ou montage de 7 petites canalisations est un objet de rituel conçu pour la purification et le sacre des rois du royaume de ‘’Bingarattha‘’ (Chiang-Mai), l’embryon du futur Lanna.

 

 

(*) En langue Yuon, ou Yuen, la langue du Lanna, le ‘’R‘’ et le ‘’L‘’ ont une prononciation si voisine qu’en langue Siamoise ce mot s’écrit tantôt ‘’rine‘’ (ริน) et tantôt ‘’line‘’ (ลิน) ?!...

Le mot s’écrit ‘’rin‘’ ou ‘’lin‘’ mais se prononce ‘’rine‘’ ou ‘’line‘’ !...

 

 

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                 Les fêtes de Songkran (สงกรานต์) au Chédi Chet Lin les 10 avril.

                                                   Le Chédi de sable (2)

Photo 1 : La bénédiction du tchat (ฉัตร) par le supérieur du Wat Phrathat Doi Suteph et coadjuteur du sangha de la 7ème région monastique de Chiang-Mai Phra Thepworasithajarn (พระเทพวรสิทธาจารย์)  (Photo du 10 avril 2014).

Photo 2 : La montée du tchat (ฉัตร) vers le sommet du Chédi. (Photo du 10 avril 2014).

Photo 3 : La photo de … famille en  fin de cérémonie. De gauche à droite : le maire de Chiang-Mai Monsieur Tassanai Buranupakorn (นาย ทัศนัย บูรณุปกรณ์) - Phra Maha Wisanu Jarudhammo (พระมหาวิษณุ จารุธมโม) supérieur du Wat Chet Lin et deux édiles municipales dont à droite Monsieur Natchudej  Viriyadiloktham (นาย ณัฐฐ์ชูเดช วิริยดิลกธรรม) adjoint au maire. (Photo du 10 avril 2014).

 

 

 

Le Wat Chet Lin est aussi connu sous d’autres noms :

 

Wat Jed Lin Kam (วัด เจ็ดลิน) (1) et le Wat Nong Chalin (วัด หนองจลิน) (2)

 

(1) Wat Jed Lin Kam (วัด เจ็ดลินกำ).

Le mot ‘’kam‘’ (กำ) sert à désigner l’or. Il s’agit donc du Wat aux 7 goulottes d’or ou en or.

 

(2) Wat Nong Chalin (วัด หนองจลิน).

Le mot ‘’Nong‘’ (หนอง) sert à désigner deux concepts, une pièce d’eau, comme une mare ou un petit étang, et le pus et la sanie qui s’écoulent d’une plaie ou, par exemple … d’un corps en cours de déshydratation  pour ensuite être incinéré.

 

Ces deux concepts peuvent avoir en commun la personne royale :

 

1/ La pièce d’eau, le ‘’nong‘’ (หนอง), ou ‘’sa‘’ (สระ) qu’on peut définir comme étant un petit étang, était l’endroit où un roi se faisait ‘’purifier‘’ lors de son sacre à l’occasion d’une cérémonie dite : ‘’Phithi-proutègn-Name-Mourathaphisek‘’ (Transcription phonétique) (พิธิปรุงแต่งน้ำมูรธาภิเษก).

 

2/ Lorsqu’un roi passait de vie à trépas du mercure était versé dans son corps pour qu’il se déshydrate avant crémation. De ce fait le pus (nong) qui s’écoulait de la dépouille royale était récupéré et précieusement déversé dans de l’eau.

 

Attention : S’il s’est avéré que la pièce d’eau servait au sacre des rois, la deuxième hypothèse reste à vérifier. Mais elle n’est pas à exclure car, je suppose, que les sanies royales devaient être traitées avec tous les égards et … ‘’éliminées‘’ dans une eau précise.

 

 

Concernant le terme de ‘’Chalin‘’ (จลิน) c’est tout simplement la contraction de ‘’Chet Lin‘’ associé à l’accent du parlé Yuon.

 

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                    Les fêtes de Songkran (สงกรานต์) au Chédi Chet Lin les 10 avril.

                                                       Le nouveau Chet lin (1)

Photo 1 : La tête d’une goulotte en forme de naga par où se déverse l’eau lustrale dans la goulotte qui lui succède. (Photo du 10 avril 2013).

Photo 2 : Gros plan sur l’assemblage des sept goulottes. (Photo du 05 mars 2013).

Photo 3 : Plan général montrant la juxtaposition des sept goulottes.

Le fidèle qui vient bénir et offrir ses vœux à Bouddha gravit l’escalier situé à droite sur la photo ; arrivé sur la plate forme située en haut de la construction il déverse le contenu de son bol dans la rainure de la goulotte supérieure. (Photo du 08 avril 2014).

Photo 4 : Après avoir cheminé dans les sept goulottes, l’eau lustrale se répand sur une image de Bouddha. (Photo du 10 avril 2014)

 

 

 

L’histoire du temple : Wat Chet Lin

 

Sa renaissance :

 

Le Wat Chet Lin est un Wat qui, tel un phénix renaît de ses cendres après plus de quatre siècles d’abandon !... de 1558, vraisemblablement, à 2003. Il fut alors un Wat rouang (วัดร่วง) c’est-à-dire un temple abandonné.

 

Sa renaissance est due à Phra Thepworasithajarn (พระเทพวรสิทธาจารย์) le supérieur du Wat Phrathat Doï Suthep et le coadjuteur du sangha de la 7ème région monastique de Chiang-Mai. Ce dernier a été à l’origine de la rénovation de nombreux Wats à Chiang-Maï et ses environs, plus d’une quinzaine paraît-il !...

 

Cette rénovation a été décidée par le conseil du sangha (conseil de la communauté des moines) de Chiang-Maï afin de marquer et d’honorer le douzième cycle de l’anniversaire de la reine du pays, la reine Sirikit (แห่งชาติสิริกิติ์). Car c’est le 12 août 2003 que la reine fêtait ses 72 ans (12 fois les 12 signes du cycle duodénaire – signes dits chinois).

 

De ce Wat il ne restait plus qu’un étang, sale et peu ou pas entretenu,  ainsi qu’un Chédi devant lequel s’élevait une image d’un Bouddha assis en triste état, qu’un abri couvert de quelques tôles était censé protéger. Ces ‘’ruines‘’, comme on en voit encore par exemple porte de Chiang-Mai avec les Chédis intra-muros Fon Soï (ฟ่อนสร้อย) et hors-les-murs Chiang-Khong (เชียงของ), vouées à la disparition, étaient les derniers témoins du glorieux passé de Chiang-Maï.

 

 

Son origine :

 

À l’origine le Wat Chet Lin devait être un temple royal au rôle égal à celui de la cathédrale de Reims, car c’était en ce lieu qu’étaient sacrés les rois du royaume de ‘’Bingarattha‘’ (Chiang-Mai) puis du Lanna à l’occasion d’une cérémonie portant le nom de ‘’Phithi-proug-tègn-Name-Mourathaphisek‘’ (Transcription phonétique) (พิธิปรุงแต่งน้ำมูรธาภิเษก) c’est-à-dire la cérémonie lors de laquelle l’eau lustrale était versée sur la tête du futur souverain pour le purifier.

 

D’après le style architectural du Chédi, celui-ci daterait du XIVe ou XVe siècle ; ce sont ses mensurations hors normes pour ces siècles qui donnent à penser qu’il devait s’agir du Chédi d’un Wat royal.

 

 

Son abandon :

 

Du fait d’avoir été un temple royal il aurait été, vraisemblablement, volontairement abandonné pour des raisons politiques ; d’abord pour servir les desseins birmans qui en 1558 occupèrent Chiang-Mai et installèrent leurs rois ; Ensuite, parce que le roi Taksin, le roi des Siamois, qui aida le Lanna en 1774 à se libérer du joug des Birmans, ne fera rien d’autre que d’imposer le sien.

 

 

Conlusion :

 

Historiquement, aucun document ne permet de dater la construction du temple, ainsi que les débuts de la cérémonie de purification. Par contre des chroniques font état de l’existence du Wat au XVIe siècle.

 

 

Le Wat Chet Lin est aujourd’hui d’un intérêt mineur mais son passé est d’une richesse considérable ; cependant encore faudrait-il trouver les documents y afférents pour en avoir confirmation. En ce qui me concerne je vous propose un … ‘’petit plus‘’ … à suivre, qui peut donner une idée de cette ‘’richesse‘’ des temps passés.

 

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                        Quelques Chedis de Chiang-mai encore abandonnés.

                                                        

Photo 1 : Le Chédi Phra You-phai-nai-boriwen (พระเจดีย์ อยู่ภายในบริเวณ ศาลากลาง) c’est-à-dire le Chédi qui marque le centre de la région. Il fut remplacé par le Chédi Luang et n’est pas à confondre avec le Chédi Sadue Muang (เจดีย์สะดือเมือง) qui se trouve tout à côté dans l’enclos du Wat Inthakhin sadue Muang. Le Chédi qui marque le centre de la ville mesure 7,76 m sur 7,76 m et 13,20 m. de haut. (Photo dd juillet 2013).

Photo 2 : Le Chédi du Wat Chiang Khong – Ku Birman (พระเจดีย์วัดเชียงของ) (กู่พม่า), situé en face de la porte Chiang-Mai hors les murs. (Photo du 11mai 2014).

Photo 3 : L’ancien Chédi du Wat Fon Soï (พระเจดีย์เก่าวัดฟ่อนสร้อย) situé derrière le marché de la porte de Chiang-Maï intra-muros (Photo de 2009).

Photo 4 : Le Chédi du Wat Chet Lin (พระเจดีย์) dont la base carrée mesurent environ 10 mètres sur 10 et la hauteur environ 17 mètres. (Photo de 2014)

 

 

 

… le petit plus !...

 

 1/ Deux des chroniques où il est question du Wat Chet Lin :

 

La première chronique est celle du … ‘’Khlong Nirat Hariphunchaï‘’ (โคลงนิราศหริภุญชัย) c’est-à-dire un ‘’Poème relatant une marche vers hariphunchaï‘’ (aujourd’hui la ville de Lamphun) que François Lagirarde traduisit et titra ‘’Un pèlerinage bouddhique au Lanna entre le XVIe et XVIIe siècle‘’. Cet écrit date de 1517 environ, et correspondrai au règne du 11ème roi de Chiang-Maï Phra Muang Kaeo (พระเมืองเก่า) (1495-1526).

 

La seconde chronique, Laotienne celle-là, fait état du sacre du roi Chethavong Lan Xang (เชษฐวงษ์ล้านชาง) (1534-1537) ou Setthathirath, (เชษฐาธิราช) un nom qui signifie le roi des rois, appelé aussi Phraya Upayo (พระยาอุภัย) au Lanna et dont les dates de règne sont 1546-1547, ce qui représente plus de 10 ans de différence avec les dates de la chronique Laotienne.

 

Quoiqu’il en soit, le sacre de ce dernier faisait suite à l’assassinat du 12ème et 14ème roi de Chiang-Maï, Phra Muang Ket Klao (พระเมืองเกษเกล้า) qu’on trouve aussi sous le nom de Yuvaraja.

Yuvaraja régna une première fois de 1526 à 1538 et une seconde fois de 1543 à 1545. Ce deuxième règne et cet assassinat signifient qu’à Chiang-Maï tout n’allait pas pour le mieux dans le royaume du Lanna ?!… (1)

 

Phra Muang Ket Klao ou Yuvaraja n’avait pas de descendant mâle directe à Chiang-Maï ; par contre sa fille Nang Yotkhamthip (นางยอดคำทิพย์) mariée avec le roi de Luang-Prabang (Luang Swat à l’époque) Phra Djao Phothisan Lan Xang (1520-1547) (พระเจ้าโพธิสารราชล้านชาง), était mère d’un tout jeune enfant d’une douzaine d’années, qui de ce fait était le petit fils du roi assassiné, c’est-à-dire Phra Muang Ket Klao.

 

Ce petit fils, Thao Sai Settha (ท้าวซายเชษฐา), fut alors sollicité pour devenir, vers 1535 ou 1545/6 ( ?...), le 16ème roi de Chiang-Maï. (2) La demande du Lanna fut acceptée par le Lan Xang.

 

Ce jeune garçon (3) aura été vraisemblablement, l’avant-dernier roi à être sacré au Wat Chet Lin, et Thao Maeku (ท้าวเมกุ) (1551-1564) (4) son successeur, le dernier.

Chao Maeku aurait été couronné le 22 décembre 1551 en prenant le nom de Phra Chao Mekuti Sutthiwong (พระเจ้าเมกุฎิสุทธิวงศ์.) (Traduit aussi par : Suddhivansa Tarhranga Nagara Xieng Mai).

 

En 1558 Chiang-Maï, 262 ans après sa fondation, va tomber sous le joug du roi birman de Hongsa, aujourd’hui Pégou, Bureng-Naung ou Bayin-Naung (1516-1551-1581) (บุเรงนอง). Ce dernier va faire de Thao Meku un vassal et le re-sacrera roi de Chiang-Mai le 7 avril 1558 (5) avant de s’en retourner à Hongsa en mai 1558. Les chroniques ne parlent pas du Wat Chet Lin ?!...

 

En 1564 le roi Birman demande des comptes à Mékou, thao Maeku (ท้าวเม่กุ) ou encore Phaya Mekuti (พญาเม่กุฏิ) dont la conduite n’était pas conforme à la vassalité. Phaya Mekuti sera fait prisonnier et mourra en exil, sans doute de mort violente parce qu’il deviendra l’un des 37 nats birmans, pour d’autres il serait mort de dysenterie lors de son exil, à Hongsa ou Awa ?.....

 

 

(1) Des dignitaires de Chiang Saen après être entrés dans Chiang-Mai firent passer de vie à trépas les assassins du roi Phra Muang ket Klao et proclamèrent sa mère, reine de Chiang-Mai. De ce fait Chiraprapha Mahathewi ou Chiraphrapa Mahathewi (จิระประภามหาเทวิ), qui ne régna qu’un an fut le 15ème successeur de Mengrai. Il y a une statue d’elle à l’entrée du Viharn du Wat Chiang Chom, près du Chédi Plong. (Voir la route des images de bon augure)

    

(2) Dans ‘’histoire du pays Lao‘’ de Savèngh Phinith, Phou Ngeun Souk-Aloun et Vannida Thongchanh, paru à l’Harmattan, ces derniers donnent pour Settathirath : 1523-1571. Il faut donc rester prudent au niveau des dates qui peuvent varier jusqu’à 10 ans voire même au-delà selon les chroniques et les auteurs d’aujourd’hui qui … ‘’font de leur mieux‘’ !...  

 

(3) Il n’était pas rare qu’un adolescent soit élu roi. Ainsi, par exemple, de son temps, Mengrai qui régnait alors à Fang, confia le trône de Chiang-Raï à son fils aîné Khun Khrùang (ขุนเครื่อง) (1262-1275) alors âgé de 13 ans.

L’épisode se termina mal car Khun Khrùang voulu usurper le trône de son père. L’apprenant, Mengrai piégea son fils après avoir demandé à son meilleur tireur à l’arc de le faire passer de vie à trépas. Ce qui fut fait ?!...

Pha Yu (Hrayu) (1339-1355) le 5ème roi de la dynastie fut roi à 12 ans, son fils Kü Na fut roi à 16 ans !...

C’est ce roi, Setthathirath qui va emporter le Bouddha d’émeraude à Luang Prabang d’abord, et ensuite à Vientiane où il fera construire le Wat Ho Phra Keo pour l’abriter. Le Bouddha d’émeraude y restera près de 215 ans environ avant de se retrouver à Bangkok où il est toujours.

Setthathirath aurait été couronné à Chiang-Mai, au Wat Chet Lin, le 18 juin 1546 et serait retourné à Luang Prabang le 8 août 1548, soit environ deux ans après son couronnement. Ce retour fait suite au décès de son père dont le trône lui revenait ; car les partisans de ses deux jeunes frères, profitant de son absence se disputaient ce trône. Setthathirath préféra le Lan Xang au Lanna, encore que !....  lire la … suite un peu plus bas.

 

(4) Thao Maeku, (ท้าวแม่กุ) était un Shan ou ‘’Taï Yaï‘’ originaire de Muang Nai ou Mong Nai (Mongnai). C’était un descendant du troisième et dernier fils de Mengraï, Khun Khrüa (ขุนเครือ).

Du temps de sa jeunesse Khun Khrüa n’aurait pas été un modèle de bonne conduite c’est pourquoi son père, Mengraï, l’exila en pays Ngieo ou pays Shan. Les autochtones, spontanément ou par crainte ?... le proclamèrent roi après lui avoir ‘’versé de l’eau sur la tête‘’.

Thao Maeku, Mae Ku ou encore Mekuthi était donc, en tant que descendant de Mengrai, un parent éloigné de Setthathirath. Ce sera d’ailleurs le dernier roi de la dynastie de Mengraï.

 

(5) Thao Maeku fut d’abord installé sur le trône de Chiang-Maï par le sangha et les nobles de la ville qui désespéraient de ne pas voir revenir Setthathirath, lequel aurait en avril 1551, demandé pardon, abdiqué et suggéré de mettre sur le trône la reine Chiraprapha Mahathewi.

Le trône de Chiang-Mai serait alors resté vacant ( ?...) de 1547 à 1551.

 

Lorsque le roi de Hongsa (Pégou), Bayin-naung, installe Mékou sur le trône de Chiang-Mai, Setthathirath lui fait savoir que le trône de Chiang-Mai lui appartient parce qu’il a été sacré dans une pagode de la ville … le Wat Chet Lin, très certainement !...

 

Alors Baying-Naung va inviter Setthathirath pour démêler cette affaire, mais flairant le piège, non seulement Setthathirath ne répondra pas à … l’invitation mais mettra du champ entre l’empire Birman et le sien en déplaçant sa capitale de Luang Prabang à Vientiane qu’il mettra 4 ans à créer. La suite de l’Histoire nous apprendra que ce sera peine perdue !... Le fils de Bayin-Naung prendra Vientiane.

 

 

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                               Le Wat Chet Lin et son architecture

Photo 1 : L’un des nouveaux bâtiments du Wat Chet Lin servant tout à la fois de bureau au supérieur et d’entrepôt à de multiples statuettes. (Photo de 2008)

Photo 2 : Sala ou parloir ouvert à tout vent, ou encore lieu de convivialité face à l’entrée du Wat. (Photo 2008).

En 2014 de grandes niches ont été construites à l’arrière de cette construction pour abriter des images de quelques célébrités du Sangha (moines), dont Phra Kruba Sriwichai (1878-1938)

Photo 3 : Le Viharn du Wat et son entrée principale. Une entrée latérale et non en façade, ce qui n’empêche pas la bonne orientation du Viharn et son image intérieure de faire face à l’Est. (Photo de 2008)

 

 

 

La cérémonie du bain de consécration :

Phi-thi-prougn-nam-Mourathaphisek (พิธิปรุงแต่งน้ำมูรธาภิเษก) (*)

 

Ou …                              Mourathaphisek (มูรธาภิเษก)

 

 

 

(*) Il n’est pas toujours aisé de bien traduire un mot alors je vais donner quelques clefs et le lecteur se fera sa propre traduction :

1/ Phi-thi (พิธิ) signifie cérémonie – rite

2/ Prougn (ปรุงแต่ง) Rehausser – aromatiser – affirmer.

3/ Nam (น้ำ) eau et liquide.

4/ Mouratha (มูรธา) tête – sommet … et …

5/ Mourathaphisek (มูรธาภิเษก) signifie eau ‘’bénite‘’ ou ‘’lustrale‘’ versée sur la tête (d’un chef) lors d’une cérémonie de consécration.

Nota : l’eau ‘’mourathaphisek‘’ est un terme qui sert à désigner l’eau versée sur la tête d’un futur roi, ou d’un futur sangharāja, (patriarche suprême) (le pape des bouddhistes), pour affirmer sa fonction au sein d’une société. Si l’eau porte le même nom dans les deux cas, à savoir ‘’mourathaphisek‘’ elle n’est peut-être pas composée des mêmes ingrédients ?!...   

 

 

 

La cérémonie de couronnement est la reconnaissance officielle par toute une société d’une personne qui va détenir l’autorité et le pouvoir suprême. Le bouddhisme fit que l’élu (1) était l’individu qui était censé avoir le meilleur karma, c’est-à-dire un capital de mérites qui ne pouvait être que bénéfique au royaume.

 

De ce fait le roi s’engageait, d’une part à régner selon les 10 vertus ou préceptes royaux dit ‘’Dasarājādhamma‘’ (ทศพิธราชธรรม) (2) et d’autre part à protéger et faire respecter le bouddhisme ; réciproquement les religieux œuvraient à la légitimé et au prestige du roi. C’était du …, tout respect gardé, du ‘’donnant-donnant‘’.

 

L’eau du couronnement était alors le symbole de la purification de cette personne d’exception. Cette distinction, bouddhisme mis à part, était sans appel tant au royaume de ‘’Yonarattha‘’ (Chiang-Rai), que, par la suite, celui de ‘’Bingarattha‘’ (Chiang-Mai) ; deux royaumes ‘’jumeaux‘’ créé par Chao Mengraï qui prendront au fil des ans, avec l’adjonction de quelques autres petits royaumes ou principautés, le nom de Lanna au cours du XVIe siècle.

 

Mengraï (มังราย) (1239-1317), le fondateur de la dynastie portant son nom et de Chiang-Mai, n’était pas alors et à proprement parlé bouddhiste, mais il devait avoir entendu parler de cette philosophie.

 

Toujours est-il qu’il a été couronné en 1259, au décès de son père Chao Lao Meng (เจ้าลาวเม็ง) (1222-1261 ?...)  à Muang Ngeun Yang (เมืองเงินยาง), aujourd’hui Chiang Saen. En cette ville, près du Mékong, Mengrai a reçu l’eau du couronnement selon les rites en vigueur propres à la dynastie Lavacankarāja (ลวจังกราช) ou Lawacangkarat fondée par Lao Chong (ลาวจง) son ancêtre, vers 750.

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                     

De ce fait, lorsqu’il demanda à des membres de sa parenté à la tête de petites principautés, de le reconnaître comme suzerain il arguait qu’il détenait sa légitimité parce qu’il était le seul à avoir reçu l’eau du couronnement, comme son grand père Lao Meung (1198-1222) (พระเจ้า ลาวเมือ ou ลาวเมิง) et son père Lao Meng (พระเจ้า ลาวเม็ง). Il rajoutait même qu’il possédait de leur ancêtre commun, Lao Chong (ลาวจง) (638-758), l’épée glorieuse, Jayasri (ชัยศรี) et la dague (poignard) Sri Kanjaya (ศรีขรรค์ชัย).

 

 

Comme leur ancêtre Mengraï, les rois de la dynastie de Mengraï ont ‘’reçu‘’ l’eau du couronnement, et au fur et à mesure de ces sacres le rite a évolué pour, vraisemblablement, ressembler à celui des royaumes voisins qui ont tous été très influencés par les rites indiens védiques de la consécration royale ou rājasūya.

 

Par exemple, Mengraï a reçu l’eau du sacre sans moines bouddhistes et sans brahmanes, tandis que lors du sacre de Thao Meku ils étaient présents ; cet exemple va dans le sens d’une uniformisation des cérémonies de sacre au sein des royaumes du Sud-est asiatiques d’obédiences ‘’bouddhique théravada‘’.

 

 

 

(1) Au Lanna c’étaient les hauts dignitaires et le sangha qui installaient un roi et qui le cas échéant le destituaient s’ils jugeaient que son karma s’était … ‘’appauvri‘’ des mérites nécessaires à une bonne gouvernance du royaume.  

(2) Les 10 vertus royales sont d’anciennes règles établies sous le règne du roi Indien Ashoka (Açoka) (273-232 av.JC) qui furent introduites en Asie du Sud-est par les missionnaires bouddhistes.

Ces 10 préceptes sont : 01.- Dana (ทานํ) (Générosité - charité) Régner en faisant le bien en toute occasion. 02.- Sila (สลํ) (Ethique – rectitude) Régner en étant droit et d’une grande moralité. 03.- Pariccaga (ปริจาคํ) (Renoncement – sacrifice de soi) Régner jusqu’au sacrifie de sa personne pour le bien être d’un sujet, ou de son peuple. 04.- Ajjava (อาชชวํ) (Honnêteté – Intégrité)   Régner en restant honnête et intègre en toute occasion. 05.- Maddava (มัททวํ) (Douceur – gentillesse) Régner avec amabilité et courtoisie en toute circonstance. 06.- Tapa (ตปํ) (Austérité– maîtrise de soi) Régner en menant une vie simple pour être pris en exemple de vie par ses sujets. 07.- Akkodha (อกฺโกธ) (Ni colère – ni rancune) Régner sans haine ni rancune. 08.- Avihimsa (อวิหิสา) (Miséricorde – Détermination) Régner sagement et en écartant toute forme de violence. 09.- Khanti (ขันติ) (Patience – Tolérance) Régner tout en étant patient, tolérant et constant. 10.- Avirodha () (Ouverture d’esprit – Non obstruction) Régner en respectant la volonté de ses sujets et en œuvrant dans un esprit de paix et d’harmonie pour le bien-être de tous.

Nota bene : ces 10 préceptes portent aussi les noms de : ‘’Chakravarti-dhamma‘’ ou encore ‘’Dasavidha-rājādhamma.‘’

 

 

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Photo 1 : Une gravure réalisée tout spécialement pour illustrer le livret sur le Wat Chet Lin. Elle est censée représenter un bain royal au Lanna vers le XV ou XVIe siècle. (Sur les photos suivantes le bain a lieu dans un pavillon ou ho (หอ). Il devait en être surement de même au Lanna d’autant qu’en 1520/21 lors du second couronnement de Phra Muang Kéo (1495-1526) qui eut lieu sur la place du palais royal et non au Wat Chet Lin il fut construit un … ‘’Ho Deüa‘’ ?!... que Camille Notton traduit par figuier oui, mais un ficus glomerata.

Par ailleurs, les dates signifieraient que le Wat Chet Lin serait plus du XVIe que du XVe !...

Photo 2 : En haut et à gauche, un palais du figuier (Ho diö) (*) où sera célébrée l’ordination ou abhisekha d’un dignitaire bouddhiste.

(Cette photo illustre un article de François Bizot daté du 7/02/2000. Nous sommes au Wat Tin Thay de Luang Sing au Laos du Nord. Pour en savoir plus vous reporter au site Persée.)

Photo 3 : le pavillon du bain royal ou ho à l’intérieur duquel est assis le roi Rama V lors de son second couronnement le 16 octobre 1873.

Photo 4 : Le pavillon du bain ou ho (หอ) à l’intérieur duquel est assis le roi actuel de Thaïlande, Rama IX lors de son sacre le 5 mai 1950. La cuvette est comme une reconstitution symbolique de l’étang. Les supports du dais sont-ils au nombre de 8 comme les points cardinaux, et en bois de ficus glomerata (Udumbara) ?... il est difficile de l’affirmer, mais il y a de grandes chances pour que ce soit le cas, en tout cas ce dont je suis certain c’est qu’à 10 heures le roi était assis sur le อุทุมพร-ราช-อาสน์ c’est-à-dire le uthumphorn ou udumbara-ratch-at c’est-à-dire le siège royal en bois de ficus glomerata.   

(*) Le palais du figuier s’écrirait – peut-être en Thaïlande – หอเดื่อ (Ho dua) c’est-à-dire le pavillon du ficus glomerata ou plus simplement le pavillon udumbara, nom sanscrit de ce figuier ?!...

  

 

 

L’intronisation védique ou rājasūya se référait au sacre du Dieu Indra.

 

Selon la mythologie hindoue les Asuras ou Rakshasas, des êtres démoniaques, étaient en lutte avec les Suras ou dieux qui s’étaient constitués alors en quatre partis. Ces derniers finirent par comprendre que pour l’emporter sur les démons ils devaient s’unir et désigner un seul et unique chef. Le choix se fit sur Indra.

 

Tandis que Prajāpati le créateur versa sur Indra l’eau du sacre les Vasus (Sphères de l’existence) l’assistèrent en se plaçant à l’Est, les Rudas (Dieux de la vie) au Sud, les Adityas (Principe-souverains) à l’Ouest, les Vishve-devas (Principe-universels) au Nord, les Maruts (Génies des vents) et les Angiras au zénith. Alors Indra était investi d’un pouvoir exceptionnel et se trouvait de ce fait à la tête d’une monarchie universelle d’où les noms de Çakravartin et roi universel désignant les souverains du Sud-est Asiatique.

 

Les trois premiers chapitres du 8ème livre du Rig-véda décrivent cette cérémonie et précisent que l’eau lustrale était un mélange d’eau, de miel, de beurre clarifié, d’un spiritueux, de deux sortes d’herbes et des premières pousses de blé.

 

Dans le Ramayana, pour fêter le retour de Rama dans sa ville d’Ayodhyā (La ville imprenable) l’eau lustrale fut un mélange des eaux des quatre mers (1) que les quatre singes, (1) Rishabha, Djāmbavat, Végādaçi et Soushéna allèrent puiser dans les dites mers et que l’archi-brahme ‘’Viçvāmitra‘’ versa sur Rama … ‘’comme les Vasus eux-mêmes avaient sacré jadis Indra aux mille yeux. ‘(Traduction du Ramayana d’Hippolyte Fauche de 1864)

 

Le bouddhisme a adapté ce rite. Dans le lalitavistara traduit par Edouard Foucaux il est écrit, en pages 88 et 89, que : Bouddha vint au monde  … ‘’sans être souillé‘’ …revêtu du … ‘’vêtement divin de Kaçi‘’ (2) … que ‘’Nanda et Oupananda‘’ les deux nagas royaux baignèrent son corps avec deux jets d’eau, un froid et un chaud, que les rois des quatre points cardinaux le prirent dans leurs bras et que des milliers de boutons de lotus naissaient sous ses pas ?!... (Retenez bien ce paragraphe pour la suite.)

 

 

Au fil des siècles les eaux composant le mélange de l’eau lustrale de l’abhisek ou abhiseka (อภิเสก) (3) varièrent au gré de la surface et de la puissance des royaumes intéressés qui tous copièrent le sacre d’Indra, l’hindouisation était passé par là.

 

Concernant le Siam et par voie de conséquence la Thaïlande, le 5 mai 1950, jour où fut sacré Bhumibol Adulyadej (ภูมิพลอดุลยเดช) sous le nom de Rama IX, l’eau lustrale se constituait des eaux de quatre étangs sacrés (4), de cinq rivières du Siam (5), et de cinq fleuves indiens (6).

 

Concernant le Lanna je n’ai rien trouvé. Mais il y a fort à penser que l’eau lustrale devait aussi se composer des eaux des principales rivières du royaume à savoir : peut-être celles du Mékong pour Mengraï qui fut sacré à Chiang-Saen, une ville au bord du Mékong ; et par la suite, les eaux de la Kok (แม่กอก) (Chiang-Rai), du Ping (แม่ปิง) (Chiang-Mai) du Wang (แม่วัง) (Lampang), voire le Yom (แม่ยม) (Phrae) et le Ing (แม่อิง) (Phayao) ?!...  Ce n’est, je le rappelle, qu’une supposition.

 

Dans tous les cas de figure, des herbes médicinales étaient rajoutées à l’eau et le tout mis à bouillir sous sept buches de bois de Jacquier et de jujube zizyphus. Ces dernières s’embrasaient au moyen d’une mèche de coton allumée par le feu du ciel c’est-à-dire les rayons du soleil qu’un verre approprié aidait à enflammer.

 

 

(1) Le chiffre quatre revient souvent, 4 mers, 4 singes mais aussi … 4 personnes qui vont verser l’eau sur l’élu au moyen d’une coupe fabriquée chacune avec l’un des 4 arbres cosmiques, Nyagrodha (Ficus Bengalensis ou Indica), Udumbara (F. Glomerata ou racemosa), Asvattha (F. Religiosa), Plaksa (F. Lacor).

Ce chiffre 4 symbolise les 4 points cardinaux mais aussi les 4 groupes sociaux indiens, les castes, dont au Lanna le Sangha (religieux), les montry (Hauts dignitaires), le peuple et la famille royale.

(2) Kaçi n’est autre que la ville de Bénarès, où les pèlerins viennent se purifier. Le vêtement divin ou ‘’divyāmbara‘’ sans couleur particulière est celui porté pour le bain de purification.

(3) Il ne faut pas confondre la cérémonie d’ablution ‘’abhisek‘’ ou ‘’abhichéka‘’ (อภิเสก) qui affirme solennellement un titre donné à une personne (roi - moine) avec le sacrifice expiatoire funéraire des rois Indous : abhidgit (a-bid-ji).

(4) Les 4 étangs sacrés sont : le Sa ket (สระเกษ), le Sa keo (สระแก้ว), le Sa Yomma (สระยมนา) et le Sa Khongka (สระคงคา). Ils se situent tous dans la province de Suphan Buri (สุพรรณบุรี). Leurs eaux ont vraisemblablement été utilisées dès les premiers sacres, entre autres celui du prince U Thong ou du roi Phra Ramathibodi 1er (พระรามาธิบดีที่) (1314-1369) de Suphan Bury (La ville d’or) qui fut le fondateur d’Ayutthaya.

Les eaux de ces étangs constituèrent donc, vraisemblablement, l’eau lustrale du Siam des premiers temps.

Ces étangs sacrés sont inscrits au patrimoine thaïlandais et leurs noms ne sont pas sans rappeler les noms des fleuves sacrés indiens ?!....

(5) Les 5 rivières du Siam sont : La Bang Pakong (บางปะกง), le Chaophraya (เจ้าพระยา), le Pasak (ป่าสัก), le Petchaburi (เพชรบุรี), le Ratchabury (ราชบุรี).

L’ajout des eaux des 5 rivières avec celles des eaux des étangs correspond à l’ère d’Ayuttaha c’est-à-dire à partir du XV ou XVIe siècle.

(6) Les 5 fleuves indiens sont : le Gange ou Khongkha (คงคา), la Jamuna ou Yamuna (ยมุนา), le Rapti ou Ajirawadi (อจิรวดี), le Sarju ou Gogra ou Sarabhu ou Soraphu (สรภู) et la Mahi (มหิ).

Ces 5 fleuves ou affluents sacrés sont cités par le sinistre Chuchok (ชูชก) dans le ‘’Maha jāti Kham Luang‘’ (มหาชาติคำหลวง) au 8ème chapitre, intitulé ‘’les enfants‘’ [Kuma (กุมาร)].

Il s’agit du 547ème jātaka, ‘’Wessandorn le prince charitable‘’. Ce Jataka a été écrit de mille et une manières et plus particulièrement vers 1482/83 sous le règne du roi siamois Phra Boromma Trailokkanat (พระบรมไตรโลกนาถ) (1431-1488). Les eaux des 5 fleuves indiens ont du être ‘’incorporé‘’ à l’eau lustrale à l’occasion de la réforme du couronnement de Mongkut ou Rama IV. (Les anciens noms des fleuves sont en rouge.)

 

 

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Photo 1 : Le Wat Pha Khao (วัด ผ้าขาว) refait à neuf extérieurement, son Chédi est encore en travaux. C’est le Wat où le futur roi allait revêtir l’habit du bain ou ‘’divyāmbara‘’. (Photo du 24 janvier 2015)

Photo 2 : L’Intérieur du Wat Pha Khao. (Photo du 24 janvier 2015)

Photo 3 : Wat Muen Toum (วัด หมื่นตูม). C’est le Wat où le futur roi allait se recueillir 3 jours durant pour acquérir des mérites. Au premier plan l’Ubosot et au second le Viharn (Photo du 27 avril 2013).

Photo 4 : L’intérieur du Viharn du Wat Muen Toum lors de l’ordination de jeunes adolescents le 27 avril 2013.

 

 

 

En 1928, l’intronisation du roi Cambodgien Sisowath-Monivong (1875-1927-1941) (1) dura 6 jours, du 20 juillet au 25.

‘’Le bain ou ‘’l'abhicheka‘’ se déroula le 4ème jour. Ce jour là, vêtu de blanc, en compagnie de seize femmes qui chacune tenait un bouton de lotus, le roi se dirigea vers un pavillon à neuf étages construit tout spécialement pour sa consécration à l’eau lustrale. Il y entra et prit place sur une plaque d’or pur, sous laquelle il y avait une plaque d’argent qui était isolée du sol par une couche de feuilles de figuier. (2) Et sur les sons de conques marines et de canonnades, les bakous déversaient sur le souverain l’eau lustrale le lavant de toute impureté …

 

Après sa sortie du bain il était remis au roi une branche de ‘’Chey proek‘’ symbole du pouvoir suprême et du bonheur éternel. (3).‘’

(Extraits d’un très long article du magazine Lectures pour tous de novembre 1928  - Editions Hachette (Paris) 1898-1971)

 

 

La chronique de Chiang-Maï dit que Phaya Meku s’est rendu au Wat Pha Khao (วัด ผ้าขาว) (4) pour changer ses vêtements et revêtir une tenue blanche (Le vêtement divin ou ‘’divyāmbara‘’) ; qu’ensuite il est allé au Wat Muen Toum (วัด หมื่นตูม) (5) pour assister à une cérémonie faite de prières pour acquérir des mérites et éviter de futures catastrophes. Il resta dans ce Wat durant trois nuits.

 

L’auteur du livret consacré au Wat Chet Lin poursuit : ‘’Du Wat Muen Toum il est allé au Wat Chet Lin recevoir l’eau du bain. C’est le brahmane royal qui célébra la cérémonie d’aspersion. L’eau muratapiseg fut versée au moyen d’une coquille de conque recouverte d'or. Elle s’écoula dans chacune des 7 petites conduites en or avant de se répandre sur la personne royale‘’point.

 

Pour réduire ce passage à sa plus simple expression c’est que l’auteur, comme moi, n’a pas du avoir accès à des archives, si tant est qu’ils y en aient. Alors comme le Lanna est pris en tenailles entre le Siam et le Laos, que c’est aussi un royaume bouddhique theravada, le texte qui va suivre devrait permettre au lecteur d’avoir une meilleure idée d’un sacre au Lanna. Il s’agit d’un reportage d’Alfred Raquez (1865-1907), que j’ai résumé, au sujet du sacre du roi Lao Sisavong Vong (1885-1959) couronné à Luang Prabang au Wat Xieng Thong en 1905. 

 

‘’Ce sont les brahmes qui ont déterminé la date du sacre et les moines bouddhistes à qui incombe de faire observer les rites millénaires … c’est l’upahat (Vice-roi) qui reçoit le blanc et royal visiteur assis sur un trône à 5 mètres de hauteur … la tradition veut que ce soient deux fillettes et deux garçons qui versent l’eau lustrale avec des gargoulettes d’une antiquité vénérable, (Donc …4 enfants). Puis ce sont les brahmes, les chetty (hauts dignitaires) et le peuple qui asperge le ‘’Chau Sivit‘’ ou ‘’Maître de la vie.’’.

 

 

 

(1) Le roi Cambodgien Sisowath-Monivong fut roi en 1927 mais couronné en 1928.

(2) Le figuier est vraisemblablement le figuier des figuiers c’est-à-dire le Ficus glomerata Roxb appelé aussi ficus racemosa et en sanscrit Udumbara (औदुम्बर). C’est l’arbre de Prajapati le créateur, et sous lequel sont nés les cinq bouddhas.

 

François Bizot écrivait en l’an 2000 que, dans le nord Laos où … ‘’les fidèles de parler môn-khmer dont la bouddhisation fut peut-être antérieure à celle des Taïs (XIVe siècle) qui les entourent‘’ … et où il n’y a pas d’Ubosot (hall d’ordination), les ordinations avaient lieu dans un palais spécial, le palais du figuier (Ho diö) (หอดิว) confectionné pour l’occasion, dont les piliers et la couverture proviennent uniquement du ficus racemosa.

L’auteur du livret concernant le Wat Chet Lin écrit qu’au Lanna le patriarche suprême ou Sangharaja était ordonné avec de l’eau lustrale dans l’Ubosot ou à défaut dans une ‘’maison temporaire en bambou‘’ à l’avant du temple.

Il y a de grandes chances pour que la maison dite … en bambou fut constituée de piliers et d’une couverture provenant du … ficus racemosa ?!... 

 

(3) Le ‘’Chey proek‘’ se traduit par : ‘’victoire‘’ pour chey un mot issu du sanscrit (जय) et, ‘’arbre‘’ pour ‘’proek‘’ ou ‘pruk‘’ ou encore ‘’pruc‘’ qui lui vient du pali, la langue sacrée que ne parle pas le peuple Khmer. C’est pourquoi le Cambodgien de la rue emploie le mot ‘’chhú‘’ et non ‘’proek‘’ pour désigner un arbre.

Cet arbre de la victoire n’est autre que le cassia fistula Lin. qui en Thaïlande, mais d’abord au Siam portait le nom de ‘’Ratchaphruek‘’ (ราชพฤกษ์) c’est-à-dire le ‘’royal-arbre‘’ ou ‘’L’arbre royal‘’.

Le bâton de marche de Rama Ier était en bois de ratchaphruek recouvert d’or. C’est aujourd’hui l’emblème de la Thaïlande et de son roi. En Inde les fleurs du cassia fistula (fleurs de konna) sont offertes au dieu Vishnu dont Rama 1er et Rama IX sont la réincarnation de l’une de ses formes ou avatars. (Hari). Vishnu a pour monture … Garuda qui est aussi un emblème de la Thaïlande … CQFD !.... 

(4) Le nom du Wat Phākhao (วัด ผ้าขาว) peut se traduire par … ‘’le temple de la tenue blanche‘’. Le mot Phā (ผ้า) signifie tissu et étoffe. Il s’emploie aussi comme un préfixe. Ainsi les 7 pièces de l’habit monastique commencent toutes par … ‘’phā‘’. Le mot Khao se traduit par … ‘’blanc‘’.

(5) Le nom du Wat Muen Toum (วัด หมื่นตูม) peut se traduire par … ‘’le temple des dix mille boutons floraux‘’. L’adjectif Muen (หมื่น) signifie dix-mille et le mot Tum (Toom) (ตูม) bouton. Dans le cas présent il sous-entend bouton … de lotus.

 

 

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Photo 1 : Une peinture murale sur la naissance de Bouddha prise au Wat Phra That Si Chom Thong Worawihan (วัดพระธาตุศรีจอมทองวรวิหาร) de Chom Thong – province de Chiang-Mai, le 15 février 2014.
Photo 2 : Un buste du roi Cambodgien Sisowath-Monivong (1875-1927-1941) réalisé par le sculpteur Paul Ducuing (1867/1868-1949).
Photo 3 : Une coupe d’eau lustrale ou consacrée (น้ำพระพิพัฒน์สัตยา) photographiée au Wat Phan On (วัดพันอ้น) de Chiang-Mai en mars 2011.Dans cette eau lustrale surnagent : 2 ‘’citrus hystrix‘’ ou ‘’ma krut‘’ (มะกรูด), des fleurs jaunes de ‘’Tagetes erecta Lin‘’ ou roses d’Inde ou encore Dao Luang (ดาวเหลือง), des éléments d’acacia concinna DC ou Som Poï (ส้มป่อย), des éclats blancs de ‘’Khao Tok‘’ (ข้าวตอก) c’est-à-dire de ‘’riz sauté‘’. Ces herbes médicinales peuvent changer selon les régions.
Photo 4 : Un tableau du Wat Ming Muang (วัดมิ่งเมือง) de Chiang-Rai représentant le bain de Bouddha – On y voit 2 éléphants célestes qui, sur le tableau, n’ont pas l’air céleste au sens occidental du terme, mais ils le sont ; chacun verse de l’eau, froide pour l’un et chaude pour l’autre. Là encore cela ne se voit pas, ni même ne se devine, mais c’est ainsi. (Photo du 11 décembre 2013)

 

 

 En conclusion :

 

Le Wat Chet Lin n’est pas l’un des Wats de Chiang-Mai qu’il faut voir à tout prix. Sa rénovation est d’un style Lanna XXe siècle fait de briques rouges avec un Viharn qui rappel beaucoup plus ceux de ‘’Bangkok‘’ que ceux de la région où il s’élève c’est-à-dire … le Lanna.

Cependant l’endroit vaut le coup d’œil, d’autant qu’il est accueillant et d’après son supérieur Phra Maha Wisanu Jarudhammo le Bouddha de son Viharn, celui qui a été restauré, serait l’un des plus beaux Bouddha de Chiang-Mai ; ce qui n’est pas faux.

 

Par contre le visiteur est à des lieux d’imaginer ce que fut autrefois le rôle du Wat Chet Lin, et c’est bien dommage ?!...

Ce Wat, à l’instar du Wat Sadu Muang, devrait ouvrir un petit musée ayant pour thème le sacre des rois du Lanna et les origines de ses rites ?!...

 

 

En lisant quelques uns des textes sacrés, comme par exemple le lalitavistara, consacrés à la naissance de Bouddha et en regardant les peintures murales qui en ont résulté, il ne fait aucun doute que leurs auteurs ont pris pour model le sacre d’Indra.

 

Autrement écrit, et en résumé de résumés, les sacres des rois du Sud-est asiatique se réfèrent à la naissance de Bouddha qui elle-même a pris pour model le sacre du dieu Indra. De ce fait le terme de Bouddharāja est devenu synonyme de Cakhravartin ou roi universel, étant entendu que chacun de ces mots à des résonnances particulières qui lui sont propres.

 

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                     Un dernier regard sur le Wat Chet Lin : son pont et son étang

Photo 1 : En 2008 un pont de bambous traversait l’étang.

Photo 2 : Quatre ans plus tard, en 2012, un pont en dur remplace le bambou.

Photo 3 : Le pont lors de la grande fête annuelle du 10 avril. C’était en 2013.

Photo 4 : Courant 2014 un portique a été construit à l’entrée du pont. 

 

 

 

Bref !... un Wat sans histoire mais dont l’histoire méritait bien ces quelques lignes. Vous ne trouvez pas ?....

 

 

 

                                                                   Jean de la Mainate janvier 2015

 

 

 



30/01/2015
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