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WESSANDORN, LE PRINCE CHARITABLE - 547ème JATAKA 5/6


WESSANDORN, LE PRINCE CHARITABLE -  547ème JATAKA 5/6

(L'avant dernière renaissance du futur bouddha Sakamuni.)

                               มหาเวสสันดรชาดก

         (Maha Wetsandon Chadok) ou (Maha Wessandon Chadok)

                                   Et aussi Vessantara jātakā

 

                        - Cinquième Chronique –

        … et deuxième partie de la Troisième partie …

 

 

 

Les jātakā-s sont à l'origine, des contes populaires. Alors dans la présente chronique le jātakā intitulé ''Wessandorn le Prince charitable'' est réécrit très librement comme s'il était un conte occidental mais, en prenant soin de ne rien enlever à son contenu symbolique et religieux.

L'objet de ce  jātakā est de mettre en valeur le don de soi. Ce don est la 1ère des 10 vertus qu'un ''bodhisattva'', c'est-à-dire un être destiné à recevoir l'illumination pour ensuite devenir un Bouddha, doit faire sienne par un mode de vie adéquate au cours de ses différentes réincarnations.

En conséquence ce jātakā narre et détaille le parcours qui a conduit le ''bodhisattva'' ou le prince Wessandorn à porter à son paroxysme ce don de soi dont l'acte ultime de générosité est de donner son corps, ses yeux et son sang.

 

Nota bene :

Pour en savoir plus sur l'origine des jātakās, et comment la peinture murale du Lanna s'est éteinte et a été remplacée par des fresques communes à toute la Thaïlande, veuillez vous reporter à la 1ère chronique de cette série.

 

 

Résumé : Le dieu Indra, du haut des cieux veille au bon déroulement de la dernière réincarnation du futur Bouddha, que tout un chacun connaît alors sous le nom de prince Wessandorn.

La générosité de cet homme inquiète et comble tout à la fois son père, le roi Sanjay, (สัญชัย) car si le don est un acte louable, il ne doit pas pour autant porter préjudice au royaume.

Or Wessandorn va commettre l'irréparable en offrant le palladium du royaume, un éléphant blanc, au roi voisin. Cette offrande insensée va lui valoir d'être condamné à l'exil.

L'épouse du prince, la princesse Mathri, (พระนางมัทรี) tient à suivre son mari avec leurs deux enfants.

Après une longue marche au travers de la forêt des austérités les exilés arrivent à un ermitage. Et là, ils délaissent leurs vêtements royaux pour se couvrir de peaux de bêtes et commencer une vie de méditation et de contemplation.

 

                      

 

 

Fresque réalisée par des T'aï Yai, donc des Shans au début du XXe siècle. (Vers les années 1900).

Photo 1 : Une fresque murale du Wat Buak Krok Luang (วัดบวกครกหลวง) de Chiang-Mai hors les murs (Est) de plus de 120 ans (en 2013) qui avec celles du viharn Lai Kham (วิหารลายคำ) du Wat Phra Singh Woramahaviharn (วัดพระสิงห์วรมหาวิหาร) de Chiang-Maï intra-muros, sont les deux plus anciennes peintures murales de la région de Chiang-Mai. (Il y en existe encore dans d'autres villes du Lanna, mais l'objet de ce site est Chiang-Mai et ses environs proches.)

 

Cette fresque est de style Lanna, et illustre le jātakā ''Wessandorn le Prince charitable'' ou ''Vessantara'' au moyen de nombreuses scènes entremêlées qui au fur et à mesure du conte seront reprises en gros plans.

 

 

 

Chapitre 5 : CHUCHOK

กัณฑ์ที่ 5 : CHUCHOK (ชูชก) - (un chapitre de 79 stances)

 

Chuchok était un vieux brahmane dont la pingrerie, voire l'avarice, n'avait d'égal que sa méchanceté !...

Ainsi pour avoir prêté quelques argents à un brahmane, qui fut dans l'impossibilité d'honorer sa dette le moment venu, il exigea de cet homme … la main de sa fille, la belle et jeune Nang Amittada. (นางอมิตตดา).

 

Au début de leur vie commune, Chuchok n'eut qu'à se féliciter de sa … ''bonne affaire'', car Amittada était un exemple de serviabilité et de … servilité !... Ce qui eut pour conséquence de rendre jaloux les jeunes brahmanes des environs, qui donnèrent Amittada en exemple à leurs épouses.

 

Amittada était la seule femme mariée du village à ne pas avoir d'esclaves et à accomplir les tâches les plus dégradantes.

Autrement dit, toutes les conditions étaient réunies pour que les commérages et les médisances de ses voisines commençassent à aller bon train au sujet de Nang Amittada !...

 

De fait, au fil des jours et très vite, Amittada devint la risée de toutes les femmes du village, au point qu'elle commença par les éviter, puis à ne plus vouloir sortir de chez elle, et enfin à exiger de Chuchok … des esclaves, comme les femmes des autres brahmanes.

Pour obtenir gain de cause, elle menaça même Chuchok de s'adonner à la coquetterie et de se rendre à toutes les fêtes de villages pour provoquer et aguicher les jeunes garçons.

 

     

 

 

 

                 Illustrations de ''Chuchok'' ou ''Amittada l'épouse de Chuchok''

 

                                                                   En Isaan

 

Peinture réalisée au début du XXe siècle. (Vers les années 1920).

Photo 1 : Un extrait d'une fresque murale du Wat Sanuan Wari Phatthanaram (วัดสนวนวารีพัฒนาราม) de la province de Khon Kaen (ขอนแก่น).

 

                                                                   Au Lanna

 

Peinture réalisée vers la fin du milieu du XXe siècle. (Avant les années 1950).

Photo 3 : Une peinture murale du viharn du Wat Bouppharam (วัดบุพพาราม) de Chiang-Mai hors les murs. (Est).

 

Peinture réalisée à partir du milieu de XXe siècle. (A partir des années 1950).

Photo 2 : Une peinture murale du viharn du Wat Fa Ham (วัดฟ้าฮ่าม) de Chiang-Mai hors les murs. (Nord-est).

 

 

 

Contraint à trouver une solution Chuchok se mit à chercher celle qui lui coûterait la moins chère. Ce fut alors qu'Amittada lui suggéra que le prince Wessandorn pourrait leur faire l'aumône de ses enfants, et que ces derniers feraient d'excellents esclaves !…

 

L'idée était séduisante et peu coûteuse, pourtant Chuchok commença par hésiter, puis devant l'insistance de sa femme il se revêtit d'un habit d'anachorète, mit sur son épaule les provisions nécessaires à son équipée et, d'un pas alerte et décidé prit la direction de la ville de Sivi  dans l'intention de connaître le lieu d'exil du prince Wessandorn et sa famille.

 

A Sivi il fut plutôt mal reçu. Car si les habitants avaient demandé que le prince Wessandorn soit exilé, au fond de leur cœur l'amour pour leur prince était toujours aussi vivace, et ils ne voulaient à aucun prix qu'un inconnu aille importuner leur prince.

Prudent, Chuchok prit les jambes à son cou et quitta la ville … plus vite qu'il n'y était entré.

 

Comme les desseins d'Indra devaient s'accomplir, Chuchok finit par obtenir le renseignement qu'il cherchait.

De ce fait, fort de son information, très vite, il arriva à l'orée de la petite forêt, une forêt qui précède celle … des austérités.

Comme Chuchok croyait alors avoir atteint son but, il ne put s'empêcher de laisser échapper un rire de victoire sarcastique,  puis de pénétrer sous les frondaisons en improvisant un pas de danse que rythmait son rire diabolique.

Mais … il n'avait pas fait 10 pas dans cette petite forêt que, tout d'un coup, une meute de chiens hurlants se mit à fondre sur lui !...

 

        

 

 

 

                 Illustrations de ''Chuchok'' ou ''Amittada l'épouse de Chuchok''

 

                                                                   Au Lanna

 

Peinture réalisée fin du XXe et début du XXIe siècle. (Néo-Lanna) (A partir des années 1990 … environ.)

 

Photo 1 & 2 : Une peinture murale du viharn du Wat Ta Maï I (วัดท่าใหม่อิ) de Chiang-Mai hors les murs. (Sud).

 

Photo 3 &42 : Une peinture murale du viharn du Wat Sri Ping Muang (วัดศรีปิงเมือง) de Chiang-Mai hors les murs. (Sud).

 

 

 

Chapitre 6 : LA PETITE FORET

กัณฑ์ที่ 6 : CHULAPHON (จุลพน   ) - (un chapitre de 35 stances)

 

Pour échapper à la meute de chiens Chuchok n'avait pas trouvé d'autre solution que de grimper au premier arbre venu.

La peur lui avait fait accomplir un tour de force. Jamais Chuchok n'aurait imaginé qu'à son âge il était capable d'une telle prouesse. Mais maintenant qu'il avait mis de la distance entre lui et les chiens, il devait trouver une solution pour se tirer d'affaire ?!...

Ce fut alors que l'idée d'appeler à son secours le prince Wessandorn lui traversa l'esprit car, qui d'autre dans cette forêt pouvait l'aider et surtout … l'entendre ?...

 

Alors au milieu des aboiements, Chuchok tenta désespérément de se faire entendre du prince. Mais Wessandorn se trouvait beaucoup trop loin de Chuchok pour percevoir le moindre appel au secours.

 

Soudain !... tandis que Chuchok s'égosillait à appeler à l'aide, les chiens cessèrent d'aboyer ; et un homme, armé d'un arc tendu dont la flèche était pointée vers Chuchok, fit son apparition.

 

C'était le chasseur Chetabut, (พราน เจตบุตร) ; celui que le roi Matula avait chargé de veiller sur la sécurité du prince et de sa famille.

Chetabut était un homme grand, fort et au parlé franc. Alors avant même d'entendre Chuchok il lui dit que sa mission était de mettre en fuite tous ceux qui venaient demander l'aumône au prince Wessandorn ; et qu'il n'hésitait pas à lâcher ses chiens aux trousses des importuns et de décocher ses flèches sur eux, quand ils faisaient semblant de ne pas comprendre !...

 

     

 

 

 

            Illustrations de ''Chulaphon'' ou ''Chuchok et le Chasseur Chetabut''

 

                                                                   Au Lanna

 

 Fresque réalisée au milieu du XIXe siècle. (Vers les années 1830).

Photo 1 : Un extrait d'une fresque murale du viharn Lai Kham (วิหารลายคำ) du Wat Phra Singh (วัดพระสิงห์วรมหาวิหาร) de Chiang-Mai intra-muros.

Cette fresque ne concerne pas le présent Jātakā, mais permet de découvrir l'un des styles Lanna de l'époque, l'un des plus anciens pour le présent extrait mais … influencé par l'art de Bangkok. (*)

 

Fresque réalisée au début du XXe siècle. (Vers les années 1900).

Photo 2 : Un extrait d'une fresque murale du viharn du Wat Buak Krok Luang (วัดบวกครกหลวง) de Chiang-Mai hors les murs (Est). Cette fresque aurait été peinte par des t'ais Yai, c'est-à-dire des Shans !... De ce fait, son style diffère de l'extrait précédant.

 

Peinture réalisée par des Shans à une époque indéterminée ?!...

Photo 3 : Un extrait d'une fresque murale de l'ubosot du Wat Pa Pao (วัดป่าเป่า) de Chiang-Mai hors les murs (Nord) – Ce Wat est fréquenté par des Shans, un royaume du nord-est de la Birmanie, ce qui explique les tenues vestimentaires des personnages.

 

(*) Le viharn Lai Kham aurait été construit vers 1820 sous le règne du Chao Chang Puak connu aussi sous le nom de Phraya Thammalangka ou Dharmmalanka (1746-1816-1821) (ธรรมลังกา) frère de Phra Chao Kawila, (พระเจ้ากวิละ) (1742-1782-1815) le ''roi'' de Chiang-Maï à ''l'écoute'' de Bangkok, son prédécesseur.

Les fresques auraient été peintes dans la continuité des travaux par un artiste local jek Seng (เจ็กเส็ง) et … sous l'œil attentif de Chao kawirorot Suriyawong (เจ้ากวิโรรสุริยวงศ์) (1799 (?) -1870), appelé aussi Chao Chiwit Ao, (เจ้าชีวิตอ้าว) l'un des deux fils de Phra Chao Kawila qui règnera de 1856 à 1870 sous le nom de Kawilorot (กาวิโลรส). Ce sera l'avant dernier roi de Chiang-Maï.  

 

 

Comme Chuchok tenait à la vie, mais aussi à ses esclaves, il ne vit pas d'autre solution que de mentir de façon éhontée au chasseur. Alors avec une assurance inouïe et un aplomb inimaginable, il raconta qu'il était envoyé par le roi de Sivi pour annoncer au prince Wessandorn la fin de son exil et son retour auprès de son père.

Chetabut était un homme grand, fort mais … quelque peu naïf !... Comme il était ravi d'entendre une telle nouvelle, il ne soupçonna pas un seul instant qu'elle pouvait être mensongère !...

 

Alors, faisant une confiance aveugle au rusé et malhonnête Chuchok, le chasseur l'invita à partager son repas, et lui indiqua le chemin pour se rendre chez le seul homme capable de le conduire auprès du prince Wessandorn et sa petite famille.

C'était, disait-il, un ermite aux dents blanches, aux cheveux poussiéreux, et en constante méditation.

 

Chuchok remercia une dernière fois le chasseur Chetabut et, selon les règles de politesse d'usage, il tourna trois fois autour du chasseur en ayant prit soin que l'homme soit de son côté droit. (*) Puis il s'engagea dans le sentier qui devait le conduire à l'ermite aux dents blanches, aux cheveux poussiéreux et … en constante méditation.

 

 

(*) Cette pratique porte le nom de ''pradaksina''. Il s'agit d'un rituel propre au bouddhisme et à l'hindouisme qui consiste à tourner, souvent en procession, une ou plusieurs fois autour de quelque chose ou de quelqu'un, mis à l'honneur. Le sens de rotation dépend du type de cérémonie. Lors d'une pradaksina funèbre le ''piéton'' marche en tournant dans le sens contraire des aiguilles d'une montre (épaule gauche du côté de l'axe autour duquel tourne le piéton) alors que dans la pradaksina ordinaire ou honorifique le piéton marche en tournant dans le sens des aiguilles d'une montre (épaule droite du côté de l'axe autour duquel tourne le piéton) … comme dans ce conte.

 

 

     

 

 

 

           Illustrations de '' Chulaphon'' ou ''Chuchok et le Chasseur Chetabut''.

 

                                                                   Au Lanna

 

Peinture réalisée vers la fin du milieu du XXe siècle. (Avant les années 1950).

Photo 1 : Une peinture murale du viharn du Wat Bouppharam (วัดบุพพาราม) de Chiang-Mai hors les murs. (Est)

.

Peinture réalisée à partir du milieu de XXe siècle. (A partir des années 1950).

Photo 2 : Une peinture murale du viharn du Wat Chiang Yuen (วัดเชียงยืน) de Chiang-Mai hors les murs. (Nord).

 

Peinture réalisée fin du XXe et début du XXIe siècle. (Néo-Lanna) (A partir des années 1990 … environ.)

Photo 3 : Un extrait d'une fresque néo-Lanna du viharn du Wat Loi Khro (วัดลอยเคราะห์) de Chiang-Mai hors les murs (Est).    

 

 

Chapitre 7 : LA GRANDE FORET

กัณฑ์ที่ 7 : MAHAPHON (มหาพน) - (un chapitre de 80 stances)

 

La grande forêt portait bien son nom. Non seulement elle était immensément grande, mais peu engageante.

Le chemin que suivait Chuchok et dont il évitait de s'écarter, n'en finissait pas de défiler sous ses pas. La fatigue aidant, il avait même acquis la certitude que les mauvais esprits se jouaient de lui car … plus il avançait et plus le bout du chemin s'éloignait de lui !...

Et puis, contre toute attente et loin devant lui, sous quelques branchages entassés maladroitement, il aperçut une silhouette toute blanche qui pouvait être celle d'un homme en méditation.

Alors Chuchok, oubliant sa fatigue et sa mauvaise humeur, se composa l'apparence d'un individu affable. Puis lorsqu'il fut satisfait de sa composition il se dirigea vers l'abri de branchages en trainant les pieds dans l'intention de susciter la pitié et la commisération de son occupant.

 

     

 

 

 

Mise en parallèle de deux styles de fresques originaires de deux régions différentes.

 

                                                                   En Isaan

 

Peinture réalisée au début du XXe siècle. (Vers les années 1920).

Photo 1 : Une fresque murale du Wat Ban Lan (วัดบ้านลาน) de la province de Khon Kaen (ขอนแก่น) racontant le Wessantara jātakā. (Avec ce qui a déjà été écrit le lecteur est en mesure de reconnaître certaines scènes.)

 

Photo 2 : Un gros plan de Chuchok extrait d'une fresque murale du Wat Ban Yang (วัดบ้านยาง) de la province de Maha Sarakham (มหาสารคาม).

 

                                                                   Au Lanna

 

Fresque réalisée au début du XXe siècle. (Vers les années 1900).

Photo 3 : Une fresque murale du viharn du Wat Buak Krok Luang (วัดบวกครกหลวง) de Chiang-Mai hors les murs (Est).

 

 

L'individu qui se trouvait sous les branchages était bien comme le chasseur Chetabut l'avait décrit. C'était un homme aux dents blanches, aux cheveux poussiéreux et … en méditation.

Certain d'être en présence de l'ermite, Chuchok se montra d'une amabilité sans pareille.

Cet excès de politesse et de respect éveilla la méfiance de l'ermite ; mais celui-ci respectueux des usages invita son visiteur à partager son frugal repas.

Mettant à profit ce moment d'intimité et faisant du mensonge un art, Chuchok raconta à l'ermite les mêmes balivernes qu'au chasseur ; il était soi-disant un messager du roi de Sivi qui allait annoncer au prince Wessandorn la fin de son exil. ''

Cette fois encore, comme le chasseur, l'ermite aux dents blanches et aux cheveux poussiéreux, ravi d'entendre une telle nouvelle, ne soupçonna pas un seul instant qu'elle pouvait être mensongère !...

 

Alors, faisant une confiance aveugle au rusé et malhonnête Chuchok, l'ermite l'invita à se reposer jusqu'au matin, et à l'aube du jour suivant l'ermite, aux dents blanches et aux cheveux poussiéreux, lui indiqua le chemin conduisant à l'ermitage du prince Wessandorn.

Chuchok remercia l'ermite aux dents blanches et aux cheveux poussiéreux une dernière fois et, selon les règles de politesse d'usage, il tourna trois fois autour de lui en ayant prit soin que l'homme fût de son côté droit. Puis il s'engagea dans le sentier qui devait le conduire à destination.

 

    

 

 

 

                     Illustrations de ''La grande forêt'' ou ''Chuchok et l'ermite''.

 

                                                                   Au Lanna

 

Peinture réalisée vers la fin du milieu du XXe siècle. (Avant les années 1950).

Photo 1 : Une peinture murale du viharn du Wat Bouppharam (วัดบุพพาราม) de Chiang-Mai hors les murs. (Est)

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Peinture réalisée à partir du milieu de XXe siècle. (A partir des années 1950).

Photo 2 : Une peinture murale du viharn du Wat Dok Uang (วัดอกเอื้อง) de Chiang-Mai intra-muros.

 

Peinture réalisée fin du XXe et début du XXIe siècle. (Néo-Lanna) (A partir des années 1990 … environ.)

Photo 3 : Un extrait d'une fresque néo-Lanna du viharn du Wat Loi Khro (วัดลอยเคราะห์) de Chiang-Mai hors les murs (Est).    

 

 

Chapitre 8 : LES ENFANTS

กัณฑ์ที่ 8 : KUMA (กุมาร) (un chapitre de 100 stances)

 

Le sentier forestier qu'emprunta Chuchok n'était pas bien large, mais sa longueur semblait sans fin. Car Chuchok, qui avait marché toute la journée, voyait le soleil décliner, l'obscurité s'abattre autour de lui, sans que le moindre indice lui permît de savoir s'il était ou non … prêt de son but.

Comme il n'était pas très courageux, et qu'il craignait les mauvais esprits tout autant que les fauves, il quitta le sentier pour installer son hamac quelques mètres plus loin, afin d'y passer la nuit.

 

Alors péniblement il grimpa le long d'un arbre, et le plus haut possible, afin de fixer l'une des extrémités de sa couche. Sa besogne allait toucher à sa fin quand il aperçu  la rive du lac Mucalinda et, tout à côté les deux salas de la retraite princière.

Ne se sentant plus de joie, sa première intention fut d'aller demander l'aumône sans attendre le lendemain ; mais il se ravisa en pensant que les femmes n'étaient pas aussi généreuses que les hommes et qu'il valait mieux attendre le départ de la princesse Mathri pour demander à son mari l'aumône des enfants.

Fatigué, mais l'âme sereine, Chuchok s'enveloppa dans son hamac pour se protéger des piqûres des insectes, mais … ne s'endormit cette nuit là … que d'un œil !...

 

A quelques mètres de là, durant cette même nuit, la princesse Mathri fit un cauchemar terrible. Elle eut la vision d'un méchant vieillard qui lui dépeçait la poitrine à coups de poignard pour en extirper son cœur.

La scène fut si violente qu'elle se réveilla en sursaut et éprouva le besoin d'aller sur le champ la raconter à son mari pour lui en demander la signification.

En écoutant son épouse Wessandorn comprit que son destin allait s'accomplir et que l'heure de donner ses enfants était proche

Cependant, pour ne pas inquiéter sa femme, il la réconforta et la rassura du mieux qu'il pût en lui conseillant de retourner dans sa sala et d'y chercher le sommeil. Les deux époux, en plus de se vouer à la méditation, avaient fait vœux de chasteté.

 

Au petit matin, comme à son habitude, mais avec le cœur tout retourné, Mathri s'en alla cueillir des fruits et puiser de l'eau pour toute la famille.

 

Chuchok, qui depuis sa couche aérienne guettait son départ, attendit qu'elle fut hors de vue pour mettre pied à terre et se diriger vers la sala où se tenait Wessandorn.

 

Le prince qui l'avait vu venir demanda à son fils Jali d'aller l'accueillir et de l'aider. Chuchok ne trouva rien de mieux que de rabrouer l'enfant et de lui donner un coup de bâton pour qu'il dégageât de son chemin.

 

Quand il fut en présence de Wessandorn, Chuchok le salua avec une déférence pour le moins douteuse et, avant même de porter à sa bouche l'un des fruits qui venait de lui être offert, il demanda l'aumône des enfants à Wessandorn, craignant que le retour de la princesse Mathri ne vienne compromettre l'aumône.

Le prince Wessandorn dévisagea longuement Chuchok, et pensa que les dieux ne lui épargnaient rien. Devait-il vraiment confier ses enfants à un homme aussi vil et méprisable ?...

 

Puis reprenant mentalement sa litanie habituelle, Wessandorn se dit : ''Je ne dois pas m'attacher aux biens que je possède. Si je devais donner mes yeux pour que les aveugles voient, mon cœur et mon sang pour que les malades retrouvent la santé je le ferai avec le plus grand des plaisirs, car il n'y a pas de plus grand don que celui de sa personne. Alors je ne peux pas lui refuser de lui donner mes enfants. ''.

Enfin, fixant Chuchok les yeux dans les yeux, il lui dit : ''Que ce don vous soit profitable mais promettez-moi, si un jour vous n'avez plus besoin de mes enfants, de les emmener chez leurs grands parents, le roi Sanjay et la reine Phusadi qui règnent sur le royaume de Sivi. ''

''Vos deux enfants demeureront toujours dans ma maison. Ils seront les esclaves de ma femme et n'auront aucune raison d'être conduits chez vos parents'' lui répondit l'abominable vieillard.

 

Puis attirant brutalement les enfants à lui, il les ligota sans ménagement et les emmena à sa suite attachés l'un derrière l'autre.

 

    

 

 

 

                         Illustrations des ''Enfants'' ou ''L'offrande des enfants''

 

                                                                   En Isaan

 

Peinture réalisée au début du XXe siècle. (Vers les années 1920).

Photo 1 : Une fresque murale du Wat Ban Lan (วัดบ้านลาน) de la province de Khon Kaen (ขอนแก่น). Chuchok tient les enfants en laisse.

 

                                                                   Au Lanna

 

Fresque réalisée au début du XXe siècle. (Vers les années 1900).

Photo 2 : Un extrait d'une fresque murale du viharn du Wat Buak Krok Luang (วัดบวกครกหลวง) de Chiang-Mai hors les murs (Est). Cette fresque aurait été peinte par des t'ais Yai, c'est-à-dire des Shans !... Chuchok demande l'aumône des enfants.

 

Peinture réalisée par des Shans à une époque indéterminée ?!...

Photo 3 : Un extrait d'une fresque murale de l'ubosot du Wat Pa Pao (วัดป่าเป่า) de Chiang-Mai hors les murs (Nord) – A gauche : Chuchok tient les enfants en laisse – A droite : Chuchok se repose en haut d'un arbre alors que les enfants passe la nuit au pied de cet arbre.

Ce Wat est fréquenté par des Shans, un royaume du nord-est de la Birmanie, ce qui explique les tenues vestimentaires des personnages.

 

 

 

Chemin faisant, pour manifester sa joie et épater les enfants, Chuchok, au gré de sa fantaisie, balançait quelques coups de pied dans des touffes d'herbes où des mottes de terre qu'il lui était impossible de rater.

Ce fut après un tel exploit, en se retournant vers les enfants avec un rictus de satisfaction, qu'il trébucha, s'étala de tout son long, et, que les enfants se détachèrent et allèrent se cacher sous des feuilles de lotus à quelques pas des salas de leurs parents. (*)

 

Furieux de s'être ridiculisé et surtout d'avoir vu fuir ses esclaves sans pouvoir les retenir, Chuchok retourna auprès de Wessandorn réclamer ses biens et l'accusa de duplicité sans la moindre retenu.

 

Le prince charitable présenta ses excuses, et certain que ses enfants ne pouvaient être qu'à quelques pas de lui, il les pria de revenir en leur expliquant qu'il devait les donner pour parfaire le cycle de ses aumônes et atteindre, grâce à leur don, à l'extinction du désir et de la possession.

 

Alors les deux enfants … obéissant, sortirent de leur cachette … en larmes … et allèrent se cramponner après les jambes de leur père qui se trouvait dans l'impossibilité de retenir ses propres pleurs. Car il savait qu'il avait donné les … ''prunelles de ses yeux'' ou ses … ''plus précieux trésors'' à l'homme le plus méprisable qui soit !...

Cette scène ne pouvait pas laisser insensible les cœurs les plus endurcis. Mais … encore fallait-il avoir un cœur, et visiblement Chuchok n'en avait pas.

 

Chuchok brisa cet hymne à la famille sans le moindre état d'âme, il arracha les enfants des jambes de leur père et entendit les corriger, sur le champ, pour s'être enfuis !...

En le voyant faire, Wessandorn serra les dents, puis ne pouvant voir battre ses enfants plus longtemps, il prit la parole sur un ton qui imposait le silence, et dit: ''Mes enfants sont de sang royal, s'il vous venait à l'esprit de les revendre souvenez-vous que chacun d'eux vaut mille barres d'or, cent esclaves hommes, cent esclaves femmes, cent chevaux, cent éléphants et cent bœufs. ''

Surpris par le ton de Wessandorn, Chuchok cessa d'emblée ses maltraitances. Puis encore sous le choc de cette annonce et l'espèce de magnétisme de Wessandorn, il étendit les mains machinalement.

Car pour lui signifier que son don était irréversible et sans duplicité, le prince Wessandorn était allé quérir une cruche d'eau qu'il versa sur les mains de l'infâme bonhomme.

 

En sentant l'eau couler sur ses mains Chuchok retrouva ses esprits et esquissa un sourire, qui n'en était pas un, puis, en évitant de croiser le regard du prince, avec nervosité il renoua des lianes autour des poignés des enfants et … cette fois … de leurs chevilles.

 

Tandis que le trio mené par Chuchok, s'éloignait de l'ermitage, que les enfants suppliaient à cor et à cri leur père, Wessandorn au beau milieu de sa sala serrait les poings pour ne pas commettre l'irréparable.

Un temps durant le prince Wessandorn aurait volontiers tranché la gorge à cet homme malfaisant s'il avait trouvé l'instrument nécessaire !...

 

Mais le dieu Indra qui veillait au bon déroulement de la renaissance du Bodhisattva avait auparavant fait disparaître  … tout objet tranchant.

 

Alors Wessandorn se détendit et … retomba en méditation.

 

(*) Dans une autre version les enfants s'en vont se cacher après avoir entendu la conversation entre leur père et Chuchok.

 

 

    

 

 

 

                         Illustrations des ''Enfants'' ou ''L'offrande des enfants''

 

                                                                   Au Lanna

 

Peinture réalisée vers la fin du milieu du XXe siècle. (Avant les années 1950).

Photo 1 : Une peinture murale du viharn du Wat Bouppharam (วัดบุพพาราม) de Chiang-Mai hors les murs. (Est)

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Peinture réalisée à partir du milieu de XXe siècle. (A partir des années 1950).

Photo 2 : Une peinture murale du viharn du Wat Mae Kuang (วัดแมกวง) de Chiang-Mai hors les murs. (Nord-est) (Il y a dans cette peinture une influence indienne – regardez les vêtements et coiffure des enfants.)

 

Peinture réalisée fin du XXe et début du XXIe siècle. (Néo-Lanna) (A partir des années 1990 … environ.)

Photo 3 : Un extrait d'une fresque néo-Lanna du viharn du Wat Sri Ping Muang (วัดศรีปิงเมือง) de Chiang-Mai hors les murs (Sud).    

 

 

Chapitre 9 : MATHRI

กัณฑ์ที่ 9 : MATHRI (มัทรี ) - (un chapitre de 90 stances)

 

Tandis qu'à l'ermitage les cris et les pleurs des enfants s'étaient estompés au profit de la douceur environnante, que Wessandorn avait retrouvé son calme et s'était replongé dans la méditation, son épouse, la princesse Mathri, à quelques pas de là, se trouvait dans une drôle de situation !...

 

Comme à son habitude, ce matin là, Mathri était parti cueillir des fruits, arracher quelques racines, et puiser une cruche d'eau pour assurer les besoins alimentaires de sa famille, pour la journée.

 

Mais contrairement à son habitude, ce matin là, son pas traînait et aucun sourire n'éclairait son visage, car les battements son cœur n'avaient plus la légèreté de ceux d'avant son cauchemar.

Alors tous ses gestes étaient gauches, elle renversait ses paniers, écrasait les fruits qu'elle tentait de cueillir et cassait maladroitement les racines que la veille encore elle arrachait d'un seul tour de main. Bref, rien ne lui réussissait.

La nature même semblait différente. Là où la veille les arbres regorgeaient de fruits, ce matin là ils n'en avaient plus ; et, ou qu'elle aille Mathri ne trouvait rien qui puisse garnir ses paniers.

En désespoir de cause, elle avait cherché en d'autres endroits quelques subsistances mais … sans plus de résultat.

Alors, bredouille, elle avait rebroussé chemin !...

 

Sur le sentier du retour, alors que Mathri se demandait comment elle allait palier ce manque de nourriture, elle se trouva brusquement face à un tigre qui lui barrait son chemin et, qu'elle n'avait pas vu venir.

Comme l'animal semblait ne pas lui vouloir de mal, elle recula de quelques pas dans l'espoir de s'esquiver, et d'emprunter une autre voie.

Mais au moment de s'engager sur cet autre chemin, Mathri vit qu'un léopard était allongé au travers de celui-ci.

Comme l'animal, cette fois encore, semblait ne pas lui vouloir de mal, elle recula de quelques pas, certaine de pouvoir rentrer par un autre biais.

Mais pour la troisième fois, Mathri trouva un animal qui lui barrait encore la route. Cette troisième fois, c'était un lion royal, un lion superbe et magnifique et … tout aussi inoffensif que le tigre et le léopard !...

 

Cerné par ces animaux, Mathri était comme prise dans un piège. Elle ne pouvait même plus … reculer. Alors résignée à son triste sort, celui de finir entre les crocs des trois fauves, elle s'assit sur un petit rocher qui se trouvait là, et se mit à penser fortement à ses enfants.

Mais dès qu'elle eut cette pensée, Mathri devint comme folle. Tout d'un coup il lui fut évident que l'atmosphère délétère de cette matinée et les conséquences négatives de chacun de ses actes, ne présageaient rien de bon pour ses enfants.

Alors elle se leva, et fonça droit devant elle !...

 

          

 

 

 

                                                      Illustrations de ''Mathri''

 

                                                                   En Isaan

 

Peinture réalisée au début du XXe siècle. (Vers les années 1920).

Photo 1 : Une fresque murale du Wat Ban Lan (วัดบ้านลาน) de la province de Khon Kaen (ขอนแก่น).

 

                                                                   Au Lanna

 

Fresque réalisée au début du XXe siècle. (Vers les années 1900).

Photo 2 : Un extrait d'une fresque murale du viharn du Wat Buak Krok Luang (วัดบวกครกหลวง) de Chiang-Mai hors les murs (Est). Cette fresque aurait été peinte par des t'ais Yai, c'est-à-dire des Shans !... (Il faut bien regarder la fresque pour découvrir la scène.)

 

Peinture réalisée par des Shans à une époque indéterminée ?!...

Photo 3 : Un extrait d'une fresque murale de l'ubosot du Wat Pa Pao (วัดป่าเป่า) de Chiang-Mai hors les murs (Nord)

Ce Wat est fréquenté par des Shans, un royaume du nord-est de la Birmanie, ce qui explique les tenues vestimentaires des personnages.

 

 

 

Le tigre se leva pour la laisser passer et, sur l'ordre d'Indra, avec les deux autres animaux, les trois devas reprirent leur aspect de divinité pour retourner au plus haut des cieux, au paradis d'Indra.

''Grâce'' à leur intervention, Mathri n'avait pas pu s'opposer au don de ses enfants, un don nécessaire à un Bodhisattva qui doit porter à son paroxysme … le don de soi.

 

En arrivant à l'ermitage, Mathri appela ses enfants. Ne les voyant pas venir elle questionna Wessandorn qui, imperturbable restait à méditer comme si de rien n'était !...

De ce fait, pendant des heures elle courut dans tous les sens, chercha dans tous les coins mais … sans trouver ses enfants !...

 

Lorsque le soir tomba, exténuée, elle retourna auprès de son mari pour le supplier de lui dire la vérité, au sujet de l'absence de ses enfants.

Alors Wessandorn, avec calme et sérénité, lui annonça que ses enfants étaient bien vivants mais …  qu'il les avait donnés à un brahmane.

 

En entendant ces mots, Mathri porta les mains sur son cœur et s'écroula sur le sol. Elle y resta inanimée sans que le moindre bruit ne vînt perturber le lourd silence qui s'était abattu en même temps, sur l'ermitage.

 

Alors le prince la prit contre lui, lui mouilla délicatement les lèvres et le visage ; puis la voyant revenir à elle, il l'exhorta, avec douceur et persuasion, à comprendre son geste, et en lui disant : ''Ma douce et tendre épouse, la charité est ma raison d'être. Si je devais donner mes yeux pour que les aveugles voient, mon cœur et mon sang pour que les malades retrouvent la santé je le ferai avec le plus grand des plaisirs car il n'y a pas de plus grand don que celui de sa personne. Nul ne peut ébranler ma volonté même si l'on devait me couper en sept morceaux. ''

 

         

 

 

 

                                                      Illustrations de ''Mathri''

 

                                                                   Au Lanna

 

Peinture réalisée vers la fin du milieu du XXe siècle. (Avant les années 1950).

Photo 1 : Une peinture murale du viharn du Wat Bouppharam (วัดบุพพาราม) de Chiang-Mai hors les murs. (Est)

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Peinture réalisée à partir du milieu de XXe siècle. (A partir des années 1950).

Photo 2 : Une peinture murale du viharn du Wat Muen Ngeun Kong (วัดหมื่นเงินกอง) de Chiang-Mai intra-muros.

 

Peinture réalisée fin du XXe et début du XXIe siècle. (Néo-Lanna) (A partir des années 1990 … environ.)

Photo 3 : Un extrait d'une fresque néo-Lanna du viharn du Wat Ta Maï I (วัดท่าใหม่อิ) de Chiang-Mai hors les murs (Sud).    

 

 

                                                         FIN

                          … de la 2ème partie de la troisième partie

 

Nota bene : Pour en savoir plus sur les fresques murales du Lanna n'hésitez pas à consulter la Thèse de Sébastien TAYAC. Un très bel ouvrage. Il s'en trouve une à l'EFEO de Chiang-Mai.

 

                     ''WESSANDORN LE PRINCE CHARITABLE''

              La suite de la 3ème partie du conte librement raconté …

                                … en 6ème et dernière chronique.

 

 



04/05/2013
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