MerveilleuseChiang-Mai

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ARBRE A PLUIE (L')


ARBRE à PLUIE (L') ou ARBRE de PLUIE (L') ou

SAMANEA SAMAN (Jacq.) Merr. (Le)

Au Lanna : Djam-djou-ri - จามจุรี ou djam-dja จามจา  ou kam-pou ก้ามปู 


                                           


Le samanea Saman (jacq.) Merr, ou arbre à/de pluie, est un arbre originaire du nord de l'Amérique du sud et de l'Amérique centrale. (Pérou, Brésil, Guyanes, Equateur, Colombie, Venezuela, Caraïbes, pays d'Amérique centrale et Mexique.)

 

On le trouve maintenant dans pratiquement tous les pays tropicaux, y compris dans des pays au climat tempéré, où il a beaucoup moins fière allure que sous les tropiques.

 

Au Lanna, par exemple, il atteint des hauteurs de trente mètres, voire plus, ce qui est loin d'être le cas en France.  

 

 

L'aïeul, tout du moins l'arbre qui doit être à l'origine du nom du genre samanea est le fameux ''arbre de Humboldt'', ou de Alexander Von Humboldt. (*)

 

(*) Alexander Von Humboldt. (1769-1859) était un naturaliste, explorateur et homme de science Allemand que Napoléon soupçonna d'être un espion à la solde du roi de Prusse, mais qui montra en diverses occasions son attachement à la France. (Sa mère était Française.)

 

Cet arbre, que cet explorateur et poète découvrit lors de son expédition américaine, (1799 à 1804) près de Maracay au Venezuela, était resté semblable à ce qu'il était au début du XVIe siècle lorsque les Espagnols Alonzo Niño (*) et Christobal Guerro en parlèrent pour la première fois.

 

En trois siècles, de 1501/1502 à 1801, ce spécimen n'aurait pas bougé d'un iota ?!...

 

Un chimiste agronome français, Jean Baptiste Boussingault, (1802-1887) qui se reposa sous son ombre en janvier 1823, a même écrit que l'arbre avait retrouvé le feuillage qu'Humboldt disait qu'il avait perdu … vingt ans plus tôt. (**)

 

Il mesurait alors dix-neuf mètres de haut, ce qui est peu pour ce genre d'arbre, son tronc avait un diamètre de presque trois mètres et la circonférence de sa ramure de cent quatre vingt sept mètres !....

 

(*) Alonzo Niño (1468- vers 1505) fut le pilote et l'armateur de la Niña, l'une des trois caravelles qui en 1492 conduisirent Christophe Colomb à la découverte de l'Amérique.

 

                                              


Les indiens appelait alors cet arbre ''Zamang'' comme d'ailleurs tous les arbres qui lui ressemblaient peu ou prou. La nécessité de classer les espèces ne faisait pas partie de leurs us et coutumes.

 

Cependant ils vénéraient et vouaient un culte au zamang en général, et à ce ''Zamang'' en particulier. Car c'était, et c'est toujours, un arbre d'exception qui ne laisse pas, paraît-il, indifférent tous ceux qui l'approchent. Il dégagerait quelque chose d'inexplicable, qu'il serait vain de vouloir expliquer ?!...

 

L'Italien Augustino Codazzi, (*) un militaire mais aussi géographe dans ses relevés cartographiques et dans ses notes, orthographiait le ''Zamang'' … ''Saman'' !...

 

Alors il n'y avait qu'un pas à faire, vraisemblablement, pour latiniser le nom et créer le genre des … ''samanea'' au lieu des ''zamangea'' !....

 

(*) Augustino Codazzi Bartolotti, (1793-1859) qui s'écrit dans de nombreux livres français ''Cadazzi'', est un géographe et un militaire qui participa activement à l'indépendance du Venezuela ; une indépendance acquise en 1821.  

 

 

Pour la petite histoire :

 

''L'arbre de Humboldt'' n'était qu'un surnom du zamang en question. Dans la réalité cet arbre porte depuis toujours celui de  ''Zamang Del Guayre'' ou ''Zamang d'Aragua''. Sa notoriété a fait le tour du monde depuis bien longtemps.

 

A l'heure actuelle il serait toujours, bon pied et bon œil, comme au XVIe siècle ?!... C'est-à-dire près de la capitale provinciale de Maracay, sur le bord de la route reliant cette ville à celle de Turmero. Là, il offre son ombre et peut-être aussi quelques unes de ses forces mystérieuses et particulières à qui veut bien les accepter.

 

Cependant, sa longévité reste une énigme et certainement un casse-tête pour bon nombre de naturalistes, car il aurait plus de … cinq cents ans !....

  

 

 

Une autre histoire de Zamang … histoire de montrer l'importance du zamang dans la culture indienne d'Amérique du sud.

 

Cette anecdote s'est déroulée en Colombie, voici une quinzaine d'années, dans la ville de Guacari.

 

Tout commença en 1914. Cette année là, Don Becerra planta un zamang dans le parc de la ville. Et depuis lors, chacune des nouvelles générations voyait grandir avec une petite pointe de fierté ce … zamang.

 

Car un zamang dans l'inconscient collectif colombien c'est le symbole d'avoir des racines bien particulières et un passé remontant à la nuit des temps.  

 

Hélas, en Août 1989, l'orgueil de la ville tomba malade. Alors pour le sauver chacun se mit sur le pied de guerre. Mais malgré les efforts déployés par tous, le malade s'éteignit en pleine jeunesse, puisqu'il n'avait que soixante quinze ans, et en à peine un mois ; non seulement au grand désespoir de tous les habitants de Guacari, mais aussi de la Colombie entière.

 

 

L'histoire aurait pu s'arrêter là. Mais dans le cœur de tous les Colombiens les résurgences du passé avaient refait surface et il fallait trouver une issue glorieuse pour sublimer ce ''deuil national''. Car c'est ainsi que fut ressenti la mort de ce Zamang en Colombie.

 

Après quatre ans d'attente, l'événement salvateur finit par voir le jour et … un lendemain de Noël ; c'est-à-dire le 26 décembre 1993. Ce jour là, une pièce de monnaie à la gloire du zamang de Guacari fut émise.

 

Il s'agit de la pièce de 500 pesos dont l'avers s'enorgueillit de l'arbre de Guacari. Elle a été frappée d'après un tableau de David Manzur, un artiste Colombien.

 

                                                            

 

Une bien belle histoire non ?...

 

 

 

Avant de prendre définitivement le nom de samanea Saman (jacq.) Merr, en 1916, cette espèce n'avait que l'embarras du choix pour se faire nommer.

 

Il y avait alors, et il y a toujours, pas moins de dix-sept synonymes pour désigner le samanea Saman (jacq.) Merr ; de quoi y perdre son latin, en tout cas pour les naturalistes. Jugez-en plutôt.

 

-         Enterolobium Saman (L) Prain

-         Pithecolobium Saman (jacq.) Bentham (leg)

-         Albizia Saman (jacq.) Merr

-         Inga Saman Willd

-         Calliandra Saman L

-         Acacia propinqua A Rich.

-         Zygia Saman (jacq.) A. Lyons

 

… pour ne citer que les plus pittoresques

 

 

Bien évidemment en plus de tous ces noms ''scientifiques'' il y a tous ceux que lui donne le commun des mortels, de par le monde.

 

Ainsi, les espagnols le nommèrent Genizaro ou Cenizaro, les Mexicains, Gouango, les Tahitiens, Marumaru ou Raumarumaru, les Cambodgiens Ampil baraing c'est-à-dire le tamarinier français, car il fut sans doute importé au Cambodge par les Français ; les Vietnamiens, Mua Cây (arbre à pluie) (*) et les Français, arbre à pluie (**) qui me semble plus correct que arbre de pluie.

 

Il est aussi connu sous les noms de, Géant du Tibet, Cosse de singe, Bois noir de Haïti, Tamarinier de vaches, Noyers des indes, Arbre à confiture, etc… etc…

 

Sur ce sujet, la Thaïlande bat tous les records. Car chaque région lui a donné un nom particulier. Ainsi, rien qu'à Chiang-Maï cet arbre est connu sous trois appellations !... Djam-djou-ri - จามจุรี - djam-dja จามจา - kam-pou ก้ามปู. Et peut-être y en a-t-il d'autres ?!...

 

(*) Il ne faut pas confondre l'arbre à pluie avec l'arbre à pluie d'or. Les fleurs du premier sont roses alors que celle du second sont jaunes.

 

 

 

(**) Pourquoi l'arbre à pluie ?...

 

Plusieurs explications sont données, dont les trois suivantes.

 

1/ La ramure de cet arbre n'est pas un parapluie, mais un passe pluie. Car l'arbre a la particularité de replier ses feuilles quand il pleut. C'est donc un arbre au travers duquel passe la pluie … un arbre à pluie !.... CQFD.

 

2/ Durant la nuit la rosée s'accumule sous la ramure de cet arbre, car il replie aussi ses feuilles le soir. Et le matin, en les dépliant, il empêche et freine l'évaporation de cette rosée. Il se crée alors sous sa ramure un climat de fraîcheur, voire d'infimes petits nuages !...

 

3/ Des insectes se nourrissent de la sève de cet arbre. Et c'est en régurgitant les excès eau qu'ils absorbent en puisant leur nourriture qu'ils provoqueraient des pluies fines et passagères dont ont été témoins certains personnes comme Humboldt.

 

Il est à noter qu'aucune de ces trois explications ne se contredit. Elles renforcent même la dénomination de l'arbre. 

 

 

                                                

 

Le samanea Saman (jacq.) Merr, ou arbre à pluie, est un arbre qui appartient à la famille des légumineuses après avoir appartenu à l'ex famille des fabaceae ou fabacées, et des mimosaceae ou mimosacées, devenues une sous famille des fabacées. (*)

 

(*) Les légumineuses regroupent toutes les plantes dont les graines sont contenues dans des gousses.

 

Notons au passage que les histoires de familles des plantes sont tout aussi compliquées que celles des familles humaines reconstituées, d'aujourd'hui. Mais tant que chacun s'y retrouve c'est le principal.

 

 

Les fabacées ne comptaient pas moins de 12.000 espèces qui se décomposaient en 400 genres, dont le genre Samanea.

 

 

Le samanea Saman (jacq.) Merr, ou arbre à pluie est un arbre qui mesure aux environs de vingt-cinq à trente mètres de hauteur. Autrement dit ses racines sont colossales et empêchent souvent le développement des plantes voisines.

 

Il déploie une ramure dont la circonférence atteint allègrement les quarante mètres, voire plus.

 

C'est un arbre à croissance rapide, à bois dur et résistant, de couleur noire. Il est très apprécié pour la fabrication de meubles et pour le placage.

 

A Chiang-Maï, le teck devenant rare et surtout cher, le bois de samanea saman s'est substitué à lui entre les mains des sculpteurs. Il est devenu en quelques décennies leur matière première à la grande satisfaction des touristes, dont la plupart sont plus sensibles à l'objet qu'à sa matière et aussi, incapables de faire la différence entre les deux bois. (*)

 

(*) En 2521 c'est-à-dire en 1978, voilà donc plus de trente ans, les exportations de sculptures en bois représentaient trois cent million de bahts dans la balance commerciale du pays. (Six millions d'euros)

                                            

                  

 

Les feuilles du samanea Saman ou arbre à pluie, sont alternes, et se referment donc l'une contre l'autre le soir. Elles mesurent une quinzaine de centimètres et constituent des pennes d'une dizaine de paires de feuilles.

 

                  

 

Les fleurs du samanea Saman ou arbre à pluie sont hermaphrodites. Elles apparaissent à raison d'une douzaine de boutons à l'extrémité d'un pédoncule commun où se formera une inflorescence.

 

Chacune de ces fleurs naît d'un calice campanulé à cinq dents.  Et leur corolle d'où vont s'élever de très longues et nombreuses étamines est partagée en cinq divisions qu'on ne peut pas appeler … pétales.

 

Enfin, toute cette féérie florale s'accomplit dans un camaïeu de roses tout au long de l'année.

 

                                   

 

Les fruits du samanea Saman ou arbre à pluie se présentent sous forme de gousses charnues, allongées et indéhiscentes. (*) Elles mesurent de douze à vingt centimètres de long, et deux centimètres de large.

 

Chacune d'elle contient entre 15 à 25 graines dont la pulpe a une saveur agréable, sucrée, mais qui laisse un arrière goût un peu amer.

 

(*) Même lorsqu'elles sont à terre les gousses ne s'ouvrent pas. Il faut qu'elles soient rompues, soit par force ou par dégradation naturelle, pour que les graines s'en dégagent.

 

 

La graine germe en une vingtaine de jours, et en quatre mois elle atteint une hauteur de 30 centimètres. Le plant ainsi obtenu est alors prêt à être repiqué. 

 

Lorsqu'il atteindra l'âge de six à dix ans, le samanea Saman ou arbre à pluie sera en mesure de donner, à la condition d'être saigné, entre dix à cinquante kilos de résine brute par an.

 

 

Et enfin, pour terminer sur une note d'histoire se rapportant à Chiang-Maï ...

 

 

C'est un Anglais, Henry Salde, alors directeur en chef du département des bois et forêts du Siam qui introduisit pour la première fois au Lanna, (*)  donc au Siam, le samanae saman ou arbre à pluie.

 

 

(*) Le Lanna venait tout juste d'être annexé par le Siam. (1892) Rama V (Chulalongkorn) avait alors coupé court aux appétits Français, et surtout Anglais sur ce royaume. 

 

 

Donc, dans les années 1900, l'administration Siamoise fait venir des plants de samanea saman de Birmanie, alors sous la botte anglaise.


                                                   (Route de Lamphun - ลำพูน)

 

Ces tout premiers spécimens ont dû être plantés sur les bords de la route 1006, celle qui relie Chiang-Maï à San Kamphaeng. (สันกำแพง) Car sur les bas côtés de cette voie routière, surtout entre Bo Sang, (บ่อสร้าง) le village aux ombrelles et San Kamphaeng, (สันกำแพง) il y a de nombreux samanea saman, qui ne sont pas de toute première jeunesse !...

 

Si mes sources disent vraies, la plupart d'entre eux devraient avoir plus de cent dix ans !...

 

 

Aujourd'hui vous verrez des arbres à pluie, beaucoup plus jeunes, un peu partout, tant dans Chiang-Maï que dans ses environs.

 

Et … il est réellement agréable de se reposer sous les branches de ces arbres !....

            

                                             





12/06/2010
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