MerveilleuseChiang-Mai

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LAGERSTROEMIA Lin. (Les)

 

LAGERSTROEMIA Linn. (Les)

Lagerstroemia indica L. 1753 : Yi-Khègn (ยี่เข่ง)

Lagerstroemia speciosa (L.) Pers. Inthanin’ Nam’ (อินทนิลน้ำ)

 

 

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Photo 1 : Un lagerstroemia floribunda Jack sur la rive extérieure nord de la douve de Chiang-Maï.

Photo 2 : Quelques cassias fistula Linn. sur la berge intérieure nord de la douve, non loin du Wat Monthian (วัด มณเฑียร).

Photo 3 : Un lagerstroemia floribunda Jack sur la rive extérieure nord de la douve de Chiang-Maï.

 

 

Les cassia fistula et les Lagerstroemia sont indéniablement les arbres les plus courants, donc les plus nombreux, dans la ville de Chiang-Maï. Lorsqu’un quidam se promène dans Chiang-Maï, il ne peut pas ne pas les voir, à moins d’avoir des soucis qui alors lui gâchent sa promenade. Comme j’ai déjà chroniqué le cassia fistula, il aurait été mal venu de faire l’impasse sur les lagerstroemia, malgré les difficultés que j’ai rencontrées à leur sujet.

 

En effet, si l’arbre de la royauté, le cassia fistula est un et unique, il n’en va pas de même pour les lagerstroemia, et ce n’est rien que de l’écrire.

 

Au tout début de mes investigations je pensais n’avoir affaire qu’à une seule espèce d’arbres, le ‘’tabèke‘’ (ตะแบก) comme nomment la plupart des gens du Lanna toutes les espèces de ce genre.

Mais au fur et à mesure de mes recherches, je me suis très vite aperçu, que si les fleurs de tous les lagerstroemia avaient un air de famille leur taille variait selon l’arbre qui les portait, et l’arbre porteur lui-même, se différenciait de ses … cousins ( ?) non seulement de par sa taille, mais aussi son écorce, ses feuilles et ses fruits.

 

Bref, j’ai découvert qu’il y avait les arbres ‘’Inthanin’‘’  (อินทนิล)  ou lagerstroemia spéciosa (L) Pers. et ‘’sela‘’ (เสลา) ou lagerstroemia loudonii Teijsm. & Binn., sans citer tous ceux dont les plus érudits de la population, moi y compris, ignorent les noms botaniques ?!....

 

Alors pour éviter de commettre des erreurs commençons par la découverte des tout premiers spécimens des arbres qui appartiendront au genre : lagerstroemia, et … marchons pas à pas.

 

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                        L’Adamboe Hendrik van Rheed tot Drakestein (*) 1683

Photo 1 : Hendrik van Rheed tot Drakestein (1636-1691)

Photo 2 : une gravure extraite du ‘’Hortus Indicus Malabricus‘’ paru en 1683 – Volume 4 – pl.21. sous le nom de Adamboe-cadali-pua

Photo 3 : une gravure extraite du ‘’Hortus Indicus Malabricus‘’ paru en 1683 – Volume 4 – pl.22. sous le nom de Katou-Adamboe.

(*) Avec le temps et de multiple classifications l’Adamboe deviendra le Lagerstroemia reginæ puis, de nos jours : le Lagerstroemia speciosa (L) Pers. et en ThaiLande : l’arbre ‘’Inthaninnam‘’  (ต้นไม้ - อินทนิลน้ำ)

 

 

Hendrik van Rheed tot Drakestein (1636-1691), gouverneur du Malabar hollandais, nomma son spécimen de lagerstroemia speciosa (L) Pers. du nom que lui donnaient alors les indigènes de la côte de malabar, c’est-à-dire : Adamboe-cadali-pua, et Katou-adamboe des mots de langue mayamalam.

La côte de Malabar, côte du sud-ouest de l’Inde, se confond avec le rivage de deux états indiens, le Karnataka et le Kerala. L’adamboe se dit aujourd’hui en langue mayamalam : pumaruthu.

 

Attention : Le mot Adamboe employé seul se rapporterait à une autre plante dont le nom botanique est : Ipomoea campanulata. Le même auteur, c’est-à-dire le traducteur, écrit que l’adamboe-cadali-pua serait le lagerstroemia hirsuta et non le lagerstroemia speciosa (L) Pers. ?!... Qui croire ?... En tout cas Rheed semble avoie été le premier à décrire le lagerstroemia sous le nom de ‘’Adamboe - cadali-pua‘’ et d’en donner une très belle représentation, comme le montrent les images ci-dessus.

 

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Photo 1 : Une gravure d’un lagerstroemia signée Herbert Jager (1642-1705) extraite d’un recueil intitulé ‘’Plantae Javanicae pictae ex java transmissae anno MDCC‘’, planche 163 sur 232, en fait dans ce livret : 168 sur 248.

Photo 2 : Nicolai Witsen (1641-1717) par le cartographe et graveur allemand Pieter Schenk l’ancien (1661-1711).

Photo 3 : Georg Eberhard Rumphius (1627-1702). Ce botaniste allemand, ex-mercenaire travailla pour la compagnie Hollandaise des Indes Orientales. Son oeuvre botanique en 12 volumes fut éditée 39 ans après sa mort !... c’est-à-dire à partir de 1741 !...  

Photo 4 : Tsjin-kin Rumph. (Lagerstroemia Indica Linn) une gravure extraite de son ‘’Herbarum amboinensis auctuarium ‘’ Volume 7 page 61 figure 1 – date de parution 1755

 

Tous les hommes dont il vient d’être question, Rheed, Witsen, Jager et Rumphius avaient partie liée avec la Compagnie Hollandaise des Indes.

Le plus important d’entre eux, c’était Nicolai Witsen (1661-1711). Il fut treize ans durant le bourgmestre d’Amsterdam, mais aussi le directeur de la Compagnie hollandaise des Indes, l’ami de Guillaume d’Orange (1650-1701), roi d’Angleterre de 1689 à 1702, et du tzar de Russie Pierre le grand (1672-1725) qui serait venu à ses obsèques.

 

Voltaire, qui ne passait pas pour un tendre, écrivait à son sujet : ‘’ … citoyen recommandable à jamais par son patriotisme et par l’emploi de ses richesses, qu’il prodiguait en citoyen du monde envoyant à grands frais des hommes habiles chercher ce qu’il y avait de plus rare dans toutes les parties de l’univers, et frétant des vaisseaux à ses dépens pour découvrir de nouvelles terres. ‘’

 

Ainsi l’illustrateur Herbert Jager depuis Ispahan, ville Iranienne, travaillait lui aussi pour la compagnie Hollandaise des Indes. L’une de ses activités, consistait à peindre de nouvelles plantes.

Les plantes qu’il adressa en 1700 n’étaient pas nommées. Ce sera  le professeur de botanique Johannes Burman (1707-1780) qui leur donnera un nom en se référent à l’œuvre de Linné, dans le cas présent : lagerstroemia sp. (*), dont il était l’ami et l’un des correspondants.

 

(*) Les deux volumes du ‘’Plantae Javanicae pictae‘’, celui aux gravures sans nom et celui aux plantes identifiées sont devenus les précieux biens du Teylers museum d’Amsterdam.

Pour la petite histoire : Nicolai Witsen fut à l’origine de la transplantation (culture) du café en Amérique centrale. C’est encore lui qui fit don, et à deux reprises, de quelques plans de café venant de Moka à Louis XIV ; et ce fut à partir de cette initiative que l’île de la réunion se couvrit de champs de café.

 

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            Quelques pages du ‘’Systema naturæe per regna tria Naturæ‘’ de Linné

 

Il faudra attendre le 7 juin 1759, date de la parution du 2ème volume de la 10ème édition de ‘’Systema naturæ per regna tria Naturæ‘’ de Linné pour découvrir en page 1076 et pour la première fois, le nom de : LAGERSTROEMIA indica, et quelques pages plus loin, dans son ‘’Nova Addenda‘’ en page 1372 et au chapitre 1146, le mot : Lagerstroemia.

 

Linné venait de donner une identité à une nouvelle plante et de la répertorier. Comme cette dernière avait été rapportée d’Inde, Linné donna le nom d’indica à l’espèce de ce nouvel individu. Une espèce qui, en fait, n’est pas originaire de l’Inde comme nous le verrons, mais de Chine, de la Corée et du Japon mais, nous y reviendrons. (*)

 

(*) Pour la petite histoire : Au XVe siècle Christophe Colomb crut avoir découvert l’Amérique. Alors lorsqu’il rapporta une poule d’Inde, en fait une poule d’Amérique cet oiseau fut appelé … Poule d’Inde un nom qui se transformera en … dinde ?!... de même pour le … cochon d’Inde et … aussi, botanique oblige, l’œillet d’Inde.

En fait toutes ces ‘’choses‘’ venant - soi-disant - de l’inde était … d’origine Américaine ?!... Mais le nom d’Amérique restait à inventer et ... l’erreur … est humaine ?!....

 

Le nom de chaque végétal se constitue de deux noms, son genre et son espèce. Si la raison du nom de l’espèce est connue, ‘’indica‘’, d’où vient le nom du genre de cet individu ?...

D’où Linné a-t-il tiré le mot : LAGERSTROEMIA ?...

 

 

ORIGINE DU MOT LAGERSTROEMIA 

 

Le mot ‘’Lagerstroemia‘’ est une latinisation d’un nom propre, celui de ‘’Lagerstroem‘’. C’est Carl von Linné (1707-1778) lui-même qui en a été le créateur. Et ce nom botanique deviendra le nom d’un genre qui aujourd’hui compte une trentaine d’espèces.

 

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Photo 1 : Magnus Lagerstroem (1696-1759) (Un portrait très rare)

Photo 2 : Carl von Linné (1707-1778) un portrait anonyme de 1893

Photo 3 : Le port de Gothembourg (Göteborg) vers 1700

 

Magnus van Lagerstroem, l’homme dont le nom propre a servi à former le genre ‘’lagerstroemia‘’, était un passionné de botanique, et l’un des principaux fournisseurs en plantes exotiques de Linné. Car en tant que directeur de la compagnie suédoise des Indes orientales, les marins sous ses ordres, outre le fait d’être de bons marins, avaient aussi pour mission de rapporter un maximum de plantes et de curiosités vues lors de leurs escales. Des liens d’amitié liaient les deux hommes.

 

Magnus van Lagerstroem de Gottemberg (1696-1759) (1) était le descendant d’une famille française qui émigra vers la fin du XVIe siècle (1574) (2) en Suède. Quelques générations plus tard, en 1691, le père de Magnus, Laurinus, fut anobli et prit à cette occasion le nom de Lagerstroem (3) une … ‘’suédisation‘’ ou traduction du nom français laurinus venant de … laurier.

 

(1) Si tous les auteurs s’accordent sur la date du décès de Magnus van Lagerstroem, il en va tout autrement pour sa date de naissance qui varie entre 1691 et 1696. La plus probable est celle du 16 décembre 1696 à Stettin.

(2) En France, la période de 1574-1576 correspond à la cinquième guerre de religions, Une guerre en huit périodes, qui dura de 1562 à 1598.

La nuit de la Saint Barthélémy eut lieu en 1572, soit deux ans avant le départ des Laurent Laurin pour la Suède.

En raison de ces troubles il n’est pas impossible que cette famille, vraisemblablement protestante, ait fuit la France et ses luttes entre huguenots et catholiques. 

(3) Laurinus n’est pas sans nous faire penser à laurier. Or lager en suédois signifie laurier et ström à flux, flot, torrent. Autrement dit Lagerstroem ou lagerström pourrait signifier torrent de laurier, tout comme lagerlijelm signifie casque de laurier et lagerbjelke couronne de laurier.

 

Comme le père de Magnus avait alors une charge en Poméranie, le dit Magnus fréquenta les universités de Rostok, Greifswald, Wittenberg et Iéna. ; parallèlement le roi Charles XII (1682-1697-1718), roi de suède, le chargea de plusieurs missions eu égard à ses nombreux talents dont celui des langues.

 

Magnus van Lagerstroem parlait et écrivait l’allemand, le français l’anglais et le néerlandais ; le polonais, l’italien et l’espagnole lui était aussi des langues familières.

 

Au décès de Charles XII (1718) il entra, en tant que correcteur, au service de Jacques Wilde, un savant historiographe qui venait d’ouvrir une imprimerie à Stockholm. C’est durant cette période qu’il traduisit en suédois nombre d’ouvrages Français, Allemand et Danois, dont en 1731, Tartuffe et l’Avare de notre Molière national. Il rédigea aussi, et entre autres, une grammaire anglaise.

 

Quelques années plus tard, en 1752, il est engagé comme secrétaire en la compagnie suédoise des Indes Orientales, une toute jeune compagnie maritime qui venait de s’installer à Gothembourg. Quelques années plus tard il en deviendra l’un des directeurs.

 

 

Son amitié avec Linné le conduisit à accepter à bord de ses vaisseaux un étudiant botaniste à titre gracieux (1) et à n’engager que des aumôniers en capacité de faire de bons naturalistes, c’est-à-dire capables de dessiner et de décrire une plante.

 

Au cours des ans il engrangea, aux frais de la compagnie, une collection d’objets exotiques considérable, qu’il fera don à la couronne de Suède. (2) Mais nombre d’objets rapportés au retour des expéditions furent répartis, dans un souci pédagogique, entre les différentes universités et académies suédoises.

 

Nombre d’anecdotes jalonnent les relations entre Linné et les capitaines des vaisseaux de Lagerstroem. Ainsi, l’un des rêves de Linné était de pouvoir cultiver du thé de Chine à Stockholm. Mais à chaque fois qu’une expédition rapportait des plants de thé, une tempête ou des rats venaient mettre fin à ce rêve car avant d’arriver à bon port, ou les branches de thé sombraient en mer ou disparaissaient dans le ventre des rongeurs.

 

Alors un jour Linné demanda au capitaine Ekeberg en partance pour la Chine de lui rapporter des semences de thé fraîches dans un pot rempli de terre. Cette fois le miracle se produisit et la Suède devint ainsi le premier pays européen à avoir fait connaître à l’Europe le véritable thé de Chine ?!... n’en déplaise à l’Angleterre qui à l’époque faisait venir son thé de Chine, de  … Suède … oui … oui … !....

 

Suite au décès de Magnus van Lagerstroem le 8 juillet 1859, Jean Frédéric Kryger fut chargé par l’académie de Stockholm de rédiger son éloge funèbre.

 

Ce fut pour honorer le souvenir de cet amoureux de la botanique et l’amitié qu’il lui portait, que Linné créa le gendre Lagerstroemia.

 

 

Le petit plus : Alors que les compagnies anglaises, françaises et hollandaises commerçaient tout en développant leur empire colonial, la compagnie suédoise n’avait d’autre objectif que celui de commercer, ce qui explique – peut-être – que le Japon entrebâilla ses portes aux Suédois ?!... (Voir la chronique du Cycas revoluta) … et pas aux précédents.

 

(1) Linné vouait une préférence pour 17 de ses étudiants qu’il surnommait ses apôtres. (*) Ce sont eux qui embarquèrent sur les navires de la compagnie de Magnus van Lagerstroem gratuitement mais … en tant que voyageur, voire aumônier ; à charge pour eux de trouver bourses, mécènes et autres ressources financières pour subvenir à leur besoins durant le voyage.

(*) Les apôtres de Linné étaient : 1/ Christopher Tärnströem (1703-1746) (Chine) - 2/ Pehr Kalm (1715-1779) (Amérique du Nord) – 3/ Frédéric Hasselquist (1722 -1752) (Palestine-Egypte) - 4/ Olaüs Torén* (1718-1753) (Indes Orientales/Chine) - 5/ Pehr Osbeck* (1723-1805) (Chine) - 6/ Pehr Lœfling (1729-1756) (Espagne/Vénézuéla) - 7/ Daniel Rolander (1725-1793) (Surinam) – 8/ Anton Rolandsson Martin (1729-1785) (Artique) – 9/ Carl Fredrik Adler (1720-1761) (Indes/Chine/Java) – 10/ Pierre Forskael (1736-1763) (Egypte/Yemen) – 11/ Göran Rothman (1739-78) (Tunisie/Libye) – 12/ Johan Peter Falk (1732-1774) (Russie) 13/ Daniel Solander (1733-1782) (Australie) – 14/ Anders Sparrman (vers 1747-1820) (Chine/Sénégal) – 15/ Charles-Pierre Thunberg (1743-1828) (Japon) (voire Cycas revoluta) – 16/ Andréas Berlin (1746-1773) (Guiné) – 17/ Adam Afzelius (1750-1837) (Sierra Leone).

Nota : Les noms en rouge signifient que le botaniste laissa sa vie en cours de voyage. Parmi eux il y eut deux aumôniers signalés par l’Astérix suivant : *

(2) Le botaniste Johan Lorens Odhelius (1737-1816) présenta le 23 décembre 1754 la liste qu’il rédigea de tous les objets accumulés par Lagerstroem dans un opuscule intitulé : ‘’Chinensia Lagerstraemiana‘’ c’est-à-dire … Collection chinoise de Lagerstroem.

 

 

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         Quelques gravures de Lagestroemia Indica parmi d’autres !....

 

Photo 1 : Gravure extraite du ‘’Curtis’s Botanical Magazine‘’ (Volume 11/12 – page 405) de William Curtis (1746-1799) paru en 1797. La gravure est signée Sydenham Teast Edwards (1768-1819).

Photo 2 : Texte accompagnant la gravure précédente.

Photo 3 : Gravure extraite de ‘’Illustrations of Indian botany or figures illustratives of each‘’ (Volume 1 – page 88) de Robert Wight (1796-1872) paru en 1840.

Photo 4 : Gravure extraite de ‘’Flora de Philipinas‘’ – Grand edicion – (Atlas I - Page 207) de Francisco Manuel Blanco (1778-1845) paru entre 1880-1883.

 

Aujourd’hui, une trentaine d’espèces se rapporteraient au genre Lagerstroemia. La première d’entre elle fut, évidemment l’espèce Indica, et la seconde speciosa, deux espèces décrites par Linné lui même. Alors nous ne nous attacherons principalement qu’à ces deux espèces, sans toutefois négliger de dire quelques mots sur quelques autres..

 

 

Lagerstroemia indica Linn 1759

 

Les synonymes de Lagerstroemia indica Linn 1759

 

-       Lagerstroemia minor Retzius Anders Jahan (1742-1821) - 1779 - (01)

-       Lagerstroemia chinensis Lamarck (1744-1829). (illégitime) - 1789 – (02)

        (Jean Baptiste Pierre Antoine de Monet chevalier de Lamarck)

-       Velaga globosa Gaertner Joseph (1732-1791) – 1791- (03)

-       Lagerstroemia pulchra Salisb. ex Paxton - 1796 – (04)

        (Ricardo Antonio Salisbury) (1761-1829)

-       Lagerstroemia elegans Wall, ex Paxton 1848 – (05)

        (Nathaniel Wallich) (1786-1854)

-       Murtughas indica (L) Kuntze Otto (1843-1907) – 1891 – (06)

-       Lagerstroemia indica var. alba Ram. Goyena – 1909 – (07)

        (Ramirez Goyena Miquel – 1857-1927)

 

Nota bene : Cette liste est loin d’être exhaustive.

 

        Références des ouvrages concernant les synonymes ci-dessus

 

01/ - Observationes botanicae - Volume I – page 20 – article 61/a - 1779

02/ - Encyclopédie méthodique - botanique – de de Lamarck - 1789

        Volume 3 - Tome 3 pages : 375 & 376

03/ - De fructibus et seminibus plantarum - 1791

        (Volume II – page 246 – illustration 133.)

04/ - Prodomus stirpium in horto ad chapel Allerton – page 365 - 1796

05/ - Paxton’s Magazine of botany and register of flowering plants - 1848

        Volume 14 – page 269. (Illustration page 268)

06/ - Revisio generum plantarum – page 249 - 1891

07/ - Flora Nicaragüense – Volume 1 - page 410 - 1909

 

Quelques noms vernaculaires du Lagerstroemia indica Linn 1759 :

 

Chinesische Kräuselmyrte - Kreppmyrte (Allemagne) - Crepe myrtle – Indian Lilac - Pride of India (Angleterre) – Pan-ei – (Birmanie) – Sralao - Enthanel (1) (Cambodge) – Bai ri hong – Wen zi hua - Wu pi shu – Yang yang hua -  Yang yang shu – Zi jin hua – Zi lan hua - Zi wei – (Chine) - Arbol de Jupiter – crespón - Espumilla – Jupiter - Lila de las Indias – lila del sur – (Espagne) – Adambea - Catu-pinaca - Cheeni mehndi – Phurush – Telingachina (Bengale) Chinaimendhy – Dhayti (Bombay) Melindres (Guam) Chinaimendy – Farash – Phurush – Saoni – Telingachina (Hindi) Pavalakkurinji – Sinappu – Tindiyam (Tamil) Chinagoranta (Telugu) (Inde) – Bungur jepang (Indonésie) - Lagerstremia (Italie) – Sarusuberi (2) (Japon)  Fleur de mousseline – Lagerose - Lilas des Indes – Lilas d’été – Myrte de crepe – Myrte chinois crepu -  (France) – Maï poueï Laï (Laos) Melendres (Philippines) – Escumilha – (Portugal) – Kham Ho (คำฮ่อ) (Lanna) - Yi-Khèng (ยีเข่ง) - Yi-Khèng Dok Khao (ยี่เข่งดอกขาว) (variété alba) – (Thailande) - Bá tử kinh - Cây bang-lang - Cây tường vi – Hoa tử vi - Tường vi (Bá Tử Kinh) - Tử vi - Tử vi tàu - bang lang se – Sang-lé (1) (Vietnam)

 

Nota bene : Google ne reconnaît pas toujours les retranscriptions phonétiques, surtout quand elles sont francophones et datent de la colonisation. Mais nous y reviendrons.
(1) Ces noms sont des noms phonétiques employés du temps de l’Indochine française, par les colons français. Ils sont tirés de la langue vernaculaire. Le Bang lang donc, mots du vocabulaire Cochinchinois (Saïgon), désignait un type d’arbres qui suivi d’un 3ème mot les différenciait les uns des autres. Exemple : Bang lang doc - Bang lang nuoc - Bang lang oi - Bang lang xi. Linné a mis au point le nom binominal alors que les Cochinchinois utilisaient déjà un nom tri-nominal ?!....
(2) Le nom japonais se traduirait par : arbre où le singe (saru) glisse (suberi). C’était trop … ‘’mignon‘’ … pour ne pas le rapporter ici.

 

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             Quelques gravures de Lagerstroemia Speciosa parmi d’autres !....

 

Photo 1 : Gravure extraite du ‘’Plants of the coast Coromandel‘’ (Volume 1 – planche 65) de Roxburgh William (1751-1815) paru en 1795.

La gravure représentant ce ‘’Lagerstroemia speciosa (L) Pers. était alors sous-titrée : ‘’Lagerstroemia Reginae Roxb.

Photo 2 : Gravure d’après un dessin de Mlle F. Legendre, extraite de ‘’Histoire Naturelle des Végétaux‘’ (version colorée) (Atlas – planche 36) de Edouard Spach (1801-1879) paru en 1846.

La gravure représentant ce ‘’Lagerstroemia speciosa (L) Pers. était alors sous-titrée : ‘’Lagerstromia Royal‘’ & ‘’Lagerstromia Reginæ Linn.‘’.

Photo 3 : Gravure extraite de ‘’Flora de Philipinas – Grand edicion – (Atlas II - Page 314) de Francisco Manuel Blanco (1778-1845) paru entre 1880-1883.

La gravure représentant ce ‘’Lagerstroemia speciosa (L) Pers. était alors sous-titrée : ‘’Munch Hausia speciosa – Juss – De Blanco & Lagerstromia Reginæ Roxb - DC‘’.

Photo 4 : Gravure extraite de ‘’Indian Medicinal Plants‘’ (Volume III – Planche 433) du Lieutenant colonel Kanhoba Ranchoddas Kirtikar (1849-1917) et du major Baman Das Basu (1877-1934). Paru en 1918.

La gravure représentant ce ‘’Lagerstroemia speciosa (L) Pers. était alors sous-titrée : ‘’Lagerstromia Flos-Reginæ Retz‘’.

 

 

Lagerstroemia spéciosa (L) Pers 1807

 

Les synonymes de Lagerstroemia spéciosa (L) Pers 1807

 

-       Munchausia speciosa Linn – 1770 – (01)

-       Lagerstroemia major Retzius Anders Jahan (1742-1821) - 1779(02)

-       Adambea glabra Lamarck (1744-1829). (illégitime)  – 1783 – (03)

-       (Jean Baptiste Pierre Antoine de Monet chevalier de Lamarck)

-       Adambea Hirsuta Lamarck (1744-1829) – 1783 – (04)

-       Adamboe Hirsuta Lamarck (1744-1829) – 1783 – (05)

-       Lagerstroemia flos-reginae Retzius – (1742-1821) - 1789 – (06)

-       Lagerstroemia regina Roxburgh William (1751-1815) – 1795 – (07)

-       Lagerstroemia munchausia Willdenow (1765-1812) – 1799 - (08)

        (Carl Ludwig von Willdenow)

-       Munchausia ovata J.St-Hil. (1772-1845) – 1805 – (09)

-       (Jean-Henri Jaume Saint-Hilaire.)

-       Lagerstroemia plicifolia Stokes Jonathan (1755-1832) – 1812 -  (10)

-       Lagerstroemia augusta Wallich Nathaniel (1786-1854) - 1826 - (11)

-       Lagerstroemia macrocarpa Wallich Nathaniel (1786-1854) - 1829 – (12)

        (Nom invalide)

-       Sotularia malabrica Rafisnesque (1783-1840) – 1836 – (13)

        (Constantine Samuel Rafinesque.)

-       Murtughas hirsuta (Lam) Kuntze Otto (1843-1907) – 1891 – (14)

-       Murtughas speciosa (L) Kuntze Otto (1843-1907) – 1891 – (15)

-       Münchhausenia (L) Koehne (1848-1918) – 1903 – (16)

        (Bernhard Adalbert Emil.)

-       Lagerstroemia intermedia Koehne (1848-1918) – 1903 – (17)

        (Bernhard Adalbert Emil.)

-       Lagerstroemia speciosa var. intermedia (Koehne) 1968 – (18)

        Furtado & Montien 

 

Nota bene : Cette liste est loin d’être exhaustive.

 

            Références des ouvrages concernant les synonymes ci-dessus

 

01/ - Der Hausvater – Volume 5 – page 357 – article 216 – 1770

02/ - Observationes botanicae - Volume I – page 20 – article 61/b – 1779

03/ - Encyclopédie méthodique - botanique – de : de Lamarck - 1783

        Volume I - pages : 39

04/ - Encyclopédie méthodique - botanique – de : de Lamarck - 1783

        Volume I - pages : 39

05/ - Encyclopédie méthodique - botanique – de : de Lamarck - 1783

        Volume I - pages : 39

06/ - Observationes botanicae - Volume V – page 25 – article 63 - 1789

07/- Plants of the coast Coromandel – 1832

       Volume I – page 46 – chapitre 65.

08/ Species plantarum de Carl Ludwig von Willdenow – 1799

      4ème édition - Volume II – pars II - page 1178 – 3ème alinéa

09/ Exposition des familles naturelles dans les plantes – 1805

      Page 176 – 3ème alinéa.

10/ A Botanical Materia Medica – 1812

      Volume III – page 105 – chapitre 529 – alinéa 1  

11/ Le catalogue de Wallich (manuscrit) page 58 – article 2113 - 1826  

12/ Le catalogue de Wallich (manuscrit) page 58 – article 2114b - 1826 

     (Le manuscrit est très mal écrit – que Wallich me pardonne - et personnellement

      je n’ai trouvé aucun mot ressemblant à ‘’macrocarpa‘’.)

13/ Sylva Telluriana. Mantis Synopt. Page 98 – article 595 - 1838

14/ Revisio generum plantarum – page 249 – article Murtughas L.(1747) - 1891

15/ Revisio generum plantarum – page 249 – article Murtughas L.(1747) – 1891

16/ Das Pflanzenreich - IV – 216 – Lythraceae – page 260 – section 2 – 1903

17/ Das Pflanzenreich - IV – 216 –

      Lythraceae – page 260 – section 7 – et page 261 – 1903

18/ The Gardens’Bulletin Singapore – Volume 24 – pages 185 à 335 - 1969

 

Quelques noms vernaculaires du Lagerstroemia spéciosa (L) Pers 1807

 

Queen’s Flower – Queen of Flowers – (Angleterre) - Chaba HoledachaBa – Holematti – Maruvachalla – Nirben-deka (Canarese) – Bolasbari (Garo) – Arjuna – Jarul – (Hindi) – Garsekre – (Ho) – Semmaruta (Kadir) – Garasaikre (Kolami) – Tamonn (Konkani) – Kamaung (Magahi) – Atampu – Chemmaruta – Katalpu – Manimarutu – Nirmarutu – Nirventekku – Puvalventekku (Mayamalam) – Bondara – Mota-bondara – Taman – Tamana (Marathi) – Garasekere – Kuiri (Mundari) – Arjuna (Sanscrit) - Sekra (Santali) – Kadali – Kadalimugai – Kadalippuva – Pumaradu (Tamil) – Vargogu (Telugu) Challa (Tulu) Ary – Jarulo - Patoli (Uriya) – (Inde) – Bungur Melayu (Sumatra) Bungur Suda – Bungur atau ketangi – laban - wungu (Java) (Indonésie) - Banaba (Philippines) – Murutagass - Murute (Sri Lanka) - Bằng lăng nước (Vietnam).

 

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Quelques gravures de Lagerstroemia typiques de l’Indochine extraites du ‘’The Gardens’ Bulletin – Singapore‘’ Volume 24 – pages 185 à 335. Le chapitre A revision of Lagerstroemia L. est signé : Caetano Xavier dos  Remedios Furtado (1897-1980) du jardin botanique de Singapour et de Montien Srisuko (มณเฑียร ศรีสุข) du Royal département des forêts de Thaïlande.

 

Le genre lagerstroemia compterait au final, c’est-à-dire après moult comparaisons et associations entre les divers noms d’espèces créés par les botanistes d’antan, et aussi selon les différentes classifications, une trentaine d’espèces ?!....

 

Du fait de cette … ‘’clarification‘’ chacune de ces espèces est associée à différents synonymes, c’est-à-dire à des noms binominaux qui n’ont pas été pris comme référence de l’espèce mais qui auraient pu l’être.

 

Au sein de ces listes de synonymes il est rare de voir figurer le nom de certaines espèces indigènes du Sud-est asiatique décrites, par exemple, par Jean-Baptiste Louis Pierre (1833-1905) et quelques autres de ses contemporains ?!....

 

Cette remarque concerne en particulier des espèces cochinchinoises (Région de Saigon) et Cambodgiennes que les indigènes dénommaient, et dénomment encore aujourd’hui au Vietnam : ‘’Bang lang‘’ (Băng lăng) et dont la liste suit … en partie.

-       Bang lang Xi       - Lagerstroemia cochinchinensis Pierre ex Gagnepain 1918

-       Bang lang doc    - Lagerstroemia petiolaris Pierre ex Laness.

-       Bang lang oi       - Lagerstroemia nervosa

-       Bang lang oi       - Lagerstroemia crispa Pierre ex Laness.

-       Bang lang nuoc  - Lagerstroemia augustifolia Pierre ex Gagnepain

-       Bang lang nuoc  - Lagerstroemia floribunda Jack 1820

-                                  - Lagerstroemia tomentosa Presl. (เสลาใบเล็ก)

 

Bang lang Xi (Bằng lăng) - Bang lang doc (Bằng lăng cuống) - Bang lang oi (Băng lăng ổi) - Bang lang nuoc (bằng lăng nước) & (Bằng lăng cườm) – L. floribunda (Bằng lăng nhiều hoa) – L. tomentosa (Bằng lăng lông)

 

Ces espèces peuvent atteindre 30 à 35 mètres de haut et 40 à 60 centimètres de diamètre. Les monographies les concernant précisent qu’après 60 ans leur tronc se creuse.

 

Le bois de ‘’Bang lang‘’ était un bois apprécié par les coloniaux français pour sa flexibilité et ses fibres longues et élastiques. Pour ces raisons il était utilisé sur place pour le charronnage, la tonnellerie, la batellerie (avirons, gouvernails) et après la guerre de 14/18, en France, pour réaliser des crosses de fusils, des roues de canons et … des hélices d’avion. Les lagerstroemia sont aujourd’hui, au Vietnam et au Cambodge des bois dits … de deuxième catégorie.

 

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Photo 1 : L’aire géographique où, en 1969, Furtado et Montien Srisuko décrivirent et renommèrent plus d’une cinquantaine d’espèces de Lagerstroemia, dont une nouvelle trouvée sur une île Malaysienne de l’archipel de Langkawi. Cette espèce fut appelée : Lagerstroemia Langkawienis Furtado-Montien.

Photo 2 : Une gravure extraite des travaux de Furtado et Montien Srisuko, consacrée au Lagerstroemia Langkawienis Furtado – Montien Srisuko.

Photo 3 : L’aire indigène des Lagerstroemia. Aujourd’hui, du fait de l’intervention humaine nombre d’espèces se sont acclimatées en dehors des zones tropicales classiques.

  

Ces lagerstroemia comme tous les lagerstroemia appartiennent à la grande famille des ‘’LYTHRACEAE‘’ ou ‘’LYTHRACEES‘’ appelée aussi Lithrariées, ou Litharieæ.  

 

 

La petite histoire de cette famille :

 

Dans un premier temps Linné classait ses individus en fonction du nombre de leurs étamines, c’est-à-dire des tiges portant les anthères ou sacs à pollen, élément fécondateur des plantes. Avec ce système les lagerstroemia furent répertoriés dans la 13ème Classe, celle des Polyandria, c’est-à-dire aux nombreuses étamines. (poly-nombreux et andria-étamines)

 

Entre 1546 et 1704 les botanistes d’alors auraient découvert … 41.486 plantes. Linné, d’après Michel Adanson (1727-1806) les aurait réduites à 7.000 ?!... ce qui fait quand même pas mal de doublon si doublon il y avait.

 

Cette classification sexuelle réunissait alors des plantes qui n’avaient rien en commun si ce n’est que leur nombre d’étamines. Le commerce aidant entre 1592 et 1757 des botanistes comme Charles Plumier (1646-1704), Joseph Pitton Tournefort (1656-1708), rapportèrent, pour le premier plus de 1.000 végétaux d’Amérique, et pour le second plus de 1.350 du Levant (Syrie), pour ne citer qu’eux car, par exemple sous Louis XV (1710-1722-1774) le jardin royal de Paris présentait tous les ans plus de 3.500 variétés de plantes. Cet afflux de nouveaux végétaux rendait obsolète le mode de classement mis au point par Linné.

Alors chaque botaniste chercha à créer son propre système tout en dénigrant celui de ses confrères, ce qui n’avait pas pour avantage de trouver un mode de classement consensuel.

 

Le botaniste français d’origine écossaise Michel Adanson (1727-1806), au lieu de critiquer le système de ses confrères chercha ce qu’il y avait d’intéressant dans leurs propositions et, il en tira la conclusion qu’il fallait … ‘mettre ensemble les choses qui se ressemblent et séparer celles qui diffèrent les unes des autres‘’. La famille botanique par la ‘’méthode naturelle‘’, comme aimait à le dire Adanson, était née. Il avait créé 58 familles et une méthode envers et contre tous, car elle aussi fut alors très critiquée. Mais comment les botanistes en sont-ils venus à créer la famille des LYTHRACEAE ?!...

 

Tout commença en 1753 par l’identification d’une plante que Carl von Linné nomma : ‘’Lythrum salicaria‘’. Le mot de Lythrum trouvait son origine dans le mot grec ‘’luthrôn‘’ qui signifie sang noir ou sang caillé, en référence à la couleur de la fleur de l’espèce ; et le mot ‘’salicaria‘’ qui est une latinisation du mot latin salix, c’est-à-dire du saule, parce que les feuilles du ‘’Lythrum salicaria‘’ avaient quelques affinités avec celles du saule … d’après Linné.

 

A partir du nom de l’espèce de cet individu Joseph Pitton Tournefort (1656-1708), créa le genre ‘’salicaria‘’ (Genre III) ‘’ … parce que la plupart de ses espèces se trouvent dans les saussaies ‘’, et Antoine Laurent de Jussieu (1748-1836) à partir du nom du genre créa la famille ‘’Lythraire‘’. Enfin, Jean Henri Jaume de Saint-Hilaire (1772-1845) en 1805 s’inspirant de ses aînés fera de ‘’Lythraire‘’ … ‘’LYTHRACEES‘’ ou ‘’LYTHRACEAE‘’. Ce nom sembla faire l’unanimité puisqu’il a toujours cours.

 

 

LES LYTHRACEAE :

 

La famille des lythraceae compte une trentaine de genres qui se répartissent en 620 espèces, dont 275 se rapportent au genre ‘’cuphea‘’, 72 au genre ‘’diplusodon‘’ et 56 au genre ‘’lagerstroemia‘’ ?!...

 

Nota bene : Certaines classifications sont moins généreuses pour le genre lagerstroemia et avancent seulement … une trentaine d’espèces ?!.... (Laissons les botanistes débattre entre eux – Environ 17 espèces sont indigènes de Thaïlande.)

 

Les lythraceae sont des plantes dicotylédones, c’est-à-dire développant deux feuilles primordiales. Ils regroupent des herbes vivaces ou annuelles, des arbustes et des arbres dont certains peuvent atteindre une quarantaine de mètres. Les feuilles sont opposées ou alternes ; les fleurs en grappes, axillaires et terminales, les étamines en nombre indéfini et les graines ailées.

 

Ce sont, dans le cas de certains Lagerstroemia, des plantes originaires de la Chine de la Corée et du Japon. Outre ces pays, nombre d’espèces aujourd’hui sont indigènes, du Yunnan, Philippines, Laos, Vietnam, Cambodge, Thaïlande, Malaisie, Indonésie, Nouvelle Guinée, Nord de l’Australie, Réunion, Sri Lanka, Inde, Pakistan de l’est, Himalaya, Népal, Bangladesh, et Birmanie.

 

A partir du XVI ou XVIIe siècle certaines espèces ont été introduites dans de nombreuses régions où elles se sont acclimatées.

 

Ainsi, le Lagerstroemia Indica fut introduit en Amérique du Nord, très exactement en Louisiane par le botaniste français André Michaux (1746-1802), alors botaniste royal. Ce dernier créa en 1785 un jardin botanique à Charleston, aujourd’hui une ville de Caroline du Sud ; et entre 1785 et 1791, tandis qu’il exportait vers la France de nombreuses espèces américaines, il en importait tout autant, venant de toutes les régions du monde, pour enrichir son jardin. Hélas la révolution vint mettre fin à son entreprise.

 

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Photo 1 : Michel Adanson (1727-1806) Gravure extraite de ‘’Plante de la France, décrites et peintes d’après nature par M. Jaume de Saint Hilaire‘’ (Tome IV)

Photo 2 : Gravure d’une salicaire extraite de ‘’Plante de la France, décrites et peintes d’après nature par M. Jaume de Saint Hilaire‘’ (Tome 8 – gravure 55).

Photos 3 : Une gravure de Jean-Henri Jaume de Saint-Hilaire.

Photo 4 : Une gravure d’un Lagerstroemia speciosa (L) Pers. extraite du ‘’Fleurs, fruits et feuillages choisis de l’île de Java ‘’ peints d’après nature par Berthe Hoola van Nooten (1817-1892).

Question : Qu’elles sont les ressemblances entre la Salicaire (Photo 2) et le Lagerstroémia (Photo 4) ?.... Car ce sont tous les deux des …. LYTHRACEAE        !...  

 

Description des Lagerstroemia :

 

L’une des caractéristiques communes à tous les lagerstroemia c’est la morphologie de leurs fleurs qui n’en demeurent pas moins différentes selon les espèces.

 

Par ne pas induire le lecteur en erreur, je rappelle que cette chronique est intitulée Lagerstroemia L. Ce qui signifie que les descriptions qui vont suivre seront d’abord d’ordre général avant d’être spécifique à une espèce.

 

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 Quelques Lagerstroemia L. montrant leur disparité en hauteur. Certains d’entre eux mesurent tout au plus deux ou trois mètres de haut, alors que d’autres dépassent les trente mètres.

Sur la photo de droite tout en bas, s’élève un Lagerstroemia speciosa Pers. de 12 mètres de haut en fleurs. Elles sont roses et tout au faîte de l’arbre. Au Lanna cette espèce porte le nom de : Inthanin’ ou Inthanin’ Nam’ (อินทนิล ou อินทนิลน้ำ).

 

Le tronc des Lagerstroemia :

 

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Photo 1 : Le tronc d’un ‘’Lagerstroemia tomentosa C. Presl.‘’, ou ‘’Sela‘’ en Thaï (เสลา). Le spécimen, haut d’environ 10 mètres, est visible à l’hôtel Empress de Chiang-Mai. Il existe une espèce que les Thaïs appellent Sela-baï-Yaé c’est-à-dire Sela à feuilles grandes  (เสลาใบใหญ่). Il s’agit du ‘’Lagerstroemia loudonii Teijsm & Binn. ‘’.

Photo 2 : Le tronc d’un Lagerstroemia speciosa Pers. que les Thaïs dénomment ‘’Inthanin’‘’ (อินทนิล) ou Inthanin’ Nam’ (อินทนิลน้ำ ชื่อสามัญ). Cette espèce varie entre 10 et 25 mètres de haut. Le spécimen s’élève à l’entrée du département chargé des forêts rue Charoen Prathet.

Photo 3 : Le tronc d’un Lagerstroemia macrocarpa Wall. ou Inthanine bok (อินทนิลบก). Cette espèce mesure entre 8 et 20 mètres. Le spécimen se trouve dans l’arborétum situé près du Zoo. 

Photo 4 : Un tronc – sauf erreur de ma part – d’un Lagerstroemia floribunda Jack. ou Tabec (ตะแบก) photographié dans la rue Ratchadamnoen. La rue qui relie la porte Thaphae au Wat Phrasing. Les Lagerstroemia y sont rois et les espèces nombreuses. Le Lagerstroemia floribunda Jack. ou Tabec (ตะแบก) mesure entre 15 et 30 mètres.

Selon les régions le tabec est appelé : Krabec (กระแบก) à Songkhla, Krabec-Pri (ตราแบกปรี้) près du Cambodge, Tabec Khaï (ตะแบกไข่) à Ratchaburi et trat, Puéi-Na (เปื๋อยนา) à Lampang et Puéi-Hagn-Khagn (เปื๋อยหางค่าง) à Phrae.

 

Les feuilles des Lagerstroemia :

 

Là encore les feuilles diffèrent d’une espèce à l’autre et sont l’un des éléments qui permet de différencier les espèces … à la condition de les connaître ?!....

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De façon générale les feuilles sont opposées ou alternes, pétiolées et entières c’est-à-dire ne présentant aucune division pas même des dents sur leurs bords ; elles sont pennivernées, à savoir avec un pétiole qui se prolonge en nervure centrale d’où partent, de part et d’autre de cette dernière, des nervures secondaires.

Ces feuilles sont en fait des pétioles qui constituent une penne plus ou moins longue. Les pennes n’ont pas un nombre de pétioles régulier.

Les plus petites pétioles sont de forme oblongue allongée et se terminent souvent par une pointe. Les plus petites, à l’état adulte, font 4cm5 de large sur 6 cm de long.

Les plus grandes sont très larges, 21 cm sur 40 cm de long et se terminent en arrondi.

 

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Photo 1 : Quelques pennes d’un Lagerstroemia speciosa (L) Pers. ou ‘’Inthanin’‘’ (อินทนิล).

Photo 2 : Des feuilles de divers Lagerstroemia, dont celle de 40 cm de long, cueillies sur les berges de la douve nord de Chiang-Mai.

Photo 3 : Gros plan sur une foliole d’un Lagerstroemia spéciosa (L) Pers. ou ‘’Inthanin’‘’ (อินทนิล) ou Inthanin’ Nam’ (อินทนิลน้ำ ชื่อสามัญ).  

 

Les fleurs des Lagerstroemia :

 

Les fleurs, malgré leur différence de taille d’une espèce à l’autre, sont ce qui permet d’identifier au premier coup d’œil un arbre du genre Lagerstroemia d’un arbre d’un autre genre.

 

Les fleurs des Lagerstroemia, en panicules axillaires ou terminales, forment des inflorescences du plus bel effet dont les couleurs varient entre le rose, le rouge, le violet et le blanc ; souvent les pétales blanchissent avant de se détacher de la fleur qui fructifie.

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Photo 1 : Quelques fleurs de différentes espèces de Lagerstroemia. (Leur diamètre n’a rien à voir avec la taille des arbres porteurs. Un grand arbre peut avoir de petites fleurs.

Photos 2,3,4 : Quelques panicules de différentes espèces de Lagerstroemia.

 

Le calice se constitue de 6 sépales, voire 7 ou 8, de forme triangulaire et valvaire, c’est-à-dire non recouvert par les pétales. Ces derniers, très onguiculés à leur base pour certaines espèces, sont au nombre de 6, voire 8, de forme obovale et oblongue. Leur contour comporte comme des déchirures et leur limbe est très fragile.

L’androcée (organe mâle de la fleur) se constitue d’un nombre indéfini  d’étamines similaires – étamines dites monomorphiques - à filets libres et saillants (exserts) portant chacun une anthère (sac à pollen au pollen de couleur jaune) versatile formée de deux parties globuleuses soudées entre elles.

Certains androcées sont dotés de cinq ou sept étamines supplémentaires dites étamines dimorphiques. Ce sont des étamines qui s’élèvent sur le pourtour des étamines similaires,  leur filet de couleur violacé ou rose porte une anthère de couleur verte, contenant un pollen de couleur verte. 

L’ovaire (organe femelle) est infère (Pétales au-dessus de l’ovaire) et surmonté d’un style filiforme, sans rigidité, et très légèrement arrondi à son extrémité, là où se situe le  stigmate. Cet ovaire se compose de quatre à huit loges multiovulées contenant un placenta chargé d’ovules.

 

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Photo 1 : Cette fleur d’un lagerstroemia au sol met en évidence son calice.

Photo 2 : Une illustration (n°406) d’Auguste Faguet (1841-1886), que j’ai recouverte de textes, représentant une coupe longitudinale de la fleur d’un Lagerstroemia indica L. Elle est extraite du 3ème tome du dictionnaire de Botanique de Henri Ernest Baillon (1827-1895).

Photo 3 : Cette fleur d’un lagerstroemia met en évidence les étamines dites exserts et leur anthère ainsi que le style qui n’a aucune rigidité.

 

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           Suite de fleurs de différentes espèces du genre Lagerstroemia !...

 

Notez un certain air de famille mais aussi la spécificité de chaque fleur qui fait leur différence. La troisième fleur possède … 8 pétales et son calice … 8 sépales !...

 

Le fruit des Lagerstroemia :

 

Le fruit varie en volume selon les espèces mais dans tous les cas, c’est un fruit capsulaire coriace. Sa coque est épaisse, dure et de couleur marron foncé quand elle arrive à maturité. Elle est retenue par le calice qui en cours de formation s’est transformé en cupule, c’est-à-dire une espèce de coupe qui contient le fruit et le rattache à l’arbre.

Cette capsule est dite loculicide, parce qu’elle s’ouvre d’elle-même, en six ou huit parties, au niveau de ses nervures dorsales longitudinales.

Comme ce fruit contient de très nombreuses graines il est dit polysperme.

Selon leur aspect extérieur, les fruits du Lagerstroemia peuvent être divisés en deux groupes : celui dont la surface du fruit est lisse et celui dont la surface du fruit  est légèrement granulée, comme abrasive. Ce type de fruit est alors qualifié de fruit à l’aspect galuchat, d’un cuir un peu rugeux.

 

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La graine des Lagerstroemia :

 

Les graines, de forme quelque peu pyramidale, (Comme des crocs plats) sont plates, très petites (scobiforme) et irrégulièrement ailées dans leur partie supérieure (*). Leurs dimensions sont d’environ 1 centimètre de haut pour 5 millimètres de large. Elles sont recouvertes d’un tégument épais et spongieux.

Comprimées dans leur valve elles se superposent et se détachent par blocs au moindre choc avant de s’éparpiller dans les airs et reposer sur terre.

 

(*) C’est en se référant aux graines du Lagerstroemia que le suisse De Candolle a créé les lagerstremiées pour distinguer une tribu de la famille des Lythrariées qui ont précisément des … graines ailées.

 

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CONCLUSION :

 

Cette chronique devrait vous permettre maintenant de reconnaître le genre Lagerstroemia, quant à l’espèce rien n’est moins sûr ?!... En Thaïlande, ou plus exactement au Lanna il y aurait 17 espèces dont les noms suivent :

 

Lagerstroemia indica L. 1753 :            Yi-Khègn (ยี่เข่ง)

Lagerstroemia speciosa (L.) Pers.      Inthanin’ Nam’ (อินทนิลน้ำ)

Lagerstroemia balansae Koehne         Tabèk-Kriap (ตะแบกเกรียบ)

Lagerstroemia calyculata Kurz            Tabèk-Dègn (ตะแบกแดง)

Lagerstroemia collinsae Craib             Tabèk-Baï-Lèk (ตะแบกใบเล็ก)

Lagerstroemia cuspidata Wall             Tabèk (ตะแบก) (ตะแบกใบเล็ก)                  

Lagerstroemia duperreana Pierre ex Gagnep 

                                                            TabèkPluak-Bagn(ตะแบกเปลือกบาง)

Lagerstroemia floribunda Jack            Tabèk-Na (ตะแบกนา)

Lagerstroemia loudonii Teijsm & Binn  Sela (เสลา) (เสลาใบใหญ)

Lagerstroemia marcrocarpa Wall.        Inthanin’-Bok (อินทนิลบก)

Lagerstroemia ovalifolia Teijsm. & Binn. Tabèk-Dogn (ตะแบกดง)

                        Siamica Gagnep          (ตะแบกนา)

                        Spireana Gagnep         (เปื๋อยน้ำ)

Lagerstroemia tomentosa C.Presl       Sela (เสลา) (เสลาขาว)

Lagerstroemia undolata Koehne          Sela-dam (เสลาดำ)

Lagerstroemia venusta Wall.               Sela-Pluak-Bagn (เสลาเปลือกบาง)

Lagerstroemia villosa Wall. ex Kurz     Sela-Pluak-Na (เสลาเปลือกหนา)

 

Nota bene : Les noms thaïlandais sont les noms en usage dans le centre de la Thaïlande, c’est-à-dire à Bangkok. Car bien évidemment chaque région a son vocabulaire botanique spécifique.

Ainsi le Lagerstroemia floribunda Jack  ex : Lagerstroemia siamica Gagnep. se dit dans le nord de la Thailande, c’est-à-dire au Lanna donc à Chiang-Mai : Krabèk (กระแบก) – Puéi-Na (เปื๋อยนา) – Puéi-Hagn-Khagn (เปื๋อยหางค่าง), à Chiang-Raï : Tabèk-Khaï (ตะแบกไข่) et à Fang : Phun-Muang (พื้นเมือง) et … en cherchant bien … il devrait y avoir d’autres noms d’autant que certaines espèces ne sont pas exemptes de variétés ?!...

 

Ainsi le Lagerstroemia floribunda Jack compterait quatre variétés :

-           Lagerstroemia floribunda Jack  variété floribunda

-           Lagerstroemia floribunda Jack  variété brevifolia Craib.

-           Lagerstroemia floribunda Jack  variété sublaevis

-           Lagerstroemia floribunda Jack  variété subecastata

 

En conclusion : restez en au genre, et retenez que les lagerstroemia sont surtout cultivés en tant qu’arbres d’ornementation, surtout le lagerstroemia indica Linn., la ville de Chiang-Mai en est un parfait exemple.

 

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En espérant vous avoir intéressé et vous retrouver à l'occasion d'une prochaine chronique ...

 

                                                  Bien à vous

 

 

                                                                    Le  Jean de la Mainate Avril 2016



08/05/2016
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