MerveilleuseChiang-Mai

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COUROUPITA GUIANENSIS AUBLET

 

COUROUPITA GUIANENSIS AUBLET (Le)

Au Lanna : (tone-sala - ต้นสาละ ou ต้นสาระ)

 

                              


 

Le couroupita guianensis Aublet du Wat SRIKEUT (วัด ศรีเกิด) de CHIANG-MAÏ.

 

Alors qu'il fleurissait sans avoir vu un seul occidental le couroupita toumou, un arbre endémique du nord de l'Amérique du sud, du sud des Caraïbes et principalement de Guyane, était appelé par les ancêtres des Péruviens, ''Aia Huma''.

 

Puis au XVe siècle les occidentaux ''découvrent'' l'Amérique. Alors cet arbre va prendre différents noms, noyer d'Amazonie, abricotier du bord de la mer, et que sais-je encore !...

 

Il faudra attendre 1775, et la venue du pharmacien et botaniste Français, Jean-Baptiste-Christian Fusée-Aublet (1720-1778) pour qu'il soit répertorié sous le nom de Couroupita.

 

La variété de couroupita couvrant la Guyane Française sera baptisée Couroupita Guianensis Aublet. (*)

 

(*) Couroupita est l'abrégé de ''couroupita toumou'', le nom que donnaient à cet arbre les Galabis, un des peuples de la Guyane d'alors.

Guianensis fait référence à la Guiane qui autrefois s'écrivait avec un ''i'' et aujourd'hui  avec un ''y'' !...

Et Aublet a été donné en hommage à celui qui étudia cet arbre pour la première fois. 

 

 

A la même époque, donc un contemporain d'Aublet, lui aussi botaniste, de culture italienne et sujet du Saint-Empire romain germanique, Giovanni Antonio Scopoli (1723-1788) donna à cette variété d'arbres, le nom de Pontopidana.

 

Ce fut la proposition française qui l'emporta sur celle du Saint-Empire.

 

Néanmoins malgré ce nom ''savant'', le couroupita ne manque pas de surnoms � l'abricot de singe, le boulet de canon, l'abricotier de Macaco ou de Guyane, le coco de mono, le granadillo, la calebasse colin, l'arbre à bombes, le kouroupitoumou� et la liste reste ouverte.

 

                                                           

 

Planche de Pierre Jean François Turpin (1775-1840) extraite du ''Dictionnaire des sciences naturelles'' édité de 1816 à 1829 par F.G. Levrault éditeur à Strasbourg et rue de la Harpe au n° 8 à Paris.

 

Cet arbre appartient à la famille des lecythidaceae. Une famille dont la particularité est de regrouper les plantes dicotylédones, c'est-à-dire dont la graine donnera naissance à deux feuilles primordiales.

 

Cette famille de plus de trois cents espèces se répartie en dix genres, lesquels ne concernent que les arbres originaires des régions tropicales et subtropicales d'Amérique, d'Afrique de l'est, ainsi que de Madagascar et des îles avoisinantes.

 

Le groupe des couroupita comprend à lui seul une vingtaine d'espèces. Toutes sont originaires d'Amérique centrale. (*)

 

(*) acreensis R.Knuh - antillana Miers - froesii R. Knuh - idolica Dwyer - membranacea Miers - peruviana O.Berg - saintcroixiana R.Knuh - surinamensis Mart. Ex O.Berg - venezuelensis RKnuh - nicaraguarensis - surinamensis Mart. Ex O.Berg - magnifica Dwyer -  etc ...

 

 

 

Le couroupita guianensis Aublet, est un arbre qui peut atteindre entre 30 et 35 mètres de hauteur. Ses feuilles tombent deux fois par an, en mars et en septembre.

 

Dans sa partie basse, ses branches s'entremêlent et s'enchevêtrent comme pour empêcher un intrus partant du sol d'accéder à son faîte. Par contre, dans sa partie haute ses branches sont dégagées mais couvertes d'épines relativement très espacées.

 

                                                   

 

Comme beaucoup d'arbres tropicaux c'est un arbre ''cauliflore''. Ses fleurs et ses fruits naissent directement à partir du tronc et principalement dans sa partie basse.

 

 

Ses fleurs sont exceptionnelles à tout point de vue. Il suffit pour s'en convaincre de regarder la photo jointe, qui se passe de tout commentaire.


                      

 

Les six pétales de ces fleurs hermaphrodites, dont deux sont plus grands que les autres, se déploient à partir d'un bouton qui appartient à une grappe pouvant mesurer jusqu'à trois mètres de long. Cet amas de bourgeons est capable de donner naissance à une centaine de fleurs, dont la plupart atteindront une dizaine de centimètres !...

 

Elles éclosent à raison de trois ou quatre tous les matins. Et à la tombée de la nuit, elles rendent l'âme en tombant au sol. Un rameau d'une centaine de boutons mettra environ un mois, pour que toutes ses fleurs voient le jour !...

 

 

 

                                             

 

Ses fruits sont matures en 18 mois, et mettent deux ans avant de se détacher. Ce sont de grosses boules de couleur marron, qui font penser à un boulet de canon, dont le diamètre varie entre 15 et 25 centimètres.

 

Les plus lourdes de ces sphères peuvent peser jusqu'à 6 kilos !.... Alors autant ne pas se trouver sur (ou sous ?!...) la trajectoire d'un fruit qui décide de prendre sa liberté.

 

Comme il n'est pas comestible, le quidam qui le reçoit sur le crâne n'a même pas le plaisir de se venger en le mangeant !...

 

 

Les fruits contiennent une pulpe acide, d'un blanc verdâtre et dans laquelle se trouve entre 200 à 300 graines.

 

Lorsque cette pulpe entre au contact de l'air, elle bleuit et dégage une odeur nauséabonde.

 

Cette chair incomestible était néanmoins utilisée autrefois par certaines tribus pour entrer dans des préparations destinées à redonner des forces à ceux des leurs qui en avaient besoin ?!...

 

 

L'enveloppe du fruit sert à fabriquer des calebasses. Et le bois de l'arbre qui a la particularité d'être un bois tendre et même trop mou pour servir à des usages ''nobles'', fait un parfait bois de caisserie et d'emballages divers.

 

 

 

 

Pour la petite histoire ... histoire de savoir ...

... et rendre à César ce qui appartient à César !...

 

 

Lors du XIXe siècle le couroupita guianensis Aublet a été introduit en Inde et au Sri Lanka.

 

Comme sa fleur, en y regardant bien, peut faire penser à la tête d'un naga, elle n'a pas été sans interpeller les Hindous. Car dans la mythologie indienne le serpent tient une place bien particulière.

 

Alors ce fut tout naturellement que le couroupita guianensis Aublet trouva asile dans la cour de certains temples indiens, et que d'arbre profane il devint ... sacré ... à la manière hindoue.

 

À cette époque, et depuis déjà des siècles, l'Inde influençait ses voisins du sud-est asiatique. (*) Alors le couroupita guianensis Aublet fut aussi planté dans la cour de certains temples bouddhistes.

 

 (*) Dans la mythologie bouddhiste le serpent a aussi son importance. C'est, entre autres, un des signes zodiacaux et le sujet de la quatorzième attitude. Celle où Bouddha, en état de méditation, est protégé par le roi des nāga, Nāgarāja, de la pluie et de ses débordements.

 

 

                

                                                

 

 

             L'image du samedi du Wat Lok Moli (วัดโลกโมฬี) de CHIANG-MAÏ

 

 

 

C'est ainsi qu'à Chiang-Maï, de nombreux temples (*) ont la fierté de posséder un couroupita guianensis Aublet.

 

 

(*) Parmi ces temples, pour ne citer que ceux-là, il y a :

 

Intra-muros, le Wat CHIANG MAN (*) ou CHIENG MUN (วัด เชียงมั่น) 171, rue Ratchaphakhinai, le Wat CHEDI LUANG VORAVIHARN (**) (วัด เจดีย์ลวงวรวิหาร; tout près du Wat Phrasingh, (วัด พระสิงห์) rue  Rachadamnoen, le Wat SRIKEUT (วัด ศรีเกิด) et rue Sinharat lane 3, le Wat PAPHRAONAI (วัด ป่าพร้าวใน).

 

Hors les murs, à l'angle nord-est de la ville, l'angle sri Phum (แจงศรีภูนิ), le Wat CHAI SRI PHUM (วัด ชยศรีภูนิ) ; au sud, le Wat NANTHARAM, (วัด นันทาราม) le Wat SRI PING MUEANG, (วัด ศรีปีงเมือง) le Wat MUEANG MANG, (วัด เมืองมาง) le Wat MUEN SAN, (วัด หมื่นสาร) (***) et au nord-ouest de la ville, sur la route 1004, thanon Huai Kaeo (ถ.ห้วยแก้ว) celle qui conduit au doï Sutep, le Wat PHRATHAT DOI SUTHEP. (วัด พระธาตุค้อยสุเทพ)

 

Donc, rares sont les temples qui n'ont pas le leur, mais il y en a !...

 

(*) Le Wat Chiang Man possède deux couroupita guianensis Aublet.

(**) Le Wat Chédi Luang, en divers endroits en compte au moins quatre.

(***) Ce temple qui en possède trois est si fier de ses arbres que son botaniste de service � mais je vous laisse poursuivre !...

 

 

Pour des raisons tout à fait compréhensibles, les Indiens et les Bouddhistes ont rebaptisé le couroupita guianensis Aublet.

 

C'est ainsi qu'à Chonburi, (ชลบุรี) une ville Thaïlandaise  à une cinquantaine de kilomètres au sud de Bangkok, cet arbre à pris le nom de ''Louk-peung-haï, (ลูกปืนใหญ่) c'est-à-dire de ... ''boulet de canon''.

 

À Bangkok il s'appelle le ''Sala Lanka'' (สาละลังกา) c'est-à-dire l'arbre de Bouddha venant du Sri Lanka.

 

À Chiang-Maï, où les gens contractent les mots et sont un peu moins précis que ceux de Bangkok, l'arbre se désigne sous le simple vocable de ... ''Sala'', (สาละ ou สาระ) sous-entendu, l'arbre de bouddha venant du Sri Lanka !....

 

Mais le sous-entendu, avec les ans, a fini par être oublié par bien des fidèles !...

 

Alors comme le véritable arbre de Bouddha porte le nom de ''Shal'' ou ''sâla'', (*) au Lanna comme dans la plupart des lieux bouddhistes, une certaine confusion a fini par s'installer dans l'esprit de pas mal de gens au sujet des deux arbres !.... (**)

 

 

 

 

(*) Les arbres mythiques, les seuls et les vrais, se rattachant à la vie de Siddhârta Gautama, sont au nombre de trois. Ces trois arbres, et pour cause, sont tous les trois endémiques de l’Inde, ce qui n’est pas le cas du couroupita guianensis Aublet qui lui vient de Guyane et a du être importé au Sri Lanka vers la fin du XVIIIème siècle.

Ces trois arbres ... sacrés ... concernent le Saraca Indica Linn (a) (arbre sous lequel est né Bouddha) le Ficus religiosa Lin. (arbre sous lequel Bouddha atteignit l’éveil.) et le Shorea Robusta Roxb. (arbre sous lequel s’éteignit Bouddha).

(a) Attention : Il ne faut pas confondre le Saraca Indica Linn avec le polylthia longifolia tous deux originaires d’Inde, parce qu’ils ont en commun le nom vernaculaire d’Ashoka pour le premier et de faux Ashoka pour le second.

(**) Pour s’en convaincre il suffit d’entrer ‘’shorea robusta roxb‘’ sur le net, et de cliquer sur ‘’images‘’. Alors vont apparaître sur votre écran … les deux types de fleurs !....  

 

 

 

Ainsi, l'écriteau posé par le botaniste, ou plutôt l'apprenti naturaliste du Wat MUEN SAN, (วัด หมื่นสาร) sur chacun des trois couroupita du temple, est un bel exemple de la confusion existant entre les deux arbres. A part le nom thaï (ต้นสาลา), tout le reste est faux.

 

 

A noter que le cher homme est aussi doué en botanique qu'en orthographe car il m'a donné pas mal de fil à retordre, moi qui ne possède pas trois mots de thaï, en présentant un autre arbre, un Penaga, (Mesua Ferrea Linn.) au Lanna Bunnak ou Bunnag, en l'orthographiant  ต้นบุนา alors qu'il s'écrit ต้นบุนน !...

 

 

Bref, au Lanna comme partout, force est de constater que les idées reçues ont la vie dure ?!... la preuve !...

 

  

 

Une feuille de Shorea robusta (*) L'écriteau                   Des feuilles de couroupita

 

(*) Cette feuille provient d'un Shorea robusta s'élevant tout à côté du Wat Suan Dok (วัด สวนดอก). (Chère Elisabeth V. vous voyez que j'ai tenu compte de votre remarque, d'autant que vous aviez raison - 03-01-2012)

 

(Arbre Sala ) ต้นสาลา

(Nom scientifique) ชื่อวิทยาศาลตร์ : Shorea robusta CF. Gaertn

(Nom anglais) ชื่ออังกฤษ : Shal � Sakhuwa � sal tree � sal of india.

 

 

 

Certains peintres même, pourtant spécialisés dans l’iconographie bouddhique, n’ont pas hésité à illustrer la naissance de Siddhârta Gautama sous un couroupita guianensis Aublet en fleurs. Des fleurs dont la couleur il est vrai peut se confondre avec celles du … Saraca Indica Linn. !...


 

                                  

 

 

La naissance de Bouddha.

Une peinture murale du Wat PAPHRAONAI (วัด ป่าพร้าวใน).

(Les fleurs de l'arbre sont-elles mauves (Couroupita) ou rouges (Saraca) ?...)

 

La confusion entre les deux arbres risque de durer encore bien longtemps, car la fleur du couroupita guianensis Aublet a reçu, tout du moins au Lanna, le joli nom de ''fleur de Bouddha'' !....

 

Mais cela a-t-il vraiment d'importance pour qui a la foi ?...

 

 

 



24/05/2010
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