MerveilleuseChiang-Mai

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C.V. de L’AUTEUR - 5 - PREMIERE ANNEE PARISIENNE




C.V. de L'AUTEUR - 5 - PREMIERE ANNEE PARISIENNE.

 

 

Octobre 1963 :

 

En octobre 63, le Jean n'a pas encore 18 ans, avec les encouragements de sa mère et une toute petite valise à la main, il monte à Paris.

 

Le bagage n'était pas bien gros. Mais il était largement suffisant pour transporter le peu qu'il possédait alors.

 

Par la suite cette petite valise en fer blanc bosselé, lui servira souvent pour déménager d'un lieu à un autre, mais là … en plusieurs voyages ; car les tentations parisiennes ne le laissèrent pas indifférent !...

 

C'est fou ce que les gens peuvent accumuler de choses en très peu de temps. Et le Jean se laissait toujours, et encore maintenant, tenter par les livres !...

 

 

En octobre, lorsque le Jean prend le train, son père était loin d'être d'accord pour le laisser partir. D'abord son gamin n'était pas majeur et … ''encore sous coupe'', comme il disait. Car à l'époque la majorité était à 21 ans.

 

Et puis comme pour argumenter sa position il ajoutait, ''ici il a une place et un métier. Qu'est qu'il va trouver là-bas ?... ''

 

Le père André n'avait pas tout à fait tort. Le Jean partait à l'aventure. Mais avec le temps, et les années de turbulences qui viennent de s'écouler, en restant à Saran le Jean serait vraisemblablement devenu un chômeur parmi tant d'autres.

 

Alors qu'à Paris il a toujours été occupé, souvent sans être payé, mais il n'a jamais connu une seconde d'ennui !...  car son travail, qu'il a toujours pris à cœur … le passionnait.

 

Hélas le père André n'est plus là pour entendre ces choses.




En fait, en partant pour Paris, le Jean avait deux adresses, que l'abbé Porthault, encore lui, lui avait remises, l'une pour trouver à se loger, et l'autre pour se faire embaucher.

 

La première était celle d'un foyer, qui se trouvait dans le quinzième arrondissement, au 29 de la rue de Lourmel. C'était le foyer Maurice Maignan, qui d'ailleurs existe toujours.

 

Et la seconde était celle du CFRT, le Comité Français de Radio et Télévision. Celui-là même qui produit la plus ancienne émission française de télévision, ''le jour du seigneur''.

 

Ses bureaux se trouvaient alors au 121 avenue de Villiers, dans le 17ème arrondissement de Paris.

 

 


Alors le Jean, sitôt débarqué gare d'Austerlitz, se rendit au foyer Maurice Maignan pour y poser sa petite valise.

 

Il y fut plutôt bien accueilli, mais il ne lui reste aucun souvenir, de cet endroit. Car son séjour y fut de courte durée. La vie en foyer ne lui convenait pas.

 

D'ailleurs après une semaine, un peu plus ou un peu moins, le prêtre chargé d'animer cet endroit lui demanda de passer à son bureau.

 

Le Jean était alors dans ses petits souliers, car cette rencontre ne présageait rien de bon.

 

L'entretien commença par une banale conversation. Et puis soudainement son interlocuteur lui demanda s'il se plaisait dans le foyer.


Le Jean, qui s'attendait à quelque chose du genre, le toisa un court instant, puis avec sa franchise habituelle et tout en sachant qu'il risquait de se retrouver à la rue, lui répondit, très clairement et très nettement … ''non''.

 

Puis il attendit que le ciel lui tombât sur la tête !...



A sa grande surprise son interlocuteur, plutôt satisfait de sa réponse, lui proposa alors de lui louer une chambre de bonne, dans le 8ème arrondissement.

 

Le Jean n'en revenait pas. Et bien qu'il lui fût demandé d'aller jeter un œil sur les lieux avant d'accepter la proposition, le Jean, avant même de les avoir vus, était décidé à les trouver parfaits.


Et ils furent parfaits … enfin presque … mais dans la vie, il faut savoir ce que l'on veut !

 


Cette chambre se situait au 96 de la rue Miromesnil, au 6ème étage et sous les combles. Elle n'était pas bien grande, 2 mètres 50 sur 3, tout au plus, et il ne fallait surtout pas y chercher le confort.

 

Mais la liberté n'a pas de prix. Et pour le Jean cette minable petite chambre qu'il louait alors 90 francs par mois, c'est-à-dire 13 €uros 72, c'était le paradis.

 

Il se souvient qu'elle n'avait qu'un vasistas, mais dans son encadrement apparaissait … la dame de fer !...

 

Autrement dit, chaque matin il pouvait admirer la tour Effel autrement qu'en regardant une photo. C'était comme un rêve de gosse qui devenait réalité !...

 


Bref, plutôt content d'avoir un toit, et pour lui tout seul, le Jean se retroussa les manches et repeignit sa mansarde en mauve pâle !… Ce qui ne fut pas du meilleur goût, alors que dans son pot cette couleur avait plutôt fière allure. Mais elle aurait dû y rester.

 

Ce faisant, il venait d'accomplir, et sans le savoir, le premier de ses travaux parisiens d'une longue et interminable série qui allait le conduire, vingt cinq ans plus tard jusqu'à la construction de son théâtre, le théâtre de la Mainate !...

 

Il vécut dans cette chambre de bonne, deux hivers durant … sans chauffage, c'est-à-dire jusqu'à la fin décembre 64, veille de son départ pour l'armée.



Des chambres voisines il ne connaîtra que deux locataires. Une dame aux cheveux blancs, plutôt âgée, dont il n'a jamais su le nom, et un certain Monsieur Gaffé.

 

La première gagnait sa vie en jouant aux courses. Elle gagnait peu à chaque fois, disait-elle, mais suffisamment pour boucler ses fins de mois !...

 

Et le second, alors âgé d'une trentaine d'années, était, d'après ses dires, radiologue. Il vivait avec un camarade, qu'il avait soi-disant sorti du caniveau, dans deux chambres, chacune guères plus grande que celle du Jean.

 

Mais il les avait coquettement décorées, et dans des couleurs qui n'avaient rien à voir avec le … mauve pale … de son jeune voisin !...

 

Il est vrai qu'avec le recul, ce monsieur Gaffé ne manquait pas de goût, et qu'il y avait même dans la décoration de ses chambres comme une petite touche de … féminité.

 

Plusieurs fois il essaya d'inviter le Jean chez lui, mais ce dernier, un tantinet sauvage et quelque peu méfiant, trouvait toujours un prétexte pour décliner ses invitations.

 

Jamais son voisin ne s'en formalisa. Et jamais il ne manqua une occasion pour aller frapper à la porte du Jean.

 

Ainsi par exemple, un soir de novembre, il vint lui annoncer l'assassinat de John François Kennedy.

 

Le Jean aurait très bien pu attendre le lendemain pour apprendre la nouvelle avec la une des journaux. Mais Monsieur Gaffé en avait décidé autrement.

 

Dans sa grande innocence de l'époque, le Jean n'avait rien compris aux assiduités de Monsieur Gaffé. Et ce n'est que quarante sept ans plus tard, en ressortant de sa mémoire tous ces souvenirs, qu'il se dit que … peut-être que … mais allez savoir ?!... le temps est passé par là !...




Après avoir posé sa petite valise au Foyer Maurice Maignan, le Jean alla se présenter au CFRT. C'était un matin, et il devait avoir un entretien d'embauche avec le père Dagonet.

 

 

Comme l'adresse à laquelle il se rendait se trouvait être le 121 de l'avenue de Villiers, le Jean sans chercher midi à quatorze heure, descendit à la station de métro baptisée du même nom.

 

Et là, il découvrit qu'il ne faut jamais se fier au nom d'une station de métro pour se croire arrivé à destination, et … à plus forte raison… à être à l'heure à un rendez-vous.

 

La station Villiers débouche bien sur l'avenue de Villiers, mais à la hauteur de ses premiers numéros. Le 121 se trouve … trois stations plus loin.

 

Cependant, sans le savoir, le Jean venait de découvrir la station qu'il fréquentera quotidiennement dans les jours à venir et … pendant plus d'un an. Car la station Villiers dessert le 96 de la rue de Miromesnil !... Curieux non ?...

 

 

Pensant que le 121 ne devait pas être loin, le Jean décida alors de s'y rendre à pied, histoire de découvrir Paris.

 

Heureusement qu'il avait calculé large, car il lui fallut une bonne demi-heure pour remonter jusqu'au numéro de sa destination.

 

 

Le ''121'' était un petit hôtel particulier de trois étages, plutôt coquet. À l'intérieur, à l'entresol, qui faisait office d'accueil, personne n'était au courant de son rendez-vous avec ''le père'' et chacun y allait de son petit commentaire !...

 

Quand un homme, descendant du premier, grommela quelques mots que tout le monde sembla avoir compris, sauf le Jean, qu'il invita à entrer dans une salle située juste à côté.


En fait, c'était avec cet homme qu'il avait rendez-vous, et dont le nom, qu'il apprit bien plus tard, était … monsieur Pierre Beauchesne.

 

 

La salle dans laquelle le jean venait d'entrer était vaste, austère et meublée de trois bureaux. De nombreux disques de 30 cm traînaient ça et là, attendant que quelqu'un se décidât à les ranger.

 

 L'homme descendu du premier, tout en s'asseyant derrière un bureau, qui se trouvait près d'une grande baie vitrée donnant sur l'avenue, invita le Jean à l'imiter.

 

Pour cela, il lui désigna un fauteuil, qui se trouvait en face de sa table de travail ; et où le Jean, à l'époque, n'aurait jamais osé y poser son arrière train, s'il n'y avait pas été convié.

 

 

Le Jean donc, quelque peu décontenancé, et aussi sans doute un peu intimité, de se trouver dans un bureau aussi grand, et de s'asseoir dans un fauteuil aussi beau, obtempéra

 

Mais il ne s'assit … que … sur le bout de ses fesses.

 

 

L'homme qu'il avait en face de lui devait avoir une trentaine d'années. Son physique ne plaidait pas en sa faveur. Car il avait tout à la fois un visage un tantinet poupin et … d'ours mal léché. A l'époque la mode était aux cheveux longs, mais son crâne était rasé, comme s'il sortait de prison.

 

Son comportement ne valait guère mieux. Car il n'arrêtait pas de poser et de reprendre une ''boyard maïs'' à l'odeur infecte, qui se consommait beaucoup plus dans son cendrier qu'entre ses lèvres.

 

En résumé, il devait être aussi mal à l'aise que le Jean. Mais sur le coup, le Jean ne s'en rendit pas compte.



En cours de conversation, ce nounours quelque peu bourru mais pas vraiment antipathique, un peu abruptement et même très maladroitement, lâcha des propos que le Jean reçut comme de véritables douches froides.

 

Ceux-ci, loin d'être calculés, et ne participant à aucune stratégie de déstabilisation particulière, laissaient entendre que le Jean était loin d'être embauché et … qu'il ne devait surtout pas … y songer  !... Car … ''sa société n'avait pas particulièrement besoin de personnel''.

 

Autrement dit, le Jean était reçu par politesse, et par quelqu'un qui allait pousser un soupir de soulagement dès qu'il serait parti.

 

 

La ''société'' de cet homme, c'était la S.I.E. La société Internationale d'Enregistrement, celle qui dans le cartel du CFRT était chargée des enregistrements sonores, et plus particulièrement des émissions de radio en destination de la France, et des pays francophones.

 

Cette société, le Jean le découvrira par la suite, n'avait alors qu'un seul et unique employé. Un homme à tout faire en quelque sorte, et c'était … ce monsieur Pierre Beauchesne.

 

Celui-là même qui le recevait à la demande du révérend père Philippe Dagonnet, de l'ordre des dominicains.

 

Car cette maison de productions audio-visuelles catholiques était dirigée par les dominicains. Elle avait été fondée par l'un des leurs, le RP Pichard, celui-là même qui créa la célèbre et excellente revue … Télérama.

 

 


Bref, pour en revenir au Jean, sa journée commençait plutôt mal. Et seul un miracle pouvait changer l'ordre des choses.

 

Sans doute parce qu'il était dans un lieu privilégié pour ce genre de phénomènes inexpliqués, l'inexplicable se produisit.


En effet, au grand étonnement de Jean, et alors qu'il se voyait déjà à courir à la recherche d'un emploi, Pierre Beauchesne, lui proposa un stage.

 

Cette offre tomba dans la conversation comme un cheveu dans la soupe !....


Le stage devait être d'un mois, et le salaire de … 500 francs. C'est-à-dire 76 € 23 …  d'aujourd'hui. !...

 

Pierre Beauchesne annonça ce chiffre avec beaucoup plus de délicatesse que ses propos précédents, et même avec … une certaine gêne.


''C'est bien peu'' avait-il concédé ''mais  je ne peux pas faire mieux pour le moment'' avait-il affirmé.

 

C'était vraiment bien peu par rapport à ce que le Jean gagnait chez Thermor, plus de la moitié moins, sans compter les charges qu'il allait avoir à assumer à Paris, et qu'il n'avait pas à Saran.

 

Mais, comme il était venu à Paris pour faire du théâtre et non pour gagner plus que dans son usine orléanaise, le Jean accepta l'offre.

 

Et très honnêtement, s'il lui avait proposé encore moins, le Jean aurait quand même accepté la proposition de stage.

 


Dans l'instant présent, l'enjeu était de mettre un pied dans la maison, de se rendre indispensable, bien que nul ne le soit, pour ensuite y mettre le second, et justifier l'intérêt de son emploi !...

 

 

Dès l'acceptation du Jean, l'atmosphère se détendit. Le bureau où s'entassaient les disques lui fut attribué. Et l'embauche commença par une visite du studio d'enregistrement.

 

Un studio où le Jean allait œuvrer jusqu'à son départ au service militaire. Un départ qui causera bien du souci à Pierre Beauchesne. Car, à cause du Jean, sa société allait alors avoir besoin … d'une nouvelle recrue !....





16/02/2010
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