MerveilleuseChiang-Mai

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FICUS RELIGIOSA L. 1753 (Le)

 

Ficus religiosa Linn 1753


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                                      Quelques "Ficus religiosa L." s'élevant à Chiang-Mai
Photo 1 : Le "Ficus religiosa" du Wat Dap Phai (วัดดับภัย) de Chiang-Mai intra-muros. Ce Wat est tout près du Wat Phra Shing. (Photo de 2009)
Photo 2 : Un "Ficus religiosa" d'un âge très avancé, s’élevant au bord de la rue Sithiwongse (สิทธิวงศ์) non loin du Wat Chai Si Phum (วัดชัยศรีภูมิ์) de Chiang-Mai hors les murs - Nord/Est. (Photo du 15.10.2016).
Photo 3 : Une représentation stylisée d'un "Ficus religiosa" du Wat Lok Moli (วัดโลกโมฬี) de Chiang-Mai hors les murs - Nord. L'intérêt de cette œuvre, pour ce qui nous intéresse, c'est la configuration des branches. (Photo de 2008).


Longtemps j'ai hésité avant de rédiger cette chronique parce que le Ficus religiosa est tout une saga à lui tout seul. En Thaïlande et les pays limitrophes il est considéré comme un arbre sacré, l'arbre de la sagesse qu'il ne faut "blesser", au propre et au figuré, sous aucun prétexte.

Par ailleurs, cette saga a partie lié avec quelques autres ficus en raison de leurs rapports avec différents Bouddhas.

Alors dans les chapitres qui vont suivre il sera d'abord question de l'aspect ... "botanique" du "Ficus religiosa" ; ensuite sera pris en compte son caractère "sacré".

Commençons donc par découvrir quelques-uns de ses noms communs :

Mais avant !... quelle différence ou point commun peuvent exister entre un Banian (Banyan) et un Ficus ?...


Le Ficus est un ficus, point. C'est un nom botanique dont l'espèce spécifie le type d'individu ... un individu composé d'éléments végétaux.

Le banian ou banyan est aussi, et d'abord un individu, mais un individu fait de chair et d'os et non de fibres végétales.

En Inde le mot banian qualifie un homme appartenant à la troisième caste, celle des commerçants. Il s'agit donc d'un indien, non musulman et non chrétien, exerçant un commerce plus ou moins important, et qui pour vendre sa marchandise se mettait et se met à l'ombre de l'arbre le plus ombrageux s'élevant dans l'un des multiples endroits publics du premier village venu.

De ce fait l'arbre dont l'ombre bénéficie aux vendeurs devient ... "l'arbre des banians" ; en France nous dirions "l'arbre des vendeurs", ou encore "l'arbre des commerçants", voire ... "l'arbre des camelots".

Compte tenu de la paresse naturel de tout un chacun "l'arbre des banians" est devenu ... le banian. Autrement écrit le banian peut désigner n'importe quel arbre, pourvu que son ombre soit suffisante  pour ombrager un petit commerce tenu par un ... banian.

Cependant, parmi les arbres qui propagent un maximum d'ombre il y a en tout premier lieu ... le "Ficus Benghalensis", et dans la plupart des cas c'est sous cet arbre que viennent commercer les ... banians. Alors c'est pour cette raison que le nom du "Ficus Benghalensis" a fini par se confondre avec celui de "Banian" qui par extension se confond aussi avec d'autres Ficus comme ... le "Ficus religiosa" pourvu que l'arbre fassent suffisamment d'ombre pour abriter le ou les banians ?!...  



Quelques noms vernaculaires du ... Ficus religiosa Linn

Bobaum, Bo-Baum, Bodhi-Baum, Heiliger Feigenbaum, Pappelfeige, Pepul-Baum, Pepulbaum der Inder (Allemagne) - Bo tree, Bodhi Tree, Buddha tree,  Peepal Tree, Wisdom tree, sacred ficus, peepal, (Angleterre) - Bawdi nyaung, Lagat, Mai nyawng, Nyaung bawdi (ဗောဓိညောင်ပင်) (Birmanie) - Pu (Cambodge) Pu Ti Shu (菩提树), Si Wei Shu (菩提樹), (Chine) - Buddhafigen (Danemark) - Arbre bo, Figuier de l'Inde, Figuier des banians, Figuier des pagodes, Figuier indien, Figuier sacré, Figuier sacré de Bodh-Gaya (France) - Alamo, Arbol sagrado de la India, Higuera de Agua, Higuera de las pagodas, Higuera religiosa de la India, Higuera sagrada de los budistas, Árbol de Bodhi (Castille) (Espagne) - Asvattha, Ashud, Ashvattha, pipal, Pippal (Bengali) - Jari, Pipalo, Pipers, Piplo (Gujarati) - Pipala, Pipal, Pipul (Hindi) - Aralegida, Aralimara, Arlo, Ashvatthanara,  Ashwatha, Basri,  Ranji (Kannada) - Ashvathamara, Basari, Ashvattha, Arayal, Arei al, Ashwatham (Malayalam) Arasu, Avasi, Arasi maram, Drasi, Aracamaram, Arachu, Aracu, Arali, Arara, Arasan, Arasamaram, Ashwarthan, (Tamil) - Bodhi, Ravichettu, Ragichettu, Ravi (Telugu) - (Inde) Albero della Bodhi, Fico del diavolo (Italie) - Indo bodaiju (Japon) - Bunut, Kaloja (Java) - Kok pho (Laos) - Avasai, Arasu (Malaisie) - Peepul, Pipal, Pippal (Nepal) - Ashvathha, Aswattha, Bodhidruma, Bodhivrska, Chalapatra, Gajabhaksha, Peepal, Peepul, Pippala, Shuchidruma, Yajnika (Sanscrit) Ton Phra Sri Maha Pho (ต้นพระศรีมหาโพธิ์) Ton Pho (ต้นโพธิ์) Maï Sali (ไม้สริ), Kao Sali (เก้าสริ) Yong (), (Thailande) - Cây Sanh (Ananam), Cây bồ đề · Đề (thực vật) (Vietnam).



Son nom "botanique" : Ficus religiosa Linn 1753

Les synonymes du Ficus religiosa Linn

Basyome : Ficus religiosa Linn 1753

Ficus religiosa Linn 1753 (1)
Ficus caudata Stokes jonathan - 1812 (2)
Ficus superstitiosa Link 1822 (3)
Ficus rhynchophylla Steud. 1840    (4)
Urostigma religiosum (L.) Gasp. 1844 (5)
Urostigma affine Miq., 1847 (6)
Ficus peepul Griff. 1854 (7)
Ficus religiosa var. cordata Miq., 1867 (8)
Ficus religiosa var. rhynchophylla Miq., 1867 (9)


Références des ouvrages ou parurent pour la première fois le nom des synonymes cités ci-dessus :

(1) Species plantarum Tome 2 - pages 1059/1060 (Linné répertorie 7 catégories de Ficus)

      Carl von Linné (1707-1778)
(2) A Botanical Materia Medica - volume 4 - page 358 - alinéa 19
      Jonathan Stokes (1755-1832)
(3) Enumeratio plantarum Horti regii botanici Berolinensis Altera - Vol. 2 - page 449 - réf. 5601
      Johann Heinrich Friedrich Link (1767-1851)
(4) Nomenclator Botanicus 2è dit. Vol.1 - page : 637
      Ernst Gottlieb von Steudel (1783-1856)
(5) Ricerche sulla natura del caprifico, e del fico; e sulla caprificazione - articolo estratto dal n° 23 del rendicon della R. accademia delle scienze di napoli - édité en 1845 - page 82  et planche VII.
Guglielmo Gasparrini (1804-1866)
(6) The London Journal of Botany - Vol.   - page 564 - alinéa 106
Friedrich Anton Wilhelm Miquel (1811-1871)
(7) Natulæ ad plantas asiaticas - Vol.6 - part 4 - page 393 - alinéa 7
      William Griffith (1810-1845)
(8) Friedrich Anton Wilhelm Miquel (1811-1871)
      Annales Musei Botanici Lugduno-Batavi - Vol.3- p.287 -ali.89.
(9) Friedrich Anton Wilhelm Miquel (1811-1871)
      Annales Musei Botanici Lugduno-Batavi - Vol.3- p.287 -ali.89.


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          Le ficus religiosa du wat Suan Dok de Chiang-Mai. (Photo de 2016)
Souvent l'arbre de la Bodhi est ceint d'un "voile" (ผ้าคลุมต้นโพธิ์). Ce voile signifie que l'arbre a été "ordonné" lors d'une cérémonie qualifiée "d'ordination bouddhique" une ordination qui n'a rien à voir avec celle d'un prêtre catholique. De ce fait  comme tout arbre ceint d'un voile il est "protégé de l'abattage" ou de mauvais traitements. Mais dans le cas d'un ficus religiosa voilé, l'étoffe précise que bouddha est présent en cet arbre.

 

Signification du nom binominal du "Ficus religiosa" :

Le genre : Ficus

Le genre "Ficus" fut créé par le botaniste français Joseph Pitton de Tournefort (1656-1708) en 1703 date de parution de son ouvrage "Institutiones Rei Herbariæ" en 3 tomes.
Dans le premier tome figurent, en pages 662 & 663 sous l'intitulé "Ficus - Figuier" la description d'une trentaine de ...  "ficus" ; et dans le troisième l'illustration d'une figue numérotée 420.

Ce genre fut repris par Linné en 1753 lors de la parution de son "Species plantarum" Tome 2 - pages 1059/1060 et ensuite adopté par les botanistes.

Le mot "ficus" vient du latin ficus, qui lui-même serait issu du grec "Syke" (Συκῆ) que le philosophe et écrivain français Pierre Bayle (1647-1706) transcrit par  "Syce"..
 
Selon le grec Phérénicus, "Skye", était l'une des huit hamadryades de la forêt d'Oxylos. Ces créatures mythiques étaient tout à la fois dryades et nymphes, et l'une de leurs particularités étaient d'avoir leur sort lié à un arbre d'où elles exerçaient leur pouvoir, comme envouter quiconque croisait leur regard. Chaque hamadryade avait un arbre d'une essence particulière, en propre.

Ainsi, par exemple, "Carya" (Καρυα) avait son destin lié à un noyer, le "Juglans Régia Linn", "Kraneia" (Κρανεια) à un cornouiller, le "cornus Linn", et "Syke" à un figuier, le "Ficus Carica Linn".


Dans le monde latin la signification du mot "Ficus" variait selon son genre. Ainsi tantôt il désignait l'arbre, c'est-à-dire le figuier et tantôt le fruit, à savoir la figue.

Par ailleurs, la ressemblance du fruit avec une tumeur, ou vive-versa, donna au mot ficus une troisième signification, celle d'une excroissance épidermique, telle une verrue.   

Le médecin grec Galien (vers 129-216) parle de ficus, fici (ficus au pluriel), comme étant une tumeur charnue, une excroissance de chair qui se développe sur la paupière. Il fut rejoint en cela par Hippocrate et Aetius qui eux désignaient les expansions celluleuses, qu'elles poussent sur une paupière ou ailleurs, sous les noms de ... thymus, condyloma et ... "ficus".

D'après le néerlandais Gérard Jean Vossius (1577-1649) "Ficus" viendrait d'un mot hébreu désignant le figuier ?!....

Ce genre regroupe environ quelques 800 espèces représentées par des arbres, des arbustes, et aussi, mais plus rarement, des lianes, et quelques plantes herbacées.


L'espèce : Religiosa

Religiosa est un mot qui, comme on le devine, a le sens de religieux et de sacré. L'espèce est ainsi nommée parce qu'elle concerne un arbre qui en Inde est celui de Krishna ; au Malabar, une région de l'Inde, il est celui de Vishnu et en Asie du Sud-est il est l'arbre sous lequel Siddhârta Gautama est devenu Bouddha et de ce fait celui qu'on croise dans presque tous les Wats, (monastères ou pagodes.) car certains Wats, à mon grand étonnement, non pas l'arbre de Bouddha.

Les noms vernaculaires du "Ficus religiosa" ne laissent aucun doute sur le sens de "religiosa" puisqu'on y trouve ... arbre des pagodes, arbre de dieu, arbre des conseils mais aussi ... arbre du diable, une autre forme du sacré ?!...

Bref, Linné en 1753 choisira le mot "religiosa" pour nommer cette espèce dont le nombre d'espèces se monte à, aujourd'hui; environ huit cent, voire mille selon certains internautes, mais cela reste à vérifier.


Pragmatique, dans son ouvrage intitulé "Cours d'agriculture" paru en 1783, le botaniste français, François Rozier dit l'abbé Rozier (1734-1793) ne prendra en compte que 28 espèces, et non des moindres,  dont 16 sont dites jardinières et 12 botaniques.

Ci-dessous figurent les douze espèces dites "botaniques".  La liste en est donnée parce que nous reparlerons de certaines d'entre elles au cours de la deuxième partie de cette chronique, celle où il sera question du ...  "sacré", car se sont aussi des arbres sacrés.

01. Figuier commun. Ficus carica. (Asie-Europe méridionale)
02. Figuier-Sycomore ou Figuier de Pharaon.
      Ficus sycomorus. (Egypte)
03. Figuier Religieux. Ficus religiosa L. (Inde)
04. Figuier du Bengale. Ficus benghalensis L. (Inde)
05. Figuier des Indes. Ficus indica L. (Inde)
06. Figuier des Indes occidentales. Ficus ß foliis lanceolatis integerrimis, L. M. von-Linné (Indes Occidentales)
07. Figuier en grappes. Ficus racemosa L. (Inde)
08. Figuier nain. Ficus pumila L. (Chine & Japon)
09. Figuier à feuilles de châtaignier. (Amérique)
10. Figuier à feuille de Nymphea, ficus nymphæi folia L. (Inde)
11. Figuier Benjamin. Ficus benjamina L. (Inde)
12. Figuier vénéneux. Ficus toxicaria L. (Sumatra)

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                                     Quelques gravures de "ficus" originaires de l'Inde.
Toutes ces planches sont extraites de "Hortus Indicus Malabaricus" (jardin du Malabar ou ... plus précisément ... Flore du Malabar) parue entre 1678-1679 du Hollandais Hendrick Van Rheede tot Drakestein (1636-1691).
Photo 1 : Planche d'un "ficus religiosa" (Volume 1 - page 47 - planche 27) - Rheede avait appelé cet arbre :"Are-alu".
Photo 2 : Planche d'un "ficus indica", au sort souvent lié à celui du "ficus religiosa", ( Volume 3 - page 73 - planche 57) -  Rheede avait appelé cet arbre :"Katou-alou".
Photo 3 : Planche d'un "ficus Benghalensis" (Volume 1 - page 49 - planche 28) -  Rheede avait appelé cet arbre :"Peralu".
Photo 4 : Planche d'un "ficus glomerata ou racemosa" (Volume 1 - page 43 - planche 25) - Rheede avait appelé cet arbre :"Atti-alu".


L'abréviation botanique du botaniste : L

L. est l'abréviation d'auteur que les botanistes ont attribué à Car von Linné (1707-1778) un médecin suédois passionné de botanique. Sa passion va le conduire à entreprendre plusieurs type de classification des êtres naturels dont les plantes.
L'une d'elle, basée sur le nombre d'étamines, ne lui survivra pas. Mais sa nomenclature binominale est toujours en vigueur. Elle consiste à donner deux noms à tout individu.
Le premier nom est un nom générique, commun à plusieurs espèces, comme dans cette chronique : "Ficus", c'est le nom de la famille ou du genre, et le second, un nom spécifique qui différencie de ses pairs ou cousins l'individu concerné, dans le cas présent : "religiosa".


La famille des Moracées ou Moraceae :

L'origine du nom de la famille :

La famille des "moracées" tire son nom du genre "morus" qui lui-même le tient des mots latins "morus" et "morum". Ces noms désignaient alors ... le "murier" pour morus et la "mûre" pour "morum".

Le genre "morus" fut créé par le botaniste français Joseph Pitton de Tournefort (1656-1708) : "Morus - Meurier" ("Institutiones Rei Herbariæ" 1703 - Tome I page 589). Puis le mot fut repris par le Hongrois Stephan Endlicher (1804-1847) qui créa celui de Moreæ (morées) (Genera Plantarum - 1836-1840 - page 277) pour désigner, non pas un genre, mais une famille qui alors comptait 8 genres et environ 200 espèces.

Le petit plus : Le Péloponèse, une grande presqu'île grecque, fut nommé un temps durant "Morée" c'est-à-dire le pays des mûriers.   



Le Ficus religiosa ... appartient donc à la famille des "Moracées" ou "Moraceae". Cette famille rassemble aujourd'hui plus de 60 genres, dont le genre "Ficus", et répertorie plus de 1500 espèces.

Le genre "Ficus", environ 800 espèces, et le genre "Dorstenia" environ 600 espèces, sont les deux principaux genres de cette famille.

Les moracées sont des plantes dicotylédones, apétales, et originaires des régions tropicales et sub-tropicales. Comme elles ont la particularité d'être ... "laticifères", c'est-à-dire avoir des sucs lactescents ou laiteux, certaines des espèces sont cultivées pour leur sève. C'est, par exemple, le cas du "Ficus élastica" et du "Castilla étastica" (Arbre caoutchouc d'Amérique) qui donneraient un excellent caoutchouc.

Cependant si la plupart des plantes de cette famille contiennent du latex plus ou moins fluide susceptible de donner de la gomme, certaines espèces comme le Ficus religiosa ont des résines peu exploitables en raison de la viscine qu'elles contiennent. La résine du ficus religiosa est appelée "glue des indiens".

Par contre, le "coccus Lacca", une espèce de cochenille, permet au Ficus religiosa de donner une laque de qualité.  Cette laque ou résine, souvent improprement appelée "gomme" est de couleur rouge quelque peu transparente et dégage une agréable odeur quand elle brûle. Elle était alors vendue, et peut-être encore maintenant, sous trois aspects :
1/ En bâton. Il s'agissait de branches détachées de l'arbre. Ces dernières étaient prises dans les cellules résineuses de l'insecte.
2/ En grains. Cette résine était identique à la précédente à la différence qu'elle était détachée de ses rameaux et réduite en menus fragments.
3/  En écailles ou en feuilles. La résine était alors fondue, filtrée et coulées en de minces plaques.

La laque est collectée lors du mois de : "Ashwin" appelé aussi "Vaishakha" ce qui correspond à la mi-Avril - mi-Mai.

L'implantation des ficus :

Les ficus, comme déjà écrit, comptent environ 800 espèces. Ces espèces naissent dans des zones tropicales et subtropicales. En Afrique 110 à 130 espèces ont été répertoriées mais la région la plus riche en espèces est celle de l'Asie-Australie qui compte environ 500 espèces.

Le ficus religiosa qui relève de la région Asie-australie est plus particulièrement originaire du Pakistan, du Népal, de l'Inde, du Bangladesh, du Sri Lanka, et du Sud/Est asiatique : Birmanie, Thaïlande, Laos, Chine du sud-ouest, Cambodge, Viêtnam, Malaisie.
 

 

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Photo 2 : Cette gravure extraite du "The Garden an Illustrated weekly journal" (Volume 1 - page 435 - en date du 6 avril 1872) illustre un article intitulé "Famous trees - The pagoda Fig. of India."
Si en Inde un ficus religiosa a autant de racines adventives, à Chiang-Mai c'est loin d'être le cas. Par contre la conformation des branches est bien la même !.... Néanmoins je me demande si le dessinateur n'a pas confondu le ficus benghalensis avec le ficus religiosa ?!...
En tout cas dans l'article il est bien question du ficus religiosa.
Nota : Le français Jean Jacques François Devay (1800-1887) décrit dans son "journal de voyage (1867) un ficus Indica couvrant à lui tout seul 5.000 m2 soit 0,5 hectare. Mais il y a mieux !....
Il existe aussi à Howrah en Inde un ficus Indica qui couvre 14.500 m2 dont la circonférence serait de 412 m. et le diamètre de l'ensemble 131 m. 3.500 racines adventives sont à l'origine de ces chiffres.
Toujours en Inde, dans l'état de l'Andhra Pradesh, il y a le banian Thimmamma Marrimanu qui couvre 19.107 m2, soit 1,91 hectare et dont le périmètre mesure 846 mètres.

 


Les racines du Ficus religiosa :

Le ficus religiosa développe des racines adventives ou aériennes (lianes). Elles sont peu nombreuses mais non négligeables. Car certaines de ces racines croissent en se fixant au tronc du ficus ou aux racines qui avant elles s'y sont déjà développées. Lorsque ces lianes touchent le sol elles s'y enracinent.

Ces racines venues d'en haut, au fur et à mesure des ans et de leur nombre, finissent par former une espèce de carapace tout autour du tronc d'origine.

Toutes ces "lianes" ou "racines-lianes" sont en fait des racines étrangleuses dont le développement permet au ficus d'exister et de croître comme nous allons le voir dans le chapitre à venir.

Cependant alors que les racines aériennes du ficus Benghalensis (ficus Indica) s'implantent au sol, et forment comme de nouveaux troncs, celles du ficus religiosa ne parviennent pas jusqu'au sol, sauf exception comme nous allons le voir dans le chapitre à venir.

En broyant les racines avec de l'alun (fixateur de couleur) les cotons seraient teints d'un beau rose, tandis que les moines bouddhistes avec le lait des racines obtiennent l'ocre de leurs tenues.


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Quelques entrelacs, tramages ou nattages dus aux racines adventives du ficus religiosa.
Photo 1 : Le ficus religiosa à sa base du Wat Mae Khao (วัดแม่คาว) de Chiang-Mai hors les murs Nord/Est. (Photo du 04.12.2009)
Photos 2 & 3 : Détails du tronc d'un ficus religiosa qui s'élève en bordure de route non loin du Wat Chai Si Phum (วัดชัยศรีภูมิ์) de Chiang-Mai hors les murs - Nord/Est. (Photo du 15.10.2016).


Le tronc du Ficus religiosa :

Le ficus religiosa développe un tronc assez droit et cannelé qui peut atteindre les trente mètres de haut, voire les quarante d'après certains, et les trois mètres de diamètre. Ceux qui s'élèvent dans Chiang-Mai ne me démentiront pas.

Parfois les troncs ne sont pas de véritables troncs pour la simple et bonne raison qu'ils sont constitués de racines adventives. Alors, malgré leur apparence, certains ficus sont de faux arbres sans tronc véritable.

En voici l'explication, une explication parmi d'autres !...

Il n'est pas rare qu'un oiseau laisse tomber une graine de ficus religiosa dans l'aisselle d'une branche d'un arbre "X", ou dans une cavité située en hauteur. Cette graine, bien que sur un corps étranger et en hauteur, germera et vivra comme le font les plantes épiphytes, c'est-à-dire les plantes qui vivent sur une autre plante sans se comporter en parasite, comme par exemple les orchidées.

Le ficus loin du sol donc, développera des racines adventives qui au fur et à mesure des ans vont descendre le long du tronc de l'arbre "X" ou ... "porteur". Elles vont s'enraciner, grossir et enserrer l'arbre "X" au point de finir par l'étouffer et faire que le ficus restera seul sur les lieux sans bénéficier d'un véritable tronc mais d'une couronne de racines adventives ... en guise de tronc ?!....

 

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Les racines aériennes d'un ficus religiosa étranglant au fil des ans un arbre lambda. Les tracés blancs délimitent ce qui est encore visible du tronc de l'arbre voué à l'étouffement. Ce spécimen s'élève près du Wat Lok Moli de Chiang-Mai. (Photo du 30.10.2016)


Le bois du ficus religiosa est un bois léger, mou et de couleur jaune sale. C'est aussi un bois cassant, au grain grossier et peu serré. Il est sans usage industriel, sauf peut-être pour sculpter des figurines du genre souvenirs pour touristes.

L'écorce du ficus religiosa et sa couleur fluctuent selon l'âge de l'individu. Quand il est jeune l'écorce est d'un blanc cassé et plutôt lisse, et quand il est âgé, l'écorce se fracture en blocs de couleur noirâtre et devient rugueuse. Ces deux aspects se trouvent réunis sur un même arbre en raison des racines adventives dont l'âge varie d'une racine à l'autre !...  

L'écorce produit des fibres grossières dont se servent les birmans pour fabriquer un papier qui entre dans la confection d'un type de parapluie de couleur verte.
Des cordes sont aussi tissées à partir des fibres produites par l'écorce du ficus religiosa.

 

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Photo 1 : Un tout jeune ficus religiosa du Wat Chai Phra kiat (วัดชัยพระเกียรติ) de Chiang-Mai intra-muros - Centre (Photo du 23.10.2016)
Photo 2 : L'un des ficus religiosa du Wat Chet Yod (วัดเจ็ดยอด) de Chiang-Mai hors les murs - Nord/Ouest (Photo de 2007)
Photo 3 : Un ficus religiosa dans l'angle Sri Phum (แจ่งศรีภูมิ ) de Chiang-Mai intra-muros - Nord-Est (Photo du 15.10.2016).
Photo 4 : Le ficus religiosa du Wat Fa Ham (วัดฟ้าฮ่าม) de Chiang-Mai hors les murs - Nord/Est (Photo Louis Chu de 2009).

 

Les branches du Ficus religiosa :

Les branches des jeunes ficus religiosa poussent comme attirer par le ciel. Elles ne s'étalent pas horizontalement, sont pratiquement droites, lisses, et de couleur marron clair.
Ensuite avec le temps et les racines adventives elle semblent n'en faire qu'à leur tête. Elles partent dans tous les sens et deviennent pour beaucoup d'entre elles difformes.
 

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Photo 1 : Un jeune ficus religiosa du parc royal ratchaprueck de Chiang-Mai (อุทยานหลวงราชพฤกษ์) (Photo de 2010)
Photo 2 : L'un des ficus religiosa du Wat Mengraï à Chiang-Mai intra-muros. Ce wat date du début du XIV - autrement écrit ce ficus pourrait avoir quelques ... sept cent ans ?!... (Photo de Louis Chu de 2008).
Photo 3 : Le ficus religiosa du Wat Liam près duquel stationnent les cabriolets qui transportent les touristes dans Wiang Kum Kam.  Le tronc et les branches ne sont plus aussi droits que sur la photo 1. (Photo du 22.11.2011)


Les feuilles du Ficus religiosa :

La feuille du ficus religiosa se reconnaît facilement grâce à son apex caractéristique, long et effilé, et à sa forme subcordiforme qui la fait ressembler à un cœur, même si parfois ce cœur s'étire quelque peu en longueur.

Ce n'est pas par hasard si dans le 3è tome de son "dictionnaire des jardiniers", traduit de l'anglais, et paru en 1785, Philippe Miller écrit tout simplement, concernant le "ficus religiosa" : "figuier à feuilles entières en forme de cœur et terminées en pointes très-aigües".

Les feuilles du ficus religiosa sont caduques, alternes, à nervures pennées, environ une dizaine de paires, d'un vert foncé et brillant sur le dessus et d'un vert mât et plus clair sous le dessous. Leur longueur varie entre 10 et 23 centimètres et leur largeur entre 10 et 17 centimètres. Elles sont dotées d'un très long pétiole, entre 6 et 11 centimètres. L'apex peut atteindre à lui seul, entre 3 et 6 centimètres.

Certains auteurs, dignes de ce nom parce que botanistes, écrivent qu'à la base du pétiole il y a deux stipules connées (petites feuilles opposées et soudées à leur base) et subcordées (en forme de cœur). Pour ma part je n'ai rien vu de tel auprès des ficus religiosa que j'ai observés à Chiang-Mai. Mais ces auteurs sont de vrais botanistes ... alors ?!... .

Les jeunes feuilles sont souvent de couleur rouge.

 

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Photo 1 : La naissance d'une feuille. A remarquer en brun, l'enveloppe ou stipule connées (?) qui protégeait la feuille.
Photo 2 : Quelque jeune feuilles d'un "vieux" ficus religiosa, dont la forme de la feuille n'est pas tout à fait celle d'un cœur. (Photo du 15.10.2016)
Photo 3 : Jeune feuille du ficus religiosa du Wat San Khue (วัดสันคือ) de Chiang-Mai hors les murs Sud/Est. (Photo de 2000)
Photo 4 : une branche de feuilles du ficus religiosa du Wat Phra that Doï Noï (วัดพระธาตุดอยน้อย) de Chiang-Mai hors les murs Sud/Ouest - près de Lamphun (Photo du 11.12.2003) A noter que les pointes ne sont pas très acuminées.
Photo 5 : Une feuille "type" d'un ficus religiosa avec une pointe bien acuminée. A noter dans l'aisselle de la feuille deux petites boules, c'est la naissance de la double inflorescence (figues) à l'intérieur des quelles vont naître les fleurs dont nous allons parler ci-dessous.


Quelques rites concernant les feuilles du ficus religiosa :

On ne peut détacher une ou plusieurs feuilles de son arbre que pour les utiliser à des actes de dévotion.

Au Cambodge lorsqu'un dignitaire était à l'agonie il était déposé sur ses lèvres une feuille d'or ou d'argent découpée en forme de feuille d'un ficus religiosa.

En certains pays bouddhiques, l'une des pratiques pour être préservé des mauvais sorts consiste à ramasser une feuille de ficus religiosa, de la nettoyer puis de la peindre et de la conserver à vie, voire la porter en pendentif.

Dans certains Wats, des feuilles de ficus religiosa en métal léger de couleur or ou argent sont vendues aux adeptes. Ces derniers y écrivent une demande personnelle, souvent pour améliorer leur karma. Puis la feuille est accrochée sur un arbre ou dans un lieu prévu à cet effet quelque part dans le Wat.    


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                 Le Wat Rong Khun (วัดร่องขุ่น) ou Wat blanc de Chiang-Raï.
Photo 1 : Un point de vente de feuilles métalliques de ficus religiosa de couleur argent.
Photo 2 : Sur une écritoire mis à la disposition de tous dans une salle d'écriture, une fidèle copie son vœu sur l'une des feuilles métalliques de ficus religiosa, confortablement installée et à l'abri des regards indiscrets.
Photo 3 : Accrochage en haut d'un passage, par des préposés spécialisés, de  feuilles métalliques de ficus religiosa, des feuilles d'argent recouvertes d'un vœu.
Photo 4 : Un passage, parmi d'autres, à l'intérieur des terres du Wat, dont le plafond se constitue d'une double rangée de feuilles de ficus religiosa métalliques de couleur argent.
(Toutes ces photos ont été prises le 09.12.2013)


Les fleurs du Ficus religiosa :

Les fleurs du Ficus religiosa sont invisibles à l'œil nu car elles sont minuscules et se développent à l'intérieur d'un réceptacle creux et rond et non piriforme dans le cas du ficus religiosa, appelé aussi inflorescence, sycone ou encore hypanthodium (*). Ce dernier se termine à son extrémité par un petit orifice portant le nom d'œil ou d'ostiole par où pénètrera l'insecte pollinisateur. Cette absence de fleurs apparentes, signalée en leur temps par Aristote et Théophraste, est une des particularités des ficus dont le ficus religiosa.

(*) Le mot sycone en grec (σῦκον) signifie ... figue !...

Concernant ces fleurs, tout commence par la formation d'une double inflorescence globuleuse dans l'aisselle d'une feuille, les hypanthodiums, sont alors à l'abri des écailles d'un bouton. Tandis que ces petites "poches" charnues, de forme variable connivente à leur sommet se développent, en leur intérieur naissent un grand nombre de minuscules petites fleurs pédicellées. Ce sont des fleurs apétales et unisexuées, ce qui signifie que les unes sont mâles et les autres femelles, on dit alors que la plante est monoïque. (Individu possédant tout à la fois des fleurs femelles et des fleurs mâles.)

A l'intérieur d'une infrutescence, sycone ou hypanthodium de forme ronde, les fleurs femelles tapissent les parois et la partie basse, tandis que les fleurs mâles, beaucoup moins nombreuses occupent la partie supérieure située autour de l'ouverture terminale ou ostiole.

 

 

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Photo 1 : Un gros plan de la double inflorescence globuleuse naissant dans l'aisselle d'une feuille d'un ficus religiosa. Wat Sai Moon Myanmar (วัดทรายมูล พม่า) de Chiang-Mai. (Photo 2016)
Photo 2 : Description concernant les fleurs du ficus religiosa.
Photo 3 : La double inflorescence en cours de développement. Wat San Ku (วัดสันกู่) près de Hang Dong (Photo 2010)

 

La fleur mâle, qui donc n'a pas de pétale, se constitue d'un pédicelle qui supporte un réceptacle ou calice, formé de 3 sépales ou lobes qui sont inégaux. De l'intérieur de ce calice s'élèvent 3 étamines dont le filament est libre, et qui chacune se terminent par une anthère à deux loges contenant le pollen.

La fleur femelle, qui elle aussi n'a pas de pétale, se caractérise par un pédicelle où repose un calice formé de 5 lobes ou sépales contenant un ovaire dit supérieur. Cet ovaire est surmonté d'un style en alène, courbé, simple ou bilobé, c'est-à-dire se terminant par 2 stigmates aigus, inégaux et réfléchis.

La pollinisation se fait par l'intermédiaire d'un insecte. Il s'agit donc d'une fécondation entomophile, et non autogame. Autrement écrit, les fleurs ne s'autofécondent pas, d'autant que la maturité des fleurs femelles arrive bien avant celle des fleurs mâles.

C'est un moucheron qui en s'introduisant à l'intérieur du sycone par l'ostiole, pollinise les fleurs femelles de la cavité. Après quelque temps passé à l'intérieur de cette infrutescence, l'insecte va en sortir. C'est alors qu'en repassant par l'œil du sycone il se couvre du pollen des fleurs mâles qui entre temps sont devenues matures. Ensuite l'insecte va transporter ce pollen à l'intérieur d'un autre sycone ayant pris naissance sur un autre ficus religiosa.

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Photo 1 : Quelques fruits sur branches du ficus religiosa
Photo 2 : Un fruit de ficus religiosa en cours de maturité sur une feuille de ficus religiosa. L'ostiole par où pénètre l'insecte pollinisateur est bien en vue.
Photo 3 : Une gravure présentant la formation de la laque. Elle est extraite du livre intitulé "Histoire naturelle des drogues simples" ou "Cours d'histoire naturelle" de Nicolas Jean Baptiste Gaston Guibourt (1790-1867) Tome II - page 320 édité en 1849 (Cette gravure a été reprise en d'autres livres, comme dans le "dictionnaire de l'horticulture" pour ne parler que celui-là. La gravure est alors signée HG.


Les fruits du Ficus religiosa :

Les fruits du ficus religiosa portent le nom de figue, mais cette figue n'est pas un fruit au sens commun, c'est ... pourrait-on dire un ... faux fruit. Ce que nous en voyons n'est qu'une espèce de "sac" végétal, ou hypanthodium de forme ronde d'environ 1 centimètre de diamètre, c'est-à-dire de la grosseur d'une noisette. D'abord de couleur verte, il passe à l’orange/rouge puis au violet. Les vrais fruits, ceux du ficus religiosa, se trouvent à l'intérieur de ce sac et ... en très grand nombre, en nombre d'autant plus grand que les fruits sont très petits.

Ces vrais fruits du Ficus religiosa sont en fait des semences ou "akènes" presque rondes, et environnées d'une pulpe protectrice ou albumen.

Les poches végétales ou hypanthodiums ou encore drupes (ce qui est improprement appelé la figue), qui vont contenir les fruits naissent par couple à l'aisselle des feuilles, c'est-à-dire au départ du pédoncule de la feuille sur un rameau. Elles sont sessiles c'est-à-dire sans pédoncule, directement reliées à la base du pédoncule des feuilles. Ces fruits sont lisses, globuleux et comme déprimés à leur sommet. Ce sont des fruits comestibles à maturité, que certains trouvent doux et d'autres peu agréable au goût, très fade. Pour ma part je ne les ai pas goutés, et d'après mes lectures ils seraient mangés surtout par les oiseaux et ... en cas de disette.


La graine du Ficus religiosa :

L'akène ne contient qu'une graine. Elle se compose d'une enveloppe crustacée, c'est-à-dire mince et fragile ne ramollissant pas dans l'eau, puis d'un périsperme charnu.

 

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LA MEDECINE ET LE FICUS RELIGIOSA :=

Etant donné sa qualité d'arbre sacré parmi les arbres sacrés le "ficus religiosa" tient une place de choix dans la médecine "Ayurvédique".

Dans les temps anciens, du temps de la médecine "ayurvédique" précisément, la caisse dans laquelle le médecin transportait ses simples (herbes) devait être en bois de ... "ficus religiosa".

Ensuite, l'arbre en tant que tel entrerait, selon ses différents composants (racine - écorce tec...) dans la guérison de plus d'une cinquantaine d'affections ?!.... l'asthme, le diabète, la diarrhée, l'épilepsie, etcétéra ... etcétéra ...


Les racines :

L'élément le plus actif parmi les autres (écorce - feuilles - fruits - latex - graines)  ce serait l'écorce des racines.

Les racines seraient utilisées en cas de goutte.(augmentation de l'acide urique dans le sang.). Mâchées elles renforceraient les défenses des gencives.

Les décoctions d'écorce de racine mélangée avec du sel et du jaggery ou gur (sucre non raffiné) seraient efficaces en cas de troubles de la diurèse. (Sécrétion de l'urine).


L'écorce :

L'écorce est surtout utilisée pour ses propriétés antibactériennes (contre des bactéries provoquant des affections), anti protozoaires (contre les amibes responsables de la malaria, dysenterie etc...) , antivirales (contre la reproduction d'un virus), et anti diarrhéiques (contre les diarrhées).

Les cendres d'une écorce récemment brûlée, mêlées avec de l'eau et laissées infusées quelques temps soulageraient des hoquets persistants, et des vomissements intempestifs.

Les décoctions ou infusions d'écorces mêlées à du miel soulageraient des gonorrhées ou blennorragies (Chaudes pisses).
 
L'écorce serait aussi utilisée en tant qu'astringent, (capacité de contracter les muqueuses et faciliter la cicatrisation), en tant que laxatif (accélère le transit intestinal), et possèderait des propriétés hémostatiques (Capacité d'arrêter un saignement qui peut virer à l'hémorragie).

Elle serait aussi efficace pour soulager les ulcères, les fractures osseuses, lutter contre les maladies glandulaires, les otalgies (douleurs aux oreilles), les maladies de peau comme la lèpre, l'eczéma, la gale et autres infections pustuleuses..

Ces maladies de peau seraient aussi combattues par application d'une huile extraite de l'écorce des racines.
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Le latex du ficus religiosa combat les verrues par simple application.
Associé au liquide extrait des racines il favoriserait la guérison de nombreuses maladies de peau, y compris la teigne, (infection du cuir chevelu par des champignons), le pied d'athlète (Infections par champignons entre les orteils) et autre affections fongiques (infections dues par un champignon ou une levure.) et les engelures.

Le latex encore mou entre  dans la confection de pièges à oiseaux, et quand il durcit il sert de remplissage de certains éléments de décoration, d'objets fissurés, voire de piqûres de pneu ayant subi une crevaison ?!...

Les feuilles :

Le liquide extrait des feuilles ou la poudre réalisée à partir des feuilles seraient efficacement utilisés en cas d'abcès, de blessures, de constipation, de contusions, de dysenterie, de fièvres, de furoncles et d'oreillons.
Les jeunes feuilles et les jeunes pousses auraient un effet purgatif.
Les feuilles recouvertes de beurre clarifié s'appliqueraient comme un cataplasme.
Les décoctions de feuilles soulageraient des rages de dents.
Les feuilles associées à de l'écorce soulageraient des stomatites (inflammation des muqueuses de la bouche.)
Les jeunes branches utilisées comme brosse à dent feraient baisser les fortes fièvres.

En macérant et cuisant les feuilles dans l'eau on obtient un colorant brun rougeâtre utilisé pour teindre les tissus grossiers, soies de mûrier ou fils de laine.

Par ailleurs compte tenu de la forte teneur en tanin des feuilles, ces dernières sont utilisées en tannerie.

Les fruits :
 
Réduits en poudre les fruits seraient efficaces en cas d'asthme.
Mangés mûrs, ils seraient bon pour le cœur, réguleraient la digestion, purifieraient le sang et fortifieraient la virilité.

Les graines :

Les graines ont des effets laxatifs, et auraient des propriétés frigorigènes (refroidissements).


Selon les régions le "ficus religiosa" est employé plus particulièrement pour certaines affections. Ainsi :

- Au Bangladesh, le ficus religiosa est utilisé pour le cancer, l'inflammation et les maladies infectieuses.
- En Inde, le ficus religiosa est utilisé en cas de divers saignements comme l'épistaxis (saignements de nez), l'hématémèse (vomissement de sang provenant de lésions internes), l'hématurie (sang dans les urines), l'hémoptysie (rejet de sang venant des voies respiratoires), la ménorragie (règles trop importantes), la métrorragie (saignement vaginal ou utérin en dehors des règles) et ceux des hémorroïdes.    
- En Malaisie, le ficus religiosa est utilisé pour le traitement des ulcères gastriques.

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Une image de bouddha du "Musée ou Viharn d'argent" du Wat Muen San (วัดหมื่นสาร) de Chiang-Mai hors les murs Sud.

 


La sacralisation du Ficus religiosa :


Du plus loin qu'on puisse remonter dans le temps, (1) la vie de certains arbres était tout aussi importante, sinon plus que la vie des hommes, car ces arbres étaient comme un trait d'union entre le ciel et la terre.

Les hommes ne pouvaient alors communiquer avec leurs dieux que par l'intermédiaire d'un arbre, au point que quelques-uns d'entre eux étaient devenus l'incarnation d'un ou de plusieurs dieux.

Aux yeux des Hindous, par exemple, les arbres méritent vénération à plusieurs titres. Les uns sont considérés comme des arbres sacrés, les autres pour ce qu'ils peuvent représenter dans l'imaginaire des populations. Ainsi, encore aujourd'hui, dans chaque village de la péninsule indienne il y a un culte rendu à la "gramadevata" c'est-à-dire à la déesse qui protège le village et qui à défaut d'un temple est vénérée auprès d'un arbre aussi ancien que possible, censé la représenter.

 

(1) Près de 4.000 cachets ou sceaux relatifs à la civilisation de l'Indus (2.500 av JC à 1.800 AV JC), une civilisation contemporaine aux pyramides d'Egypte, ont été découverts lors de fouilles archéologiques. Sur nombre d'entre eux figurent le ficus religiosa. Ce qui pourrait signifier l'importance religieuse du ficus religiosa à cette époque, un arbre dont le "charisme" se serait maintenu jusqu'à nos jours ?!....

 

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                                        Le ficus religiosa voici quelque 5.000 ans !...
Photo 1 : Une carte situant l'emplacement ou se développa, voici plus de 5.000 ans, de qui correspond à l'ère astrologique du taureau, la civilisation de l'Indus ou d'Harappan. Les terres de cette civilisation, situées en aval de la vallée de l'Indus, couvrent aujourd'hui une grande partie du Pakistan et plus modestement une fraction de l'Inde.
Les quatre grandes villes de cette civilisation était : au Sud/Est Lothai, à l'Est Mehrgarh, et sur l'Indus Mohenjo-Daro et Harappa.
Photos 2 : L'empreinte d'une feuille d'un ficus religiosa sur un morceau d'argile pouvant accréditée la thèse du rôle religieux du ficus religiosa dès cette époque. .
Photo 3 : Ce sceau a été excavé vers 1920 par l'archéologue Ecossais Mortimer Wheeler (1890-1976) à l'occasion de fouilles sur le site de 'Mohenjo-Daro" (Le mont des morts), dans la vallée de L'Indus. On y voit deux unicornes (peut-être des antilopes nilgaut ?...) et des feuilles de ficus religiosa assemblées de façon à paraître par 5, puis 7 et 9, des chiffres ... sacrés.
Photo 4 : Une tablette de terre cuite représentant un ficus religiosa trouvé en 1995 à Harappa par l'archéologue des États-Unis, Jonayhan Mark Kenoyer (1952).
Photo 5 : Un autre sceau avec un unicorne en plan général et une feuille de ficus religiosa.

 


En Inde védique, et peut-être bien avant, quatre arbres étaient plus particulièrement vénérés ; c'étaient et ce sont encore (?)..., quatre arbres dits ... cosmiques. Il y avait :

1/ Le ficus Benghalensis ou ficus Indica et en sanscrit : "Nyagrodha" - C'était alors l'arbre du souverain des eaux, le roi de l'océan et des eaux souterraines : "Varuna" le roi du Nord. (1)
2/ Le butea monosperma (Lam) Kuntze ou en sanscrit "Palaśa" - C'était alors l'arbre de Brahmā, l'être immense qui construit l'univers et que servent des prêtres formant la première caste, celle des Brahmanes. De ce fait, l'arbre trouve sa place à l'Est.   (2)
3/ Le ficus glomerata ou ficus racemosa, en sanscrit : "Udumbara" -C'était alors l'arbre du Progéniteur Prajāpati, celui de la caste des gouvernants et des soldats ... celle des Kshatriya-s - Sud (3)
4/ Le ficus religiosa ou en sanscrit : "Aśvattha" - C'était alors l'arbre des Maruts - et des Vaiśyas, la caste des marchands - Ouest (4)

En ce temps-là, lorsqu'un roi indien était aspergé d'eau, l'eau était puisée dans quatre coupes fabriquées d'un bois différent ; le bois de chacun de ces quatre arbres cosmiques.


Les arbres précédents en terres bouddhiques :

Les bouddhistes ont hérité des anciennes croyances védiques. Il n'est donc pas étonnant de retrouver ces arbres sacrés en tant que "Bodhi drouma" (Arbre de l'éveil) associés à des Bouddhas, des bouddhas dits ... du passé. Ainsi :

1/ - Krakucchanda en sanskrit, ou Kakusandha en pāli, est un bouddha du passé qui a trouvé l'éveil sous un  Acacia Lebbeck ou  Albizia lebbeck (Śirīṣa - Shirisha) (5)
2/ - Kanakamuni en sanskrit, ou Konāgamana en pāli, est un bouddha du passé qui a trouvé l'éveil sous un ficus glomerata ou ficus racemosa, (Udumbara) qui était l'arbre du Progéniteur hindou ... Prajāpati.
3/ - Kashyapa ou Kaçyapa en sanskrit,  ou Kassapa en pāli, est un bouddha du passé qui a trouvé l'éveil sous un ficus benghalensis ou ficus indica (Nyagrodha) qui était l'arbre du souverain des eaux hindou, le roi de l'océan et des eaux souterraines : "Varuna" le roi du Nord.
4/ - Gautama-Śākamuni est le bouddha du temps présent qui a trouvé l'éveil sous un ficus religiosa (Aśvattha) qui était l'arbre des Maruts - et des Vaiśyas, la caste des marchands - (Ouest).
C'est aussi l'arbre de Vishnu.

5/ - Un cinquième Bouddha est à venir, le Bouddha Metteya ou Maitreya qui devrait trouver l'éveil sous un "Mesua ferrea L." (Nāgapuṣpa ou Nāgakesara).

Nota bene : Cette liste de bouddhas dits du passé varie selon les textes. Ils sont parfois 28, voire beaucoup plus.
En comparant l'emplacement des arbres par rapport aux directions cardinales définies par les Hindouistes et celles déterminées par les bouddhistes il s'avère que :
Seul le ficus religiosa garde la même position cardinale, c'est-à-dire l'ouest.
Le ficus Benghalensis ou ficus Indica passe du Nord au Sud.
Le ficus glomerata ou ficus racemosa passe du Sud à l'Est.

Les cinq bouddhas concernent cinq personnages historiques différents.
Il ne faut pas les confondre avec les cinq jina qui ne sont pas des figures historiques, mais l'un des cinq aspects de la conscience.


(1) Certains livres sacrés placent Varuna sept fois à l'ouest. Mais il apparaît surtout en tant que roi du Nord.
(2) Les bâtons des brahmanes devaient être en bois de "butea monosperma" ou "ægle marmelos" et suffisamment haut pour arriver jusqu'à la touffe de cheveux (Kapúcchala) qu'ils portent en haut du crâne.   
C'est sous cet arbre en fleurs que Maya la mère de Siddharta Gautama, mit au monde le futur bouddha. Il y a une dizaine de butea monosperma place Thaphae qui est la "porte Est" de Chiang-Mai. Hasard ou volonté municipale ?!...
Pour les "initiés", l'Est est la plus importante des directions cardinales. C'est là que se lève le soleil, que la vie naît de ses rayons, ainsi que la conscience ; et c'est en faisant face à l'Est que Bouddha entra en méditation et trouva l'éveil.
(3) Prajāpati était entre autres le créateur des "organes de la génération", c'est lui qui nourrissait et protégeait la création. Le ficus glomerata fructifie trois fois dans l'année et ses figues se présentent sous la forme de grappes volumineuses.
Les  bâtons des kastriyas devaient être en bois de "ficus glomerata" et ne pouvaient excéder la hauteur de leur épaule ou de leur poitrine.
(4) Comme nous reviendrons sur le "ficus religiosa" je signale seulement qu'à la porte Suan Dok, la porte Ouest, s'élève un splendide et imposant "ficus religiosa" de plusieurs siècles, vu son importance ... hasard ?!...
(5) En sanscrit le nom de l'arbre est bien : Śirīṣa, mais quant à l'équivalence de son nom botanique elle est loin de faire l'unanimité auprès des spécialistes, même si la revue internationale "Pandanus" l'identifie à l'Albizia Lebbeck ou acacia Lebbeck ?!... 


 Le ficus religiosa, outre le fait d'être l'arbre des maruts et des commerçants était aussi, entre autres fonctions, l'incarnation du dieu ...  "Vishnu".

Dans la "Bhagavad-Gita" ou "Chant du bienheureux", un livre sacré de l'Inde, Krishna dit le bienheureux, un avatar de Vishnu, le huitième (1) et le plus parfait, s'identifie à l'Ashvatta c'est-à-dire au ficus religiosa.

 

(1) Le nombre d'avatars varie selon les textes auxquels on se réfère. Je me suis reporté au "Varāha Purāna" qui fait état de dix incarnations. L'Ahirbudhnya Samhita en cite 39 ?!...


Ainsi, au chapitre dix, paragraphe 26, du "Bhagavad-Gita" Krishna dit :
" Entre tous les arbres je suis l'açwattha" (le ficus religiosa)
" Entre tous les dêvarchis je suis  Nārada" (1)
" Entre tous les musiciens célestes je suis Tchitraratha". (2)
" Entre tous les saints, je suis le solitaire Kapila". (3)

Au chapitre XV, premier paragraphe il est dit :
" On raconte qu'il est un açwattha impérissable"
" Les racines en haut, les branches en bas"
" Dont les hymnes du Véda sont les feuilles"
" Celui qui le connaît, celui-là connaît le Veda".

Il est aussi écrit que :
 "L'oiseau verbe ailé (Garuda) est le figuier sacré. (Ficus religiosa) (4)

 

(1) Nārada est le plus grand des 7 grands sages et le chef de la première classe de ces sages ... celle des "dêvarchis".
Entre autres fonctions, il est aussi le "fils du dispensateur du savoir" et l'auteur d'un grand traité sur les lois et les règles de conduite intitulé : "Nāradiya Dharma-Shāstra".
(2) Nārada composa un certain nombre d'hymnes du "Rig Veda". Car il est aussi le chef des musiciens célestes. A ce titre il est connu sous le nom de Tchitraratha. (Voir Harivansa ou Histoire de la famille de Hari).
(3) Kapila est l'un des grands philosophes qui remit à l'ordre du jour l'ancienne tradition philosophique des Asuras, celle du temps de l'Inde pré-aryenne.
(4) Garuda est le vahana, ou la monture céleste de ... Vishnu.

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Photo 1 & 3 : Le ficus religiosa de la porte Suan Dok vu du Sud et du Nord. A-t-il été planté au XIIIè ?... avant ou après ?...
Photo 2 : Un bronze représentant Vishnu chevauchant son Vahana Garuda. Il est visible à Lamphun juste à l'entrée du Viharn qui abrite le lak muang de la ville. Nous sommes ici au carrefour de quatre civilisations ou de quatre ou influence, voire cinq. L'influence Lawas avec le lak Muang, Indienne avec Vishnu, Mône les fondateurs de Lamphun et enfin bouddhiste theravada avec le Wat Haripunchaï, sans oublier que les nouveaux maître en la personne de Mengraï venaient du Sud de la Chine ?!... (Photo de 2013)


Tous ces noms, Krishna, Nārada, Tchitraratha et Kapila ramènent à ... Vishnu (Vishnou), Vishnu étant l'une des trois "entités" de la Trimurti indienne qui se compose de Brahma le créateur, Vishnu le conservateur, et Shiva le destructeur.

Vishnu descend donc sur terre (Le mot avatar signifie descendre) pour préserver le bon ordre du monde, sa bonne marche. Il est le pénétrateur, Agni, Sourya, un des Vasus, et ... surtout ... le dieu qui s'incarne.


Dans les textes védiques, l'Açvattha, Ashvatta ou ficus religiosa, n'est autre que l'arbre cosmique. Il est alors l'énergie absolue. C'est l'arbre renversé dont les racines partent du ciel, tandis que ses branches et ses feuilles couvrent la terre pour en aspirer les forces de vie. "L’éternel açvattha a ses racines en haut et ses branches en bas." (Extrait de la "Khata-upanishad")

Le traducteur de la "Khata-upanishad" précise : " ... c'est le pur, c'est le Brahmane, le Brahmane c'est ce qu'on nomme la Non-mort, tous les mondes reposent en lui ...".


Nombreux étaient les noms en sanscrit pour désigner le "ficus religiosa". Il y en aurait cinquante et un (1), mais comme les orthographes varient ils sont, de ce fait, beaucoup plus nombreux. Il y a ... entre autres noms :

Achyutavas (l'impérissable), Açvattha (l'arbre sous lequel on attachait les chevaux- ashva = cheval, stha = place) (2), Aśvatthā (Pleine lune), Ashvattha, Aswattha, Bodhidru, Bodhidruma,  Bodhipädapa, Bodhitaru (bâton à feu fait de son bois), Bodhivriksha (l'arbre de l'illumination), Chaityadru, Chaityavriksha, Calada, Chaladala, Chalapatra (avec des feuilles frémissantes), Devatma, Devavasa (dieu de la pluie), Dhanurvriksha (Ayant les branches en forme d'arc - arc se référent à celui de Vishnu), Dviradashana, Gajabhakshaka (feuilles servant de fourrage aux éléphants), Gajapatra, Gajaśana, Gajashana (nourriture de l'éléphant), Guhyapushpa, Harivasa, Hayamarana, Kapitana (arbre laiteux), Karibha, Kesavalaya, Krishnavasa, Kshiradruma (arbre laiteux), Kșïravŗkșa, Kunjarashana, Mahadruma (le grand arbre), Mańgalya, Nagabandhu (ami des serpents), Pavitraka, Peepal, Pippala, Plihari, Sevya, Shrivriksha, Shubhada, Shuchidruma, Shymala, Sirapattra, Śyämala, Tarayana, Vadaranga, Vajivishtha, Vipra (Sage), Vishala, Vriksharaja (Le roi des arbres), Yajnika (dont les rameaux sont utilisés dans les rites sacrificiels).

Quelques-uns de ces noms pour qualifier le ficus religiosa sont repris dans l'œuvre de Narahari Paṇḍita, le "Rāga nighaṇṭu" ou "Nighaṇṭuraja" appelé aussi "Abhidhāna cuḍāmaṇi", un ouvrage de ... médecine Ayurvédique de 23 chapitres et 3.685 versets datant du XVIIè siècle. En plus des noms comme : Viprah (Sage, inspiré, ayant bu le soma) il y a aussi ceux de : Çrimān (Bienheureux - nom attribué à Vishnu), jājniká (sacrificiel - plante utilisée dans le sacrifice) qui doit être une autre orthographe de Yajnika, et Sevyah (Digne de culte) ... entre autres.

 

(1) Si le "ficus religiosa" se dit de 51 façons en sanscrit, en Tamoul il y a 238 noms pour le désigner ?!...
(2) Dans la deuxième partie du "Taittiriya upanishad" le "Brahmānanda Vallī", il est raconté comment le dieu du feu "Agni" se cache pendant un an, sous un Ashwattha après avoir pris la forme d'un ... cheval.

 

Mais en sanskrit, comme dans d'autres langues, certains noms peuvent prêter à confusion, à moins que la confusion soit voulue.

Ainsi, en sanscrit le Ficus religiosa porte aussi le nom de  "Bahupādah" (celui qui a beaucoup de pieds) un nom qui sert aussi à désigner le ficus Benghalensis ou ficus Indica, et dans le langage védique ils ont aussi en commun le nom de ... "Çikhaņdin" (qui a les cheveux en tresse) (1) Ces deux arbres d'exception, aussi vénérés l'un que l'autre, semble avoir parti lié.

 

(1) Cette appellation ... "technique" de "çikhandin" (tresse de cheveux) se rapporte  aux ascètes qui méditaient, et méditent encore, indifféremment tantôt sous un ficus religiosa et tantôt sous un ficus Benghalensis ou ficus Indica ?!... Ces deux arbres, sous lesquels méditaient, et méditent encore, les ascètes hindous sont aussi des lieux où le commun des mortels, vient accomplir nombre de rites, comme nous allons le voir.

 


Dans les rites védiques ces deux espèces de ficus sont à l'origine du feu. Il est écrit que le Brahmane fait le feu par friction de l'Açvattha ou ficus religiosa, qui alors est considéré comme un arbre mâle, contre le "Bādhaka" ou ficus Benghalensis (ficus Indica), (*) qui lui est l'arbre femelle.

 

(*) Le ficus Benghalensis (ficus Indica) ne manque pas, lui aussi, de noms, parmi eux : Vat'a - Nyagrodha - Skandhagha (Né du tronc), Avarohî (Celui qui pousse d'en bas) Shandharuha (Qui pousse sur son propre tronc) Padarohana (Qui pousse sur ses pieds).

 

 

Le vase du sacrifice, destiné à contenir le nectar divin ou "soma" devait être en bois d'açvattha ou ficus religiosa, de ce fait la coupe du sacrifice était appelée "açvattha". Mais !... mais !... dit le Yajurveda (Savoir des formules sacrificielles) , le Yajurveda blanc (Il y a le noir) dans son 23è livre à la strophe 13 ... dit que les coupes du sacrifice étaient en bois de ... "nyagrodha" ou ficus Benghalensis (ficus Indica), ce qui signifie que ces deux arbres ont vraiment parti lié.


Le ficus religiosa sert aussi de demeure à certains dieux, qui viennent s'y installer par intermittence comme par exemple Lakshmi, qui y prend place certains jours. Mais l'Açvattha, l'arbre lumineux, l'arbre de la sagesse, l'arbre des sages et des pénitents Hindous, est d'abord et avant tout consacré à Vishnu. De ce fait tout ce qui venait et vient de cet arbre était, et est vu avec grande considération et très grand respect.

Ainsi par exemple, et pour clore ce passage consacré aux dieux Hindous, au quatrième acte page 73 de l' "Uttararamacarita" ou "Uttara rama cherita", qui n'est autre qu'une suite du Ramayana, il est dit que le prince Lava, l'un des fils jumeaux de Rama et de Sita,  tient un bâton en bois de ... pipal (ficus religiosa.) ce qui lui suffit pour indiquer à tous ... sa royauté. Pour être plus complet, Sita, la mère de Lava est une incarnation de ... Lakshmi, épouse de ... Vishnu et Rama, le père de Lava est un avatar de ...  Vishnu ; lequel Vishnu serait né à l'ombre d'un ?... ficus religiosa ?!... La boucle est bouclée.


Aujourd'hui encore, les Sâdhus méditent sous le ficus religiosa, et le commun des mortels, le matin ou le soir, vient adorer et faire des offrandes au pied d'un ficus religiosa, car les cérémonies de "bon augure" sont faites, et doivent être faites, le matin et ... sous l'ombre d'un ficus religiosa. Dans le cadre de ces cérémonies de "bon augure", il n'est pas rare que des fidèles tournent à 7 reprises, dans le sens des aiguilles d'une montre, autour d'un ficus religiosa en chantant "Vriksha Rajaya Namah" ce qui signifie "Salut au roi des arbres". Ce rite, qui porte le nom de "circumambulation" est appelé par les Hindous, les Jaïns et les bouddhistes : "pradakshina".


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                           Quelques Vishnu ou Viṣṇu du musée Guimet de Paris
Photo 1 : Un grès du début du IXè siècle originaire de Phnom Kulen (Prasat Thma Dap) - Cambodge - (Un envoi de l'EFEO - 1936 - répertorié MG 18861)
Photo 2 : "Viṣṇu-Nārāyaṇa reposant sur le serpent de l'éternité, Ananta" ; une sculpture en roche de basalte datant du XVII - XVIII siècle provenant du Tamil Nādu (Inde du Sud - face au sri Lanka) (Répertoriée MG 18527)
Photo 3 : Une sculpture en roche de schiste bleuté ou glaucophanite datant du XI - XIIè siècle provenant du Madhya Pradesh - Inde Centrale - (Répertoriée MA 4942)
Photo 4 : "Viṣṇu Hayagrīva" une sculpture en grès datant du Xè siècle provenant de Kompong Thom (Groupe nord de Sambor Prei Kuk) (Cambodge) (Don de Adhémard Leclère en 1896) (Répertoriée MG 18099) (Photos du 03.04.2016).

 


Le Bouddhisme :


Avec le Bouddhisme, Le ficus religiosa et le ficus Benghalensis ont encore parti lié, le premier est à l'origine de la doctrine et le second au départ de sa propagation.

C'est à l'ombre d'un ficus religiosa, l'arbre du savoir, l'arbre de la connaissance, bref !... le roi des arbres qu'un certain Siddhârta Gautama devint Bouddha. (1) Sous cet arbre, suite à une longue méditation, il va découvrir et connaître les quatre nobles vérités (Les quatre Āryasatya), dont tout un chacun a entendu parler sous les noms ... "générique et passe-partout" ... "d'éveil" et/ou "d'illumination"..

Après son ..."éveil", Bouddha va tourner autour du ficus religiosa en le fixant en permanence, et pendant quatre fois sept jours, bouddha par le biais de la méditation, va peaufiner sa doctrine sous différents arbres. Parmi eux il y aura un ... "Nyagrodha" (ficus Benghalensis ou ficus Indica) l'arbre de la cinquième semaine, un ... "Samudraphala"   (Barringtonia acutangula (L) Gaertn) l'arbre de la sixième semaine, et un ... "Rajayatana" (Buchanania Latifolia Roxb.) l'arbre de la dernière et septième semaine, pour ne citer que ces trois d'entre eux..

Le cinquantième jour après son éveil, Bouddha va retourner sous le  "Nyagrodha" (ficus Benghalensis ou ficus Indica). Car il hésite à aller prêcher sa doctrine dont il craint qu'elle ne soit pas comprise de ses contemporains. Il faudra alors l'intervention du dieu Brahma Sahampati lui-même, pour que Bouddha soit convaincu d'aller colporter son enseignement. Bien lui en prendra !...

Quelques temps plus tard, à Bénarès, sous un "Nyagrodha" (ficus Benghalensis ou ficus Indica) vingt mille hommes vont se convertir à son enseignement.

Le ficus religiosa et le ficus Benghalensis ont bien eu, cette fois encore, parti lié dès le début de la grande saga du bouddhisme.

 

(1) Bouddha signifie : celui qui connaît, celui qui s'est éveillé.


L'Hindouisme en héritant du védisme lui a emprunté la plupart de ses dieux qu'il a remis "au goût du jour" selon l'air du temps. Ces dieux avaient et ont pour objet d'intervenir dans la vie des hommes pour leur permettre d'atteindre la vie éternelle en renaissant dans le ciel de Brahma grâce à ces dieux.

De son côté, le Bouddhisme en héritant de l'Hindouisme lui a, lui aussi, emprunté quelques-uns de ses dieux, (1) mais pour le bouddhisme il n'y a pas d'être suprême. Bouddha est au-dessus des dieux et selon sa doctrine c'est à chacun de maitriser sa condition pour que de renaissance en renaissance il parvienne au nirvana. (2)

 

(1) Au Lanna et en Thaïlande, le bouddhisme est une coexistence entre la doctrine de Bouddha et des croyances locales, étant entendu que Bouddha est au-dessus des dieux et des esprits, c'est-à-dire des croyances locales.
(2) L'individu qui s'appuie sur un dieu pour l'aider à conduire son destin recourt à une religion. Alors qu'un individu qui prend en main son propre destin en s'inspirant d'une pensée relève d'un mode philosophique. Pour ces raisons, le bouddhisme s'apparente beaucoup plus à une philosophie qu'à une religion.

 


L'histoire du ficus religiosa de Bodh-Gayâ.


D'après certains textes à la gloire de bouddha, que les auteurs ont écrit en laissant libre cours à leur imagination, lors de la naissance de Siddhârta Gautama, le futur Bouddha, tout autour de Kapilavastu, la ville ou son père régnait, surgirent de terre des bois magnifiques dont, parmi eux, une tige merveilleuse tombée des cieux. C'était soi-disant ... une branche de ...  "l'açvattha cosmogonique" ?!...

Cette branche, tombée dans le village de Bodh-Gayâ situé dans l'état du Bihār allait se développer et devenir ... le ficus religiosa sous lequel Siddhârta Gautama allait devenir ... "Bouddha" ?!...

Autrement écrit, lorsque naît Siddhârta Gautama, naît le ficus religiosa d'Uruvela (Uruvelasenanigama) aujourd'hui Bodh-Gayâ. De ce fait lorsque Siddhârta Gautama connaît l'éveil, l'arbre et Bouddha ont tous les deux ... 35 ans environ.

A la mort de Bouddha, quelques 45 ans plus tard, l'arbre Bo devient un objet de dévotion pour tous les bouddhistes, mais cette dévotion n'était pas du goût de tous les autochtones. Les brahmanes voyaient même d'un très mauvais œil le culte qui se développait autour de ce pipal. Les bouddhistes étaient alors autant de fidèles "perdus" pour le brahmanisme ?!... (Baisse de revenus ?!...)

Alors un jour, un certain Ashoka (304-232-273 av. JC), l'empereur des lieux, un empereur sanguinaire de confession hindouiste, et pratiquement maître de toute l'Inde, ordonna sa destruction en demandant d'y mettre le feu ; ce qui ne fut pas pour déplaire aux Brahmanes de l'endroit. Mais plus les flammes réduisaient en cendres le pipal, et plus de jeunes pousses se renouvelaient, comme pour défier les incendiaires. Présent sur les lieux, Ashoka en fut tout retourné au point de se convertir et de soigner lui-même les brûlures occasionnées au ficus religiosa, ce qui déplut carrément ... aux brahmanes de l'endroit ?!....

En donnant ses soins, l'empereur de la dynastie Maurya montra tant d'amour pour l'arbre que sa deuxième épouse, "Tissa Rakkita" en devint jalouse et s'employa à son tour, et en catimini, à le détruire, ce qui ne fut pas pour déplaire aux Brahmanes de l'endroit.

Cette jalousie ne fit que renforcer l'intérêt d'Ashoka pour le ficus. Non seulement il redoubla de soins, mais fit construire tout autour du ficus un muret de protection, et tout à côté un petit temple, le "Vajraman Gandha Kuti Vihar" (1) près duquel une colonne de pierre fut érigée à la mémoire de Bouddha, ce qui déplut carrément ... aux brahmanes de l'endroit !.....

Puis, du fait d'avoir adopter la doctrine du Bouddha, du jour au lendemain l'empereur décida de ne plus faire couler la moindre goutte de sang de ses ennemis, et de faire connaître au monde entier l'enseignement du Bouddha en envoyant des ambassades dont le but était de propager la doctrine du Bouddha.

Son fils, le Théra Mahinda, ou Mahenda, prit la tête d'une délégation en partance pour Ceylan (Sri Lanka) et sur l'île commença par convertir le fils du roi Mutasiva, le futur roi Devanampiyatissa (-307/-267).

Le "Mahavansa" ou "La grande chronique de Ceylan", rapporte dans son dix-huitième chapitre que le roi de cette île envoya l'un de ses ministre, Arittha, chercher un rameau du ficus religiosa de Bodh-Gayâ, que ce rameau prit place de lui-même dans une coupe d'or de 9 coudées, qui fut façonnée pour l'occasion par un avatar de l'architecte divin Vissakamma.

Plus ... vraisemblable, d'autres textes font savoir que la princesse et Théri Sanghamitta (-281/-202) (2), la fille d'Ashoka, offrit au roi de l'île, Devanampiyatissa (-307/-267), en 245 av. JC une bouture du pippal de Bodh-Gayâ.

Bref, une bouture du ficus religiosa de Bodh-Gayâ a été plantée à Anuradhapura, alors capitale de Ceylan. Cette bouture, puis l'arbre se seraient développés sous des honneurs permanents. Alors l'arbre, qui devrait avoir aujourd'hui quelques ... 2.260 ans,  serait l'arbre le plus vieux du monde ... planté par l'homme, car il y a de par le monde des arbres beaucoup plus âgés résultant de la prodigalité de dame nature.

D'après les légendes, mais chacun fait dire aux légendes ce qu'il a envie de leur faire dire, la plupart des ficus religiosa qui s'élèvent dans les monastères seraient issus d'une bouture provenant du ficus religiosa d'Anuradhapura ?!... Pour certains c'est peut-être vrai, tandis que pour d'autres c'est peut-être ... un peu moins vrai ?!...

Toujours est-il que ce troisième siècle avant Jésus-Christ, peut être considéré comme l'âge d'or du Bouddhisme en Inde. Car les temples en l'honneur de Bouddha se construisirent et se couvrirent d'or. Mais ... comme je le laissais entendre un peu plus haut, lorsque l'or va d'un côté, il ne va pas de l'autre, à savoir ... chez les brahmanes ?!...

 

(1) "Vajraman Gandha Kuti Vihar" : Vajra désigne, outre la foudre,  une lumière d'une grande pureté, et la syllabe man fait du mot un diamant ou plus exactement une lumière pure devenue matérielle - Gandha signifie parfum (odeur douce et agréable comme celle de l'encens) et Kuti, cellule. Vihar ou Vihara désigne un monastère. Il s'agit alors de la chambre parfumé de l'être d'exception (diamant) d'un lieu saint.
L'endroit où s'est assis bouddha sous l'arbre de la Bodhi porte le nom de : Vajrasana c'est-à-dire le trône de la vacuité, ou/et le trône de la vérité.
(2) Théri est le féminin de Théra ce qui signifie que la fille d'Ashoka est venue à la tête d'une délégation de "nonnes" ... ou bonzesses.

 

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Photo 1 : Le temple de Bodh-Gayâ en 1870.
Photo 2 : L'aire de l'empire de l'empereur Ashoka, fondateur de la dynastie des Maurya.
Photo 3 : L'arbre de la Bodhi d'Anuradhapura à Ceylan, issu de la bouture de l'arbre de la Bodhi d'Uruvela, aujourd'hui Bodh-Gayâ. (Photo venant du site : //www.intercontinentalgardener.com/2015/01/jaya-sri-maha-bodhi-most-sacred-of.html


Alors qu'à Ceylan la bouture allait au mieux, et devenait un grand et bel arbre, en Inde les bouddhistes se chamaillent sur des points de doctrine, tandis que les hindouistes étaient en voie de réconciliation.

Ces derniers, dont les uns adoraient Vishnu et les autres Shiva s'accordaient pour célébrer un culte nouveau ... celui d'un certain Krishna ; un dieu de seconde zone mais ... très en vogue au sein des masses populaires. Car ce dieu avait le ... "génie" ... de réunir tout à la fois la complexité de l'âme humaine, et les caractéristiques des divinités. Alors les plus humbles se reconnaissaient en lui.

Eugène Burnouf (1801-1852) un des grands indianistes français, a écrit à ce sujet : "L'étendue considérable qu'a prise le culte de Krishna n'a été qu'une réaction populaire contre celui de Bouddha. Réaction qui a été dirigée et pleinement acceptée par les brahmanes".


La chute de l'empire Maurya allait répondre aux attentes des Brahmanes. Car le roi hindou "Puṣyamitra Śuṅga" (-185 à -149 ) fondateur de la dynastie Sungan, et fanatique de "Krishna", ordonna la mort de l'arbre de la Bodhi. Une mort à laquelle l'arbre n'aurait pas - dit-on - survécu !....

D'autres historiens, comme Burnouf, pensent aussi que l'avènement de "Puṣyamitra" aurait peut-être été le résultat d'une réaction brahmanique à la montée du bouddhisme (?!...) Mais, même les évidences restent à prouver ?!...


Toujours est-il que cette fois l'effet Ashoka ne se reproduisit pas ... l'arbre brûla bel et bien ... et ... s'éteignit de sa belle mort ... à la grande satisfaction des Brahmanes qui pourtant n'étaient pas sans savoir que : "... abattre un "ficus religiosa" était un sacrilège et qu'on ne peut en couper une branche, ou en arracher une feuille, que pour les utiliser dans des actes de dévotions." !.....

Mais la haine et la jalousie n'ont jamais brillé pour leur rappel à la raison ?!...


Hélas pour les hindouistes, c'était sans compter sur la pertinacité des bouddhistes, dont au moins l'un d'eux, rapporta une bouture du Sri Lanka et la planta là où jadis s'élevait l'arbre de la Bodhi. De ce fait le pipal ressuscita !... et devint un grand et bel arbre ... au désespoir des brahmanes ... sans aucun doute ?!...


Quatre siècles plus tard, les brahmanes s'étant sans doute découragés ... pour un temps ... un autre danger menaça la vie de l'arbre .... C’était la faim ou la gourmandise des éléphants.
 
En sanscrit le pippal porte les noms de "Gajabhakshaka" ou "Gajashana" ce qui signifie que les éléphants se nourrissent, voire raffolent des feuilles du ficus religiosa. Alors le grand philosophe Bouddhiste Nāgārjuna (IIè-IIIè siècle) fondateur de l'école Madhyamaka, supérieur de la grande université bouddhique de  Nālandā, et vraisemblablement ex-brahmane, fit construire tout autour de l'arbre un mur pour le mettre hors de portée de la trompe des ... éléphants qui ... peut-être étaient envoyés par les brahmanes ?!... qui peut le savoir ?.... La haine et la jalousie sont de perfides conseillères.


Au VIIè siècle, Huang Tsang, Xuang-Zang ou encore  Hsüan Tsiang (602-664), un moine chinois bouddhiste qui sillonna l'Inde à la recherche de textes sacrés destinés à compléter le peu de littérature chinoise à ce sujet et qui de ce fait, parti les mains dans les poches revint à X'ian avec un volumineux chargement de livres bouddhiques, Hsüan Tsiang donc, écrit dans son journal qu'à la fin du VIè siècle le roi hindou Shashanka ou Śaśāṅka (590-625), raja du Gauda (Bengale) fit déraciner le ficus religiosa, le fit couper en morceaux, y répandre du sucre de canne  et y mettre le feu. Mais l'arbre aurait repoussé de lui-même et, quelques mois plus tard, en une nuit, raconte la légende, il aurait grandi de trois mètres après avoir reçu en offrande de la part du roi Pürṇavarma, roi du Magadha et lointain descendant d'Ashoka, le lait de mille vaches ?!...

Sans doute pour satisfaire les incrédules de mon genre, "on" raconte aussi que Pürṇavarma (décédé un peu avant 640), aurait tout simplement fait replanter, quelques mois seulement après son déracinement et la mort de Shashanka en 625, une bouture venue ... du Sri Lanka (1) ; et dans un soucis de protection Pürṇavarma aurait fait construire tout autour de cette bouture un mur en pierres de vingt-quatre pieds de haut, soit ...environ sept mètres ?!...

 

(1) Vraisemblablement le temps d'aller à Ceylan chercher la bouture, et d'en revenir ?!...
"On" dit que la mort de Shashanka, grand adorateur de Khrishna au point d'en être un fanatique, ne serait rien d'autre qu'un juste châtiment divin, d'autant qu'il serait survenu quelque temps seulement, après la destruction du ficus religiosa de Bodh-Gayâ ?!....
Le moine chinois Hsüan Tsiang précise aussi ... qu'avec la mort du roi Pürṇavarma s'éteignait définitivement la dynastie des Maurya, celle qu'avait fondée le grand Ashoka.

 


Au cours du IXè siècle le bouddhisme reçut le soutien des rois Pala, une dynastie de rois bouddhistes (750-1070). Cette dynastie est revenue sur le devant de la scène après être sortie d'une espèce de léthargie à l'occasion de l'acquisition d'une partie du Bengale.

De ce fait, l'arbre de la Bodhi connut une nouvelle ère de sérénité ?!... qui hélas ... n'allait pas durer !....


Vers 1070, le roi Vigrahapala III (1055 - 1070) de la dynastie des Pala est chassé du Bengale par le roi Hemantasena (1070-1096) (1). Ce dernier va alors instaurer la dynastie des Sena (1070-1230), une dynastie de rois hindouistes. Hemantasena donnera aux Bouddhistes le choix entre l'abjuration ou l'exil. (2)

Parallèlement à ces événements, les invasions musulmanes sur le sous-continent Indien s'étendaient sans faiblir. Elles commencèrent au début du VIIIè siècle, en 712 très exactement, et ne prirent fin qu'en 1707 avec la mort de l'empereur Moghol Aurangzeb Alamgir (1618-1658-1707), soit une présence de près de mille ans sur le sol indien.

A dix-sept reprises, dans le nord de l'Inde, un certain Maḥamūd de Ghazni (971-1030), à la tête de mercenaires turcs islamisés, saccagea, rasa et coupa les têtes à tous ceux qui n'étaient pas musulmans. En 1030 ou 1033 la ville de Varanasaï (Bénarès) n'échappa pas à ces vagues de folie musulmane. (3)

 

(1) Il semblerait que le roi Hemantasena ait été un brahmane du Deccan originaire de l'Orissa, un royaume de la côte Est de l'Inde.
(2) Il n'est pas improbable que des moines bouddhistes aient immigrés vers la ville de Pagan en Birmanie, alors en cours de construction ?....
C'est vers 1070 que certains bouddhistes récalcitrants, c'est-à-dire refusant d'embrasser l'Islam, quittent le Bengale, et ce fut vers 1060 que s'élevèrent les premiers temples qui vont faire la gloire de Pagan, une ville située au Nord-Est du Bengale, en Birmanie. La future Pagan n'est alors qu'une fédération de petits villages, un certain Anôrahta ou Anawrahta (1044-1077) va monter sur le trône de cette fédération villageoise qui va devenir ... sous son impulsion ... Pagan.
En 1056, au contact d'un jeune moine ambitieux de 20 ans, "Shin Arahan", ce même roi impose le Bouddhiste theravada ?!....
En 1090, 8 moines indiens venus de l'Inde, pour en avoir été chassés par les musulmans, vont de leurs conseils et avec des architectes, des artistes et artisans Indiens participer à la construction du temple "Ananda" décidé par le roi Kyanzittha (1041-1103).
(Attention : Les dates de cette époque ne sont jamais sûres à plus ou moins 10 ans ... voire plus.)
Bref, compte tenu de ce qui précède et quand on sait que l'art de Pagan est un art inspiré de l'art ... Pala-Sena ...  il ne fait guère de doute, pour ne pas dire aucun, que des moines bouddhistes chassés du Bengale soient passés par là !...
(3) Muhammad de Ghori (1160-1206) propage l'Islam jusqu'au Bengale, après s'être emparé de Delhi dont il a fait une capitale politique islamique.
D'après l'historien Indien Monsieur Kishori Saran Lal (1920-2002) spécialiste de l'Inde médiévale et professeur en l'université de Delhi, entre l'an 1.000 et 1525, les différents djihads auraient à leur actif plus de quatre-vingt millions de morts hindouistes et bouddhistes ?!....

 


En 1193, Muhammad ibn Bakhtiyar Khilji (?-1206), l'un des généraux de Muhammad Ghûrî (Ghori) (1160-1206)  porte le djihad jusqu'au Bengale. Lors de cette expédition ses armées rasent tous les temples, décapitent tous les hommes, et déportent femmes et enfants pour en faire des esclaves. Varanasaï (Bénarès) et la grande université bouddhique de Nālandā (1) ne sont plus qu'un tas de cendres. Ce fanatique et son armée d'assassins portent alors un coup fatal au bouddhisme Indien.


L'arbre de la Bodhi n'a pas été sans connaître, lui aussi, les méfaits de la violence, du carnage et de la barbarie des musulmans d'alors. Mais tout semble indiquer, que tout seul dans son coin, il aurait trouvé les forces nécessaires pour renaître.

Confirmant l'état des lieux de cette époque, un moine bouddhiste tibétain du nom de Dharmasvamin (1197-1264), venu en pèlerinage en Inde, avec seize autres personnes, entre 1234 et 1236, et à Bodh-Gayâ en 1234, raconte que les monastères de la ville n'étaient plus habités que par quatre moines. (2)

 

(1) La bibliothèque de la grande université bouddhique de Nālandā incendiée en 1193 ou 1205 (*) par le turc musulman Muhammad Ibn Bakhtiyar Khilji écrivent certains, aurait mis trois mois pour brûler. Elle abritait durant ses beaux jours quelques 10.000 étudiants et 2.000 professeurs.
Par soucis d'impartialité, il faut savoir que certains auteurs dignes d'intérêt et d'attention, contestent la destruction de Nālandā par Muhammad Ibn Bakhtiyar Khilji et expliquent qu'il aurait été plutôt bien accueilli par la population du Bengale qui ne supportait pas le pouvoir des Sena. Ces derniers avaient imposé au peuple, entre autres astreintes, le système des castes qui alors n'existait pas au Bengale ?!....
(*) Pour quelques auteurs Nālandā aurait été détruite en 1306 ?... D'après le tibétain Dharmasvamin et le chroniqueur Persan Minhaj c'est courant 1234 que 300 soldats musulmans auraient entrepris l'œuvre ... destructive !... Mais peut-être que le coup fatal fut donné en 1306 ?!...
(2)  Lorsque le moine tibétain Dharmasvamin arrive à Bodh-Gayâ  avec seize autres pèlerins, il se rendra à l'université bouddhique de Nālandā. En cette université en ruines, mais dont quelques bâtiments restaient encore debout,  il y découvrira 70 moines ayant comme supérieur un nonagénaire du nom de "Maha Pandita Rahula Sri Bhadra". Dharmasvamin restera un an durant avec ces irréductibles moines bouddhistes pour y étudier auprès du vieux sage dont il aurait sauvé la vie à l'arrivée d'une armée musulmane d'environ 300 hommes.    

 

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Photo 1 : Une gravure censée représenter le moine bouddhiste chinois Huang Tsang, Xuang-Zang ou encore  Hsüan Tsiang (602-664).
Photo 2 : Les ruines de la grande université bouddhique de Nālandā dans l'état du Bihār en Inde non loin du Népal. Du temps de sa splendeur elle accueillait 10.000 étudiants, 2.000 professeurs ; puis sont arrivés les musulmans qui la réduisirent en cendres après avoir brûlées pendant plus de trois mois.
Photo 3 : l'empereur Moghol Aurangzeb Alamgir (1618-1707) le 3è fils du Chah Djehan (1592-1666). Une estampe (61) de Nicolò Manucci (1678-1686), extraite du livre "Histoire de l'Inde depuis Tamerlank jusquà Orangzeb" Texte de Niccolo (1638-1717) - (B.N.F.)

 

A partir du XIIè siècle, du fait de la présence musulmane, le ficus religiosa de Bodh-Gaya tomba pratiquement dans l'oubli. Toutefois en 1333 des pèlerins Birmans se seraient rendus à Bodh-Gaya pour relever le temple de ses ruines ?!.... Au XIè et XIIè siècle déjà, de telles missions avaient été ordonnées par certains rois dont Kyanzittha (1041-1084-1113). (Le profeseur Robert L Brown semble remettre en cause ces missions ?...).

Mais si le bouddhisme s'était éteint en Inde, il connaissait une nouvelle jeunesse dans les royaumes d'Asie du Sud-Est, dont la Birmanie et ... le Lanna.


Ainsi, par exemple au Lanna, les pèlerins Bouddhistes ne pouvant se rendre en Inde à Bodh-Gayâ, le roi du Lanna Tilokaraja (1409-1441/2-1487) fervent admirateur de l'empereur indien Ashoka, comme lui, fait construire en 1455/56, un Bodh-Gayâ à la mode ... Lanna, où se tiendra le huitième concile bouddhique de 1475 à 1477.

Ce temple de "style indien" se situe au Nord-Ouest de Chiang-Mai, à deux ou trois kilomètres, de la ville. En 1455 une pousse venant d'anuradhapura y est planté d'où le premier nom du Wat, le Wat Photharam ou Bhotharam, en référence à cette pousse de l'arbre de la Bodhi. Aujourd'hui il est connu sous le nom de Wat Chet Yod. (Un Wat à visiter si vous passez par Chiang-Mai.) (1)

(1) D'autres "Bodh-Gayâ" vont naître en terre étrangère. Deux exemples : En Birmanie, dès le XIIè siècle, la Maha Bodhi Paya (1218) sous le règne du roi Htilominlo ou Nantaungmya (1175-1235) (C'est la plus ancienne) - En chine au XVè siècle naissent une dizaine de Bodh-Gayâ à la chinoise ou "Ta Vajrasana" : La pagode de Wutaï Shan Whi Ta (1434) - Le Wuta Si ta du temple Zhenjue (1466) - etcetera ... etcetera ...

 

 

Il faudra attendre l'arrivée des anglais au Bengale vers 1750 ... et le départ des musulmans, pour que l'arbre de la Bodhi fasse reparler de lui ; car au XVIIIè siècle son nom ne dit plus rien à personne, et à plus forte raison au nouveau colonisateur dont les représentants n'ont JAMAIS entendu parler de Bouddha et encore moins de Bouddhisme.

Cette ... "réapparition" d'abord ... "orale" ... de l'arbre de la Bodhi ... sera le fruit de la convergence de plusieurs facteurs mus par la curiosité des britanniques. Il y aura tout d'abord des hommes comme le naturaliste et ethnologue Brian Houghton Hodgson (1800-1897) qui vont s'intéresser au sanscrit, la langue des dieux que les brahmanes protégeaient des impurs ; puis il aura les hommes de terrain qui lors de leurs déplacements vont se trouver face à des ruines et chercher à en connaître leur histoire.

L'un de ces pionniers, un écossais, se nomme Francis Buchanan-Hamilton (1762-1829). C'était un chirurgien de la compagnie des Indes passionné de botanique. Les études de terrain dont il était chargé traiteront tout aussi bien des lignées des kshatriya que des questions religieuses comme ... le bouddhisme dont il sera le premier à faire imprimer le mot.

Puis ... brièvement :

En 1802, Francis Buchanan-Hamilton, "le voyageur infatigable" comme le surnommaient certains de ses contemporains, découvrira le site de Bodh-Gayâ qu'un hindou occupait pieusement d'après ses dires.

En 1811 il écrira : "Le pippal était un bel arbre en pleine vigueur".

Pour des raisons de santé, en 1815, il doit rentrer en Angleterre, apparemment sans avoir indiqué à son successeur, il était alors directeur du jardin botanique de Calcutta, l'emplacement du ficus religiosa ?!...

Le 5 mai 1827, depuis l’Angleterre donc, il écrira un article intitulé "Description of the ruins of Buddha Gaya" qui paraîtra dans le "Royal Asiatic Society" de 1830, Volume II  sur douze pages, 40 à 51, et où il nomme l'arbre de la Bodhi : "Bodhidruma".  

Mais Bouddha et le bouddhisme restaient encore à découvrir pour les occidentaux.


Il faudra attendre 1865, pour que l'anglais Sir Alexander Cunningham (1814-1893), alors directeur du département archéologique de Calcutta (1814 à 1893), mette à jour le site de Bodh-Gayâ en s'aidant des écrits du moine chinois Hsuan Tsang (602-664) dont nous avons déjà parlé.

Sir Alexander Cunningham sera moins élogieux envers le pippal puisqu'il dira que le ficus présentait quelques signes de faiblesse.

De fait, en 1876 le ficus religiosa ne résistera pas à des vents violents et s'abattra au sol de tout son long. Des rejetons vont lui redonner vie, à moins qu'une nouvelle bouture, une énième, venue du Sri Lanka soit à l'origine de l'actuel ficus religiosa ?... c'est au choix pour le lecteur ?!...

Toujours est-il que le pippal retrouvé restera - sur le moment - du domaine de l'anecdote. Bodh-Gayâ n'étant qu'une fouille parmi d'autres. Il faudra attendre trois ans et la publication de "La lumière de l'Asie" (Light of Asia) de l'anglais Sir Edwin Arnold (1832-1904) pour que le monde occidental s'intéresse à la vie de Bouddha et à sa doctrine. Un enseignement qui - soit-dit en passant - d'après M. André Chevrillon (1864-1957) était alors connu jusque chez les lapons suédois mais ... pas dans le monde d'alors, dit moderne ; un monde  comprenant la Suède non lapone, bien évidemment ?!... (Voir son livre  "L'orient bouddhiste") (1)

Le livre de Sir Edwin Arnold sera un "best-seller" avant l'heure. Dès sa parution il est réédité à 50 reprises en Angleterre et à plus de cent aux États-Unis. En France il paraîtra en 1931 traduit par Léon Sorg (18?.-19?.).

 

(1) D'après André Chevrillon la doctrine de Bouddha serait arrivée voilà bien longtemps en Laponie suédoise via la chine et la Sibérie.  Il existe en Laponie Suédoise, un Wat theravada construit en octobre 2004 à l'initiative d'un moine Thaïlandais "Phra Maha Boonthin Chao Sri". Il s'agit du "Wat Buddharama på Värmdö och Fredrika. Fait-il y voir un rapport ?...

 


En conclusion : Les documents que j'ai consultés m'ont permis de reconstituer, bon gré mal gré, la vie de ce ficus religiosa hors du commun, sans trop de doutes. Mais était-il bien celui sous lequel Sittdarta Gautama devint Bouddha ?...

André Bareau (1924-1993), grand spécialiste du Bouddhisme rappel qu'à Uruvela, du temps de bouddha, le mot pour désigner un vieil arbre était "bodha" ?!... alors alors ?!... Cet arbre de la Bodhi est-il le bon "bodha" parmi les "bodha" alentours ?...

Par contre le site de Bodh-Gayâ n'est pas à remettre en doute. Il est au bon endroit et à nouveau de nombreux pèlerins s'y rendent, d'autant qu'il a été restauré grâce à l'action experte et conjointe de "l'Archaeological Survey of India" et de la "Mahabodhi Society", et tel un point d'orgue l'UNESCO l'a inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'humanité lors d'une commission réunie à Budapest le 28 juin 2002.

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Photo 1 : Sir Brian Houghton Hodgson (1800-1897) un administrateur colonial britannique mais aussi un naturaliste et ethnologue et ... un "impur" (pour les Hindous)  qui va étudier la langue des dieux ... le sanscrit.
Photo 2 : L'anglais Sir Edwin Arnold (1832-1904) auteur de "La lumière de l'Asie" (Light of Asia).
Photo 3 : Le temple de la Maha Bodhi vers 1840, quelque temps avant la restauration de 1844 dirigée par Sir Alexander Cunningham.
Photo 4 : Sir Alexander Cunningham (1814-1893), directeur du département archéologique de Calcutta (1814 à 1893). Il mettra à jour le site de Bodh-Gayâ en s'aidant des écrits du moine chinois Hsuan Tsang (602-664).

 


Le Lanna et le ficus religiosa :

Au Lanna on ne peut s'empêcher de syncrétiser, c'est-à-dire de puiser dans toutes les traditions pour au final en créer une qui soit propre à satisfaire les craintes de tout un chacun et la bienséance d'usage.
Concernant le ficus religiosa la bienséance d'usage c'est le respect qui doit lui être porté ; et les craintes ce sont les mauvais traitements qui peuvent lui être infligés involontairement, comme le fait de marcher sur ses feuilles tombées à terre.
C'est pour cette raison, vraisemblablement, qu'est née la tradition de balayer la cour des temples à partir de seize heures.

Une autre observance :


Le respect qui doit être porté au ficus religiosa ne signifie pas qu'il soit un arbre de bon augure pour un particulier, bien au contraire.  Le ficus religiosa est l'un des dix arbres à ne pas planter dans l'enceinte d'une demeure d'un particulier.
Celui qui défierait cette recommandation verrait le malheur s'abattre sur lui et sa famille. Alors avis !...
Mais, mais ... mais ... compte tenu de ce qui précède, que doit faire une personne lorsqu'elle découvre qu'un ficus religiosa pousse naturellement dans la cour de sa maison ?...
Le laisser croître pour ne pas commettre un acte impie ou l'arracher pour protéger les siens du malheur  ?... Terrible dilemme non ?...

Comment naît une tradition autour du ficus religiosa ?...
                                               à savoir !...


                      La tradition de : L'offrande des béquilles sacrées :
                                    Hae Mai Kam (แห่ไม้ค้ำโพธิ์)
                                                       ou


                     "La procession des béquilles destinées à l'arbre bo"
                   (Hae Maï Kham sali ou sari) (แห่ไม้คำสะหรี ou แห่ไม้ค้ำสะหลี)

En mai 1771, le ficus religiosa du Wat Phra That Chao Sri Chom Thong (วัดพระธาตุเจ้าศรีจอมทอง) un Wat à 50 kilomètres au Sud de Chiang-Mai, est mis à mal par une violente tempête. Son triste état inquiéta la population qui fut alors persuadée que si l'arbre tombait une malédiction s'abattrait sur Chom Thong et sa région.

Alors l'idée de soutenir les branches du ficus au moyen de béquilles (ไม้คำยัน) fit l'unanimité ... et son chemin. La pose de ces renforts donna lieu à la naissance d'une tradition propre au Lanna intitulée : "La procession des béquilles destinées à l'arbre Bo". Cette procession a lieu une fois par an durant les fêtes de Songkran, tous les 15 avril très exactement.

Le fidèle qui pose une béquille accomplit un acte de foi qui en fait un défenseur du bouddhisme pendant l'ère des 5.000 ans. En ... "récompense" de cet acte, la nouvelle année devrait être propice à ce fidèle, d'autant que le fait de poser une béquille dans une direction cardinale bien précise, serait l'occasion pour lui, de voir un certain type de vœu se réaliser.
Ainsi, poser une béquille à l'Est de l'arbre de la Bodhi correspond à un désir d'enfant, au Sud à une demande de guérison, à l'Ouest à souhaiter maison, or et argent, et au Nord à posséder des richesses autant que peut se faire.

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Photo 1 & 2 : Ces photos datent des festivités de 2006. Elles proviennent du site de la ville de Chomtong
Photo 3 : L'arbre de la Bodhi du Wat Chet Yod avec ses béquilles. (Photo de 2005)
Photo 4 : Préparation de béquilles au Wat Haripunchaï de Lamphun. (Photo du 11.04.2014)

 


Le ficus religiosa et son aspect immatériel à savoir !...

                    Le ficus religiosa, Vishnu et Bouddha :


Si ... il y a un rapport entre Vishnu et le ficus religiosa d'une part, et entre le ficus religiosa et Bouddha d'autre part, en existe-t-il un entre Bouddha et Vishnu ?... ou, réciproquement, entre Vishnu et Bouddha ?.... Vishnu ayant le privilège de l'antériorité.

Pour mieux comprendre et donner des preuves de ce que j'avance il sera nécessaire de faire un peu d'Histoire, le mot Histoire étant écrit avec une grande "H".

Brahma (Phra Phrom en Thaïlande) et Indra (Phra In en Thaïlande), deux dieux du panthéon Indien, se rencontrent très souvent en Thaïlande. Le Bouddhisme les a adoptés. Le premier, Brahma, a le haut du corps qui se termine par quatre têtes dont chacune est dirigée vers un point cardinal. Le second, Indra, a la particularité d'être souvent représenté avec un "vajra" (La foudre) à la main, et un corps de couleur verte. (Ne pas le confondre avec le Bouddha d'émeraude qui lui aussi est de couleur verte.)

Matériellement, en Thaïlande, il est rare de rencontrer Vishnu ayant forme humaine, sauf dans certains musées. Par contre, il est beaucoup plus fréquent de le découvrir sous forme humaine mais ... sous les traits de quelques-uns de ses aspects ou avatars comme par exemple Rama, Nārāyaṇa, dit "le refuge universel" ou Hari, dit "celui qui enlève, celui qui efface l'ignorance et ses effets".

De ce fait il est beaucoup plus présent qu'on ne le pense et aussi omniscient que bouddha. Ainsi, par exemple, il n'est pas rare qu'un être mythologique, mi-oiseau mi-homme avec ses ailes déployées, figure au fronton des temples. Tout un chacun y reconnaîtra l'oiseau céleste nommé "Garuda". Mais qui peut dire qui chevauche ce Garuda ?...  car un être de forme humaine le chevauche, en fait un dieu !... peu de gens, hormis les indigènes, peuvent en donner son nom.  Or le "passager" que transporte Garuda n'est autre, en Thaïlande et au Lanna, que "Hari" ... un avatar de Vishnu dont "Garuda" est la monture céleste ou "vahana".


De nombreux textes sacrés hindous écrivent, parlant de Garuda : "L'oiseau verbe-ailé (Garuda) est le figuier sacré (ficus religiosa)".
"Il est la monture de Vishnu lorsqu'il s'éveille."

En Thaïlande Garuda  ou "Khrouth" (ครุฑ) est partout, c'est le messager qui garantit l'authenticité de la parole comme de l'écrit. Tous les papiers officiels, en haut de page, ont un en-tête qui n'est autre que l'effigie de ... Garuda. Les sceaux, les tampons officiels déposent une empreinte représentant ... "Garuda". Mais si la monture est partout où se trouve celui qui tient les rênes ?... c'est-à-dire Hari ?... ou plutôt ... Vishnu ?...

"Au palais royal" ... vous répondront tout naturellement les esprits éclairés, car le roi de Thaïlande, depuis Rama Ier ou Buddha Yodfa Chulalok (1737-1782-1809) (พระบาทสมเด็จพระพุทธยอดฟ้าจุฬาโลกมหาราช) est un avatar de Vishnu. (1)

Mais il n'en n'a pas été toujours ainsi !....

 

(1) l'emblème de la famille royale de la dynastie des Chakri, celle qui est actuellement au pouvoir en Thaïlande, se compose d'un Chakra. C'est-à-dire d'une roue qui symbolise l'arme de Vishnu en forme de disque, dont la puissance destructrice est sans limite. A l'intérieur de ce cercle figure un trident ou "trisula", qui lui, est l'arme rituelle du dieu Nārāyaṇa l'une des formes de ... Vishnu.
Du temps d'Ayutthaya "Chakri" était aussi un titre militaire réservé aux plus grands chefs de guerre, comme le fondateur de la dynastie des Chakri, qui à l'origine portait le nom de Nai Thongduang (นายทองด้วง)
Le chakra en forme de roue, est aussi la symbolisation du dharma, c'est-à-dire la doctrine de Bouddha dont le roi Thaïlandais est le protecteur.
Avec cet emblème tout est dit, le roi de Thaïlande est bien protecteur du Bouddhisme et une incarnation de Vishnu. Déjà Bouddha et Vishnu se confondent.

 


Bien que d'origine Hindou, Vishnu est arrivé en Thaïlande via l'empire Khmer, un vaste empire ou l'Hindouisme et ses composantes ou sectes alternaient avec le bouddhisme Mahayana en tant que religion officielle, selon le roi au pouvoir.

Très souvent ce changement de "religion" était un moyen pour le nouveau roi de se libérer de l'emprise du pouvoir religieux en place, devenu ... quelque peu encombrant. De ce fait l'aménagement des lieux de culte pouvaient varier d'un règne à l'autre, (1) c'est-à-dire passer de l'hindouisme au Bouddhisme et ... vice-versa ; mais !... encore fallait-il que le règne en question soit suffisamment long pour accompagner pleinement ce revirement religieux et l'imposer. C'est pourquoi le nouveau monarque devait être un roi hors pair et souvent un grand conquérant qui inspirait de la crainte et du respect.

Concernant ce changement de culte, parfois, il pouvait s'agir d'un fanatique amené au pouvoir et manipulé par une secte .... mais dans la plus part de ces cas, ces règnes se terminaient plus vite que prévus, sauf exception ?!....

Ces changements de "religion" au plus haut niveau de l'empire Khmer se répercutaient, par vagues successives dans les villes satellites, comme par exemple ... "Sukhothai". (2)

Ce royaume de Sukhothai pour beaucoup de gens, car tout a été fait pour, est considéré comme étant à l'origine du Siam, ce qui n'est pas mon avis. (3)

Personnellement je considère que le Siam, en tant que tel, est apparu sur la scène mondiale avec le roi Rama Thibodhi Ier (1314-1369), ex prince d'U Thong et soi-disant fondateur d'Ayutthaya vers 1350/1351.

 

(1) Succinctement : lorsqu'un roi khmer prenait le pouvoir et qu'il était d'une religion différente de son prédécesseur tout ce qui évoquait la religion de ce dernier était détruit ou remplacé.
Pour être honnête, le changement de culte n'était pas aussi simple que je l'énonce. Mais entrer dans les détails demanderait un développement beaucoup trop long pour être exposé ici.
(2) Sukhothai est un très bon exemple pour illustrer les changements de religions qui se sont opérées dans l'empire Khmer.
1).- Le brahmaïsme : Le plus ancien édifice Khmer de Sukhothai intra-muros, le "San Ta Pha Daeng" (ศาลตาผาแดง) daterait du XIIè siècle d'après l'architecte français Jean Boisselier (1912-1996). Ce temple aurait été construit entre 1113/1150, (*) ce qui correspond au règne de Suryavarman II, un conquérant hors pair qui a laissé une oeuvre défiant le temps ... "Angkor Vat", dont le temple d'État était dédié au dieu hindou ... Vishnou. Le Wat Si Sawaï (วัดศรีสวาย) de Sukhothai fin XIIè début XIIIè est un temple à trois prangs représentant la trinité Hindoue, dont Etienne Aymonier (1844-1929) en 1901 écrira à leur sujet "... Elles rappellent néanmoins les tours d'Angkor Vat...".
Autrement écrit Sukhothai a été baignée par les croyances brahmaniques, d'autant qu'il a été retrouvé au siècle dernier des statues hindouistes au sein de "San Ta Pha Daeng".
(*) Certains spécialistes, et non des moindres, estiment que  le "San Ta Pha Daeng" serait plus récent ?!... Ce dont je doute.
2).- Le Bouddhisme Mahayana : Soixante-dix ans plus tard, vers 1214/1220 meurt Jayavarman VII (1181-1218) (*) le fondateur d'Angkor Thom c'est-à-dire Angkor la grande. Avec ce très grand roi l'empire khmer connut sa plus grande expansion et le bouddhisme mahayana était devenu religion d'état. Son successeur Indravarman II (1218-1243) semble être resté fidèle au Bouddhisme Mahayana qui, en une soixantaine d'années de 1181 à 1243, a eu le temps d'atteindre et de s'installer à Sukhothai et ses environs proches, voire beaucoup plus loin.
(*) La date exacte de son décès reste encore inconnue.
3).- Le Bouddhisme Theravada : Près de Sukhothai ... vers ... 1220/1238 deux chefs de villages, vraisemblablement de religion bouddhiste Mahayana mêlée d'animisme, Pha Muang (ผาเมือง) chef de Muang Rat et Bang Klang Hao (บางกลางหาว) chef de Bang Yang,  des t'aïs dont les ancêtres étaient venus du sud de la Chine, désobéissent au gouverneur de la ville. Leur rébellion restera sans suite, sans doute faute de secours de la part d'Angkor, car tout n'allait pas pour le mieux dans la capitale Khmère. (*)
Alors en 1249 Bang Klang Hao est intronisé roi sous le titre de "Kamrateng An Pha Muang Sri  Indrapatīdrāditiya"  ou "Pho Khun Sri Indraditiya" (พ่อขุนศรีอินทราทิตย์,). D'après la saga du Bouddha "Phra Sihing" ce roi chercha à posséder l'image (Statue) du Phra Sihing. Ce qui signifie que le bouddhisme theravada avait succédé au Bouddhisme Mahayana, et que la rupture avec les Khmers était ou allait être consommée.
Le Wat Tra Kuan (วัดชนะสงคราม) de Sukhothai, fin XIIIè début XIVè, semble confirmer cette rupture car, non seulement il se singularise par un chédi dont la forme rappelle le style des chedis de Ceylan, mais il a été excavé de son sol de nombreuses images de Bouddha dont certaines "seraient" les premières de l'art de Sukhothai (Style de Chiang-Saen et Ceylan) ?!....   
(*) A la mort d'Indravarman II, un intégriste hindouiste, et d'un antibouddhisme porté à son paroxysme, Jayavarman VIII monta sur le trône Khmer grâce aux brahmanes, et après des luttes fratricides de plusieurs années ... fort violentes.
Nota : Quelques temps plus tard ... des t'aïs descendus de Chiang-Rai allaient mettre fin à la prédominance des môns de hariphunchaï (หริภุญชัย) appelée aussi "Haripuri" c'est-à-dire "Shiva-ville" ou ... la "ville de Shiva" ?!...   
Cette période correspond à l'apparition des premiers royaumes t'aïs aux dépens des Môns et des Khmers, qui eux occupèrent des terres ou vivaient depuis fort longtemps les Luas ou Lawas.
(3) L'une des obsessions du roi Mongkut (Rama IV) (1804-1851-1868), un remarquable érudit par ailleurs, était de mettre le Siam sur un pied d'égalité avec les pays occidentaux. Ce qui se comprend compte tenu du danger que représentait la voracité territoriale de la France et l'Angleterre pour l'intégrité de son royaume.
Comme ces derniers il voulait que son pays se drape d'un glorieux et long passé. Pour y parvenir il découvre inopinément (?...) la pierre de Ram khamhaeng, (Une stèle qui, à mon avis, est un faux) et ses proches descendants, ses fils, dont le prince Damrong (1862-1943) un brillant historien, frère de Rama V, vont faire commencer l'histoire du Siam avec le royaume de Sukhothai. Or Sukhothai est devenu vassal du Prince d'U Thong en 1349, date vers la quelle Ayutthaya n'était qu'une ville sans histoire, et le royaume qui allait la porter au zénith était encore en devenir. Mais le Siam en se référant à Sukhothai,  "gagnait" ... un siècle d'existence. (Émergence d’Ayutthaya.. 1350 - 1249 Intronisation de Sri Indraditiya =  101 ans exactement.) 

 

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                                                    Garuda est partout.
Photo 1 : avant même d'arriver en Thaïlande - une page de passeport datant de 1980 recouverte d'un visa et de deux Garuda.
Photo 2 : Une des nombreuses représentations de l'emblème national Thaïlandais.  Le Garuda surmontant la Galerie de la reine (The Queen's Gallery) de Bangkok non loin du monument de la démocratie. (Photo du 04.11.2013)
Photo 3 : Le frontispice en bois sculpté du Viharn du Wat Phra Singh de Chiang-Mai intra-muros. Ce genre de sculpture n'apparaît pas sur les Wats de style Lanna traditionnel, mais sur la plupart de ceux qui s'inspirent de l'art Rattanakosin.   (Photo du 28.12.2011).

 


A l'époque, le Muang d'U-Thong devait être une espèce d'embryon de royaume ou de Muang plus ou moins important au sein de l'empire Khmer à l'image de Sukhothai à ses débuts ?!... (1)

 

(1) Le XIIè et XIIIè siècle correspond en Thaïlande, à la naissance de petits royaumes dont le pouvoir devait être partagé entre un chef t'aï venu avec sa communauté du Sipsong panna, aujourd'hui le Yunnan (Sud de la Chine) (*) et un chef Lua (**) dont le peuple occupait les lieux depuis fort longtemps.
Avec le temps les t'aïs ont fini par s'affranchir des Luas et prendre le pouvoir de la communauté. Parallèlement à cette cohabitation avec partage du pouvoir, des petits royaumes se sont créés. La plupart d'entre eux eurent un bref destin tandis que d'autres devinrent florissants et à l'origine d'une culture spécifique. (Chiang-Mai - Sukhothai - Ava et Ayutthaya)
Ces petits royaumes se sont développés sous l'occupation Khmère et Mône, et se sont épanouis lorsque ces deux puissances amorcèrent leur déclin.
(*) Parmi les communautés t'aïs il y avait les ... Chān ou Shān, Cheng (Chieng), Khön, Khün, Lü (Taï Lüe), Ngiu, Nüa (Mao), Phuan, Phū Taï (Taï blanc, rouge, noir), Taï Thō, Yuan etc.... (Le mot Thaï se rapporte aux habitants de la Thaïlande, tandis que le mot Taï (sans la consonne "h") désigne les ethnies apparentées aux Thaïs c'est-à-dire aux Siamois.
(**) Lors des premières traductions des textes concernant l'histoire du bassin du Ménan, le mot "Lua", pour des raisons d'ambiguïté phonétique et peut-être autres, a pratiquement toujours été traduit par "Lao". Ce qui a eu pour conséquence de faire des Laos un peuple dont le territoire allait au-delà de la ville de Phitsanulok. Ce qui était loin d'être le cas.
Or aujourd'hui il est parfaitement établi que c'étaient non pas les Laos mais les Luas qui peuplèrent en tout premier les sols de la future Thaïlande, et ... au-delà de Phitsanulok. En certains endroits, il existe encore aujourd'hui, des villages Luas, y compris non loin de Chiang-Mai.

 


Nul ne peut dire "sérieusement" où s'élevait la ville d'U-Thong (1) et quels étaient les ancêtres du prince qui en était à la tête. Là, où les récits ou chroniques semblent concorder et correspondre à un fait historique, c'est que le chef ou le prince d'une cité frappée par une épidémie dite de choléra, a fui le Muang ou la ville d'U-Thong vers 1347 avec un certain nombre de ses sujets pour s'installer dans un endroit qui restera dans l'histoire sous le nom d'Ayutthaya !... (2)

Somdet Phra Boromanjit écrit dans son "Phongsāvadān" (Vaṁsāvatāra), traduit en anglais par le prince Damrong Rajanubhab (1862-1943), que le prince U-Thong établit en 1350 "la" (et non "sa") capitale d'Ayutthaya. Le prince U-Thong a-t-il fondé Ayutthaya ou s'est-il installé chez un voisin plus faible, à deux ou trois jours de marche de son muang ou cité ?...  Là est la question !... (3) Personnellement je ne pense pas qu'on puisse du jour au lendemain fonder une ville, et un an après aller chercher querelle à un voisin de la puissance d'Angkor.

 

(1) D'après certains textes, la ville d'U-Thong se serait élevée non loin de Suphan Buri ou Kanchanaburi et pourrait même ... s'identifier à l'une de ces villes situées dans le sud-ouest du bassin du Ménam ?!.. Quant au prince en question, le prince U-Thong, ses ancêtres sont pléthores ?!...
Il y a des textes, anciens eux aussi, qui donnent au Prince U-Thong un père Chinois, "Chodük Sethi" ou originaire de Chiang-Saen, "Sri Than Traipidok". Ce dernier passe aussi pour être son beau-père, voire l'un des ancêtres du beau-père du prince U-Thong. En effet, d'après la tradition "sans fondement historique" souligne George Cœdès, le prince U-Thong aurait été le gendre d'un certain "Jayaçri" qui aurait été roi de Phra Pathon et un descendant d'un prince de Chiang-Saen le fameux "Sri Than Traipidok", sans doute ?... Alors prudence quant aux origines du futur Rama Thibodi !...
(2) Ayutthaya (Juthia - Ayouthia - Ayodhya - Srey ay Juthjéa) signifie "l'inexpugnable - l'inviolée". Le nom exact serait d'après Etienne Aymonier "Dvaravati Sri Ayudhya". Dvaravati étant le nom d'Ayudhya en sanscrit. Ce dernier précise même que le nom officiel d'Ayudyia reprenait celui de l'antique appellation sanscrite du chef-lieu des établissements Cambodgiens du Ménam, à savoir "Krung Deva Maha Nagara Pavara (ou Pravara) Dvaravati Sri Ayodhiya" c'est-à-dire "La capitale des dieux de la Grande Cité Royale et excellente Dvaravati - ville de Kriṣṇa". Ce dernier étant un avatar de Vishnu tout comme Rama ; titre que c'était donné le prince U-Thong.
Bangkok a un nom encore beaucoup plus long, et pour cela, il figure au livre des records.   
(3) Lorsque le prince U-Thong vainc Sukhothai ce serait quelque temps après avoir succédé à son beau-père. (Information donnée sous toute réserve, compte tenu de ce qui précède concernant le prince U-Thong.)



Toujours est-il qu'en 1349 le prince U-Thong obtient l'allégeance de Sukhothai, alors gouverné par Pho Khun Lithaï (1347-1368) (1) un roi beaucoup plus préoccupé de morale et de religion que de politique et de défense militaire. (2) Cette "allégeance" laisse à penser que :
1/ Le prince U-Thong devait être à la tête d'une armée suffisamment importante pour vaincre Sukhothai, et, par voie de conséquence à la tête d'un royaume qui, semble-t-il, avait - peut-être - déjà l'allégeance des 16 états ou muangs voisins dont parlent certains historiens. (L'allégeance et le retournement d'alliance étaient des pratiques très courantes à cette époque.)
2/ Le prince U-Thong devait avoir du respect et peut-être de la crainte, pour des raisons de superstitions, envers le roi Lithaï pour avoir accédé à ses différentes demandes et aussi ... reporter l'annexion du royaume de Sukhothai.

 

(1) Pho Khun Lithaï dit Phra Maha Thammaracha, septième roi de Sukhothaï, est le fils de Loethai et le petit fils de Ram Khamhaeng.
Il a été sacré roi sous le nom de "Sri Suryavamça Rama Maha Dharmaraja Dhiraja" et fut d'abord vice-roi de Sri Satchanalaï avant de ceindre la couronne et de s'installer en 1347 à Sukhothaï alors secoué par des troubles.
Il est aussi désigné sous les noms de : Lidaiya, Lideyyaraja, Luethaï, Lü Thaï, Li Taï et .. Lithaï.
Le roi Lithai est l'auteur des trois mondes "Traibhumikatha" (Traibhumi Brah Tuang) (1345) un traité concernant la cosmologie bouddhique traduit en partie par les français George Cœdès (1886-1969) et Charles Archaimbault (1921-2001). Cet ouvrage des "Trois mondes", est vraisemblablement une compilation de différents textes indiens et Cinghalais traduits et écrits en pali.
En 1349 le roi Lithaï prête allégeance au prince U-Thong et va se retirer à Phitsanulok en laissant la gouvernance de Sukhothai à sa sœur cadette Mahādevī, et celle de Kamphaeng Phet, une autre grande ville de son royaume, à son grand conseiller Tipanna Āmacca.
(2) Nombre de vassaux de Sukhothai avaient alors repris leur liberté, pour aller - peut-être - rejoindre la bannière du prince U-Thong ?... Déjà en 1319 sous Loethai (1298-1323), le fils de Ram khamhaeng, les môns avaient rompu leur allégeance.
Quant aux 16 muangs tributaires d'U-Thong je n'ai pas trouvé de confirmation et de dates précises pour savoir à quel moment ils ont fait allégeance au prince U-Thong ?!... vraisemblablement, pour certains, avant l'installation d'U-Thong à Ayutthaya.

 

 

Le 4 mars 1351 le prince U-Thong aurait été sacré sous le titre de "Rama Thibodi Suvannadola" (1350-1369) (1) et, deux ans plus tard, après avoir envoyé deux armées faire main basse sur Angkor, (2) et qui à défaut d'avoir rempli leur mission assiégeaient la ville ; à la tête d'une troisième armée Rama Thibodi Ier pénètrera dans Angkor et la saccagera.

Le roi Khmer, "Prea Lampong Reachea" (1347-1353) est alors emmené manu militari à Ayutthaya avec 80.000 prisonniers environ, dont les brahmanes qui célébraient les rites khmers. Des rites qui avaient dû impressionner le prince U-Thong lors d'un séjour d'un an à Angkor quelques années auparavant ?!....

Rama Thibodi va alors reprendre à son compte les traditions de la monarchie Khmère, dont l'intronisation Védique ou rājasūya se référait au sacre du Dieu Indra ; une intronisation qui fait du roi un deva-raja c'est-à-dire un roi-divin ou dieu régnant sur terre, autrement dit, un roi des rois ou un monarque universel (un chakravartin).

A partir de cette époque les rois siamois deviennent une incarnation de Shiva - et non de Vishnu - tout en restant "fidèle" au Bouddhisme Theravada et quelques autres traditions ancestrales !...

En 1767 les Birmans vont non seulement violer, mais raser "L'Inviolable" ou Ayutthaya, qui déjà avait dû panser ses plaies après le passage des Pégouans en 1555 et à quelques autres occasions. Ce sera à la suite du désastre de 1767 que la Ville de Phitsanulok (พิษณุโลก)  va entrer en scène, et surtout marquer la vie d'un certain ... Chao Phraya Chakri (เจ้าพระยาจักรี) plus connu sous le nom de Rama Ier.

 

(1) "Rama Thibodi Suvannadola" se traduit de la façon suivante : "Rama" est le 7è avatar de Vishnu, "Thibodi" signifie : maître et souverain, et "Suvannadola" se rapporte au berceau (U) en "or" (Thong) dans le lequel aurait grandi ce prince ?!...
(2) Concernant les deux armées qui ont assiégées Angkor, faute d'avoir pu l'investir, l'une d'elle avait été levée à Sukhothai, et l'autre à Ayutthaya. Il aura fallu une troisième armée levée, elle aussi à Ayutthaya, et commandée par le roi, lui-même, pour prendre Angkor. Ce qui signifie qu'Ayutthaya devait être une ville relativement peuplée, bien avant 1350. 

 


En résumé : A partir de 1352 environ, le couronnement des rois d'Ayutthaya comporte tout à la fois des rites venus de la nuit des temps,(*)  Bouddhiques et ... Brahmaniques ... venus d'Angkor.
De ce fait les rites bouddhiques font d'un roi d'Ayutthaya un bouddha-rājā comme le confirme les titres de "Incarnation de l'omniscient et originel Bouddha", ou "Dharmaraja" ... "Dharmikaraja" c'est-à-dire un roi dharmique ou roi du Dharma qui pratique rigoureusement les enseignements bouddhiques en particulier les "dix vertus royales" (Thotsabhit-rajathamma), et qui est chargé de propager, protéger et vivre selon la doctrine bouddhique.
Le roi revêt alors le même prestige que Bouddha lui-même dont il est comme une incarnation.

Quant aux rites brahmaniques ils font de lui un dieu vivant qui règne sur terre, et plus précisément une incarnation de Shiva comme le précise le titre "Suprême Shiva conquérant du monde", entre autres dénominations royales.

Lors du royaume d'Ayutthaya le roi ou "Cakravartin" (roi universel) est donc tout à la fois une incarnation de Bouddha et de Shiva, Shiva étant représenté par les branches du ... ficus religiosa tout comme ... Bouddha, à la différence que Bouddha est représenté par le ficus religiosa dans son entier  ?!....

 

(*) Ces rites qualifiés de la nuit des temps prennent leurs sources dans le sud de la Chine et chez les Luas ou Lawas. Des rites dont l'eau est très importante.

 

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Photo 1 & 2 : A gauche une statue d'Ishvara (Īśvara) (Le seigneur suprême) qui n'est autre que Shiva et à droite Viṣnukarma, c'est-à-dire Vischnu, deux des merveilles du musée de Bangkok où il est dit à leur sujet qu'elles proviennent d'un temple de Bangkok  (Brahman temple), et qu'elles sont de style Sukhothaï datant du 14 ou 15è siècle".
En fait il s'agit de deux statues excavées à Khamphaeng Phet (La ville aux murs de diamants ou la ville à la muraille de diamants) (*) à quelques années de différence l'un de l'autre, et qui - peut-être - auraient été coulées sous le règne de Lithaï (1347-1368) car le roi de Sukhothai Lithai fit couler nombre de statues à cette époque comme nous le verrons plus bas.
Par ailleurs ces deux statues, bien que de style sukhothai, rassemblent une quantité de détails (plis des robes, bijoux, etc...) qui indiquent une grande influence Khmère, il s'agit donc d'un art de "Sukhothai" quelque peu différent des modèles d'alors ; un art local mettant en oeuvre des modèles importés, comme écrit Etienne Lunet de la Jonquière (1861-1933). (Photos du 10.08.2016)
(*) Khamphaeng Phet se trouve aussi écrit : Kambèn Bejra - Gampeng Pet
Photo 3 : Une carte situant les principales villes dont les noms ont été actualisés pour permettre une lecture plus aisée.
a) Cette carte a l'intérêt de montrer que le royaume de Sukhothai, qui entretenait des relations avec les royaumes de Chiang-Mai, Phayao et Nan, est issu d'une "colonie t'aïe" différente de celle du royaume d'Ayutthaya, dont les T'aïs, après quelques siècles, avaient fini par former une ... "colonie spécifique au Sud-Ouest" du bassin du Ménam. Ce qui signifie qu'entre Ayutthaya et Sukhothai il y avait autant de différence qu'entre Chiang-Mai et Sukhothai et que RIEN ne permet d'affirmer que Sukhothai est à l'origine du Siam.
b) La ville de Pétriou, ou Pétriu (แปดริ้ว) aujourd'hui Chachoengsao (ฉะเชิงเทรา) était la ville de mission du père Alsacien François-Joseph Schmitt (1839-1904), membre honoraire de la Siam Society et traducteur de nombreux textes relatifs au passé du Siam.
Photo 4 : L'un des chefs-d'œuvres exposés au Musée national de Kamphaeng Phet. Il s'agit d'une sculpture en bronze du dieu Shiva (Dieu Brah Is'vara). Elle mesure 2,10 mètres de haut, et s'élevait dans le sanctuaire du Dieu Shiva de l'ancienne ville de Kamphaeng Phet. De style Ayutthaya, elle confirme l'attachement de ce royaume bouddhiste theravada pour l'hindouisme et son dieu Shiva s'incarnant dans les rois d'Ayutthaya.
Cette statue aurait été coulée en 1510 (Année du cheval) à la demande du roi, ou du prince de Kamphaeng Phet "Chao Phraya Sri Dharmāsoka Raja".
D'après un texte gravé sur son socle de forme carrée, à lire en tournant autour de la statue dans le sens inverse des aiguilles d'une montre, on apprend qu'elle a été coulée pour consacrer le mérite de deux rois d'Ayutthaya, Ramathibodi II (1491-1529) et Phra Arthittayawong (1) et pour protéger tous les êtres, en fait "Les créatures de quatre pieds et de deux pieds" (Ce qui est dit différemment mais qui revient au même.)
Entre autres recommandations il est écrit : "Les boeufs ne doivent plus être vendus aux Luas" (Lawa). Ce qui porte à croire que ces T'aïs, non satisfaits d'avoir pris le pouvoir et les terres des Luas, s'employaient à ... chasser les Luas du territoire qui à l'origine leur appartenait ?!...
(1) Arthittayawong ne figure pas dans la liste des rois d'Ayutthaya, et pour cause c'est un roi légendaire, le roi du royaume de Panchalanakorn, et le père du prince Suthon. A cette époque les légendes et la réalité ne faisaient qu'un.
Nota : En 1886 une statue d'Īśvara a été l'objet d'un scandale. Le responsable, le docteur Rastmann, un négociant allemand, qui l'aurait découverte par hasard, s'était mis en tête de l'offrir au "musée ethnographique" de Berlin. Alors un beau jour il débarqua à Khamphaeng Phet, coupa la tête et les mains d'Īśvara et, en repassant par Bangkok demanda benoîtement (?) l'autorisation de transporter ce qui restait du corps d'Īśvara à Berlin.
Non seulement l'autorisation lui fut refusée, mais la tête et les mains lui furent confisquées.
Restaurée, Īśvara fut mis à l'abri dans le "Văṅ Hnā muséum" qui en 1924 à été intégré au musée de Bangkok. Il y est resté quelques temps puis fut transféré au musée de Kamphaeng Phet à l'occasion de son ouverture. (Version "Journal Siam Sociéty")
En restaurant Īśvara, Vishnu fut découvert . Tous deux  furent mis à l'abri dans le "Văṅ Hnā muséum"  etc... etc ... mais sont restés à Bangkok. (Version "Le Siam ancien " p. 180 de Lucien Fournereau )
Il y a, visiblement, confusion entre les deux Shiva. Toujours est-il que :
Rama V (1853-1868-1910) qui voulait garder de bonnes relations avec l'Allemagne offrit au "Kronprinz" d'alors une réplique grandeur nature d'Īśvara. Quant au docteur Rastmann il sombra dans l'oubli ... tout du moins au Siam ?!...
 
Une autre version raconte que la statue, découpée, aurait été envoyée à Berlin et que le Prince Prisdang (1851-1935) (เจ้าปฤษฎางค์) alors ambassadeur à Londres aurait été chargé de négocier son retour au Siam ?!....

 


La dynastie des Chakri et Vishnu :

Phitsanulok ou le monde de Vishnu :
(Une ville stratégique et sacrée à bien des égards.)


Il est difficile de donner une date concernant la création de Phitsanulok. Mais sa position stratégique d'importance, pour qui voulait contrôler la région et au-delà, la fait remonter bien avant le VIè ou Vè siècle. Aujourd'hui encore, l'intérêt stratégique de la ville fait que c'est à Phitsanulok que se trouve le siège de l'Etat-major régional du nord de la Thaïlande.

En restant au plus proche de la réalité, il est notoire que les Lawas occupaient la péninsule indochinoise depuis quelques millénaires. Puis sont arrivés les Khmers (*) et les Môns. Les Khmers ont délimité leur empire au moyens d'avant-postes vraisemblablement confiés, dans la plupart des cas à des "collaborateurs" c'est-à-dire à des indigènes tels que les Lawas ou Louas, comme ce fut le cas à Chiang-Mai.

 

(*) Au VIIè siècle on ne peut pas parler de Khmers mais de ressortissants du Funan dont le royaume devait couvrir la région de Phitsanulok. Les ambassadeurs ou représentants chinois de l'époque écrivaient au sujet des Founanais ... "Ils prennent les habitants des villes voisines qui ne leur rendent pas hommage pour en faire des esclaves". ("Angkor" de Claude Jacques). Donc il valait mieux se soumettre plutôt que de devenir esclave !...

Le plan de cet avant-poste Khmer correspond étrangement à celui de Chiang-Mai et ... de Sukhothai. C'était une espèce de carré d'environ 2.000 mètres de côté, ceint d'un mur de briques d'environ 3/4 mètres de large (6 mètres du côté Est), lui-même était entouré d'une douve d'environ dix mètres de largeur. Comme à Chiang-Mai le palais royal se situait dans l'angle Nord/Est de la ville ?!...

Autrefois la rivière "Nan" contournait l'avant-poste khmer par l'ouest. Avec l'ouverture d'un canal pour alimenter la ville en eau, ce dernier, suite à un accident ?... devint alors le lit principal du fleuve au détriment de l'ancien. Ce détournement eut pour conséquence de partager la ville en deux parties inégales. Environ un quart de la ville s'est retrouvée sur la berge ouest du fleuve, et les trois-quarts sur sa rive Est.

Suite à un gigantesque incendie en 1960, les constructions du temps passé ne sont plus les témoins, qu'ils auraient dû être, des splendeurs d'antan de la ville.
Pour être plus complet, selon Sir John Bowring (1792-1872) l'existence de Phitsanulok remonterait au VIè siècle. Quelques pages plus loin il écrit aussi que, Sri Dharmatripitaka, dont nous avons déjà parlé, en aurait été à l'origine aux environs du VIIIè siècle, ce qui signifierait que la ville visitée par le moine Chinois Huang Tsang ne serait pas Phitsanulok ?!...

Mais, que sait-on de ce roi du Nord ?... Rien !...

Entre autres, le Jésuite Nicolas Gervaise (1663-1729) donne un certain Chao Muang Hāng, comme le fondateur de Porselouk !... Phitsanulok ?... au XIIIè siècle. Ce Chao Hāng aurait vécu 250 ans avant le prince U-Thong ?!... Là encore, les dates sont incompatibles ?!...

 


 Au VIIè siècle, le moine chinois Huang Tsang (602-664), dont nous avons déjà parlé, se serait arrêté dans une ville nommée "Cannapura" que le missionnaire français, François-Joseph Schmitt (1839-1904), un érudit passionné d'archéologie et par le pays dont il avait la charge d'évangéliser, a identifié à cet avant-poste. Huang Tsang, précisait dans ses notes de voyage "La muraille de briques qui l'entoure est une des meilleures du pays" ?!...

Suite à ce témoignage, l'on sait qu'au Xè siècle il existait un avant-poste militaire Khmer au confluent, appelé "Pak Nam Pho", de deux cours d'eau, le Nan et le Khwai ou Khek. De ce fait cet avant-poste militaire aurait été appelé "song Khwai", c'est-à-dire l'avant-poste entre "Deux fleuves" ou "Deux rivières". (*)

 

(*) Phitsanulok dont certains datent la fondation vers 956, ne manque pas de noms. Outre Song Kheaw, L'historien américain Alexander Brown Griswold (1907-1991) lui attribue les suivants : Dvisākhanagara - Jayanāda - Bisnuloka. Il y a encore Porselouc, Petseloulouc, Vissanuloka, Vishnuloka, autant de nom qui signifieraient "le monde de Vishnu" ou "la terre de Vishnu".

 

 
Entre 1238 et 1365 Phitsanulok devient la principale ville du royaume de Sukhothai. Car c'est dans cette ville que le roi Lithaï, roi de Sukhothai, ira finir ses jours sous forme de retraite, voire de la prise d'habit (?), après avoir fait allégeance au prince U-Thong et confié les rênes du pouvoir à sa sœur Mahādevī. (Voir plus haut).

A Phitsanulok, où le roi Lithaï a - soi-disant - emporté avec lui le Phra Bouddha Sihing, ce dernier, Lithaï, vers 1345 va écrire les trois mondes ou le "Traibhumikatha" (Traibhumi Brah Ruang) (1345) ce qui va lui valoir le titre de Phra Maha Thammaracha. (Le grand roi de la doctrine ou de l'enseignement du Bouddha). Puis Lithaï aux environs de 1349/1357 va faire couler nombre de statues dont celle de, "Phra Buddha Jinaraj" (พระพุทธชินราช), "Phra Sri Satsada" (พระศรีศาสดา) "Phra Buddha Chinnasi" (พระพุทธชินสีห์), Phra Leua (พระเหลือ) et - peut-être comme je le suggérai plus haut - celles de Phra  Vishnu, et de Shiva trouvées à Khamphaeng Phet, car ces statues datent de cette époque.  (*)

(*) Certains auteurs donnent l'année de 1349, tandis que d'autres avancent celle de 1357. Laissons ces querelles de dates. Ce qu'il faut retenir de cet épisode c'est que durant sa retraite le roi Lithaï fait couler des statues dont trois images à l'identique, ("Phra Jinaraj", qui sera la plus réussie, "Phra Satsada" et "Phra Chinnasi"), des images de 3 mètres 75 de haut sur 2 mètres 85 de large, aux pouvoirs - soi-disant - hors du commun. Ces images, pour employer un vocabulaire occidental terre à terre, seraient comme des accumulateurs de forces qui protègeraient ceux qui les vénèrent, dans le cas présent la ville de Phitsanulok et ... son roi dont le prestige, grâce à ces images, est sans égal.

Dans le Sud-Est Asiatique les superstitions, la croyance à la magie et aux esprits, aujourd'hui encore, sont loin d'être éradiquées. Pour les fidèles bouddhistes, les images (Statues) de Bouddha ont des pouvoirs ... point. Cela ne se discute pas.
L'un des pouvoirs, entre autres, de ces images est de rehausser la gloire et le prestige des rois qui les possèdent. Ce qui signifie que, plus un roi a d'images de renoms,  et plus il est considéré comme un être d'exception et éminent.
Du fait de ces croyances au fur et à mesure de la construction de Bangkok certaines des statues créées par Lithaï vont rejoindre la capitale pour la protéger, au grand dam des habitants de Phitsanulok qui ont été comme dépouillé de leurs  protections divines.
   
Au total, et en plusieurs fois, seront embarqués pour Bangkok : Les Phra Boudda "Chinnasi", "Sri Satsada", "Leua", qui sont trois bouddhas assis, "Attharos" qui est un Bouddha debout de 18 coudées, et "Phra Saïya" qui est un bouddha couché unique, soit en tout cinq images (statues) de Bouddha.
Alors lorsqu'il fut question, vers 1910/1911 d'embarquer le "Phra Jinaraj" pour le temple de marbre, Phitsanulok considéra, avec tout le respect dû à la couronne, que trop c'était trop.  Alors c'est une copie de "Phra Jinaraj" qui aujourd'hui s'élève sur les cendres de Rama V au sein du temple de marbre.
Le "Phra Jinaraj" est le deuxième palladium de Thaïlande, juste après le bouddha d'émeraude, c'est-à-dire la deuxième image de Bouddha la plus vénérée en Thaïlande. Ce Bouddha serait une représentation de la perfection royale portée à son paroxysme. Il est vrai qu'elle est très belle et  ... comme détentrice d'une très grande perfection.

Pour terminer, j'ajouterai qu'il n'est pas impossible que dans la foulée, ait été coulé le Phra Bouddha Sihing qui se trouve aujourd'hui dans la chapelle ou salle du trône Phuttaisawan du musée de Bangkok. Certes la chronique de ce Bouddha Sihing raconte que l'image vient - soi-disant - du sri Lanka. L'auteur de cette chronique se devait de donner une origine divine à cette image et pour y parvenir il n'a pas "lésiné" sur les poncifs d'usage ou le merveilleux et l'extraordinaire tiennent une place de choix, pour le plus grand plaisir des auditeurs de l'époque et ... d'aujourd'hui.
Autrement dit, il ne faut surtout pas prendre cette chronique au pied de la lettre, par exemple, son auteur rapporte qu'il a été répondu à un roi que la statue pouvait se déplacer dans les airs ... toute seule ?!... Le dit roi a pris cette réponse pour argent comptant. C'est dire la foi de charbonnier des gens de l'époque et ... d'aujourd'hui encore !....

Tous ces détails ont été donnés pour souligner le caractère particulier et particulièrement sacré des images créées à Phitsanulok au XIVè siècle. De telles images (statues) ne pouvaient naître nulle part ailleurs. Les statues ou "images" consacrées par Lithaï, qui était tout à la fois l'auteur de la cosmologie bouddhique, donc un fin connaisseur en cosmologie mais aussi en magie et je ne sais quels autres expédients dépassant l'entendement, ne pouvaient être que des images hors du commun, exceptionnelles et dotées de pouvoirs extraordinaires de protection.

L'important n'était pas que ces images soient vraiment exceptionnelles, mais que tous les gens de cette époque, y compris le roi Lithaï, et les ennemis alentours, croient en leur puissance. C'est en ayant la foi qu'on soulève des montagnes, en Occident comme en Asie du Sud-Est. La différence aujourd'hui, c'est qu'en occident la foi est en voie de disparition alors qu'en Thaïlande elle est toujours aussi vivace ... concernant les images de Bouddha. 

 


En 1419 le 9è et dernier roi de Sukhothai, Phaya Borommapan ou Thammaracha IV, l'arrière-petit-fils de Lithaï, fait, lui aussi, de Phitsanulok sa capitale. Il y restera jusqu'à sa mort en 1438, année lors de laquelle le royaume de Sukhothai, y compris Phitsanulok, sera rattaché à celui d'Ayutthaya. Ce qui prouve qu'historiquement l'histoire du Siam commence bien avec Ayutthaya et non Sukhothai.

En 1463 le roi d'Ayutthaya, Borommatrailokanat (บรมไตรโลกนาถ) (1431-1488) transporte sa capitale à Phitsanulok. Elle le restera jusqu'à sa mort en 1488.

En 1767, Ayutthaya l'Inviolable est non seulement violée mais rasée. Les Birmans se sont comportés à Ayutthaya comme les Siamois se sont conduits à Angkor en 1352 et comme les imitera quelques années plus tard le siamois Chao Phraya Chakri à Vientiane.

La défaite Siamoise consécutive au sac d'Ayutthaya met alors la Birmanie à la tête d'un vaste empire comprenant outre la Birmanie, le Laos, le Lanna, et le Siam.

En 1774, pour chasser les Birmans, Chiang-Mai et Lampang font une alliance de raison avec le Siam. L'alliance porte ses fruits d'autant que la Birmanie a besoin de soldats du côté de la Chine avec qui elle est aussi en guerre.
 
Alors, tandis qu'au nord de la Birmanie le conflit Chinois prend fin, mais pas la menace chinoise, donc des garnisons doivent rester sur le terrain, au Sud-est le Siam se réorganise ce qui n'est pas du goût du roi Birman "Hsinbyushin" (Un titre qui se traduit par : Seigneur de l'éléphant blanc) (1736-1776). Ce dernier entend mettre fin à la renaissance Siamoise. Alors depuis son lit de mort, il ordonne à son général en chef Maha Thiha Thura (Azaewunky) de se mettre en marche sur Thonburi la "nouvelle Ayutthaya".  

Dès la fin de la saison des pluies, en 1775, Azaewunky alors âgé de 72 ans s'empare "relativement aisément" de Sukhothai et quelques autres villes, mais  face à Phitsanulok il se heurte à une résistance inattendue. La ville est alors défendue par les deux meilleurs généraux du roi Siamois autoproclamé : "Taksin" (Le lion de la ville de Tak). Ces généraux sont : Chao Phraya Chakri (เจ้าพระยาจักรี) et son frère cadet Chao Phraya Surasih (เจ้าพระยาสุรสีห์)

Phitsanulok va résister quatre mois mais la ville va devoir être évacuée en raison d'un manque d'approvisionnement. Alors le birman Maha Thiha Thura (Azaewunky) s'emparera de Phitsanulok. Mais il devra quitter la ville, lui aussi  ... son roi étant passé de vie à trépas. (*)

 

(*) Les textes Thaïs se plaisent à raconter qu'à l'occasion d'une trêve le vieux général birman aurait complimenté son adversaire et dit qu'il aurait un avenir de roi ?!...  
Etait-ce une façon de suggérer à Phra Chao Chakri de détrôner Taksin, son camarade d'enfance, et ainsi de semer la zizanie entre eux pour affaiblir le Siam; ou, une véritable prophétie soufflée par je ne sais quel devin birman ?... personne ne peut confirmer l'une ou l'autre hypothèse ?!...
Toujours est-il que c'est à Phitsanulok, alors qu'il commençait à mettre à sac la ville, que le vieux général dû faire demi-tour en raison du décès de son roi. De ce fait, la route vers Thonburi, alors capitale du Siam, s'est arrêtée à ... Phitsanulok. Une intervention divine de Vishnu aurait-elle eu lieu ?...    

 


Le siège de la ville de Phitsanulok n'a pas été sans ébranler les convictions thaumaturgiques du général Chao Phraya Chakri qui était un homme très, mais très superstitieux. Une image de Bouddha était en permanence liée à sa monture parce qu'elle lui portait bonheur. Pour protéger Bangkok il fit descendre d'Ayutthaya toutes les images de Bouddha qui s'y trouvaient, ainsi que 2.128 autres statues venant de Sukhothai. Comme ces transferts ne devaient pas suffire à protéger la ville, son frère viendra à Chiang-Mai, au Wat Suan Dok, chercher le Bouddha Sihing, (*) celui qui aujourd'hui est en la chapelle ou salle du trône Phuttaisawan de Bangkok et ... Phitsanulok va se voir dépouillée de ses images d'exceptions consacrées par Lithaï.

A mon avis, aucun roi Bouddhiste, pas même l'empereur Asoka, n'a du avoir autant d'images de Bouddha dans sa ville !.... Je me permets de souligner qu'à l'époque Bangkok était loin de couvrir sa superficie actuelle ?!...

 

(*) A l'époque Chiang-Mai possédait deux Bouddhas Sihing, l'un était au Wat Kao Tue alors indépendant du Wat Suan Dok, aujourd'hui il ne font plus qu'un, et l'autre au Wat Phra Singh où il est encore.

 


Suite à la chute d'Ayutthaya le prestige de Chiva, dont le roi Suriyamarin ou Ekkathat (Boromaratcha V) (1758-1767) était l'incarnation, se serait-il déprécier aux yeux de Chao Phraya Chakri ?.... et, inversement, suite à la résistance de Phitsanulok, face à un général de renom, le prestige de Vishnu se serait-il accru ?...


Là est la question ?!...

Seul Chao Phraya Chakri pourrait répondre à cette interrogation tout à fait dans l'air du temps.

Toujours est-il que Chao Phraya Chakri et ses successeurs ne sont pas des avatars de Shiva mais ... de Vishnu, dont la ville, Phitsanulok,  à su faire face à l'envahisseur birman.

Ce revirement ne serait-il pas une suite logique des événements dont il a été question ci-dessus ?... à savoir que Vishnu serait un meilleur protecteur que ... Shiva qui n'a pas su empêcher la destruction d'Ayutthaya ?!... Cette réflexion n'est, bien sûr, qu'une hypothèse ... cependant ?!....

 


L'anecdocte pour le plaisir :
 
En Thaïlande, dans la vie courante le nom du dieu Vishnu n'apparaît pratiquement pas, sauf avec le prénom masculin de "Vishnu" (วิษณุ). Par contre dans la vie culturelle et cultuelle son image est omniprésente mais ... sous le nom de Phra Naraï (พระนารายณ์) ou de son avatar "Rama" (ราม) le héros du Ramakian. "Rama", depuis le roi vajiravudh (Rama V) (1881-1910-1925) est devenu la référence de la titulature des rois Siamois puis Thaïlandais.

Il ne fait aucun doute pour les thaïlandais que "Phra Naraï" et "Rama" ne font qu'un. De ce fait il existe une expression qui signifie, "Le dieu Naraï avec dix bras" (พระนารายณ์สิบกร) en référence aux représentations de Vishnu avec dix bras pour montrer sa puissance.
Cette idée de puissance est couramment reprise par le commun des mortels pour exprimer une impuissance face à une tâche qu'il estime au-dessus de ses forces, à savoir : "Je n'ai pas dix bras comme Vishnu" (ไม่มีสิบมือเหมือนวิษณุ) ou "Je ne suis pas en mesure de tout faire".

 

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Photo 1 : L'Indochine au Xè siècle. Le chenla dont la capitale est Srethapura & le Founan deviennent l'Empire Khmer.
Les noms modernes des villes : Haripunjaya (Lamphun) - Lavo (Lopburi) - Song kéo (Phitsanulok) - Srethapura (Champassak) - Tang Lo (Hanoï) - Yasodharapura (Angkor) -  
Photo 2 : Le "Phra Jinaraj" (deuxième palladium de Thaïlande) du Wat Phra Sri Rattana Mahathat (วัดพระศรีรัตนมหาธาตุ) de Phitsanulok. (Photo 12.02.2014)
Photo 3 : L'ex "Phra Attharos" de Phitsanulok devenu le "Phra Attharot Sisukhot Thotsaphon Yanabophit" du Wat Saket ou Sraket, chargé de terrasser Mara (le mal sous toutes ses formes) du haut de son mont d'or, le mont Saket, et ainsi de protéger Bangkok.
Photo 4 : Le "Phra Attharos" du Wat Phra Sri Rattana Mahathat (วัดพระศรีรัตนมหาธาตุ) de Phitsanulok. Il y en a plusieurs dans la ville. (Photo 12.02.2014)  
Photo 5 : La copie de "Phra Jinaraj" à son arrivée à Bangkok le 13 décembre 1901.

 


Chao Phraya Chakri (เจ้าพระยาจักรี) (1737-1782-1809)

(Nota bene : Nous garderons le titre de "Chao Phraya Chakri" pour suivre au mieux l'itinéraire de ce souverain.)


En 1778,  sous le règne de son ami d'enfance "Phaya Taksin", dont l'autorité quelque peu excessive va lui valoir d'être renversé et tué, Chao Phraya Chakri reçoit le titre de Somdet Chao Phraya Maha Kasatsuek (สมเด็จเจ้าพระยามหากษัตริย์ศึก พิฤกมหิมา ทุกนัครระอาเดช นเรศรราชสุริยวงษ์ องค์อรรคบาทมุลิกากร บวรรัตนบรินายก)

En 1782 alors qu'il était en campagne au Cambodge, Chao Phraya Chakri apprend la destitution du roi "Taksin". Il rentre précipitamment à Thonburi, alors capitale du Siam, et prend le pouvoir. Puis sans perdre de temps il se fait oindre de l'onction royale ou "prāptābhiṣeka" le 6 avril 1782 à Thonburi, ce qui a fait de lui le nouveau roi des Siamois. Puis conformément à la titulature en usage à Ayutthaya il prendra le titre de : Phra Bat Somdet Phra Borommarachathirat Rama Thibodi Sri Sin Borommaha Chakkraphat Rachathibodin etcetera ... etcétéra ... (1)

 

(1) La cérémonie de couronnement de Chao Phraya Chakri n'aura lieu que deux ans plus tard. Ayutthaya ayant été rasée il ne restait plus aucune archive concernant les rites du couronnement pratiqués à Ayutthaya. Alors il sera créé une commission royale qui va "enquêter" et rassembler un maximum d'informations orales. C'est pourquoi Chao Phraya Chakri fut couronné deux ans plus tard, mais ... selon les rites d'Ayutthaya. Le déroulement de ce couronnement servira de modèle à toutes les intronisations suivantes.

L'étape la plus importante dans le processus d'intronisation est l'onction royale. Le couronnement proprement dit a pour objet de symboliser le moment "souverain" de la cérémonie. Ce dernier se rapporte, pour une grande part aux rites brahmaniques, qui se mêlent néanmoins, à des rites bouddhiques. Ces rites, brahmaniques et Bouddhiques s'entremêlent inextricablement sans que cela semble poser le moindre problème ?!....

Le titre de Rama Ier en écriture thaïe est le suivant : (พระบาทสมเด็จพระบรมราชาธิราชรามาธิบดี ศรีสินทรบรมมหาจักรพรรดิราชาธิบดินทร์ ธรณินทราธิราช รัตนากาศภาษกรวงษ์ องค์บรมาธิเบศ ตรีภูวเนตรวรนายก ดิลกรัตนราชชาติอาชาวไศรย สมุทัยดโรมนต์ สกลจักรวาฬาธิเบนทร์ สุริเยนทราธิบดินทร์ หริหรินทราธาดาธิบดี ศรีวิบูลยคุณอักนิษฐ ฤทธิราเมศวรมหันต์ บรมธรรมิกราชาธิราชเดโชไชยพรหมเทพาดิเทพนฤบดินทร ภูมินทรบรมาธิเบศโลกเชฐวิสุทธิ รัตนมกุฏประเทศคตา มหาพุทธางกูรบรมบพิตร).

Comme vous pouvez le constater avec le titre royal écrit en langue thaïe, celui-ci ne manque pas de qualificatifs. C'est d'ailleurs ce roi qui a créé et "baptisé" Bangkok dont le nom de la ville figure dans le livre des records tant il est ... long !... plus de 25 mots.

 

 

Chao Phraya Chakri était bouddhiste, et le concept de la royauté à laquelle son intronisation se rattachait était indissociablement lié à la foi bouddhique. C'est elle et ses rites qui déjà légitimaient un roi de Sukhothai. De ce fait, de par cette onction ou "abhicheka" Chao Phraya Chakri en tant que roi bouddhiste devenait un "Bouddharaja", c'est-à-dire un futur bouddha-roi dont la mission était de conduire son peuple au Nirvana, sous-entendu en lui évitant un cycle de nouvelles renaissances ... dans la mesure du possible vraisemblablement ?!....

Cette conception de la royauté siamoise découle de la cosmologie des trois mondes du roi Lithaï que Chao Phraya Chakri fera modifier dès 1783 pour la rendre plus conforme aux idées nouvelles.  Toujours est-il, d'après cette œuvre, que le roi est tout à la fois "Bouddharaja" et "Dharmmaraja", (1) ce qui signifie que dans une précédente renaissance il était "Bhodhisattava", c'est-à-dire en état de devenir un ... Bouddha.

Autrement écrit, le roi était celui qui devait protéger et faire respecter la religion et la communauté des moines (Sangha) mais, sans intervenir dans leurs affaires internes (2) et sans toutefois s’en désintéresser ; de son côté le sangha œuvrait à la légitimité et au prestige du roi.

En résumé, le roi était, et est encore aujourd'hui, une incarnation de Bouddha et serait doté du même prestige.

 

(1) Le "Dharmmaraja" est un roi bouddhiste qui vit selon les dix préceptes bouddhiques spécifiques aux rois et qui sont nommés indifféremment : ‘’Dasarājādhamma‘’, ‘’Chakravarti-dhamma‘’, "Thotsabhit-rajathamma" ou encore ‘’Dasavidha-rājādhamma‘’. Ce roi aux normes particulières a aussi la charge de protéger et de faire connaître  la doctrine ou l'enseignement du Bouddha.
(2) C'est vraisemblablement parce que le roi Taksin a voulu se mêler d'un peu trop près ... pour ne pas écrire "brutalement et sans la moindre diplomatie" ... des affaires des Sanghas qu'il a été renversé sous prétexte de folie.
Chao Phraya Chakri sera plus diplomate pour mettre fin à une crise morale des Sanghas dépassant l'entendement. Il réunira un concile à la suite duquel les "purges" se succéderont au point de défroquer jusqu'à cinq cents moines d'un coup, ainsi que tous ceux qui ne connaissaient pas un traître mot de pali.

 


Puis comme nous l'avons vu, vers 1352, Rama Thibodi Ier, roi d'Ayutthaya, a fait siens des rites Khmers. C'est alors que le concept de la royauté bouddhique, conçu à partir des trois mondes, s'est enrichi (?) de la notion du dieu-roi ou devarājā selon la conception Brahmanique d'Angkor. (1)

De ce fait le roi, lors de sa cérémonie d'intronisation devenait, tout en même temps et tout à la fois, "Bouddharaja", "Dharmmaraja", et une incarnation d'un dieu de la Trimurti, c'est-à-dire Shiva dans un premier temps, puis Vishnu dans un second, comme l'indique les noms de règne de certains rois à savoir ... "Rama" un avatar de Vishnu ou Nārāyaṇa voire Hari.


Donc à l'origine, la fonction royale revenait à un individu qui le ... méritait, c'est-à-dire dont le capital de mérites, son karma, le distinguait de ses semblables et justifiait sa position ; (2) par la suite cette fonction, tout en gardant ses caractères originaux, s'est divinisée en adoptant certains rites hindouistes, grâce auxquels le roi était en mesure de communiquer avec les dieux et d'intercéder auprès d'eux pour le bien-être de ses sujets. Il était alors devenu le centre du système politique car il était celui par qui tout arrive, le bien comme les calamités. Il était un dieu-roi, ou un devarājā, c'est-à-dire l’incarnation d’une divinité, en l'occurrence "Vishnu" dont la présence était le garant du bon équilibre du royaume.

 

(1) Le dieu dravidien Shiva fut tout d'abord un dieu védique dont le nom était "Rudra", Rudra le seigneur des larmes, le destructeur des mondes. Dans la Trimurti brahmanique (Brahma, Vishnu et Shiva) Shiva était, et est aussi, le destructeur, le dieu du changement et de la reproduction. En tant que tel il était plus particulièrement adoré dans le sud de l'Inde, en Asie du Sud-est et en Indonésie ; dans les temples khmers, Shiva figurait sous l'aspect d'un linga stylisé de forme cylindrique en position verticale, et reposant sur une base carrée.
Le "linga royal" khmer quant à lui, se présentait sous forme d'une colonne octogonale (*) surmontée d'un dôme oblong. Cette colonne trouvait domicile dans un temple situé au milieu de la capitale. Le nom de Makesvara, c'est-à-dire le grand Isvara signifiant Shiva, désignait ce "linga royal" qui garantissait alors la prospérité de l'empire.
La partie supérieure d'un linga porte le nom de "Rudrabhāgā" un nom qui n'est pas sans rappeler celui de Shiva, la partie intermédiaire octogonale est désignée par le terme "Viṣnubhāgā", et la base de forme carrée par celui de "Brahmābhāgā". Tous ces noms se rapportent à la trimurti indienne !....  
(*) C'est sur un trône octogonal en bois de ficus glomerata ou racemosa, son synonyme, "Udumbara" en sanscrit, que le roi Thaïlandais reçoit l'ultime onction ou "Brah-di-nan Athadisa". Ce ficus racemosa est l'arbre du Progéniteur Prajāpati, celui de la caste des gouvernants et des soldats.
(2) Souvent, pour ne pas écrire très souvent, un roi du Sud-Est Asiatique ne prenait possession d'un trône qu'au fil de son épée,  mettant ainsi tout un chacun devant le fait accompli. Les accessions au trône sont très souvent associées à un, voire plusieurs meurtres.

 

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Photo 1 : Un Mukhalinga d'origine Cham (Vietnam) du VIè-VIIè siècle, venant des monts de Núi Ba Thê, de la province d'An Giang, au Vietnam. Il est aujourd'hui exposé au musée de l'histoire du Vietnam de Saïgon.
Photo 2 : Une coupe transversale d'un linga dans son yoni, réalisé d'après un croquis extrait du livre "Angkor" de Maurice Glaize.
Photo 3 : Angkor : un linga et son yoni s'élevant dans le temple dit "Preah Khan" ou "Prah Khan", signifiant le temple de "l'épée sacrée". Ce temple bouddhiste du XIIè siècle a été mis en œuvre par le roi Jayavarman VII (1181- après 1201). (Photo du 01.06.2014)

 

Le linga ou liṅgaṃ en sanscrit signifie "signe". C'est en général un bloc de pierre de formes géométriques et d'apparence phallique qui symbolise le dieu Shiva ; un dieu associé au cycle de la nature, à savoir détruire pour renaître. De ce fait Shiva est le dieu de la génération.
Les rois, en tant que dieu-roi, voulant se confondre avec ce symbole nommaient leur linga en y associant leur nom. Ainsi le roi Cham Bhadravarman Ier (380-413), qui à Mỹ Sơn au Vietnam, construisit un temple en bois dédié au linga du dieu Shiva (Içvara) l'a appelé "Bhadreçavalinga". (Nom retrouvé sur des pierres du temple.) .
Dans un second temps, comme pour mettre les points sur les "i", la tête du dieu, autrement écrit, la tête du roi fut sculptée à la base du "Rudrabhāgā". Cette tête, d'abord discrète, prit de l'importance, puis se multiplia. Alors le linga prit le nom de "Mukhalinga" ce qui signifie un linga porteur de tête(s).

Au cours des ans Vishnu est venu prendre place dans les rites Khmers. Alors tantôt son culte prenait le pas sur celui de Shiva et vice-versa. (*) Cette alternance se faisait en famille car les deux cultes relèvent du brahmanisme. Il en fut tout autrement avec l'arrivée du Bouddhisme, dont nous ne dirons rien car ce n'est pas le sujet.
(*) Vishnu était considéré par les Shivaïtes comme un subordonné de Shiva.

Lors de la période d'Ayutthaya, c'était Shiva qui s'incarnait dans les souverains Siamois pour en faire des dieux-rois ou "deva-raja".
Ensuite, à partir de l'ère "Rattanakhosin", c'est-à-dire la période de Bangkok, un certain nombre d'indices donnent à penser que c'est Vishnu et non plus Shiva qui s'incarne dans les souverains Siamois pour en faire des dieux-rois ou "deva-raja". Ce changement de divinité a été le fait de Chao Phraya Chakri. Mais tous les archétypes ou concepts se rapportant à Vishnu n'ont été adoptés que sur plusieurs règnes, en particulier celui de Vajiravudh (Rama VI) (1881-1825).

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Photo 1 : Le futur roi Rama IX, le 5 mai 1950, entrant dans la salle dite le "Phra Thinang Phaisan Thaksin" (พระที่นั่งไพศาลทักษิณ) où se trouvent deux trônes :
1/.-  Le "Phra Thi Nang Atthit Utumbhorn Ratcha Aat" (พระที่นั่ง อัฐทิศ อุทุมพร ราช อาสน์) ou le trône octogonal surmonté d'un parasol de 7 étages.( Ce trône est situé dans la partie orientale de la salle)
2/.- Le "Phra Thi Nang Phatharabit" (พระที่นั่ง ภัทรบิฐ) surmonté d'un parasol de 9 étages.  (Ce trône est situé dans la partie Ouest de la salle).
Huit brahmes le recoivent pour célébrer quelques certains rites.
Photo 2 : le roi Prajadhipok, futur Rama VII, lors de son couronnement le 25 février 1926. Il est assis sur le trône octogonal en bois de ficus glomerata ou racemosa, (Udumbara en sanscrit) et fait face à l'Est.
Photo 3 : Un brahme remet au futur Rama IX assis sur le trône octogonal, la conque magique que Krishna, un avatar de Vishnu, s'est approprié en terrassant son propriétaire, l'Asura Pançachon.  La conque, dont la spirale évolue dans le sens auspicieux de la pradaksina, est un attribut des grands dieux.

 

Nota bene : le trône octogonal est comme une reproduction du "Viṣnubhāgā" du linga, et le roi est alors symboliquement le "Rudrabhāgā" qui n'est plus dans le cas présent "Shiva" mais ... "Vishnu". Car lors des cérémonies "Vishnu" s'incarne en la personne royale. Ainsi devait en avoir décidé Chao Phraya Chakri qui deviendra Rama I.

Attention : Ce qui suit n'est qu'une hypothèse de ma part et non une vérité à prendre au pied de la lettre. Alors cette hypothèse est à considérer comme telle.

En rédigeant cette chronique, la partie octogonale du linga, le trône octogonal  du couronnement n'ont pas été sans me rappeler le socle octogonal du "Sao Muang" de Chiang-Mai ?!...

Curieusement, ce sao muang de Chiang-Mai n'est pas un bloc de pierre ou un pilier de bois. C'est un socle maçonné de forme ... octogonale, censé contenir le "sao muang" de la ville ?!... Et c'est sur ce socle octogonal que s'élève un autre trône, que les Thaïs nomment : "Bousabok" (บุษบก), un mot pali qui signifie "trône",  et à l'intérieur duquel se tient une image de Bouddha ?!...

Faut-il voir, dans cette construction à nulle autre pareille, un syncrétisme réunissant tout à la fois la tradition Lua, avec le Sao Muang, la tradition Indienne/Khmère avec le linga, et la tradition Bouddhique avec la présence d'une image de Bouddha ?...

En effet, comme pour un linga, il y a le sol (Brahma) une superposition de deux trônes octogonaux qui pourraient s'apparenter au "Viṣnubhāgā" du linga (Vishnu), et sur ce double trône octogonal s'élèverait le "Rudrabhāgā" qui ne serait pas "Shiva" mais ... "Bouddha" ?!...

Autrement écrit, le "Sao Muang" de Chiang-Mai pourrait être une sorte de linga "moderne" ... par rapport au XVIIIè siècle, d'autant que la réalisation de cet ensemble a eu lieu sous le règne de Rama Ier, roi de Bangkok et celui de son beau-frère Chao Kawila, roi de Chiang-Mai ?!...

Rama Ier en ressuscitant la tradition d'Ayutthaya n'a pas été sans l'interpréter et y apporter de nombreuses modifications. Entre autre, il réunira un concile et fera réécrire "les trois mondes" de Lithai.

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Photo 1 : En 2013 l'espace du "Sao Muang" était en cours de rénovation ce qui permet d'avoir une image très net de l'édification symbolisant le "Sao Muang" ou "Lak Muang". (Photo du 01.06.2013)
Photo 2 : L'image de Bouddha, face à l'Est, a l'intérieur du Bousabok" (บุษบก ). (Photo du 19.02.2015)
Photo 3 : En 2014 les travaux de l'espace du "Sao Muang" étaient terminés, et le "Sao Muang" ou linga ?... s'élève dans une aire recouverte de peinture murale. (Photo du 18.07.2014).

 


Le chapitre consacré à Phitsanulok, et les images de cette ville, n'est pas sans raisons. Car il semblerait que le séjour de Chao Phraya Chakri à Phitsanulok, en tant que valeureux défenseur de la ville, ait été à l'origine de sa décision, à savoir accorder sa confiance à Vishnu aux dépends de Shiva. Il avait alors besoin d'un dieu qui ferait de lui un véritable deva-raja invincible. Chao Phraya Chakri était - je le re-souligne -  très superstitieux.
Pour ces raisons, vraisemblablement, dès le début de son règne Chao Phraya Chakri a fait interdire et condamné le culte du "linga-Chiva" en précisant que cette croyance animiste avait contribué à la Chute ... d'Ayutthaya ?!.... CQFD !...

Cependant les coutumes ont la peau dure. Ainsi dans les campagnes il se fabrique de minuscules lingas ou "Khun Phet" (ขุนเพ็ด) qui sont troués à leur base afin d'y glisser un cordonnet pour le nouer, telle une ceinture, sur de jeunes enfants pour les protéger des mauvais esprits ou phi Raï (ผีร้าย).


Quelques détails concernant Chao Phraya Chakri signifiant qu'il était bel et bien une incarnation de Vishnu.

La fleur du "Cassia fistula" est appelée en Inde "fleur de Konna", c'est cette fleur qui en Inde est offerte au dieu ... Vishnu ?!...
Le bâton de marche de "Chao Phraya Chakri" était en bois de "Cassia fistula" recouvert d'or. En thaï le cassia fistula est appelé "ratchaprueck" (ราชพฤกษ์) (1). La fleur du Cassia fistula est devenue le 2 octobre 2004 la "fleur nationale" de la Thaïlande. (Encore un concept lié à Vishnu qui n'a été adopté que sous le neuvième règne.).

L'abondance de fleurs sur le cassia fistula est un signe de prospérité.

Après sa sortie du bain d'intronisation, il est remis au nouveau souverain une branche de "Cassia fistula" symbole du pouvoir suprême et du bonheur éternel.


Enfin, et la messe sera dite, le poète vaïshnava Jayadeva Goswami (XIIIe siècle) dans son "Gita Govinda" au chapitre intitulé  "Dashavatara-stotra" fait du Bouddha historique l'un des dix avatars principaux de Vishnu. ?!... Bouddha, d'après lui, ne serait qu'un des nombreux avatars de Vishnu.

(1) "ratchaprueck" (ราชพฤกษ์) signifie royal - arbre, royal pour "racha" et "prueck" pour arbre. C'est d'ailleurs ce que signifient les noms sanscrit comme "rajataru", raja teru", et "nirpadruma" pour ne citer qu'eux.
Le pilier de la ville de Bangkok, que fit ériger Chao Phraya Chakri est lui aussi en bois de ... Cassia fistula.
Pour le 60ème anniversaire de Rama IX, 99.999 (Un chiffre sacré)  cassia fistula auraient été planté dans le royaume. L'opération a été réitérée pour les 80 ans de Rama IX. Mais cette fois, ce sont 9.000.000 de cassia fistula qui auraient été plantés.

 


Bref, Bouddha et Vishnu ne font qu'un et tous les deux peuvent se revendiquer du ficus religiosa ; un arbre symbole de vie, de vigueur, de longévité et de fécondité.

Dans le "Lalita Vistara" traduit du tibétain le ficus religiosa est appelé "Tārāyana" c'est-à-dire : la voie du passage - la voie par laquelle on passe à l'autre rive, arbre qui conduit au lieu de l'immortalité..



J'étais loin d'imaginer que le ficus religiosa allait m'entrainer aussi loin mais .... peut-on, au Lanna, s'intéresser au ficus religiosa en passant sous silence tout ce qui a été dit ?...

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Le frontispice du temple de marbre à Bangkok - Phra Naraï (Vishnu) chevauchant Phra Khrouth" (Garuda). (Photo du 06.11.2011)

 


Vishnu le maître des dieux, le seigneur des dieux sur terre, le seigneur de la création, le dirigeant des rois, l'incarnation de l'omniscient et originel Bouddha, le rama du royaume .....

Bref autant de qualificatifs plus élogieux les uns que les autres qui concernent ... Vishnu, Bouddha et le roi du Siam, que symbolise ... le ficus religiosa.


La puissance de Vishnu et la confiance qui lui sont accordées sont telles qu'une pièce d'artillerie fut nommée par les Siamois au XVIIIè siècle "Nārāyan Sanghān" c'est-à-dire L'arme de Vishnu le massacreur.
Ce canon fut montée sur un bateau pour massacrer les Birmans. Au premier tir, à cause du recul, le bateau coula et la pièce d'artillerie avec !....  

Vishnu n'est pas toujours aussi puissant qu'on le dit ?!... Heureusement la foi permet de soulever des montagnes, et le ficus religiosa, à ce titre, mérite au respect qu'il aspire et que tout un chacun lui doit ?!...


Merci à la bibliothèque de l'EFEO de Chiang-Mai, à celles en ligne et plus particulièrement à biofiversitylibrary.org - Gallica-bnf.fr - Persée.fr - Siamese-heritage.org (Journal Sian Sociaty.)

 



                                      Jean de la Mainate - Octobre/décembre 2016





11/12/2016
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