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LOY KRATHONG ET SES ORIGINES INDIENNES: NARAKA


LOY KRATHONG ET SES ORIGINES INDIENNES:

 

 

                               QUATRIEME PARTIE

 

 

                                          NARAKA

                                             OU

        A PARTIR DE QUOI S'ECRIT UNE LEGENDE

 

 

 

Dès l'apparition de la vie sur terre la lutte pour le pouvoir à commencé. De nos jours elle se perpétue quotidiennement sous nos yeux avec violence ou sournoisement.

 

Dans un cas comme dans l'autre les victimes sont nombreuses et atteintes soit physiquement, soit moralement ou psychologiquement, voire le plus souvent touchées par les trois souffrances à la fois quand ce n'est pas par la mort.

 

 

Pour s'imposer les grands courants religieux ont aussi usé de violence et de sournoiserie. Hier le christianisme et aujourd'hui plus particulièrement l'islam sont des modèles du genre, pour ne citer qu'eux !...

 

L'Inde et ses ''philosophies'' n'ont pas échappé pas à cette règle.

 

Le brahmanisme ou l'hindouisme, par exemple, a pris le pouvoir sur les populations d'alors aux dépens du védisme.

Un culte plus que millénaire en relation très proche avec la nature, transmis oralement et vraisemblablement célébré à l'origine … que par des femmes.

 

Nos civilisations ont d'abord été matriarcales avant d'être patriarcales. C'était la déesse mère qui enfantait, nourrissait et protégeait sa progéniture, et non pas dieu le père, (*) qui n'est entré que beaucoup plus tard dans la grande aventure humaine.

 

 

(*) Céline Renooz (1840-1928) dont j'ai déjà parlé, une féministe très combattante et très intéressante à lire, explique et démontre dans l'un de ses livres, et de façon convaincante, que c'est le mot ''dieu'' qui vient du mot déesse et non le contraire car à l'origine étaient les déesses ?!...

 

 

 

Ce ''glissement'' du védisme vers le brahmanisme, ou plutôt la main mise du brahmanisme sur le védisme ne s'est pas faite du jour au lendemain, mais sur une période transitoire de plusieurs siècles ; environ quatre siècles, allant du Ve au IIe siècle avant notre ère.

 

Lors de ce passage d'un culte à un autre, les brahmes se sont substitués aux brahmines ; et à l'avènement de l'écrit les textes n'ont pas été sans subir quelques altérations, accidentelles voire volontaires pour mieux servir la nouvelle cause.

 

C'est ainsi que des déesses sont devenues des dieux du jour au lendemain (Krishna) (*)  et que d'autres ont d'abord été insexuées avant d'être ''gratifiées'' d'un pénis (Vischnu) ainsi que je l'ai évoqué dans la chronique précédente.

 

 

(*) Krishna aurait été célébrée voici plus de 6.000 ans (4.800 ans avant notre ère) dans l'Hindoustan. Elle aurait été la déesse Iça Krishna ou Srik.

 

Sa présence dans le panthéon indien, de l'avis d'un grand nombre de spécialistes, serait une ''concession'', faite aux croyances populaires de l'Inde, mais dont les brahmanes tirèrent parti comme je vais l'expliquer dans quelques lignes!...

 

 

 

Donc au fur et à mesure des siècles, tout en s'accaparant du pouvoir spirituel, les brahmanes ont pris leurs distances par rapport au védisme, au point que leur ''religion'' a fini par ne plus rien avoir de commun avec lui, sauf les védas (Textes sacrés) qu'ils ont ''conservés'' et fait transcrire après les avoir reçus oralement.

 

 

     

 

 

Agni est le dieu principal des védas. (*) C'est le protecteur des humains et de leurs foyers. Il préside à tous les grands événements de la vie. (Alain Daniélou) (*) Avec à mon avis … peut-être Indra ?...

  

C'est la lumière qui éclaire, le destructeur qui incendie et qui purifie, et aussi le dévoreur de chair à l'occasion des crémations. Entre autres noms il porte ceux de Vishvānara, (fils du soleil) Pāvaka, (Purificateur)

 

C'est un dieu à la fois jeune, car rallumé quotidiennement et âgé parce que contemporain de l'origine du monde. De ce fait il est souvent représenté avec deux têtes, voire quatre mais aussi quatre ou sept bras. Il tient une hache ou un shakti (lance ou épée de feu), une torche, un éventail pour raviver les flammes, une cuillère à oblation et parfois un rosaire.

 

 

 

Les brahmanes ont aussi constitué un clergé, divisé la population en caste, institué l'immortalité de l'âme et sa transmigration, et surtout fait de l'intervention divine dans les affaires humaines leur grand cheval de bataille.

 

Etant alors les interlocuteurs incontournables dans la relation avec les dieux, les brahmanes sont devenus comme des demi-dieux, et supérieurs par droit de naissance à tous les autres hommes. C'est de ce fait que leur charge sacerdotale est héréditaire !...

 

Aujourd'hui encore quand un Indien d'une autre caste s'adresse à un brahmane il doit se prosterner devant lui et lui dire, ''tu es dieu'' avant tout autre chose.

 

Cette supériorité autoproclamée a fini par donner naissance à des abus au point de provoquer des révoltes et des troubles sociaux.

 

 

Alors lorsque les bouddhistes ont fini par se faire entendre et que leurs auditeurs ont compris que la loi mise en place par les brahmanes, celle du dharma ou de l'ordre social cosmique et religieux, n'était pas la panacée pour atteindre le nirvana, un très grand nombre d'entre eux les ont rejoints et se sont convertis au bouddhisme.

 

Car non seulement les bouddhistes prônaient la suppression des castes, mais ils acceptaient parmi eux des intouchables, (*) niaient l'existence des dieux, ou de dieu en général et de l'âme. Ils disaient même qu'il était possible de se soustraire à la transmigration … entre autres choses !...

 

 

(*) Aujourd'hui encore, la conversion au bouddhisme est la seule possibilité pour les ''intouchables'' ou ''dalits'' de trouver un statut social digne.

 

En 1956, un leader charismatique sortit de leurs rangs, Bhimrao Ramji Ambedkar dit Babasaheb Ambedkar (1891-1956) organisa à Nagpur le 14 Octobre … jour de la fête de Dussehra … (Tout un symbole, car c'est ce jour là que Rama tue Ravana et que Durga fait de même avec Mahishasura, des soi-disant démons qui défiaient le … dharma mis en place par les brahmanes.) un grand rassemblement où se convertirent … 380.000 intouchables.

 

Comme ce leader mourut quelques mois plus tard sa crémation fut encore et aussi l'objet d'une nouvelle conversion de masse.

 

A l'heure actuelle ce type de conversions, qui ne touchait que l'état du Maharastra, (côte ouest de l'Inde) s'étend à toute l'Inde. Et le Bouddhisme qui avait pratiquement disparu depuis le XIIIe siècle retrouve une nouvelle jeunesse. L'histoire est vraiment un éternel recommencement !...

 

 

 

     

 

 

A gauche, Bhimrao Ramji Ambedkar dit Dr. Babasaheb Ambedkar (1891-1956)

Au centre, la statue du Dr. Ambedkar s'élevant devant le parlement indien. Elle est l'œuvre de Brahmesh V. Wagh, issu d'une véritable dynastie … de sculpteurs - (Origine de la photo – www.rajyasabhahindi.nic.in)

A droite, une procession de dalits (Des intouchables) devenus bouddhistes et commémorant le 50e anniversaire de la conversion de leur leader, Bhimrao Ramji Ambedkar. (Origine de la photo - www.indiadaily.org)

 

 

 

 

Des ''petits'' souverains plutôt satisfaits de remettre en cause l'implacable autorité des brahmanes et de se soustraire à leur pouvoir, et des petites gens ne supportant plus leur statut d'intouchable se convertirent.

 

Alors à la faveur de ces idées ''révolutionnaires'', quelques deux cents ans après la mort de bouddha le bouddhisme  s'était pratiquement rendu maître de toute la péninsule indienne.

 

Le Brahmanisme n'était plus que l'ombre de lui-même, agonisant sur son lit de mort.

 

 

Puis comme pour lui donner le coup de grâce, en -250 av.JC., l'empereur Asoka, ou Piyadaçi (-268/-250/-232 av.JC.) lui-même, se tourne vers le bouddhisme.

 

Asoka était un Soudra. C'est-à-dire qu'il appartenait à la dernière caste, celle dont l'engeance est vouée à la servitude héréditaire, et est au service des trois autres.

 

Alors peut-être trouva-t-il là le moyen de se libérer de l'emprise des brahmanes, de joindre à son pouvoir temporel le pouvoir spirituel qui leur échappait, et aussi de se refaire une virginité car avant de devenir ''Dharma-Asoka'' il était pour tout un chacun ''Canda-Asoka'' c'est-à-dire ''Asoka le cruel'' ?... allez savoir ?!...

 

Asoka fut un souverain de grand talent !...

Henri IV n'a-t-il pas dit ''Paris vaut bien une messe'' ?...

Que ne ferait pas un homme pour avoir le pouvoir et surtout … le conserver ?...

 

Toujours est-il qu'Asoka, non seulement fait accompagner tous les convois marchands en partance pour l'étranger d'un ou deux bonzes mais, envoie des délégations dans les huit directions cardinales, dont son fils Mahendra au Sri Lanka, pour y prêcher la doctrine bouddhique.

 

Sa fille, qui fait parti du voyage, fonde sur l'île les premiers couvents de religieuses bouddhiques. (Notez bien ce détail, car nous allons y revenir. Il a son importance.)

 

 

Si le bouddhisme va se prêcher à l'extérieur de l'Inde, c'est parce qu'à l'intérieur il bénéficie d'une position dominante et qu'il n'a plus rien à craindre de l'hindouisme.

 

Alors le IIIe siècle avant JC., et les suivants, peuvent être considérés comme l'âge d'or du bouddhisme en Inde. D'ailleurs, rien n'est trop beau pour honorer la mémoire de Bouddha, car les temples se couvrent et se remplissent d'or et d'argent.

 

Mais la faiblesse des hommes étant ce qu'elle est vis-à-vis des richesses, l'avidité et la tyrannie deviennent alors, naturellement et fatalement, l'apanage des bouddhistes !...

 

Cet état de fait va susciter quelques réactions au sein de leur communauté, comme la tenue de conciles ; mais aussi dans les rangs adverses, dont les brahmanes n'attendaient qu'une occasion pour relever la tête.

 

 

Comme un malheur n'arrive jamais seul, même lorsqu'on en est la cause, à la mort d'Asoka son empire se démembre, et les bouddhistes perdent alors un précieux et puissant allié.

 

 

Mettant à profit toutes ces déconvenues les Hindouistes, qui non contents d'agonir avaient trouvé le moyen de se diviser en préférant Vishnu pour les uns à Shiva pour les autres, lentement et sûrement se réconcilient.

 

Puis pour mettre un maximum d'atouts dans leur jeu, ils cherchent à catalyser leurs forces, et c'est alors qu'ils prennent en compte une déesse des temps védiques, Krishna, dont le culte était encore très en vogue auprès de la … populace.

 

Par un subterfuge propre à la gent religieuse, la déesse devient alors une incarnation de Vishnu, et par la même occasion un dieu … mâle. (La féministe Céline Renooz n'avait pas tort.)

 

Ce nouveau culte fait fureur, et les brahmanes ne vont pas se gêner pour lui donner de l'ampleur et faire de leur nouvelle ''idole'', Krishna, un dieu populaire alliant les caractéristiques humaines, dont les faiblesses, aux spécificités divines. Tous les ingrédients sont là pour plaire au plus grand nombre.

 

Eugène Burnouf, (1801-1852) un des grands indianistes français, a écrit à ce sujet ''L'étendue considérable qu'a prise le culte de Krishna n'a été qu'une réaction populaire contre celui de Bouddha. Réaction qui a été dirigée et pleinement acceptée par les brahmanes.''

 

 

Les bouddhistes donc, font les frais de ce retournement de situation, mais à un point qu'on ne peut pas imaginer.

 

Les moines chinois Fa-hian et Hiouen-Thsang rapportent dans leurs écrits, relatant leur passage en Inde entre 629 et 645, que … les sanctuaires bouddhistes sont, pour la plupart, abandonnés ou en ruines.

 

Des historiens précisent que … ''…dès le XIe siècle le bouddhisme n'existait plus dans l'Inde qu'à l'état de souvenir. …. Les uns (les moines bouddhistes) avaient pris le chemin de l'exil. Les autres avaient du rallier la foi brahmanique. ''

 

 

Léon de Milloué, (1842-192 ?) Conservateur du Musée Guimet et auteur d'un Précis d'histoire des religions de l'Inde paru en 1890 – écrit en page 184   ''… il est incontestable qu'à un moment donné il y eut persécution de la part des brahmanes. Cette persécution alla-t-elle jusqu'à l'effusion du sang ?... … '' (*)

 

Or curieusement, c'est au VIe siècle que les grandes villes chinoises comme Nankin et Luoyang (**) comptent de nombreux moines bouddhistes venus du Tarim et de l'Inde ?!...

 

Ces moines étaient-ils des pèlerins de passage ou des exilés fuyant des persécutions ?...

 

Je laisse à des gens plus qualifiés que moi le soin de répondre à cette question que je n'ai pas approfondie.

 

 

(*) L'honnêteté intellectuelle m'oblige à signaler que le même Léon de Milloué a écrit … '' La religion du Bouddhisme avait complètement disparu de l'Inde, plutôt, à ce qu'il semble en raison des progrès de l'Hindouisme qu'à cause des persécutions que relatent quelques uns de ses auteurs, mais dont on ne trouve point de traces probantes. ''.

(Page 201 du Tome XXII  des annales du Musée Guimet au chapitre Bouddhisme – 1907)

 

(**) Voire la chronique Loy krathong et ses origines chinoises, pour … en savoir un peu plus.

 

 

 

                   

 

 

A gauche, Krishna comptant fleurette à Radha

A droite, Vishnu et Lakshmi transportés par Garuda.

 

 

 

 

Et la légende de Narak ?....

 

Nous sommes en plein dedans. Car avec ce bref rappel historique vous venez d'être informés de tous les tenants, ou presque tous, et de tous les aboutissants, ou presque tous, de la légende concernant Narak.

 

Une ''légende'' qui s'appuie sur des faits réels comme toutes les légendes et qui a forcément été composée après le début du XIe siècle. (*)

 

Comme ce sont les vainqueurs qui l'ont écrite, ils ne se sont pas privés, au moyen de symboles divers, de se donner le beau rôle et de ''salir'' le parti adverse tout en lui donnant le coup de grâce.

 

 

(*) L'avatar concernant Bouddha, le neuvième de la série des dix, aurait été écrit vers 950, c'est-à-dire vers la fin du Xe siècle, à une époque où le bouddhisme ne présentait plus aucun danger pour l'hindouisme !...

 

 

 

Tout d'abord je vais vous rappeler très brièvement les faits que rapporte cette légende, et ensuite je vous révélerai ce qu'à mon avis, ils cachent.

 

Ce ne sera donc que mon avis, et non une vérité à prendre au pied de la lettre.

 

Pour mener à bien mes investigations je me suis référé principalement à deux ouvrages, car il y a des détails dans l'un qu'il n'y a pas dans l'autre, et vice versa.

 

Enfin pour être aussi complet que possible je me suis aussi intéressé à d'autres poèmes traitant du même sujet, car les récits de l'exploit de Krishna contre Naraka ne manquent pas.

 

 

Le premier livre sur lequel je me suis appuyé s'intitule ''Prem Sagar'' ou ''Océan d'amour'' ou encore ''histoire de Krishna''. C'est le Xe chapitre du Bhāgavat Bavagadam. Il a été traduit en 1893 par Pierre-Eugène Lamairesse, (1817-1898).

 

Le second porte le titre de ''Harivamsa'' qui s'écrit aussi Harivansa, ou Histoire de la famille de Hari'', Hari étant l'un des nombreux noms de Krishna. Cette traduction date de 1834 et a été l'une des œuvres de Simon Alexandre Langlois (1788-1854).

 

L'Harivamsa est d'une époque récente. Ce qui signifie que nombre de ses textes ont été revus et corrigés maintes et maintes fois avant de tomber entre les mains des Occidentaux via pour certains, le gouverneur général du Bengale, Warren Hastings (1732-1818) qui réussit à corrompre quelques brahmanes pour les obtenir.

 

La première traduction du Mahābhārata, et plus particulièrement du Bhagavad Gītā date de 1787 et fut l'œuvre de l'anglais Charles Wilkins (1749-1836).

 

C'est Hippolyte Fauche (1797-1869) qui en 1867 en fera la toute première traduction en Français. .

 

 

 

NARAKA vu par le petit bout de la lorgnette.

 

 

 

 

Narak ou Naraka est un ''démon''.

 

Non seulement il met à mal l'ordre cosmique, social et religieux, c'est-à-dire le dharma instauré par les brahmanes, mais il manque de respect à des dieux du panthéon védique, Indra et Aditi, la mère de tous les dieux.

 

Il va jusqu'à les déposséder de leur attribut divin respectif.

 

Pire, il enlève et arrache à leur famille quelques seize mille cent jeunes vierges !....

 

Heureusement Krishna, avec le consentement de la mère du ''démon'', le raye du monde des vivants en le tuant.

 

Alors grâce au décès de ce fils de l'enfer, donc des ténèbres, la lumière et la vie réapparaissent dans les familles ou les ''foyers'', sur terre et dans tout l'univers.

 

Ce sont les lampes de dipāvalī qui transforment la nuit en jour !... et le ''bien'' qui triomphe du ''mal'' !...

 

 

La messe semble dite. Mais, voyons maintenant ce qu'il y a derrière chacune de ces assertions brahmaniques.

 

 

 

NARAKA vu par l'autre bout de la lorgnette.

 

 

 

Le supposé dénommé Narak, Naraka, Narakasura ou Narak-asura devait porter un tout autre nom.

 

Lequel ?... je n'en sais rien, et je pense qu'avec le temps plus personne ne doit s'en souvenir, pas même les brahmanes les plus ''initiés'', encore que !... sait-on jamais ?!...

 

Narak, Narakasura, Narak-asura est tout d'abord présenté comme un ''démon'' qui trouble l'ordre public, l'ordre installé par les brahmanes, soi-disant pour le bien être de tous, mais surtout pour le leur. Un ordre qui, je le rappelle, a institué, entre autres, la caste des intouchables, c'est-à-dire des … impurs.

 

En fait ce démon devrait être un anti-dieu, car c'est un asura ou assoura, comme son nom l'indique.

 

Indra était un asura, c'est-à-dire un être divin.

 

Puis avec la mise en place du panthéon brahmanique, pour faire de la place aux nouveaux dieux, il a fallu … faire le ménage parmi les anciens et en éliminer ou rétrograder un certain nombre.

 

Alors le ''a'' de asura est devenu comme un préfixe négatif, bouleversant le sens du mot. Un assura n'était plus un être divin, mais une entité non-divine.

 

Puis le mot a fini par désigner un certain type de démons, sans doute pour lever toute ambigüité et permettre aux hindouistes d'en finir avec le védisme d'antan !....

 

Narak donc, sans avoir été un dieu déchu, était un démon. Mais un démon d'une exceptionnelle ''noirceur'' car le nom dont il a été doté n'a pas été choisi au hasard, bien au contraire.

 

En effet lorsque ''Narak'' est accolé à asura il permet un jeu de mots et peut s'entendre ''Naraka'' - ''sura ''. Or le mot Naraka (*) ne désigne rien d'autre que le cinquième enfer. C'est-à-dire un lieu infernal destiné aux … impurs !...

 

Car Naraka, du fait de son appartenance au bouddhisme, (**) comme nous allons le voir, est l'impur par excellence, celui dont la seule présence porte atteinte à la pureté de l'hindouisme.

 

Les bouddhistes n'acceptaient-ils pas des ''intouchables'' dans leurs rangs ?... bien sûr que oui. Alors comment être pur quand on accepte des impurs de naissance parmi les siens ?....

 

Naraka, et au travers lui le bouddhisme, est donc véritablement et incontestablement l'ennemi à abattre.

 

 

 

(*) Naraka : Ce mot m'a donné beaucoup de fils à retordre. Car même parmi les plus illustres indianistes ou hindouistes les définitions qu'ils en font ne concordent pas vraiment, y comprises celles données par certains dictionnaires ou encyclopédies. Cependant il est toujours question d'enfer à son sujet.

 

Alors je me suis attaché à la définition donnée d'une part par le précis d'histoire des religions de Léon de Milloué (1890) en page 264 et d'autre part par le dictionnaire universel historique et comparatif de toutes les religions du monde Tome 3 p.817.) Lequel, soi-dit en passant, fait une erreur au sujet du Patala qui ne peut pas être le nom générique des enfers car, tous ceux qui en donnent la définition disent qu'il s'agit du monde souterrain ou vivent les amphibiens, les serpents nagas. Si les encyclopédistes commettent des erreurs, alors à qui peut-on se fier ?...

 

Cependant je me suis demandé si au départ le patala ne désignait pas les mondes souterrains en général, et si par suite de l'évolution de la langue, quelque peu attisée par la ''rancune'' des brahmanes, le nom du cinquième enfer ''Naraka'' ne se serait pas étendu à la désignation des enfers en général et, qu'alors, le Patala serait devenu spécifique au monde des nagas ?!... Si quelqu'un à une réponse elle serait la bienvenue.

 

(**) Naraka était un haut dignitaire bouddhiste parce que de nombreux détails en font foi, comme vous allez vous en rendre compte, dans les différentes traductions que j'ai pu parcourir.

 

 

 

                        

 

 

Aditi est comme une ''inépuisable source d'abondance'' c'est pourquoi dans les invocations, dit Alain Daniélou, la terre est souvent identifiée à Aditi. Car la terre est comme une vache qui nourrit de son lait tous les êtres. Alors Aditi est la première des déesses et la mère de tous les dieux.

 

Je rajouterai que c'est une ''rescapée'' du panthéon védique qui est restée sur son piédestal contrairement à un autre, Indra qui a été humilié et rabaissé tant et plus par Krishna, entre autres, et n'a qu'une présence de … figurant dans le panthéon brahmanique.

 

A gauche : Aditi ou Lajja Gauri, la déesse à tête de lotus qui serait toujours ainsi représentée. Ses jambes ouvertes, suggèrent l'accouchement. Cette pièce date du VIe siècle et se trouve au temple de Kudaveli du complexe de Sangameshwara à Kurnool ou Karnoul une ville de l'Andra Pradesh un état situé dans le sud-est de l'Inde.).

A droite : Indra sur son éléphant Erawan. Une peinture du sud de l'Inde, XIIe siècle environ, de Thanjavur (Tanjore) ou de Tiruchirapalli (Trichy) villes de l'état de Tamil Nadu, présentée dans l'une des collections du British Muséum de Londres.

 

 

 

 

Pour noircir encore un peu plus le personnage il est accusé d'avoir volé le dais d'Indra et les boucles d'oreilles d'Aditi, la mère de tous les dieux.

 

En principe les brahmanes auraient du se réjouir d'un tel forfait puisqu'il sert leurs dessins, à savoir la déconsidération et la ridiculisation du védisme.

 

Mais pour l'heure, l'ennemi c'est le bouddhisme. Et pour bien le souligner il est écrit que Naraka commet son forfait au moyen d'un char fleuri qu'il a rapporté de … Lanka. C'est-à-dire d'une île où ''fleuri'' le … bouddhisme grâce au fils d'Asoka, l'empereur qui s'est converti au bouddhisme.

 

Le Lanka restera pendant longtemps la référence et le lieu de ressourcement des bouddhistes. D'ailleurs aujourd'hui l'île porte le nom de ''Sri'' Lanka, c'est-à-dire ''glorieuse et prospère'' Lanka, mais ''glorieuse et prospère'' par rapport au bouddhisme, dont elle a été la garante et la protectrice de la doctrine pendant de nombreux siècles !...

 

 

Le … ''Naraka'' donc, a des échanges avec les bouddhistes de Lanka ; une île où il peut se rendre par voies fluviales sans avoir à traverser l'Inde.

 

Pour cela il lui suffit de descendre le cours du Prāgjyotisha (*) qui débouche dans le golfe du Bengale, et ensuite de se diriger vers l'île en question, par la mer.

 

Pour avoir des relations et se commettre avec l'abject et l'impur Lanka, Naraka ne peut être que bouddhiste lui-même, et haut dignitaire puisque la légende précise qu'il est ''roi'' de Prāgjyotisha. (*)

 

 

(*) Le mot de Prāgjyotisha ou Prāgujotishpur désignait tout à la fois une ville, un fleuve et par voie de conséquence, une vallée constituée de collines, dont l'une d'entre elles porte encore aujourd'hui le nom de ''Naraka''.

 

Prāgiyotisha signifierait ''lumière de l'orient''. Faut-il y voir une allusion au Bouddha qui est né dans l'est de l'Inde c'est-à-dire du côté de l'orient ?...

 

Prāgjyotisha était aussi le nom du fleuve qui arrosait la ville. Un cours d'eau au débit très irrégulier mais navigable. Il s'appelle maintenant, en territoire indien soit sur environ 700 kilomètres, le ''Brahmapoutre'', un nom qui signifierait, ''fils de Brahma'' !....

 

Pas mal non ?...

 

Le fleuve qui était autrefois à la solde des bouddhistes est maintenant au service des hindouistes … comme son nom l'indique !...

 

Au Bangladesh ce fleuve prend le nom de Yamunā et forme un delta avec le Gange avant de se jeter dans le golfe du Bengale. (Yami, la sœur de Yama, le dieu de la mort, en tombant sur terre est devenue la … Yamunā. Nous ne sortons pas des enfers !...).

 

De nos jours cette région légendaire du Prāgjyotisha fait partie de l'Assam. Un état indien situé tout à fait à l'extrême est de l'Inde, près du Bangladesh avec lequel il partage une de ses frontières.

 

La capitale en est Dipur, une ville située dans la banlieue de la mégapole de Guwahati, ex Gauhati et qui serait … peut-être …. Prāgjyotisha ?!...

 

Cet état, y compris le Bihâr et le Bengale, constituèrent de 750 à 1070 le royaume de la dynastie des Pāla ou … Bhauma, (retenez bien ce nom) des rois bouddhistes dont l'un d'eux, Devapāla fut très, mais très sectaire !...

 

Les Pāla furent chassés de leurs terres en 1070 par le roi Hemantasena, qui instaura la dynastie des Sena ; des rois hindouistes qui régnèrent sur cette région de 1070 à 1230.

 

Avec l'arrivée des Sena l'hindouisme va ''absorber'' le bouddhisme. C'est à cette époque que Bouddha devient le 9ème avatar.

 

Selon certaines sources, les Sena pourraient être des Brahmanes du Deccan originaires de l'Orissa, un autre état indien de la côte est. Ce serait eux aussi qui auraient restauré la suprématie des castes supérieures et ''téléguidé'' ou ''manipulé'' la réaction contre le bouddhisme !... donc… la revivification du culte de Krishna comme au Ve et au VIe siècle ?!...

 

Les événements qui précédent, ceux de 750 à 1230, correspondent tout à fait à la légende ; hormis le culte de Krishna qui aurait quatre siècles de retard. Alors ou l'histoire s'est répétée ou bien la légende s'est nourrie et enrichie au travers de tous les siècles, y compris au-delà du XIe ?!...

 

 

A noter pour terminer que l'Assam est tout près du nord-ouest de la Birmanie. Un pays où végétait depuis 849 le petit village de … Pagan, qui à partir de 1057 va exploser, voir ses alentours se couvrir de milliers de temples … bouddhistes en donnant naissance à l'art de Pagan. Un art qui soit dit en passant est inspiré de l'art … Pāla-Sena !...

 

Des moines Bouddhistes de l'Assam refusant ''l'absorption'' des hindouistes seraient-ils allés se réfugier à Pagan ?... et n'y aurait-il pas eu parmi eux … Naraka ?...  Sait-on jamais ?!...

 

L'histoire des hommes n'en serait pas à la première surprise de ce genre.

 

 

 

Comme les rois d'alors, Naraka met à la disposition des religieux ou religieuses les lieux nécessaires à leur hébergement et à leurs rassemblements. Et comme il est bouddhiste ce sont des moniales bouddhistes ou bhikkhunis qu'il fait héberger. (*)

 

 

(*) C'est Bouddha lui-même, à la demande d'Ananda son disciple préféré, et contre l'avis d'un grand nombre de ses coreligionnaires, qui a permis aux femmes de se constituer en ordre et d'embrasser l'austère vie monastique.

 

De ce fait, le bouddhisme a été la toute première religion à avoir un ordre religieux féminin. D'après les recherches du docteur japonais Hajime Nakamura, (1911-1999) un grand spécialiste de l'Inde védique et du bouddhisme indien, cet ordre aurait été créé cinq ans après l'éveil de Bouddha ?!   

 

 

 

Les textes précisent qu'elles ne sont pas logées à Prāgjyotisha, mais à ''Māniparwata'' ou ''Māniparvata'' un nom qui se traduirait par ''montagne de pierres précieuses''.

 

Sont-ce les pierres de la montagne qui sont précieuses ou les seize mille cent vierges qui sont considérées chacune comme une pierre précieuse ?...

 

Bref, autrement dit il y a un … couvent … ou quelque chose d'approchant sur une autre colline qui porte le nom de ''Māniparvata''.

 

Lorsque Krishna a tué Naraka, pour ''délivrer'' ces vierges Garuda, la monture céleste de Vishnu (Krishna), doit reprendre son vol pour le conduire à Maniparvata. Et c'est à Maniparvata que Krishna découvre des femmes avec … ''… leurs cheveux relevés et réunis en une seule touffe, (*) vêtues de robes rouges, (**) saintement recueillies, affaiblies par la pénitence et le jeûne …''. Page 527 de l'Harivamsa.

 

 

(*) Alexandre Langlois, le traducteur, signale que ce type de coiffure porte le nom de ''védi''. Je n'ai rien trouvé sur le ''védi'' !.... Mais il doit vraisemblablement s'agir d'une manière particulière d'arranger les cheveux en forme de chignon.

La ''mode'' de l'époque, dont témoigne la statuaire bouddhique et brahmanique, est celle de l'ushnisha ; une espèce de gros chignon en haut du crâne.  Peut-être que le ''védi '' et le … ''ushnisha'' sont synonymes ?.... Si quelqu'un peut m'en dire plus !...  

 

(**) Alexandre Langlois précise que ces robes rouges sont appelées ''cāchāya'' un mot sanscrit qui s'écrit aussi ''kāsāya'' et qui signifierait de couleur cassée (*) ou de couleur ocre. Nous disons aujourd'hui de couleur safran.

(*) Pour se vêtir, les premiers disciples du Bouddha récupéraient les hardes des morts, autrement dit des tissus délavés, à la couleur passée donc … cassée.

 

Le ''kāsāya'' ou ''kesa'' est donc le vêtement ou la ''robe'' des moines et des moniales bouddhistes (Bhikkhunis) qui fut imposé par Bouddha lui-même et paraît-il à la demande du roi Pasenadi du Kosala, l'un des quatre plus grands royaumes du nord de l'époque, afin de différencier les disciples bouddhistes de ceux des autres sectes et vraisemblablement des … pique-assiettes d'alors.

 

Non seulement le bouddhisme rendait tous les hommes égaux en rejetant le système des castes, mais en plus, il mettait aussi sur un pied d'égalité les hommes et les femmes. (*) Car il abolissait la suprématie masculine mise en place par … les brahmanes.

 

Le bouddhisme mettait bien à mal l'ordre cosmique des brahmanes, c'était alors le moins qu'on pût dire !... quand on était hindouiste !...

 

(*) Cela … avec 2.500 ans d'avance sur notre époque !... Cependant par la suite des textes bouddhistes spécifieront que les femmes ne sont pas en mesure d'atteindre la bouddhéité, c'est-à-dire l'état de Bouddha. Il y a des limites à tout … quand même !... Mais quand même !...

 

 

 

Dans sa traduction du ''Prem Sagar'', Pierre-Eugène Lamairesse précise : ''C'est le seul exemple dans les livres brahmaniques de vierges tenues renfermées. J'en conclue que Naraka était un prince Bouddhique qui avait institué des couvents de femmes.''

 

 

On ne peut pas être plus claire.

 

Le comique de la situation, c'est que le ou les auteurs de ces textes tiennent des propos contradictoires, dont je ne citerai qu'un seul.

 

Ainsi d'un côté ils écrivent, que ces vierges ont été enlevées contre leur gré et incorporées manu militari dans le harem de Naraka pour devenir ses épouses, et de l'autre, qu'à l'arrivée de Krishna elles se tenaient … saintement recueillies, affaiblies par la pénitence et le jeûne …'' de drôles d'attitudes pour des prisonnières !...

 

Pour enfoncer encore un peu plus le clou, j'ajouterai qu'aucune bhikkhuni ne restait dans l'ordre contre sa volonté et … qu'elles pouvaient aller et venir librement dans le monde extérieur, c'est-à-dire à la manière des bonzes et des bonzesses d'aujourd'hui.

 

 

        

 

 

A gauche : Krishna affronte les armées de Naraka.

Krishna est tout à fait à gauche en bleu. Il a à son côté la déesse Satyabhama son épousée du moment représentant elle aussi la terre.

En haut et à droite, en blanc, dans son palais et avec à son côté l'une des 16.100 vierges, l'impur … Naraka.

 

Cette œuvre est originaire de la région de Delhi et date de 1520-30. C'est une encre et aquarelle extraite du Bhāgavata Purana et exposée au Métropolitan Muséum de New-York.

   

Au centre : Vishnu (Krishna) sur sa monture ou vāhana Garuda.

 

A droite : Un Bouddha du Gandhāra, un art gréco-bouddhique des IIe et IVe siècles, portant un chignon ou ushnisha ?... ou peut-être un védi ?...  

 

 

 

 

Pour en terminer avec l'appartenance de Naraka au bouddhisme, je préciserai que j'ai fait très attention à ne pas mélanger les événements des Ve et VIe siècles avec ceux des VIIe et XIe siècles. Car l'histoire étant ce qu'elle, un éternellement recommencement, on pourrait le croire.

 

À mon avis ce souci n'a pas été celui des brahmanes qui ont écrit la vie de Krishna, bien au contraire. J'ai même comme l'impression qu'ils ont pris un malin plaisir à chambouler l'ordre chronologique et à jouer avec les noms.

 

 

Lorsque Anthony Troyer, écrit que ''Les auteurs hindous se plaisent à employer les jeux de mots à double sens. '', (**) je pense qu'il a tout à fait raison.

 

Ainsi, par exemple, dans le ''Rādjataranginī'' qui traite de Krishna au IXe siècle (***) Naraka est appelé à plusieurs reprises Bāuma c'est-à-dire ''fils de la terre'', (****) or Bāuma est aussi le nom d'une dynastie de rois … bouddhistes, celle des …Pāla !...

 

La dynastie des Pāla ou des Bhauma ou Bāuma régna du VIIIe au XIe siècle (750 à 1070) et l'un de ses rois, Devapāla (vers 810-850) fut très, mais très sectaire et un conquérant de terres … hindouistes !...

 

 

 

(*) Antony Troyer a traduit le ''Rādjataranginī'' ou ''Histoire des rois du Kachmir''. Une œuvre qui a été écrite dans le milieu du XIIe siècle par le brahmane Kalhana et dont le sujet est dans le titre.

Antony Troyer en a fait six volumes. Le deuxième d'entre eux traite de Krishna au IXè siècle et de ses démêlés avec un certain … Naraka qui pourrait être le fameux Devapala ou peut-être la dynastie entière, qui sait ?!...

 

(**) Extrait des commentaires de la Sloka 92 de son 1er volume.

 

(***) Volume 2, sloka 150, page 422.

 

(****) Concernant la dynastie des Pala ou Bāuma : Le terme ''pāla'' a été rajouté, comme un suffixe, à tous les noms des rois de cette dynastie, d'où ses deux noms, la dynastie des pāla ou la dynastie des Bāuma.

 

Pāla veut dire protecteur, pâtre et roi ; tandis que le mot Bāuma  est beaucoup plus … terre à terre … puisqu'il signifie  … fils de la terre.

Les rois de cette dynastie auraient-ils été de naissance … impur ?...

 

Krishna a passé sa jeunesse parmi des éleveurs et des vachères, les gopis ou gopikas, et non avec des agriculteurs de naissance moins noble. C'était le nombre des têtes d'animaux qui déterminait la richesse et non la surface des terres cultivées.

 

 

 

 

Il y aurait encore beaucoup à écrire sur Naraka. Alors pour terminer je ne disserterai que sur les boucles d'oreilles d'Aditi. Un vol qui peut paraître dérisoire et ridicule si ce n'est que sa symbolique est d'importance.

 

Ces pendentifs sont le sésame qui ouvre, ou qui ferme l'accès aux voies auditives. En s'en emparant Naraka a comme volé les clefs qui donnent accès à la ''science suprême'', car c'est ce que signifie le mot véda … ''science suprême '' !...

 

Par ailleurs pour que les dieux exaucent les prières des hommes et interviennent dans leur vie quotidienne, concept mis en place par le brahmanisme, il est nécessaire que ces demandes soient entendues.

 

Donc, c'est par le biais de leurs oreilles que les brahmanes acquièrent la connaissance et le savoir, entendent le contenu de leurs livres sacrés et les prières de leurs ''ouailles''.

 

Encore maintenant ils se ''lavent'' les oreilles avant d'écouter les textes du véda, et l'individu qui acquiert ou qui récite sans autorisation le véda est coupable de vol et voué aux enfers.

 

Un Soudra (Individu appartenant à la dernière caste) prit à lire ou a entendre, même par inadvertance, les védas était condamné à se voir verser de l'huile bouillante dans les oreilles !....

 

 

Le védisme a d'abord été de tradition orale. Ses textes étaient transmis de bouche à oreilles. C'est pourquoi la parole et l'ouïe étaient d'une grande importance, que les mots et leur(s) son(s) devaient être bien prononcés afin d'être correctement entendus.

 

C'est donc bel et bien un crime, passible des peines les plus lourdes, qu'a commis l'impur Naraka.

 

Donc les ''petites breloques'' d'Aditi, comme a écrit un traducteur ne comprenant pas ce qu'elles venaient faire dans l'histoire, sont d'une valeur … inestimable. 

 

 

 

L'histoire de Naraka, dont Krishna sort couvert et auréolé de gloire, ne méritait-elle pas ces quelques lignes ?....

 

Surtout que le lecteur ne s'imagine pas que je suis un tantinet bouddhiste. Car je ne suis pas plus d'un côté que de l'autre. J'ai seulement pris le parti du perdant.

 

Ce qui signifie que dans d'autres chroniques, que vous serez peut-être amenées à lire et où le bouddhisme ''triomphera'', j'aurai pris le contre pied, non pour attaquer le bouddhisme, mais parce qu'un ''perdant'' peut avoir tout autant raison qu'un ''gagnant'' et que son point de vue est tout aussi intéressant à connaître, sinon plus, que celui du vainqueur, puisqu'il n'est plus là pour se défendre.

 

 

Dipavali est donc plus que la victoire du bien sur le mal puisqu'il est la victoire de l'hindouisme sur le bouddhisme, en fait … du bien sur le mal … non ?!....

 

 

      

 

 

La déesse de la terre Bhumi, la mère de Naraka, restituant les objets volés par son fils à Krishna.

 

A gauche : un gros plan sur Krishna.

Au centre : l'œuvre en plan général.

A droite : Un gros plan sur le nouveau roi de Prāgjyotisha. 

 

Commentaire par rapport à l'œuvre en général :

 

Krishna est tout à fait à gauche en bleu. Il a à son côté la déesse Satyabhama son épousée du moment, représentant elle aussi la terre.

 

En haut et à droite, en blanc, dans le palais de Naraka, son fils Dattabhaga avec à son côté sa mère (Nous dirions sa grand-mère, mais en Inde rien n'est simple.) Bhumi et, sur la gauche, vraisemblablement l'une des 16.100 vierges, de l'impur … Naraka qui avait privé ou interdit, aux hindouistes d'entendre et d'étendre leur doctrine.

 

Remarques : Non seulement la déesse Bhumi restitue les objets volés, mais elle va laver les pieds du vainqueur et boire l'eau de ce bain considérée comme purificatrice.

 

Il était d'usage en orient que les proches d'un vaincu rendissent hommage au vainqueur et en acceptassent les faveurs. Dans le cas présent, Krishna a nommé comme nouveau roi de Prāgjyotisha … Dattabhaga … le propre fils de Naraka. Une faveur et un honneur qu'il a acceptés comme n'importe qui d'autre en Inde l'aurait fait.

 

Cette œuvre, malgré quelques petites différences de datation semble appartenir au même livre  que la gravure précédente. Elle est aussi originaire de la région de Delhi et daterait elle, de 1525-40. C'est une encre et aquarelle extraite du Bhāgavata Purana, appartenant à la collection ''Bellak'' du Philadelphia Muséum of Art.

 




15/01/2011
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