MerveilleuseChiang-Mai

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MORINDIER (Le)


Note préliminaire : Alors que j'envisageais une chronique sur le morindier en tant qu'arbre, je me suis rendu compte qu'il y avait plus à écrire sur le fruit que sur la plante ; et que le morindier ou nono avait un bel avenir devant lui !...

 

 

MORINDIER (Le) - NONO  (Le) - POMME-CHIEN (La) ou encore MORINDE (La) … entre autres noms !...

Au Lanna : Ma-ta-Sua – มะตาเสือ Le fruit ''Œil de tigre''

ou encore louk-Yo – ลูกยอ ou plus simplement …yo - ยอ.

À Bangkok : Yo-ban - ยอบาน

 

  

 

Le morindier est un fruit produit par l'arbre du même nom, le morindier ou, de son nom savant, le morinda citrifolia Linné.

 

A Chiang-Maï l'arbre s'appelle ''tone-yo'', littéralement ''l'arbre à yo''. (ต้นยอ)

 

Entre autres noms, le morindier est aussi connu sous ceux de, mûrier indien, grand murier, mûrier de plage, mûrier tortue, Malaï ou Malay, (Réunion)  bois ou feuille de tortue, (Maurice) etc… etc…les noms ne manquent pas.

 

 

Le morinda citrifolia Lin appartient à la grande famille des rubiaceae (*) qui compte plus de 5.000 espèces, pas moins de 400 genres, dont l'un répertorie quatre-vingts types de morindiers, dont cinq pour l'Afrique. (**)

 

(*) La famille des rubiaceae comptent de nombreuses plantes aux vertus médicinales et tinctoriales. Ce n'est donc par hasard si le nom de cette famille vient du latin ''ruber'' qui signifie rouge.

Deux des nombreuses particularités des plantes de cette famille sont d'avoir des fleurs à la corolle monopétale, et des feuilles opposées, ou verticillées, c'est-à-dire disposés autour d'un axe commun et sur un même plan.

(**) Morinda bracleafa, (Congo) - morinda brongniarti, morinda doundahé, (Afr.) - morinda geminata DC, (Cote d'ivoire) - morinda morindoides (Bak), (Afr.) - morinda longiflora G., (Afr.) - morinda lucida Benth, (Afr.) - morinda roioc - morinda tinctoria roxb. - morinda umbellata,  etc… etc…il y en a près de quatre-vingts.

 

Le morinda citrifolia Lin est un arbre endémique de l'inde et du sud-est Asiatique.

 

Voilà plus de 2.000 ans, avec le concours des hommes et aussi peut-être grâce aux courants marins et à ses graines, qui ont la particularité de flotter et de pouvoir voyager à l'abri d'un certain nombre de dangers comme dans une ''cabine'', le morindier des Indes et de l'Asie du sud-est s'est répandu dans toute l'Océanie, à savoir les philippines, les îles Polynésiennes et le nord de l'Australie.

 

Beaucoup plus tard il a poursuivi sa migration dans l'île Maurice et jusqu'en Amérique centrale, où il s'est implanté dans les zones tropicales vers 1782. Puis à la fin du siècle dernier il a été importé à Hawaï pour y être cultivé à grande échelle afin de produire une boisson.

 

Dans chacune des régions où il s'est adapté, le morindier a développé certaines spécificités. C'est pourquoi il y a maintenant environ quatre-vingts espèces de morindiers, dont le morinda citrifolia Lin.

 

                        

 

Au Lanna c'est un arbrisseau à la tige faible et pliante, familier des cours. On en voit souvent le long des murs ou dans des haies délimitant les propriétés. Il mesure entre trois et six mètres, mais il peut atteindre jusqu'à 15 mètres de hauteur.

 

Ses fleurs, serrées les unes contre les autres, forment des glomérules. Elles sont hermaphrodites, apparaissent à même le fruit, et donnent naissance à une masse charnue qui ressemble à une grenade de combat.

 

 


Le morindier fructifie un an après sa plantation. A partir de deux ans, ou il est vraiment mature, il peut donner à longueur d'année et sans discontinuer jusqu'à huit kilos de fruits tous les mois. A Ayutthaya, où il est cultivé, sa production mensuelle est de 3.500 kilos à l'hectare.

 

 

Le fruit du morindier, le morindier, le nono à Tahiti, le pancoro aux philippines, et le cada ou calava en Inde, ressemble aussi à une petite carapace de tortue dont la longueur varie entre quatre et sept centimètres de long.

 

                   

         

 

             Photos venant du site :

                http://www.mi-aime-a-ou.com/noni_nono_malaye.php

 

Il s'agit d'un fruit formé de plusieurs baies que les botanistes appellent syncarpe. D'abord vert, il devient ensuite jaune, et puis à maturité blanchâtre. Durant sa formation il exsude un suc blanchâtre astringent.

 

C'est un fruit comestible, pulpeux, aromatique, amer et astringent. C'est-à-dire qui assèche et resserre les tissus.

 

Le morindier à la particularité de mûrir en quelques heures. Et quand il est mûr, il dégage une odeur de fromage rance ou de vomi d'enfant disent les gens du Lanna.

 

Ce n'est pas un fruit de consommation courante. Et alors qu'il est fréquent d'en voir le long des rues, accrochés à leur arbre, il est introuvable sur les marchés de Chiang-Maï.

 

 

 

En Polynésie, où il semble avoir une importance beaucoup plus grande qu'à Chiang-Maï, il aurait été un fruit miracle lors des périodes de disette. C'est sans doute pourquoi il est le héros de nombreux contes locaux.

 

Les Tahitiens le mangeaient donc. Cependant, pour lui ôter son goût d'amertume, racontaient les premiers occidentaux qui débarquèrent en ces îles, les indigènes le laissaient tremper dans de l'eau durant quelques jours.

 

En Inde le morindier sert à la préparation de certains currys.

 

 

Les graines du morindier de par leur forme et leur couleur rappellent celles des pignons ou pignes de pin.

 

    

 

Jusqu'en 1990 le morinda citrifolia Lin était plus apprécié pour ses propriétés tinctoriales et pharmaceutiques, que pour ses qualités gastronomiques ou alimentaires.

 

 

Au sujet des propriétés tinctoriales du morindier :

 

De la souche ou des racines du morindier il est extrait des teintures qui vont du jaune au rouge. La couleur jaune se développe dans des bains acides et la couleur rouge dans des bains basiques avec des alcalis comme la soude, l'ammoniaque, ou encore la potasse. (*)

 

Dans le sud de la Chine et en Asie du sud-est on faisait avec l'écorce de cet arbre de l'encre.

 

(*) Son écorce contient un glucoside, la morindine, isolée par l'écossais Anderson, qui donne avec l'acide sulfurique une couleur pourpre violacée.

 

 

 

Au sujet de la pharmacopée du morindier :

 

En Afrique ses feuilles, et ses ramilles, sont vendues sur les marchés comme remèdes, et plus particulièrement comme tonique pour les jeunes enfants.

 

En Polynésie, ses feuilles, utilisées en cataplasmes, soulageraient des abcès, des ulcères, des inflammations, des brûlures et des piqûres. (*) Elles hâteraient la cicatrisation des plaies et des blessures. Trempées dans de l'eau elles feraient un excellent shampoing anti-poux.

Mises en bouquet, et agitées dans un lieu chargé de maléfices, elles chasseraient les mauvais esprits ?!...

 

(*) Il y a en Polynésie un poisson vénéneux dont les piqûres peuvent être mortelles. Il s'agit du nohu, ou synancea brachio Lacépède, ou plus simplement encore … poisson pierre.

A Tahiti, dans les endroits où le nohu abonde, tout bon pêcheur, ou pêcheur avisé ( ?...) a planté un morindier, ou nono, tout près de chez lui !...

 

Son fruit cuit sous la cendre serait un excellent vermifuge et emménagogue, c'est-à-dire aidant au bon écoulement des menstrues. Il ferait aussi baisser la fièvre et serait très efficace dans les cas de dysenterie.

 

 

A Tahiti toutes les propriétés salvatrices du morindier, ou du nono, n'ont pas été sans attirer l'attention d'un certain Gilbert Cuzent, (1820-1???) alors pharmacien de 2è classe de la marine impériale en poste à Papeete de novembre 1854 à mai 1858.

 

Cet homme, comme tous les pharmaciens de la marine impériale d'alors, avait pour mission de s'intéresser aux végétaux locaux susceptibles d'aider au développement de la colonie et d'améliorer le sort des indigènes.

 

C'est lui, et quelques autres de ses collègues, qui au sujet du nono (*) rapportèrent ce qui précède tant dans leurs livres que dans leurs écrits annexes.

 

 

Pour la petite histoire … coquine !...

 

(*) Outre ce qui vient d'être dit, il faut savoir que pour un jeune Polynésien d'alors, il n'était pas désagréable de recevoir un nono sur le corps ; surtout lorsqu'il se baignait seul et qu'il devait rêver à une âme sœur !...

 

Car à l'initiative du jet il y avait souvent une demoiselle qui s'ennuyait et qui avait besoin de la compagnie d'un jeune et beau garçon pour être comblé sentimentalement et … un peu plus si affinité.

 

Comme il y avait toujours affinité le petit plus allait de soi !...

 

Alors le garçon ne se faisait jamais prier pour aller rejoindre la coquine. Mais la seconde, tant pour la forme que pour le jeu, et peut-être aussi pour conduire son amant dans un endroit loin des regards indiscrets, commençait toujours par vouloir lui échapper.

 

Mais les choses sérieuses étant ce qu'elles sont, moins il était perdu de temps à batifoler dans la nature, et plus il en restait pour effeuiller la fleur du moment, ou … cabrioler de mille et une manières !...

 

 

Hélas … pour le jeune et beau galant, il se trouvait parfois que la ''lanceuse du nono'' pouvait être une vieille cheffesse !...

 

Dans ce cas, le jeune homme était un peu moins rapide pour aller se divertir avec la lanceuse, car bien souvent il savait qui elle était.

 

Le jet de nono dont il avait été la … victime ressemblait alors plus à un commandement qu'à une invitation galante !...

 

Mais la corvée était compensée par l'honneur d'être le favori d'une personne d'un rang élevé !

 

Comme partout, même en Polynésie, on ne peut tout avoir, à savoir le beurre, l'argent du beurre et le sourire de la fermière !...

 

 

 

Puis faisant suite aux travaux de Gilbert-Henri Cuzent, des chercheurs américains dont Ralph Heinicke découvrirent que la xéronine, (*) qui joue un rôle important dans la croissance et le bon fonctionnement des cellules humaines, se trouve en quantité dans le morindier ou nono.

 

(*) La xéronine serait un alcaloïde avec effet antioxydant qui se formerait dans l'intestin à la suite d'une réaction chimique entre la proxéronine et la proxéronase.

 

 

Alors vont naître différentes préparations sous forme de gélules, crèmes et jus à base de morindier, dont la finalité est de redonner une nouvelle jeunesse à tout un chacun. Car toutes ces fabrications se présentent comme des produits miracles.

 

L'Union Européenne qui n'avait pas été vraiment convaincue par les effets miracles de ces productions vient cependant d'autoriser, en date du 21 avril 2010, que soit mise sur le marché de la purée de morindier.

 

Cette purée sert à la fabrication de divers concentrés, de bonbons, barres de céréales, crèmes glacées et sorbets, brioches et gâteaux, et … jus, dont le fameux … noni.

 

Le jus du morindier, le fruit, est vendu en Thaïlande. Et la culture du nono, pardon du morindier, a maintenant de beaux jours devant elle, si tout ce que racontent les différentes publicités s'avèrent exactes.

 

Sachez cependant que l'une d'entre elles précise :

'' …les consommateurs aiment le noni (jus de nono) pour ses apports, plus que pour son goût … Voilà pourquoi sur les marchés asiatiques on peut trouver du noni mélangé avec du raisin et de l'huile d'olive pour tempérer le goût plutôt âcre du fruit...''

 

Le noni serait-il l'huile de foie de morue des temps à venir ?... l'avenir nous le dira !...

 

 

 

Merci à la bibliothèque nationale et à son service en ligne Gallica pour tous ces renseignements ; et plus particulièrement à Messieurs Gilbert-Henri Cuzent, déjà cité, et Henri Baillon (1827-1895) pour son histoire des plantes parue entre 1867 et 1895 chez L. Hachette - Paris.

 

 




28/05/2010
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