MerveilleuseChiang-Mai

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WAT PHRA THAT DOI KHAM (Le) (วัด พระธาตุดอยคำ)



           Wat Phra That Doi Kham (วัด พระธาตุดอยคำ)

 

 



                          Le Wat Phra That Doi Kham (วัด พระธาตุดอยคำ)

                        (Le Wat du Chédi du mont d’or – ou de la colline d’or)

                                  Ex Wat Suwanbanpot (วัดสุวรรณบรรพต)

                                  Le Wat Suwan (Or) Banpot (Montagne).

                                    Soit … le Wat de la montagne d’or

 

Le Wat Phra That Doï Kham est ouvert de : 6 heures à 17/18 heures

Adresse : 3 (หมู่) mou, Tambon Muang Mae Hiae 

Amphoe Muang Chiang-Mai 50100.

Téléphone : 053 – 248.604 & 053 – 248.607

 

Intérêt : ♥♥♥♥♥

 

 

Pour vous y rendre par vos propres moyens : Depuis Chiang-Mai ‘’porte Chiang-Maï‘’, prendre la route 108 en direction de Hang Dong. Au carrefour entre la 108 et la 3044 tournez sur votre droite. Cette route conduit au parc Ratchaphruek. Au rond-point du parc, prendre sur la droite la direction ‘’Wat Doï Kham‘’. Avant de prendre la route en lacet, au pied du mont, arrêtez-vous au sanctuaire de Pu Sae et Ya Sae, les deux ‘’ogres‘’ qui naguère auraient terrorisé la région.

 

Avertissement : Une chronique ne s’écrit pas toujours d’une seule traite. Beaucoup attendent dans les tiroirs de mon ordinateur faute de confirmations ou d’informations.

Celle-ci attendait depuis plus d’un an, faute d’avoir un renseignement précis. L’ayant obtenu, je suis retourné au Wat Doï Kham pour contrôler l’ensemble de mes écrits, et …  j’ai découvert un Wat en pleine transformation ?!...

 

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Photo 1 : Vue en gros plan de l’ensemble du Wat Doï Kham après 2017. (Photo provenant du site : https://mychiangmaitravel.com/wat-phra-that-doi-kham/

Photo 2 : Vue générale du Wat Doï Kham tel qu’il se présente aujourd’hui depuis la route qui conduit au parc royal de Ratchaphruek. (Photo du 13.11.2017)

Photo 3 :  Vue en gros plan de l’ensemble du Wat Doï Kham avant 2017.

(J’ai trouvé cette photo du temple Doï Kham en de nombreux blogs thaïs, alors il m’est difficile d’en attribuer la paternité à l’un d’eux plutôt qu’à un autre.)

 

En 2007 le Wat était encore un lieu charmant et quelque peu désuet où la pratique religieuse et les rites auspicieux faisaient … ‘’bon ménage‘’ ; les touristes se comptaient encore sur les doigts de la main.

 

En sept ans il a pratiquement perdu son âme, et ce qui faisait sa personnalité. Les touristes s’y bousculent et ont attiré les marchands du temple, à moins que ce fût le contraire.

 

Bref ce temple, comme beaucoup d’autres aujourd’hui, n’a pas résisté aux attraits du baht et autres maux de la vie moderne. Il est devenu un lieu touristique ou les ventes et les rites auspicieux se sont substitués aux pratiques religieuses bouddhiques vraies.

 

Avertissement : Pour permettre au lecteur de suivre au mieux cette chronique les toponymes seront donnés dans leur version actuelle mais … seront suivis de leurs anciens noms pour les érudits ; exemple : Lamphun (Haribhunjaya ou Hariphunchai - หริภุญชัย). Il faut savoir que certains lieux peuvent avoir jusqu’à 120 noms, comme c’est le cas de Chiang-Mai ?!...

 

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Photo 1 : Au pied du Doï Kham, l’édifice indicateur. (Photo du 08.03.2016)

Photo 2 : Le plan général du Wat Phra That Doï Kham. En rouge (n°3) l’Ubosot ou Ubosatha (พระอุโบสถ) moderne, puis la statue de 18 mètres d’un bouddha assis (n°4). Entre ce Bouddha et l’entrée de l’ancien monastère diverses boutiques sur la droite (n°6) et sur la gauche de nombreux sanctuaires (n°5). Le monastère d’origine (n°7) se poursuit par une terrasse où un bouddha debout a été construit (n°8).

Photo 3 : Le révérend Phra Kruba Pin (ครูบาพิณ), supérieur du Wat depuis 1984. Sous ce nom et depuis 1981 sous celui de Phrakru Soonthornjetiyarak (พระครูสุนทรเจติยารักษ์) (Photo du 07.12.2015)

 

 

La Signification du nom ‘’Doï Kham‘’ : D’après les ‘’on-dit‘’ et surtout ce que racontent les blogueurs thaïlandais, cette colline tirerait son nom du fait qu’à une certaine époque les eaux de la rivière s’écoulant de son flanc serait devenue ‘’miraculeusement‘’ … aurifère ?!... (Nous reviendrons, plus loin, sur ce phénomène.).

 

Ce Wat a deux noms : le Wat Suwanbanpot (วัดสุวรรณบรรพต) issu de la langue siamoise et le Wat Phra That Doï Kham (วัด พระธาตุดอยคำ) issu de la langue du nord le Kham Muang (คำเมือง) la langue de la cité, c’est-à-dire, plus précisément, le Tham ou Kham ou encore le Yuan, mais écrit avec l’alphabet Siamois ?!...

 

C’est évidemment le nom en langue du ‘’pays‘’ la langue du Muang (เมือง) qui l’a emportée auprès des ‘’Kon’s‘’ Chiang-Mai c’est-à-dire les Habitants de Chiang-Mai et … du Lanna !...

 

Mythes et légendes :

 

L’édification du tout premier sanctuaire du Doï Kham remonterait à l’arrivée des môns de Lopburi ; c’est-à-dire lors du VIIe ou VIIIe siècle lorsque Chamadhevi (จามเทวี) devenait la reine de Lamphun (Haribhunjaya ou Hariphunchai - หริภุญชัย) fondé vers 650 pour les uns et 750 pour les autres ?!....

 

Les récits qui se rapportent à cette page d’histoire locale, celle du futur Lanna (Biṅgapura - Biṅgaraṭṭha), sont divers et variés, et mêlent allègrement mythes et légendes. Cette épopée, qui n’est pas sans être influencée par la religion brahmanique, voire védique, pourraient être décomposée en trois épisodes : 1/ la venue de Bouddha au Lanna (Buddhabyákarana) (1), 2/ la légende des cinq ermites et 3/ la prédominance de Lamphun, le grand royaume môn de la région.

 

Avant l’arrivée des môns le Lanna était peuplé de Luas ou Lawas, qui auraient été des coupeurs de têtes, voire des cannibales pour certains d’entre eux, tout comme leurs voisins, les Was du nord de la Birmanie en pays Shan et les Nagas (2) du nord-est de l’Inde (Régions de Manipur, Assam et Arunachal-Pradesh).

 

D’après les légendes, Bouddha depuis Bénarès (Vārānasī), du fait de ses multiples dons se serait transporté par la voie des airs jusqu’au Lanna d’aujourd’hui pour sanctifier des lieux où s’élèveront, quelques 1.008 ans plus tard, (3) des temples à la gloire de son enseignement, le dharma. C’est alors l’occasion pour lui de laisser quelques indices, comme des empreintes de son pied ou quelques reliques comme quelques cheveux, qui témoigneront en temps opportun et … opportunément … de sa venue au Lanna.

 

La légende :

 

En se rendant au Doï Kham Bouddha va croiser une famille de cannibales d’ethnie Lua se composant du père Pu Sae, de la mère Ya Sae et du fils Sudeva Rikshi (สุเทวฤาษี).  (4) Cette famille avait fait du Doï Kham leur lieu de résidence.

 

Ces … ‘’braves gens‘’, à la vue de Bouddha, n’ont qu’une envie, satisfaire leur fringale de chair humaine avec le saint homme, rien de plus. Bouddha, souvent appelé le ‘’prescient‘’ … le pressentant et confiant se dirige vers eux pour les convaincre d’abandonner cette pratique.

Le fils acceptera d’emblée, mais les parents seront plus difficiles à convaincre, comme nous allons le voir. 

 

(1) Nom donné par Georges Cœdès dans sa traduction de la Jinakālamālī pour titrer cet épisode.

(2) Les Nagas du Nagaland, un petit royaume au nord-est de l’Inde, ont pour emblème un … buffle ?... Nous verrons plus loin pourquoi je souligne ce détail.

(3) 18 – 108 – 1008 et les nombres constitués de 1 et de 8, sont des Chiffres d’exception en Asie du Sud-est et en Inde. Cependant, si les môns ont introduit le bouddhisme au Lanna vers 650 ou 750 du calendrier grégorien, (*) le nombre d’années est à reconsidérer. En effet, il y a entre le calendrier bouddhique et grégorien une différence de 543 ans qu’il suffit de rajouter à 650 ou 750 pour avoir le nombre d’années approximatif entre le ‘’décès‘’ du bouddha et la période ou vont s’élever les Wats, c’est-à-dire en arrondissant : 1.190 ou 1.290 ans ?!...  et non 1.008, à moins que ce chiffre se rapporte au règne de Mengraï (1296-1317) le premier roi d’un Lanna en devenir ?!...

(Si bouddha est venu au Lanna vers 40 ans, il y aurait même une quarantaine d’années à rajouter. Car entre les 40 ans de Bouddha et son extinction, 40 ans se sont écoulés étant donné que Bouddha aurait quitté notre monde à l’âge de … 80 ans – encore un huit et un zéro).

(*) Il y a des textes qui donnent 663 comme avènement de la reine Nang Chamadhevi ?!... et des historiens qui pencheraient pour un siècle plus tard c’est-à-dire vers … 750 ?!...

(4) Pu Sae (ปู่แสะ), se prononce Pou Sai, et s’écrit aussi Pu Saeh ; auparavant il était appelé Ji Kham/Chi Kham (จิคำ). Ya Sae (ย่าแสะ), se prononce Ya Sai, et s’écrit aussi Ya Saeh. Elle était auparavant appelée Ta Khio (ตาเขียว) ; quant à leur fils son nom reste encore inconnu aujourd’hui, alors il a été nommé Sudeva Rikshi (สุเทวฤาษี) ou Vāsudeva.

 

Signification des noms : (Important pour la suite)

Ji Kham et Chi Kham ont la même signification. Mais tandis que ‘’Ji Kham‘’ se rapporte à la langue Yuon (Lanna), ‘’Chi Kham‘’ est un mot siamois. Ji (จิ) ou Chi (ชิ) signifient donc dans les deux cas : ‘’ascète‘’, et Kham (คำ) se traduit par ‘’or‘’.

Le mot ‘’Ta ‘’ se traduit par ‘’grand père maternelle‘’ mais aussi par ‘’œil‘’, et ‘’Khio‘’ (เขียว) par vert ou foudroyant, ce qui pourrait signifier : ‘’le mauvais œil‘’, l’œil qui foudroie. Cependant, comme rien n’est simple, ‘’Ta‘’ chez les Luas ou Lawas précédant un nom est une marque de respect qui pourrait se traduire par ‘’honorable aïeul‘’ ou ‘’vénérable ancien‘’ ?!...

Embrouillamini voulu ou curieux hasard ?!... Là est la question !...

A bien y réfléchir, Pu (ปู่) qui signifie grand-père paternel, et Ya (ย่า) grand-mère paternelle pourraient aussi être une marque de respect ?!...

 

Quant à ‘’Sae‘’ (แสะ) c’est un ancien mot qui signifie cheval et qui est tombé au cours des âges en désuétude. Aujourd’hui c’est le mot ‘’Ma‘’ (ม้า) qui sert à désigner un cheval.

Ces personnages, (Pu Sae et Ya Sae) sont aujourd’hui devenus des esprits. Ils ont de nombreuses ‘’demeures‘’ et symbolisent un couple d’ancêtres cannibales, portant le nom de … cheval, cheval cannibale en quelque sorte ?!....

 

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Photo 1 : Les routes terrestres et maritimes naturelles et éternelles de l’Asie du Sud-est. Ces routes montrent qu’il y a vraisemblablement un lien entre les Nagas de l’Inde, les Was de Birmanie et les Luas ou Lawas du Lanna, d’autant que la langue Lawa est liée à la langue Blang et Wa qu’on trouve en Chine et en Birmanie. Cependant pour certains érudits les Lawas viendraient du Cambodge parce qu’ils seraient proches linguistiquement du môn-khmer. D’autres encore les font venir de Micronésie ?! … Par ailleurs il y a au Laos des Luas qui sont d’une autre origine que … ‘’nos‘’ Luas.

Photo 2 : Tout au bas du Doï Kham, le sanctuaire dédié à Ya Sae, près de laquelle se tient Pu Sae. Des ogres et des géants à l’air plutôt sympathiques non ?...  (Photo du 08.03.2016)

Photo 3 : Une peinture de l’anthropologue anglais Richard Carnac Temple (1850-1931) représentant un couple de Wa, une ethnie du Nord-est de la Birmanie. Les Luas qui seraient – peut-être – leurs descendants, sont en général accompagnés d’un chien, comme décrit dans la chronique de Chiang-Mai à l’occasion du couronnement de Chao Khanan Kawila en 1782 (1742/3-1782-1816).

Photo 4 : Quelques membres d’une tribu naga qui permettent d’imaginer ce que devaient être – éventuellement – les Luas au VIIe siècle. A noter que ces guerriers coupeurs de têtes n’ont pas vraiment l’air engageant mais … ils sont loin d’être les géants décrits dans certains textes ?!.... (Photo prise entre 1840 et 1911 par un photographe anonyme.) 

 

 

Dans la forêt de Ban Pagn Hai, (บ้านปางไฮ), à quelques cinquante ou soixante kilomètres du Doï Kham, donc à la suite d’une longue marche durant laquelle Bouddha raisonna et enseigna les trois ogres, ces derniers acceptèrent de respecter certains préceptes, (règles bouddhiques) et en particulier à renoncer à la consommation de chair humaine. Il est vrai que Bouddha, après cette longue marche, et sans doute pour les impressionner, avait laissé l’empreinte de son pied (1), une empreinte de deux mètres de long, sur un rocher qui se trouvait à proximité ?!...

 

Émerveillé et stupéfié par le prodige Sudeva Rikshi, le fils, accepta d’emblée d’abandonner de se nourrir de chair humaine et de mettre ses pas dans ceux du Bouddha. Mais ses parents tentèrent de négocier cet abandon. Ils voulaient bien, comme leur fils, consentir à … mais … à la condition de pouvoir manger un humain par an. Comme Bouddha refusa, ils proposèrent alors de dévorer un homme, seulement … une fois tous les sept ans. Puis à défaut de chair humaine, ils sollicitèrent l’autorisation de boire une goutte de sang humain grosse comme la tête d’une mouche ?!...

 

Bouddha resta inflexible à toutes leurs propositions, cependant il leur concéda de pouvoir consommer de la chair fraîche, mais celle d’un buffle et, à la condition que ce buffle soit acquis … honnêtement. Comme un buffle coûte et coutait chère autant dire qu’ils n’ont pas dû en manger souvent ?!... (2)

 

Pour les remercier de se conformer à ses préceptes Bouddha leur aurait laissé quelques cheveux puis aurait repris la voix des airs. Ce fut alors qu’Indra, le dieu des dieux, intervint. D’après nombre d’écrits il aurait recueilli ces cheveux, creusé une crypte sur le faîte du Doï Kham dans laquelle il aurait précautionneusement déposé les saintes reliques. Puis comme il se doit, selon la coutume, il aurait bâti un tout petit Chédi au-dessus de cette crypte.

 

Quelques jours plus tard, et tout à fait opportunément, la pluie se serait mise à tomber sans modération et cela pendant plusieurs jours. De ce fait les alentours furent inondés, la rivière voisine déborda et déversa son surplus d’eau dans la grotte du Doï Kham. Jusque-là rien d’anormal, sauf que, en sortant de la grotte l’eau charriait des pépites d’or au point d’en être toute jaune. A partir de ce jour les indigènes donnèrent à ce petit mont le nom de … Doï Kham, c’est-à-dire … montagne d’or … ou mont d’or !...

 

Concernant les ex-cannibales, d’après l’opuscule consacré au Wat Phra That Doï Kham, Pu Sae serait allé pratiquer la méditation au pied du Doï Suthep, là où s’élève aujourd’hui le Wat Faï Hin, juste derrière l’université de Chiang-Mai ; Ya Sae, quant à elle, se serait improvisée gardienne de la relique déposée par Indra au sommet du Doï Kham, et Sudeva Rikshi se serait adonné à la méditation tout en bas du Doï Suthep, là où coulait la Rohininadi ou Rohini.   

 

Après le décès du couple d’anthropophage, que le temps et les gens qualifièrent d’ogres, de géants et autres noms à faire peur, chacun d’eux serait devenu un esprit errant tout aussi effrayant, sinon plus, que durant leur vivant. Alors des demeures leur ont été dressées, et des offrandes leurs sont faites encore aujourd’hui, pour s’assurer ad vitam æternam de leur bienveillance, voire apaiser leurs instincts ‘’cannibalistiques‘’ (3) … sait-on jamais ?!.... (4)

 

Une demeure fut construite pour Ya Sae (ย่า แสะ) au pied du Doï Kham, et une autre pour Pu Sae (ปู่แสะ) au pied du Doï Suthep, tout à côté du village de Ban Tin Doï (บ้านตีนดอย). (5) (Le village au pied de la montagne.)

 

Pour être complet je rajouterai, qu’avant la deuxième guerre mondiale, au pied du Doï Suthep il y avait un site consacré à 9 esprits protecteurs et gardiens de Chiang-Mai, chacun d’eux avait alors une demeure, genre maison des esprits. Les trois esprits majeurs étaient Pu Sae (ปู่ แสะ), Ya Sae (ย่า แสะ) et Sudeva Rikshi (สุ เทว ฤาษี) et les six mineurs, Khun Saen Tong (ขุน แสน ทอง), Khun Kik (ขุน กิก), Khun Kang (ขุน ค่า ง), Khun Guednoi (ขุน คื ด น้อย), Khun Guedluang (ขุน คื ด หลวง), et Phya Ravi (พญา รวี)

 

(1) L’empreinte laissée par Bouddha est visible au Wat Phra Phutthabat Si Roi (พระพุทธบาทสี่รอย) c’est-à-dire le ‘’Wat aux empreintes des quatre Bouddhas‘’ … empreintes … sous-entendu …de la plante du pied‘’. Ce Wat se situe dans la forêt de Ban Pagn Hai (บ้านปางไอ), non loin de Mae Rim (แม่ริม) à une cinquantaine de kilomètres de la porte Chang Phuak de Chiang-Maï. Il y a en fin de parcours 18 kilomètres de lacets et de montagnes russes. Mais la route est bonne sur les 50 kilomètres.

 

D’après les légendes il y aurait en ce lieu, quatre empreintes superposées. Chacune d’elles aurait été laissée successivement et en son temps par un Bouddha du passé, à savoir Kakusandha, (empreinte de 6,5 m. de long) Koṇāgamana (empreinte de 4,5 m. de long) et Kassapa (empreinte de 3,5 m. de long). La quatrième empreinte est celle du Bouddha du temps présent C’est-à-dire de Siddhârta Gautama (empreinte de 2 m. de long). Le Bouddha des temps futurs, Maitreya devrait à son tour venir en ce lieu, pour y laisser l’empreinte de son pied. (Il est fait état de ces bouddhas et de vingt-sept autres dans le ‘’Buddhavaṃsa.)

 

Le récit de cette empreinte que Siddhârta Gautama (Bouddha) aurait laissé pour impressionner les trois cannibales n’est qu’une légende parmi d’autres. Cependant le symbole est clair. En imprimant son empreinte dans le sol, c’est comme frapper du pied pour appuyer une déclaration, à savoir que l’enseignement du dharma dépasse, et de loin, toutes les conceptions de vie (animisme, déisme et autres) pour atteindre le but ultime, c’est-à-dire le salut auquel tout homme aspire.   

 

Parmi les légendes se rapportant à cette empreinte, il y a celle qui met en scène le roi Mengrai (1239-1292/96-1317) le fondateur de Chiang-Mai et de ce qui allait devenir le Lanna.

 

Les faits se déroulèrent voilà bien longtemps ; non loin (*) d’un royaume, aujourd’hui disparu, où Gautama Bouddha vint à prêcher. Après ses prédications, pour accomplir ce qui était écrit, il déposa son empreinte dans celles de ses prédécesseurs, tout en sachant qu’au moment venu le Bouddha Maitreya y mettra la sienne et, que ces quatre empreintes ne seront découvertes que quelques deux mille ans plus tard grâce à l’intervention des dieux.

 

Les ans et les siècles passèrent quand les dieux décidèrent qu’il était temps de donner à voir ces empreintes aux hommes à qui le bouddhisme venait d’être révélé. Nous étions alors en plein XIIIe siècle, des moines, venus du Sri Lanka, prêchaient alors le Dharma dans les environs de Chiang-Mai.

 

Pour cela les dieux commandèrent à un aigle d’aller enlever un poulet dans un village voisin. Un chasseur de ce village, se mit alors à suivre l’aigle dans l’intention de le tuer pour récupérer sa proie. Mais dès que l’aigle eût mené les pas de l’homme aux empreintes il échappa à la vue du chasseur. Ce dernier allait jurer quand, comme par enchantement il resta pétrifié devant les empreintes qu’il venait de découvrir et qui, sans aucun doute, ne pouvaient être que celles de Bouddha. Cette découverte fit grand bruit dans la région, à un point tel que le roi lui-même, c’est-à-dire Mengrai, vint avec sa cour pour y faire des offrandes. Il aurait même fait construire un petit temple et serait revenu, comme tous ses successeurs par la suite, une fois l’an. Pendant l’occupation birmane, lors de laquelle s’éteignit la dynastie Mengrai, non seulement le rite prit fin, mais l’occupant détruisit le temple ?!...

 

(*) La légende situe les empreintes dans le royaume de ‘’Paccanta‘’. Un royaume qui n’a jamais existé. En fait ce mot pāli signifie en bordure de, au bord de, voisin de … ce qui pourrait signifier que cette légende a peut-être trouvé naissance dans le royaume de Sukhothai et cela pour deux raisons.

1/ La … ‘’vogue ‘’ … des empreintes a pris naissance, pour la Thaïlande, à Sukhothai à l’époque du roi Lodaïya ou Dharmikarajā (1298-1347) le fils de Ram Khamhaeng et le quatrième roi de Sukhothai.

2/ Le royaume de Mengrai était bien en bordure, ou voisin du royaume de Sukhothai.

 

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                 Images du cloître de l’Ubosot du Wat Phra Phutthabat Si Roi

 

Photo 1 : Les dieux dont, à gauche Brahma et à droite en vert Indra, commandent à un aigle d’indiquer aux villageois les empreintes. (Photo du 12.03.2016)

Photo 2 : Les villageois, des Lawas, poursuivent l’aigle qui leur a volé un poulet.

Photo 3 : L’aigle au-dessus des empreintes a lâché le poulet et va disparaître aux yeux de ses poursuivants.

Nota : Pour une lecture de gauche à droite, j’ai inversé le sens des Photos 2 & 3. (Que le peintre me pardonne), alors qu’elles ont été peintes sous le cloître de l’Ubosot sous forme de bande dessinée pour être vue de droite à gauche. (Ces deux photos datent du 29.09.2018)

 

 

Pour mettre en exergue l’engouement des thaïlandais pour les empreintes de Bouddha, dont les premières sont apparues en Inde, il suffit de savoir qu’en Inde il y en a aujourd’hui 11, au Sri Lanka 7, en Chine 6, au Japon 3, en Birmanie 9, et en Thaïlande plus de … 600 ?!...  Ces empreintes se répartiraient ainsi : 200 dans la Nord-Est, 150 dans le Nord, 50 dans le Sud, 39 dans le centre, 34 dans l’Ouest et 15 dans l’Est. Le chiffre de 600 n’est pas atteint mais comme il s’en crée tous les jours ou presque !... non seulement il sera atteint, mais carrément dépassé.

 

Bouddha doit particulièrement aimer la Thaïlande pour y avoir autant laissé d’empreintes ?!....

 

Le mot sanskrit pour désigner l’empreinte d’un pied est : ‘’pādalakṣana‘’ et le mot pāli ‘’pādalakkhaņa‘’. En prenant les deux premières syllabes de ces deux mots et en les associant à ‘’Bouddha‘’ il en a été créé un troisième qui ne fâche personne et qui sert à désigner une empreinte du pied de Bouddha à savoir : ‘’Buddhapāda‘’.     

 

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Photo 1 : Demeure d’avant 1960 (Maisons des esprits) de Pu Sae et de Ya Sae à Ban Tin Doï, au pied du Doï Suthep. Aujourd’hui ce terrain a été intégré au parc de l’université de Chiang-Mai, et les demeures des esprits ont été ‘’déplacées‘’ loin de ces lieux. (Cette photo a été extraite de la Chronique de Kraisrī Nimmānahaēminda (1912-1992) (ไกรศรี นิมมานเหมินท์) intitulée ‘’The Lawa Guardian Spirits of Chiang-Mai‘’ parue dans le Journal of the Siam Society de Juillet 1967 pages : 185-225.

Photo 2 : Jadis près des empreintes il y avait un tout petit Wat perdu dans la nature au sein des montagnes. Peut-être était-ce celui construit par Phra Khruba Sri Vichaï. Aujourd’hui, des travaux pharaoniques ont été entrepris, mais les empreintes, encastrées les unes dans les autres, sont restées comme le montre la photo. (Photo du 12.03.2016)

Photo 3 : Le plan d’accès pour se rendre au Wat Phra Phutthabat Si Roi (พระพุทธบาทสี่รอย) c’est-à-dire le ‘’Wat des empreintes des quatre bouddhas‘’. La visite est intéressante pour différentes raisons, le panorama, d’autant que la route est bonne, les constructions en cours ou terminées, et bien sûr … les empreintes.

 

 

Une autre légende raconte que ces empreintes auraient été découvertes ou redécouvertes au cours du XVIIe siècle, par un chasseur en plein exercice. Ce dernier, qui venait d’atteindre une biche au moyen d’une flèche, la vit tour à tour, agonisante tomber derrière un fourré puis en ressortir tout aussi primesautière qu’au début de la chasse-poursuite.

 

Intrigué par le phénomène, l’homme interrompit sa chasse et avec précaution alla jeter un coup d’œil derrière le buisson. Il n’y vit rien d’autre qu’une mare d’eau dans laquelle il mit malencontreusement les pieds.

 

Puis quand il se décida à rebrousser chemin, il constata, et avec stupéfaction, que la maladie de peau dont il souffrait avait disparu ?! …

 

Abasourdi il alla raconter son aventure aux gens de son village qui firent grande publicité de ces événements, au point qu’ils arrivèrent aux oreilles du roi d’Ayutthaya, d’alors, Intharacha III ou Somdet Phra Chao Song Tham (สมเด็จพระเจ้าทรงธรรม) (1610/11-1628). (*)

 

Ce roi, depuis le retour du Sri Lanka d’une délégation de moines qui était allée découvrir une empreinte du pied du Bouddha, avait appris de ces moines que les Sri Lankais étaient en possession de textes où il était écrit qu’il existait au nord du Siam (Aux alentours du royaume d’Ayutthaya donc) (Lanna peut-être ?!...), une empreinte du ou des Bouddhas. Mais encore fallait-il la trouver.

 

Le récit du chasseur tombait à pic et l’empreinte découverte en 1623 (?!...)  d’après les textes ?!... fut mise en valeur en 1624 en étant recouverte d’un ‘’Mondop‘’ (มณฑป), c’est-à-dire d’un pavillon extérieur à colonnes. Depuis cette date, une tradition s’instaura, celle pour les rois d’Ayutthaya d’aller tous les ans en pèlerinage au mont Suwan Banphot, rendre hommage à l’empreinte de Bouddha. 

 

En conclusion, mais ce n’est que mon avis, la légende ne concerne pas les empreintes du Wat Phra Phutthabat Si Roi, mais celle du Wat Phra Phutthabat Ratchaworamahawihan de Saraburi au Nord-Est d’Ayutthaya ?! ….

 

Alors qu’elle serait la légende propre à la redécouverte des empreintes du Wat Phra Phutthabat Si Roi ?...

 

Par ailleurs, comme nous le verrons plus loin, il y a à dix kilomètres de ces empreintes, dix kilomètres par la route donc moins à vol d’oiseau, un village Lawas (Luas) où aurait vécu du temps de Nang Chamadhevi, la reine de Lamphun, le roi des Lawas ou Luas Khun Luang Vilangarāja. 

 

(*) A l’époque de la redécouverte des quatre empreintes, selon ladite légende (peut-être fausse ?...), le Lanna était vassal de la Birmanie, et c’était alors ‘’Si Song Muang‘’ ou ‘’Phra Chao Muang Nan‘’ (1615-1631) qui siégeait sur le trône de Chiang-Mai, et entre la Birmanie et le Siam le temps n’était pas au beau fixe ?!...

(Phraya Nan ou Chao Palasük Sai Cai Songkham dit ‘’Si Song Muang‘’ (La gloire de deux villes) après avoir été durant treize ans le roi de Nan, est devenu le gouverneur de Chiang-Mai et … du Lanna. Il fut appelé à cette fonction par le plus jeune fils adoptif du roi de Chiang-Mai).

 

(2) La légende de la rencontre entre Bouddha et les géants cannibales a cours dans de nombreuses localités du nord. Le contenu de ces légendes ‘’Nordistes‘’, ainsi que les noms des personnages, sont les mêmes, à la différence que chaque localité à son Pu Sae et sa Ya Sae, alors que Bouddha va d’un lieu à un autre en tant qu’être unique. Ces légendes ‘’locales‘’ sont comme une justification de la présence du Bouddhisme. Les autochtones sont bouddhistes parce qu’il ne pouvait pas en être autrement. Bouddha avait fait de leur région, et avant l’heure, une terre bouddhique.  

(3) Ne cherchez pas l’adjectif ‘’cannibalistique‘’ dans le dictionnaire, il n’existe pas. Mais j’ai trouvé que ce mot, que j’ai inventé, ajoutait un petit plus et à point nommé à l’horreur du cannibalisme des deux protagonistes.

(4) Tous les ans en souvenir ou en l’honneur de Pu Sae et de Ya Sae, mais aussi pour obtenir leurs bonnes grâces, se tient tout au bas du Doï Kham le festival de ‘’Liang dong‘’ (เลี้ยงดง) lors duquel un buffle est sacrifié. (Pour en savoir plus sur le ‘’Liang dong‘’ vous reporter à la rubrique : 03 Culture et traditions).

(5) C’est en raison de la construction de la faculté d’architecture au sein de l’université de Chiang-Mai que la demeure de Pu Sai a été déménagée et définitivement rasée. Maintenant, Pu Sai cohabite avec sa compagne Ya Sae dans un sanctuaire en dur au pied du Doï Kham. Et tout à fait entre nous Pu Sae n’a pas perdu au change.

 

 

1/ la venue de Bouddha au Lanna (Buddhabyákarana)

 

Cette venue de Bouddha au Lanna n’est pas sans rappeler certains rites et mythes de l’Inde, mettant en scène un changement d’ordre. (1) Dans le cas présent l’auditeur, qui sait écouter, est informé que le bouddhisme va prochainement (Quelques siècles quand même ! ...), se substituer à l’animisme et à la barbarie régnant au Lanna d’alors, dont le nom restait à inventer.

 

(1) Le plus significatif des mythes est celui du cheval cannibale Kéśin. Le résumé qui suit se réfère à l’Harivamsa 80ème chapitre, mais deux autres livres racontent ce mythe : le 10e livre du Bhâgavata Purana et le 4ème livre du Vishnu Purana.

D’après un oracle, Kansa, un usurpateur sanguinaire qui règne à Mathura doit être destitué et tué par l’un de ses neveux. Ce dernier, Krishna, est un avatar de Vishnu.

Pour se maintenir sur son trône Kansa fait mettre à mort, dès leur naissance, tous ses neveux et demande de l’aide à un démon qui prend la forme d’un cheval appelé Kéśin. (1) Ce Kéśin est un cheval ‘’indompté, violent qui massacre les vaches et les bergers et dévore leur chair‘’. Il est … ‘’ivre de sang et de carnage‘’ … et un … ‘’monstre sanguinaire‘’. Après son passage …‘’la forêt se trouve semblable à un cimetière couvert d’ossements humains‘’ (2).

Néanmoins l’oracle se réalise … Krishna, neveu de Kansa, en plongeant son bras dans la gueule du cheval Kéśin lui fracasse les dents et le fend en deux parties égales, et … exactement de la même manière que le buffle qui est sacrifié lors du sacrifice/festival Liang dong, un festival dont nous reparlerons plus bas.

Suite à ce combat, le roi Ugrasena est rétablit sur son trône, et un nouvel ordre s’instaure. C’est la civilisation qui remplace la barbarie.

Au Lanna c’est le Bouddhisme qui va succéder à l’animisme et à la barbarie.

Le cheval cannibale Kéśin n’est pas sans faire penser à Pu Sae dont le nom signifie ‘’Grand-père paternel cheval‘’ et à Ya Sae dont le nom signifie ‘’Grand-mère paternelle cheval, tous deux prédateurs et amateurs de chair humaine ?!...

Krisna pourrait-être identifié à Bouddha, et comme par hasard le père de Krisna portait le nom de … Vāsudeva dont la première épouse s’appelait Rohini comme la rivière de Chiang-Mai (Rohininadi devenue Rohini.) s’écoulant du Doï Suthep, c’est-à-dire là où allait méditer … le rishi Vāsudeva ?!...

(1) Kéśin et Késava signifient cheveux, et/ou chevelu. M. Langlois précise qu’il existe une légende où Vishnu à partir de deux cheveux créa Balarāma et Krishna appelé aussi Késava, entre autres noms. Il est beaucoup question de cheveux ?!...  

(2) Extraits de l’Harivamsa traduit par M. Alexandre Langlois (1788-1857)  

 

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                                       L’empreinte laissée par Bouddha :

Photo 1 : Dans la galerie autour du sanctuaire des peintures murales relatent les différentes étapes qui ont suivi la découverte des empreintes. Cette fresque montre l’essartement des lieux. Par la suite, dans les années 1920 Phra Kruba Sri Vichaï fera construire un abri pour protéger les empreintes. Aujourd’hui le lieu est en cours d’aménagement, vraisemblablement pour en faire un lieu … touristique ?!... Hélas !...

Photo 2 : Jadis près des empreintes il y avait un tout petit Wat perdu dans la nature au sein des montagnes. Peut-être était-ce le Wat que Phra Kruba Sri Vichaï fit construire pour protéger ces empreintes.

Photo 3 : Les empreintes des quatre Bouddhas. Pour mieux les différencier je les ai numérotées. 1/ l’empreinte la plus grande, est celle du Bouddha Kakusandha ou Kakusauto, (พระกกุสันโธ) 2/ l’empreinte du Bouddha Koṇāgamana ou Koṇāgamano, (พระโกนาคมนะ) 3/ Kassapa ou Kassapho, (พระกัสสปะ) 4/ l’empreinte du Bouddha Gautama ou Koutamo. (พระโคตมะ). C’est la plus petite.

Photo 4 : La face ouest du sanctuaire flambant neuf élevé au ‘’Wat Phra Buddha Bat Si Roï‘’ en plein travaux pharaoniques. (Toutes ces photos sont du 12 mars 2016 – sauf la deuxième.)

 

 

2/ la légende des cinq ermites :

 

Nous ne nous attarderons pas sur cet épisode, dont cinq ermites sont les protagonistes, ils ne sont parfois que quatre ; car cette page d’histoire ou de légende n’apporte rien de concret à la chronique du Doï Kham, mais fait charnière avec ce qui va suivre.

 

Disons seulement que suite aux événements qui précèdent, sept ou huit siècles environ, cinq, ou quatre ermites selon les textes, ou rishis (1) installent une importante colonie de môns venus de Lopburi sur les terres du Lanna. Ces anachorètes sont comme les ‘’importateurs‘’ d’une nouvelle civilisation, et pour que cette civilisation mône bouddhique prenne vraiment racine ils créent de nombreuses citées, dont la plus importante sera Lamphun. (2) Une ville à la tête de la quelle régnera une princesse originaire de la région, la légende en fait une Lua ou Lawa, mais qui vécut à partir de l’âge de treize ans à Lopburi en baignant dans la culture Mône et le bouddhisme, Nang Chamadhevi (นางจามเทวี).

 

(1) Les cinq ermites ou rishis, tous issus de familles nobles, ne sont pas des moines bouddhistes, mais comme des précurseurs du bouddhisme en quelque sorte. Tous les cinq furent moines bouddhistes, mais tous défroquèrent trouvant la pratique bouddhique trop difficile à suivre. La vie d’ermite correspondait mieux à leurs aspirations, et de là ils s’inscrivirent dans la légende.

Chacun d’eux est rattaché à un lieu ou à une ville. Il y a : Vāsudeva du Doï Suthep, (*) Sukkadanta ou Sukkanta de Lopburi, Anusissa ou Anusisata de Sri-Satchanala (Sajjanālaya ou Haliddavalli nagara) près de Sukhothai, Buddhajatila du Doï Ba (Juhapabbata) au Sud-est de Lamphun, et Subrahma du Doï Khao Ngām (Doi Song Yot) près de Lampang. (Sukhothai, Lamphun et Lampang n’existaient pas à l’époque)

(*) Le Doï Suthep fut tout d’abord appelé ‘’Ujjupabatta‘’, ‘’Usupabatta‘’ ou Ucchupabbata ce qui signifie en langue Yuon le mont ou la montagne des cannes à sucre. Il fut aussi appelé Doï Ngoen (Montagne d’argent), en opposition avec le Doï Kham (Montagne d’or). L’ermite Vāsudeva, avec le temps, prendra le nom de Suthep et Suthep donnera son nom au mont Ucchupabbata ou d’argent ?! …

(2) Ces cinq Rishis fondèrent entre autres et d’après la chronique de Lamphun : Lamphun, Muang Ba Phrabang, Muang Gandiyaka, Muang Purutha, Muang Buran, Muang Devapuri, Muang Bang Phlo, Muang Raksiet, Muang Rabeng, et Muang Tak.

 

 

3/ Lamphun, le royaume môn et l’alliance avec les Luas :

 

Lorsque Nang Chamadhevi, en provenance de Lopburi, après un mois et vingt-trois jours de voyage, (1) découvre Lamphun elle a environ 34 ans et porte en son sein deux jumeaux qui naîtront sept jours après son arrivée à Lamphun.

 

Pour que ses deux enfants (Mahantayassa et Indavara) soient protégés, Nang Chamadhevi prie les dieux pour qu’ils leur donnent un éléphant protecteur. Ces derniers accèdent à sa demande et lui envoient un superbe et bel éléphant, qui sera nommé Maṅgala. Le pachyderme aurait été aussi beau que Paccaya l’éléphant du Prince Vessantara. Ce prince est l’avant dernière renaissance de Bouddha, dont la vie fait l’objet d’un conte ou jataka. (2)

 

Ce Maṅgala aurait eu la faculté de provoquer un malaise mortel chez tous ceux qui avaient l’audace de le regarder.

 

 

Tandis que Lamphun prenait vie, au pied du Doï Suthep demeurait une communauté de Luas ou Lawas (Etait-ce à Wiang Chet Lin ?...) dont le roi portait le nom de Vilangarāja (Milakkha). Ce roi se mit en tête d’épouser Nang Chamadhevi dont on lui avait vanté la beauté. Mais … pour son malheur, lorsque Nang Chamadhevi fit sa connaissance elle le trouva … vraiment laid !... De ce fait il fut alors hors de question pour elle de l’épouser.

 

Piqué au vif, Vilangarāja à la tête d’une armée de … 80.000 hommes (Toujours le ... 8) partit pour Lamphun dans l’intention de contraindre Nang Chamadhevi au mariage. Cette dernière, confiante en  Maṅgala le fit monter par ses deux enfants, alors âgés de cinq ans, et les envoya, suivi d’une armée à la rencontre de Vilangarāja et ses soldats.

 

Le résultat ne se fit pas attendre. Ce fut la déroute du côté des Luas. Mais tout est bien qui finira bien car Vilangarāja donnera ses deux filles, alors âgées de cinq ans, elles aussi, en mariage aux fils de Nang Chamadhevi qui cette fois ne mit pas son veto.

 

A partir de ces mariages les deux peuples n’en firent plus qu’un, et lors de leur jeunesse les deux frères se rendirent à plusieurs reprises au Doï Kham pour s’incliner devant le reliquaire consacré aux cheveux de Bouddha. Ce seraient eux qui auraient fait construire un Chédi plus conséquent par-dessus celui d’Indra. (3)

 

(1) Dans la ‘’Jinakālamālinī‘’ il est écrit qu’elle aurait navigué sept mois ( ?...) sur la Binganadi (la Mae Ping) dont le cours passait alors à Lamphun. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.

(2) Wessandorn, le prince charitable est le 547è jataka. Les différents épisodes qui composent ce conte font l’objet de peintures murales dont s’enorgueillissent de très nombreux viharns (salles où se réunissent les fidèles bouddhistes dans les temples).

(3) S’il est reconnu que le Doï Kham fut un sanctuaire môn, le Doï Suthep le fut aussi et à la même époque. En effet, au-delà du palais royal il y aurait (Je n’y suis jamais allé) les restes d’un sanctuaire môn datant de cette époque ?!.... 

 

 

La visite du monastère ou Wat du Doï Kham :

 

La route qui conduit au sommet du Doï Kham est plutôt raide. De ce fait elle est à monter prudemment. Cette route bitumée aboutit à deux parkings (n°1 & 2 sur la carte). Chacun des chemins de ces parkings conduit vers une petite esplanade où se succèdent quelques boutiques à sa droite et où s’élève un bel ubosot à sa gauche.

 

L’Ubosot :

 

Donc, quand on pénètre sur le site du Doï Kham, le premier bâtiment ‘’confessionnel‘’ qui s’offre à la vue du visiteur est l’Ubosot. Une construction moderne de style ‘’Rattanakosin‘’ qui n’a rien à voir avec la sobriété et la simplicité des ubosots de l’époque et de style Lanna. 

 

En principe – que la gent féminine me pardonne, - les femmes ne peuvent pas entrer dans un ubosot car c’est en ce lieu que les hommes désireux d’entrer dans les ordres et étant auparavant devenus … ‘’Nak‘’ reçoivent l’ordination c’est-à-dire l’Upasampadā qui fait d’eux des moines ou bhikkhus. C’est aussi en ce lieu que les moines se réunissent et tiennent des cérémonies dont ils sont les seuls participants.

 

 

                              PHRA BUDDHA NAPEE SIPING KARATANA :

                              (Phra Bouddha Naphi Siphing Kharatana) (*)

 

                                                                 Ou

                                        Luang Pho Khao.  (หลวงพ่อขาว)

 

(*) Transcription d’une prononciation à la française conforme avec les préconisations du ‘’Royal Thaï Institute‘’.

 

Phra Buddha Napee Siping Karatan ou Phra Bouddha Naphi Siphing kharatan (พระพุทธนพีสีพิงครัตน์) est une reproduction d’une des images de Bouddha les plus répandue. Elle est souvent intitulée ‘’La victoire sur Māra‘’ ou ‘’Māravijaya‘’.

 

Description de l’image : Cette statue géante représente un bouddha assis dans la position dite ‘’samādhi‘’. La main gauche posée sur la cuisse gauche, est ouverte vers le ciel ; et la main droite posée sur le genou droit a les doigts dirigés vers la terre. Cette position de la main droite porte le nom de ‘’Bhūmisparśamudrā‘’.

Bouddha prend alors la terre à témoin, à savoir … la déesse Phra Mae Thorani, (พระแม่ธรณี) pour qu’elle témoigne des mérites qu’il a acquis et des dons qu’il a prodigués au cours de ses nombreuses renaissances

 

Explication de l’image : Sous un pippal, un ficus religiosa plus précisément, qui deviendra l’arbre de la Bodhi, Siddhārta Gautama, s’apprête à entrer en méditation dans le but d’atteindre l’éveil et ainsi, de devenir un Bouddha en mesure d’aider les hommes à trouver leur salut.

Ce que les démons voyaient d’un mauvais œil ?! …

 

De ce fait, un certain ‘’Vaśavarti Māra‘’, (มาร) la personnification du mal, entre en scène et s’emploie, par tous les moyens, à détourner Siddhārta de son projet.

 

Pour cela, au pied du pipal, il commence par faire apparaître une armée de créatures, aussi terrifiantes qu’ubuesques, armées d’armes dont les projectiles sont incapables d’atteindre leur cible, c’est-à-dire Siddhārta Gautama. Mieux ou pire, les flèches et les lances tombent et se plantent aux pieds du Bodhisattva.

 

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Photo 1 : Une image de Phra Nang Thorani, la déesse de la terre qui en torsadant ses cheveux créa une montée d’eau suffisamment violente pour chasser Mara et ses serviteurs. Cette image figure à l’angle Sud/Est du Chédi du Wat Hariphunchai de Lamphun. (Photo du 24.06.2018)

Photo 2 : Une peinture murale représentant des créatures de rêves peu enclines aux bonnes mœurs tentant, mais en vain, d’interrompre la méditation du Bodhisattva. Cette fresque a été peinte sur le haut droit du mur de la façade de l’entrée du Viharn du Wat Hariphunchai de Lamphun. (Photo du 24.06.2018)

 

Ensuite, la force et la peur ayant échoués, Māra poursuit son œuvre en faisant appel à des créatures toutes plus belles les unes que les autres, mais peu enclines aux bonnes mœurs ?! ... A leur vue, bien des hommes auraient succombé, mais Siddhārta Gautama resta tout à sa méditation.

 

Fou de rage, le tentateur va alors déchainer les forces de la nature au point de faire fuir les déités présentes. Mais une fois de plus le Bodhisattva restera inébranlable … ‘’Je suis comme une corneille qui attaque un rocher … ‘’ dira Māra en retournant dans le monde des ténèbres sans avoir pu interrompre le processus de l’éveil. De fait, dès l’aube Siddhārta Gautama devint … un Bouddha … d’où la grande importance de cette image auprès des bouddhistes. 

 

Cette image mesure 12 mètres de large et 17 mètres de haut. Elle aurait été en son temps la plus grande image de Bouddha de ce genre de Thaïlande. Peut-être l’est-elle toujours ?! …

 

Elle a été construite entre 1988 et 1991 c’est-à-dire durant trois ans. Son édification a été financée par les descendants de Chao Inwan Na Chiang-Mai, Chao Mé Inwan Na Chiang-Mai (เจ้าแม่อินหวัน ณ เชียงใหม่).

 

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Photo 1 : L’entrée de l’Ubosot du Wat Phra That Doi Kham. La pose de son Chofa eut lieu courant 2009 en la présence de la princesse Soamsawalee Kitiyakara (หม่อมหลวงโสมสวลี กิติยากร) première épouse du futur Rama X. (Photo du 08.03.2016)

Photo 2 : L’image de ‘’Phra Chao Saen Kham‘’ (พระเจ้าแสนคำ) (Phra Chao cent mille – or ?!...) ; cette image est l’image principale de l’Ubosot du Wat Phra That Doi Kham. (Photo du 08.03.2016)

Photo 3 : L’image de Phra Bouddha Naphi Siphing Kharatana (พระพุทธนพีสีพิงครัตน์). Avant 2017 cette image se voyait depuis la route, aujourd’hui elle n’est plus visible ?!... (Photo du 08.03.2016)

 

Un square d’attractions.

 

Une esplanade relie cette œuvre monumentale à l’entrée du Wat. On ne peut pas assimiler cette place à un parc d’attractions, car l’endroit est trop exigu, mais à un square où s’alignent les ‘’marchands du temple‘’ sur son bord droit et où se succèdent quelques sanctuaires sur son côté gauche. 

 

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Photo 1 : La première de ces attractions est celle Nang Chamadhevi, qui trône impérieuse et impériale sur un piédestal.

Deux éléphants montent la garde de part et d’autre de ce monument. L’éléphant de gauche, aux défenses vertes est celui de Nang Chamadhevi, celui de droite, aux défenses blanches c’est Maṅgala, celui de ses deux fils, Mahantayassa et Indavara, qui montés sur son dos terrassèrent le Lua ou Lawa Vilangarāja et son armée.

Ce monument aurait été inaugurée lors d’une cérémonie religieuse el 19 février 1995.

Le fait de passer trois fois sous le ventre de ces deux pachydermes, porterait chance … d’après les on-dit. (Photo 08.03.2016)

Photo 2 & 3 : La deuxième attraction est consacrée au rishi ou ermite Suthep, dont l’un des tout premiers noms fut Sudeva Rikshi puis Vāsudeva. Comme le nom de cet ermite figure dans nombre de légendes, de deux choses l’une, ou cet ermite jouit d’une immortalité légendaire, ou tous ces successeurs ont adopté ce nom ?!... Les photos ont été prises à deux ans d’intervalle, notez le nouvel aménagement … touristique. (Photo 1/01/11/2014 & 2/08.03.2016)

Photo 4 : Une image du Bouddha Maha Chakkraphat (มหาจักรพรรดิ์). Ce Bouddha à l’origine des textes sacrés en pāli du bouddhisme (บทบูชาพระคาถา) est représenté sous les traits d’un roi au-dessus de tous les rois c’est-à-dire d’un Chakravartin universel ou suprême.

 

 

Sur cette petite esplanade, naguère très peu fréquentée et servant de parking, aujourd’hui les touristes s’y bousculent, les stands et les attractions ont pris la place des autos ; c’est devenue une petite foire. Comme sur tous les marchés du Lanna, le boire et le manger ne manquent pas et en plus chacun peut rêver de devenir millionnaire car les étals consacrés à la vente de billets de loterie sont pléthores. Mais !... Encore faut-il acheter le bon billet si toutefois il y a un bon billet dans tous les lots proposés ?!... En tout cas, se serait là, dans tout le Lanna, qu’il faut acheter un billet de loterie pour devenir millionnaire.

 

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Photo 1 : Une enfilade de stands, parmi d’autres. (Photo du 07.12.2015)

Photo 2 : La tour de la cloche (Photo du 08.03.2016)

Photo 3 : l’ancien sanctuaire dédié à Chamadhevi, ou Chamathewi ou encore Cāmadevī. Les peintures murales reprennent nombre d’épisodes de la Chronique de Lamphun ou ‘’Cāmadevīvaṃsa‘’.

 

Brève explication des différentes scènes de cette peinture murale.

 

Scène n°1 / Il y a tout d’abord, en haut et à droite, un oiseau de proie qui tient dans ses serres un nouveau-né qu’il vient d’enlever à ses parents, vraisemblablement des Luas (Lawas) car la région est alors peuplée de Luas.

D’après la chronique de Lamphun cet oiseau était un … ‘’Hassatilin‘’ ou ‘’Hasadiling‘’ c’est-à-dire un oiseau extraordinaire à tête d’éléphant ?! ….

Nota : une autre légende raconte : Alors que l’ermite Sudeva était en forêt de Payom, dans le cimetière du coin, venu chercher les os de ses parents, un faucon enleva sous ses yeux un bébé de trois mois. En voyant la scène, Sudeva poussa un cri d’effroi tel, qu’il aurait tétanisé le faucon qui de ce fait aurait lâché sa proie. Par la suite, Sudeva aurait retrouvé le bébé au sein d’un lotus géant ?! … 

Scène n°2 / Au milieu de l’étang couvert de lotus, un ermite ou reusi, Sudeva ou Vāsudeba, découvre au sein d’un lotus géant, ‘’grand comme la roue d’un char‘’ rapporte la légende, le bébé que le volatile a volontairement déposé au sein d’un lotus à 500 pétales.

Scène n°3 / Tout au fond, devant la grotte, ce même Sudeva est à nouveaux représenté en tenant l’enfant sur ses genoux et à qui il va donner le nom de ‘’Caṁmadevi‘’, un nom en rapport avec le lotus géant où il fut trouvé, et dont ce nom, au cours des siècles, se transformera en ‘’Chamadhevi‘’ ou encore ‘’Chamathewi‘’. Sur la peinture, Sudeva nourrit l’enfant en lui donnant la tétée. Grâce à ses pouvoirs magiques du lait s’écoule de ses doigts.

Scène n°4 / A gauche, ‘’Caṁmadevi‘’ avec ses compagnons de jeux a quelque peu grandi. Ce n’est plus une enfant, mais une jeune fille nubile d’environ treize ans. Or un ermite ne peut vivre avec une personne de sexe opposé à ses côtés. C’est pourquoi quatre de ses amis, Sukkadanta de Lopburi, Anusissa de Sri-Satchanala, Buddhajatila du Doï Ba et Subrahma du Doï Khao Ngām, ermites eux-aussi, lui demandèrent de se séparer de ‘’Caṁmadevi‘’.  De ce fait, leur vint l’idée de confier ‘’Caṁmadevi‘’ au roi de Muang Lavaraṭha, ou Muang Lӑvộ, aujourd’hui Lopburi. Phraya Lavaraṭha, ou Mahā Krasatra Ayâddhyā, donna bonne suite à la demande des ermites. Certains textes en firent son épouse et d’autres sa bru ?!...

 

Toujours est-il que dans cette ville ‘’Caṁmadevi‘’ atteindra l’âge adulte en recevant une éducation mône et bouddhiste.

 

Les trois statues représentent, au centre Nang Chamadhevi avec à sa droite Phra Phi Nang keswadi (พระพีนางเกษวดี) et à sa gauche Phra Phi Nang Pathumvadi (พระพีพระนางปทุมวดี) ses deux suivantes ?! …

 

 

La légende sur la naissance de Chamadhevi d’après la chronique de Lamphun.

 

Il y a bien longtemps, deux hommes fortunés, demeurant l’un à ‘’Tà Nóng Dū‘’, et l’autre à ‘’Bàn Séng‘’, deux villages non loin de Lamphun qui alors n’existait pas, se promirent d’unir leur descendance si les événements la rendaient possible.

De ce fait, lorsqu’à ‘’Tà Nóng Dū‘’ vint à naître une fillette, tous les espoirs furent permis mais, tombèrent à l’eau parce que le père revint sur sa parole.

Alors, non seulement les deux amis se brouillèrent, mais le dieu Indra, fort mécontent de ce revirement, se transforma en ‘’Hassatilin‘’ ou ‘’Hasadiling‘’ et sous cet aspect il fondit sur le village du père renégat. Là, il enleva l’enfant et le déposa précautionneusement au cœur d’un lotus où le découvrit l’anachorète Sudeva venu chercher des bulbes de nénuphars pour se nourrir. (*)

 

(*) D’après le traducteur de la légende, l’étang où a été trouvé Chamathewi se trouverait non loin du Wat Phra Non Nong Phueng, à quelques six kilomètres de Chiang-Mai sur la route de Lamphun.

 

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Ces trois fresques figurent parmi les nombreuses peintures qui décorent l’intérieur de l’ubosot (n°3 sur le plan du début) et illustrent la légende de la naissance de Chamadhevi. Le peintre se donne beaucoup de liberté, mais le fond du récit demeure.

 

Première peinture : Un oiseau enlève Chamadhevi emmaillotée. Il s’agit donc du Dieu Indra ayant pris la forme d’un ‘’Hassatilin‘’ ou ‘’Hasadiling‘’ représenté ici sous l’aspect d’un aigle ou oiseau de proie. 

Deuxième peinture : Indra a précautionneusement déposé Chamadhevi au cœur d’un lotus grand comme une roue de char. L’anachorète Sudeva venu chercher de quoi se nourrir découvre le bébé et l’adopte.

Troisième peinture : L’ermite Sudeva donne la tétée à Chamadhevi en lui donnant son doigt d’où s’écoule du lait. Ensuite Chamadhevi joue avec ses amis, des singes, sous l’œil bienveillant de Sudeva. Enfin Chamadhevi sur un radeau, confectionné par les quatre reusis, fait ses adieux à son père nourricier, l’ermite Sudeva. Son embarcation la conduira jusqu’à Lavaraṭha qui aujourd’hui porte le nom de Lopburi.

 

Suite de la légende de Chamadhevi :

 

Bien des années plus tard, ‘’Caṁmadevi‘’ à la demande de Sudeva reviendra dans le nord, vers les sources de la Mae ping dit le texte, à la tête de cinq cents vénérables, cinq cents lettrés, cinq cents bijoutiers, cinq cents forgerons etc … etc … (1) bref, à la tête d’une suite considérable, pour coloniser et régner sur la principauté de Haribūnja ou haribūñjaya nagara qui aujourd’hui porte le nom de Lamphun après avoir eu celui de ‘’Hariphunchai‘’. (2)

 

(1) Chamadhevi apporta avec elle deux précieux bouddhas, qui comptent aujourd’hui parmi les protecteurs ou palladium de Chiang-Mai. Il y a d’une part Phra Sae Tang Khamani (พระเสตังคมณี) ou Phra Kaew Khao (พระแก้วขาว) un Bouddha taillé par des artistes khmerski, dans un quartz clair et d’autre part, Phra Sila Dam (พระศิลาสีดำ) un bas-relief sculpté dans de l’ardoise ou une pierre noire recouverte d’or. Ces deux Bouddhas sont exposés, très protégés, dans le second Viharn du Wat Chiang-Man de Chiang-Mai.  

 

(2) Lors de sa venue dans la région, bouddha aurait déposé son bol à aumône sur une pierre où s’élève aujourd’hui Lamphun. Et Haribūnja serait la contraction d’une scène locale lors de laquelle Bouddha aurait mangé un myrobolan offert par un Lua (Lawa) au pied du Doï Suthep.

 

Il existe dans les textes sacrés bouddhiques une scène identique, à la différence que c’est Indra et non un Lua (Lawa) qui offre un myrobolan à Bouddha.

Cette scène de : ‘’Bouddha mangeant un myrobolan‘’ fait l’objet de la dixième image de Bouddha commandé par Rama III (1787-1824-1851), et correspond à la quinzième attitude des statues de Bouddha de la galerie de Phra Pathom Chedi.

 

Le contexte : Suite à son éveil, Bouddha médita pendant quarante-neuf jours (Sept semaines) sans prendre la moindre nourriture. Donc, après sept semaines de jeûne alors qu’il se rendait sous l’arbre Rājātana, un arbre sacré, Indra qui veillait sur l’éveillé, une épithète de Bouddha, lui apporta un myrobolan (*). Ce fruit divin fut suffisant pour répondre à la faim de Bouddha.

 

(*) Le myrobolan est un nom commun qui désigne plusieurs espèces d’arbres fruitiers comme le ‘’Prunus cerasifera‘’ Ehrh. (1784) dont le fruit n’est autre qu’une espèce de prune. Dans le cas présent il s’agirait du ‘’Myrobolan Indiens ou Indiques‘’ que Roxburgh a décrit sous le nom de ‘’Terminalia Chebula‘’ et qu’on trouve en Thaïlande. Au Kerala le bois de cet arbre (myrobolan Chébulique) est utilisé pour construire les temples, et sa résine entre dans la composition de vernis et de mortier. Il sert aussi en teinturerie, en médecine et pour faire de l’encre.

 

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Photo 1 : Comme je l’ai déjà dit, l’accès au Wat se transforme au fur et à mesure des ans. Ici un hommage est rendu à Phra Kruba Si Vichaï (1878-1938) (พระครูบาศรีวิชัย) qui vers les années 1920 a fait remettre en état ce temple. Il y a tout à côté un très beau Bouddha de style Birman offert par la famille Bunnak (บุนนาค) en 2014.

Photo 2 : Sur cet écriteau où on peut lire, en plusieurs langues dont le mandarin langue nouvellement venue, le nom du Wat avec de part et d’autre un Yak qui conformément à la tradition sont : rouge et vert. Il s’agit, à gauche en rouge du Yak Pou-si-khi-hlap (ยักษ์ ปู่สีขี้หลับ) (Le géant ou le monstrueux grand-père paternel enclin à dormir.) ; et à droite en vert le Yak Pou-som-fao-sap (ยักษ์ ปู่สมเฝ้าทรัพย์) (Le géant ou le monstrueux grand-père paternel gardant le ‘’trésor‘’).

Photo 3 : Les deux Chinthes (Lions birmans) gardant l’entrée Ouest du Wat Doï Kham, la seule entrée depuis les parkings. Ces lions, confirmant l’occupation et l’influence birmane, sont là pour réserver un mauvais sort aux intrus, et diffuser le dharma. (Photo du 17.09.2018)

 

Le monastère ou Wat Phra That Doï Kham

                                                             ex Wat Suwanbanpot :

 

Les éléments historiques concernant ce Wat sont très rares pour ne pas dire inexistants. ‘’On‘’ sait que le Chédi d’origine date du VIIe ou VIIIe siècle, c’est-à-dire se rapportant à la période mône de Lamphun. Ce Chédi a vraisemblablement fait l’objet, au cours des siècles, et plus particulièrement lors du XIVe de rénovation, voire de la construction du Viharn et du cloître qui l’entoure ?!...

 

En ce temps-là, comme aujourd’hui, plus un roi bâtissait et rénovait de temples et plus son prestige grandissait en son royaume et à l’extérieur de son royaume, et … plus il acquérait de mérites. Le roi Küna (1355-1385) (พญา กือนา) s’est vraisemblablement intéressé au Wat Doï Kham car ce dernier n’est pas sans avoir de points communs avec le Doï Suthep, d’autant qu’à l’origine les môns construisirent un sanctuaire, sur chacun de ces deux monts.

 

Au XVIe siècle, 1558 exactement, Chiang-Mai tombe aux mains des Birmans. Le temple se retrouve alors, vraisemblablement, occupé par des moines de ce pays. En tout cas, en 1638 il est fait état d’une restauration sous la direction d’un moine birman nommé Umongpasin (อูหม่องภาสิน).

 

En 1774 les Birmans sont chassés du Lanna, mais des moines de ce royaume officient toujours au Wat Doï Kham puisqu’en 1823, un moine birman dont le nom reste inconnu, a pris la tête de nouvelles réparations ou embellissements ?!....

 

Une troisième remise en état se fera en 1842, sous le règne de Chao Maha Phutthawong (1826-1846) (*). Des moines et la population de la région de Nong Khwai (หนองควาย), région au bas du Doï Kham, uniront leurs efforts pour mener à bien ces nouveaux travaux.

 

(*) A Bangkok régnait Phra Nang Klao Yu Hua dit Rama III (1788-1824-1851).

A Chiang-Mai régnait Chao Maha Phutthawong, (เจ้ามาหาพุทธวงศ์) (1825-1846) 4è roi de la dynastie Kawila. Il était le cousin de Chao kawila et de son prédécesseur Chao Kham Fan. Son père Nai Pho Ruen ou Nai Pho Ruan était donc le frère de Chaikaeo, le père de Kawila.

Chao Maha ou Luang Phutthawong, est aussi connu sous les noms de Suriwong, or Chao Luang Phaendin Yen (เจ้าหลวง แผ่นดิน เย็น).

 

Puis en 1923 Phra Kruba Sri Vichaï (*) entrera en scène et prendra la tête d’une quatrième série de travaux.

 

Tous ces travaux, dont je ne connais pas le détail, semblent signifier qu’au cours des siècles le Wat Doï Kham est resté en activité, peut-être ralentie lors de certaines périodes, mais en activité, si toutefois il avait perdu de son activité ?!... Ce qui, cependant, semble avoir été le cas, entre la seconde guerre mondiale et 1966 ?! …

 

Au cours de la seconde guerre mondiale, les japonais réquisitionnèrent de nombreux Wats pour loger leurs troupes et les soigner. Par ailleurs le Wat du Doï Kham bénéficie, stratégiquement, d’une vue imprenable sur la région ?!... De là à en faire une plateforme d’observation il n’y a qu’un pas ?! …  Ce qui ne veut pas dire qu’il a été franchi, mais ! …

 

Toujours est-il qu’en septembre 1966, en pleine saison des pluies, un orage particulièrement violent, frappa le monastère, au point d’intriguer les villageois des alentours.

 

Le lendemain matin quelques-uns d’entre eux s’aventurèrent jusqu’au Wat, et découvrir alors un Chédi rendant l’âme et offrant à la vue de tous un ‘’trésor‘’ d’images (Statuettes) de bouddha qu’il détenait précieusement en son sein ; parmi ces images il y avait un Phra Samhon (พระสามหอม), un Phra Kong (พระคง) et … bien d’autres ! ...

 

Phra Khru Sri Pariyat Tayanurak (1942-1982) (พระครูศรีปริยัติตยานุรักษ์) l’abbé du Wat Phan-On (พันอ้น) (**), en fit transporter quelques-unes dans son temple et en vendit quelques-autres dont les fonds servirent à la rénovation du Chédi.

 

Ces intempéries ont-elles été à l’origine d’un nouvel intérêt pour ce temple ?!... Je ne saurai dire, mais trois ans plus tard, un supérieur, Phra Somsong Jantayano (1969-1981) (พระสมทรง จันทยาโน) est nommé et occupera son ministère 12 ans durant.

Son successeur fut Phra Kru Sunthorn Jetiyarak (1981) (พระครูสุนทร เจติยารักษ์). C’est sous son ministère que commencèrent alors de nombreux et grands travaux de rénovation.

 

(*) Phra Kruba Sri Vichaï (พระ ครูบา ศรี วิชัย) (1878-1938) est le grand Saint patron du Lanna. Il fut celui qui rénova plus de cent Wats dont le Wat Phra Singh en 1924. Mais son œuvre la plus grandiose fut la construction de la route qui conduit au Wat Suthep. Pendant cinq mois et vingt-deux jours entre quatre et cinq mille personnes par jour prêtèrent leurs bras et leurs savoir pour construire cette route, qui fut inaugurée le 30 avril 1937. Son charisme n’a pas été sans inquiéter Bangkok où il fut convoqué à plusieurs reprises. Les autorités d’alors le soupçonnaient de colporter des idées qui n’allaient pas dans le sens de l’unification du Siam. Après chacune de ces convocations il revenait lavé de tout soupçon, ce qui hélas ne mettait pas fin à la jalousie de certains de ses confrères en manque de charisme ?!...

Il y a aujourd’hui un monument à sa gloire au départ de la route qui conduit au Wat du Doï Suthep, et qui porte le nom de … ‘’Phra Kruba Sri Vichaï‘’.

(**) Le Wat Phan-On (พันอ้น) se situe rue Ratchadamnoen dans Chiang-Mai intra-muros, non loin de la porte Thaphae.  

 

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Photo 1 : Cette peinture murale, extraite des tableaux du nouveau Viharn, (n° 3 sur le plan du début) présente une fête au Wat Doï Kham dans les années 1982. Comme le montre ce tableau, l’accès au monastère se fait tout à la fois par l’Ouest, c’est-à-dire la route en lacet, et par l’Est au moyen d’un escalier de quelques trois marches ?!... (Photo du 08.03.2016).

Photo 2 & 3 : La face Ouest du Chédi du Wat Doï Kham. C’est ainsi qu’il apparaît quand on pénètre par l’Ouest dans le monastère. Ce Chédi est censé contenir quelques cheveux de Bouddha ?! … (Photo du 08.03.2016).

 

 

Dans la continuation de l’axe Ouest-Est du Chédi s’élève un charmant petit Viharn de construction ancienne et de style Lanna, dont l’entrée donne sur l’Est, là où se lève le soleil.

Sur chacun des trois autres côtés du Chédi, et en leur milieu, un escalier a été aménagé pour prendre pied sur la ‘’pradakṣinā-patha‘’ c’est-à-dire le chemin circulaire destiné à la circumambulation (1).

 

De part et d’autre de chacun de ces escaliers une espèce de petit sanctuaire, que les gens du Lanna appellent ‘’ashram‘’ (อาศรม) a été construit. Il y a donc au total six constructions ; chacune d’elles est consacrée à une personnalité ayant trait à l’histoire du Wat Doï Kham.

 

Les deux sanctuaires Ouest abritent respectivement Pu Sae et Ya Sae. Les deux sanctuaires Sud sont occupés par Pu Reusi Vāsuthep (ปู่ฤาษีวาสุเทพ), et les deux du Nord par Phra Mae Chao Kuanim (พระแม่เจ้ากวนอิม) (2) et Phra Mae Chao Chamadhevi (พระแม่เจ้าจามเทวี). 

 

Certaines des statues, les plus anciennes, sont l’œuvre d’artistes du cru et … de bonne volonté. Ces artistes d’antan ont aujourd’hui vraisemblablement disparu, et devaient être plus doués à cultiver le riz qu’à modeler la glaise. De ce fait, si les modèles pouvaient se voir … ils en voudraient certainement à leur(s) sculpteur(s) pour avoir été aussi maltraités ?!...

 

Cependant ce sont ces créations grossières, maladroites et naïves qui associées à leur environnement, donnent au lieu son cachet particulier. C’est pourquoi il serait vraiment dommage de les remplacer par une statuaire plus … blingbling … dont la présence dénaturerait ce lieu témoin d’un glorieux passé ?!....

 

 

(1) La circumambulation ou pradakṣinā est un rite qui consiste à tourner trois fois, voire plus, autour d’un symbole comme, par exemple, une image de Bouddha, ou un Chédi. Cette pratique permet au dévot d’honorer celui ou celle qu’il porte en son cœur et dans le cas du bouddhisme, en plus, d’acquérir des mérites. Cette marche se fait dans la plupart des cas dans le sens de la course du soleil (Sens des aiguilles d’une montre.) sauf lors de funérailles ou de rites particuliers.

(2) Kwan Yin est une déesse très en vogue qui appartient au panthéon du Bouddhisme Mahayana (grand véhicule). Elle n’a rien à voir avec le Doï Kham, mais il est de bon ton pour un temple, tout du moins à Chiang-Mai, d’avoir actuellement son image pour être … (mille excuses) … dans l’air du temps.

Cette déesse serait l’une des formes ou ‘’avatar‘’ du Bodhisattva Avalokitésvara, un saint homme. Le nom de cette déesse s’écrit de trente-six manières : Kwan Yin – Kuanim - Guan Yin – Guānyīn -   กวนอิ et กวนอิ, soit avec une finale ‘’m‘’ () ou ‘’n‘’ () ?!...

 

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Photo 1 : L’ogre Pho Pu Sae en plan général depuis son sanctuaire Ouest-sud. (Photo du 17.09.2018).

Photo 2 : Un gros plan sur le visage de Pho Pu Sae appelé aussi Ji Kham ou Chi Kham (จิคำ). (Photo du 01.11.2014).

Photo 3 : Le Fils de l’ogre Pho Pu Sae, l’ermite ou reusi Vāsuthep le père adoptif de Nang Chamadhevi (ปู่ฦาษีวาสุทพ  บิดาเล้ยง พระนางจามเทวิ)  (Photo du 01.11.2014)

 

 

Enfin, deux autres ‘’chapelles‘’, plus récentes, plus hautes et majestueuses, ont été bâties de part et d’autre du modeste Viharn. La première, sur le flanc Sud du viharn, est occupée par une image de Luang pu Si (หลวงปู่สิ) (1) et la seconde, sur le côté Nord, abrite une image de Pho Bunluang Vilangka (พ่อ บุนหลางวิลังคะ) en fait Vilangarāja (Milakkha) le roi des Luas (Lawas) qui voulait épouser Nang Chamadhevi la reine de Lamphun. En son temps, le roi Lua Vilangarāja ne devait pas avoir le même port vestimentaire ?!... (Voir ou revoir la photo concernant les membres d’une tribu naga prise fin XIXe et début XXe siècle.

 

(1) Luang Pu Si (หลวงปู่สิ) (1849-1888-1977) est un moine des forêts, (Araññavāsin) c’est-à-dire un moine qui a voué sa vie à la méditation. (1) Hier comme aujourd’hui il jouit d’une très grande popularité car il aurait eu de nombreux pouvoirs ‘’mystiques‘’ ; de ce fait ses amulettes sont particulièrement recherchées.

 

Ce moine, issu d’une famille paysanne, est originaire de Ban Nong Ha (บ้านหนองฮะ) un petit village des environs de Surin en Isan. Après avoir été novice, vers l’âge de 15 ans il envisagea une carrière de fonctionnaire au service du royaume. Puis rattrapé par le besoin de méditer et d’atteindre l’illumination, il se fit ordonner en 1888 à l’âge de … 39 ans.

 

Après son ordination il entreprit un long parcours initiatique qui le conduira jusqu’en Inde, via la Birmanie, et lors duquel il aurait atteint, comme Bouddha, l’illumination ?!...

 

Des évènements hors du commun jalonnent sa vie et rehaussent son prestige. Ainsi, un éléphant sauvage se serait prosterné à ses pieds, deux tigres du Bengale l’auraient approché, fixé dans les yeux, et seraient repartis sans lui faire le moindre mal ; dans un tout autre domaine, Luang Pu Si aurait eu la capacité de communiquer télépathiquement avec Luang Pho Ruesi Ling Dam (1917-1992) (หลวงพ่อฤาษีลิงดำ) ou Phra Ratcha Phrom-Mayan (พระราชพรหมยาน) du Wat Chantharam (วัดจันทาราม) de la province d’Uthai Thani, et aussi, de prêcher en plusieurs lieux en même temps (Don d’ubiquité).

 

Je conclurai cette liste de faits exceptionnels, que je ne garantis pas, mais qui semblent communs à d’autres moines ou Luang Pho, en précisant qu’on s’arrachait sa chique de bétel car, selon les dires d’alors, chacune d’elles aurait eu mille et un pouvoirs. Bref, la légende de Luang Pu Si ne manque pas d’évènements qui glorifient l’homme et le mettent sur un piédestal devant lequel le commun des mortels ne peut que s’incliner !...

 

Après avoir été initié par les plus grands maîtres, novice déjà, il aurait appris des incantations magiques de la bouche de Phra Phuttachan Carya Toh Prohma Rangsi. (สมเด็จพระพุฒาจารย์ โต พรหมรังสี), (2) Il enseignera et formera nombre de disciples dont Luang Pu Wean Sujinno (1887-1985) (หลวงปู่แหวน สุจิณโณ) du Wat Doï Mae Pang (วัดดอยแม่ปั๋ง) sur la route n° 1001 de Phrao au nord de … Chiang-Mai.

 

Pendant 89 ans, Luang Pu Si servira le bouddhisme. Puis après avoir prédit le jour de sa mort, il s’éteindra en 1977 à l’âge de … 128 ans !... Son corps repose aujourd’hui dans le Wat Khao Tham Bunnak (วัดเขาถ้ำบุญนาค) de Nakhon Sawan car, contrairement aux usages, il n’a pas été incinéré ; son corps se serait momifié de lui-même en dégageant une agréable odeur.

 

(1) Le moine des forêts (Araññavāsin) se consacre à la méditation. Il se remarque à la couleur brun/marron de son vêtement. Alors que le moine urbain (Gammavāsi) est en contact avec la population. C’est un moine qui rappelle le contenu du ‘’dharma‘’ aux fidèles. Sa tenue est de couleur safran. Mais il y a moine et moine. Nombreux sont les … ‘’moinillons‘’ et moins nombreux les bhikkhus, c’est-à-dire ceux qui ont reçu l’ordination, laquelle ne se donne qu’aux hommes de plus de vingt ans. 

(2) Je ne garantis pas l’orthographe de ce nom parce que je l’ai trouvé écrit de trente-six façons. 

 

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Photo 1 : L’ashram du vénérable Luang Pu Si (หลวงปู่สี). Cette bâtisse doit dater des années 1980. (Photo du 08.03.2016)

Photo 2 : Le vénérable Luang Pu Si (หลวงปู่สี). (Photo du 17.09.2018)

Photo 3 : Le roi Lua (Lawa) Pho Bun Luang Vilangka ou Vilangarāja (Milakkha). Au moins deux rois auraient porté ce nom alors allez savoir qui est qui ?... (Photo du 01.11.2014)

Photo 4 : Même légende que ci-dessus. (Photo du 08.03.2016)

Photo 5 : L’ashram, du chef des Luas (Lawas). Il est beaucoup plus modeste et plus ancien que celui de Luang Pu Si. (Photo du 08.03.2016)

 

 

Nota : Aux alentours de Chiang-Mai il existe encore des villages propres à certaines ethnies. C’est le cas de Ban Muang Ka (บ้านเมืองก๊ะ). Ce village est un village Lua ou Lawa, dont les ancêtres furent, bien avant les T’aïs, les premiers colonisateurs de la région, voire de ce qui deviendra le Lanna. Bien que perdu dans les montagnes au Nord/Ouest de Mae Rim, il a été pénétré par le bouddhisme, ce qui signifie, pour ces Lawas, une certaine perte de leur identité d’origine.

 

Dans les temps anciens, dit-on, au VIIe ou VIIIe siècle ce village aurait été la ‘’capitale‘’ du roi Pho Bun Luang Vilangka ou Vilangarāja qui s’affronta avec la reine de Lamphun, Nang Chamadhevi.

 

Ce n’est pas par hasard si les quatre empreintes des bouddhas se trouvent à, à peine, dix kilomètres de ce village et s’il se raconte que Pu Sae et Ya Sae seraient venus jusqu’en cet endroit. Mais comme l’objet de ce ‘’nota‘’ n’est pas d’être un récit historique, je ne m’engagerai pas plus loin en ce domaine. 

 

Toujours est-il qu’un monument a été élevé dans ce village en l’honneur de Vilangarāja, et qu’il aurait été dommage de ne pas en communiquer son existence. Un dernier mot cependant, dans ce village il m’a été montré un manuscrit en môn-shan qui ne serait pas sans accréditer la thèse que les Lawas ou Luas seraient bien venus depuis le nord de la Birmanie ?!....

 

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Photo 1 : Ban Muang Ka : Le sanctuaire, juste avant l’entrée du Wat de Ban Muang Ka, où s’élève une représentation de Vilangarāja. (Photo du 29.09.2018)

Photo 2 : La statue de Vilangarāja à l’intérieur du sanctuaire avec au premier plan - je suppose – le pilier du village qui naguère s’élevait près de la maison du chef (Il en existe un exemplaire au musée de Chiang-Mai) et qui ressemble plus à un lak Muang Thaï qui n’est qu’un ersatz du poteau Lawa. (Photo du 29.09.2018)

Photo 3 : Une autre représentation de Vilangarāja, celle d’un Sri Yantra. (Photo du 29.09.2018)

 

 

Le Viharn ou la salle d’enseignement et de recueillement :

 

L’intérêt de ce Viharn c’est qu’il a gardé, en dépit de l’agitation extérieur, ce qu’était autrefois, au Lanna, ce genre de lieu. Avec lui, point de tape à l’œil à la mode Rattanakosin (Art propre à Bangkok), que de la simplicité qui frise quelque peu avec un désordre désuet et de la convivialité qui fait qu’on se sent comme chez soi, et en communion avec les esprits présents.

 

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Photo 1 : L’entrée du Viharn avec ses deux lions peints à l’ancienne. (Photo de 2007)

Photo 2 : Les images de Bouddha, de style Lanna, installées sur l’autel du viharn La première porte en haut du crâne un bouton de lotus propre à l’école de Chiang-Saen, tandis que la seconde, influencée par l’art de Sukhothai porte une flamme. (Photo du 07.12.2015) พระพุทธรูปองค์ประธาน

Photo 3 : Quelques huit ans plus tard … l’entrée du Viharn avec ses deux lions peints à la mode … tape à l’œil. Lesquels préférez-vous ?... (Photo du 08.03.2016)

 

 

Ce serait faire outrage au monastère que de ne pas mentionner l’un, j’écrirai même ‘’le‘’ sanctuaire le plus en vogue du Wat Doï Kham. Celui pour lequel viennent la plupart des fidèles à savoir le sanctuaire de Luang Po Than Jaï (หลวง พ่อ ทัน ใจ) (*)

 

Ce sanctuaire, loin de passer inaperçu, occupe une aire conséquente parallèle au flanc Nord du Viharn et se signale, avant d’être vu, à l’agréable odeur qu’exaltent les nombreux colliers de fleurs de jasmin qui s’entassent, parfaitement ordonnés, sur une bonne dizaine de mètres, devant l’autel de Luang Po Than Jaï.

 

D’après les dires des croyants, Luang Po Than Jaï serait en mesure de répondre aux désirs de tout un chacun ; mieux, il aurait même la particularité d’exaucer les vœux en des temps records, à la condition de faire sa demande avec ferveur, de brûler quelques bâtons d’encens et de glisser dans l’urne voisine un don d’un ou de plusieurs petits billets, les gros sont aussi admis.

 

Par la suite, si votre vœu ou vos vœux ont été exaucés, revenir sur les lieux et déposer un grand collier de fleurs de jasmin en signe de remerciement.

 

Ce n’est donc pas par hasard si vous croisez de nombreux vendeurs de billets de loterie. Acheter un billet et faire qu’il soit gagnant compte vraisemblablement parmi les vœux les plus adressés à Luang Pho Than Jaï qui, le pauvre, doit avoir bien des soucis pour contenter tous les demandeurs.

 

Il y a chez nous, en europe, le culte de la ‘’vierge noire‘’ qui ressemble beaucoup à celui de ‘’Luang Pho Than Jaï‘’.

 

(*) Une fois de plus cette image est orthographiée sous différentes formes : ‘’Luang Por Tun Jaï ‘’, ‘’Luang Phor Than Jai ‘’.

 

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Photo 1 : L’image de ‘’Luang Pho Than Jaï‘’ sur son autel. Il se dit dans les ‘’sphères compétentes‘’ que cette image aurait plus de 500 ans et qu’elle aurait été coulée vraisemblablement à la fin de la dynastie Mengraï, c’est-à-dire aux environs de 1558, ce qui correspond à l’arrivée des Birmans au Lanna. (Photo du 08.03.2016)

Photo 2 : Une image de ‘’Luang Pho Than Jaï‘’ en plan dit américain. (Photo du 16.02.2017)

Photo 3 : Le sanctuaire de ‘’Luang Pho Than Jaï‘’ vu depuis les offrandes de couronnes de fleurs de jasmin. (08.03.2016)

 

Derrière le sanctuaire de ‘’Luang Pho Than Jaï‘’ s’élève celui d’un des quatre plus grand Bodhisattva du Bouddhisme Mahayana chinois avec les Bodhisattvas Mañjuśri, Samantabhadra et Avalokiteśvara dont l’une des formes la plus connue est celle de Guan Yin.

 

Il s’agit de Phra Kasitikhan Maha Phothisat (พระกษิติครรภ์ มหาโพธิสัตว์) comme gravé sur la plaque de cuivre posée près du sanctuaire, et Phra Kasiti Khappha Maha Phothisat comme écrit dans nombreux livres. Ce nom vient du sanskrit ‘’Kṣitigarbha‘’ qui signifie ‘’germe de la terre‘’, et dont certains textes traduisent par ‘’matrice de la terre‘’, ‘’Trésor de la terre‘’, ‘’origine de la terre‘’ ou encore ‘’ventre de la terre‘’.

 

Il est considéré comme le patron des enfants et des voyageurs mais plus précisément des âmes des enfants décédés avant leurs parents. Il intervient aussi au sujet de la souffrance des animaux en enfer. Il avait pour fidèle compagnon un chien blanc appelé ‘’Tai-Ting‘’.

 

Il est souvent représenté se tenant debout sur une fleur de lotus, symbole traditionnel de la pureté bouddhique parmi les horreurs et les tourments de notre monde et … avec trois objets caractéristiques.

 

1/ Dans sa main droite il tient un ‘’Khakkhara‘’, (*) c’est-à-dire un bâton qui lui permettrait d’ouvrir les portes des enfers.

2/ Sur sa tête il porte une couronne à l’effigie des cinq bouddhas de sagesse que sont : le bouddha de l’Est, Akshobhyan, le bouddha du Nord, Amoghasiddhi, le bouddha de l’Ouest, Amitabha, le bouddha du Sud, Ratnasambhava, et le bouddha du centre, Vairochana.

3/ Dans sa main gauche il tient un ‘’Chintamani‘’ ou ‘’Cintamani‘’ (**) c’est-à-dire un joyau magique qui lui permettrait de s’éclairer dans les enfers.

 

Avec Phra Kasitikhan Maha Phothisat il est beaucoup question d’enfer, et cela parce que ce dernier en tant que bodhisattva, donc futur bouddha, aurait fait le vœu de devenir Bouddha que lorsque tous les enfers seraient vidés de leurs damnés.

 

(*) Le ‘’Khakkhara‘’ est un bâton de moine bouddhiste qui comporte à son extrémité 6 anneaux qui en se heurtant annonce la venue du dit moine. Ce mot est souvent remplacé par ‘’bâton d’alarum‘’, une ancienne orthographe pour ‘’bâton d’alarme‘’.

(**) Le ‘’Chintamani‘’ ou ‘’Cintamani‘’ est un mot sanskrit qui sert à désigner un joyau magique, une espèce de pierre fabuleuse de la forme et de la grosseur d’une belle orange, qui change d’aspect suivant les pensées de son possesseur et qui exauce tous les vœux de ce dernier. Autrement écrit, seuls les hommes de biens, comme les grands boddhisattvas, en détiennent un.

 

Un peu plus loin le visiteur découvre un sanctuaire dédié à Khun Luang Wilanka, le roi des Lawas, et un autre à ‘’Guan Yin‘’ ou ‘’Kuan Yin‘’ l’une des formes la plus connue du bodhisattva Avalokiteśvara.

 

Puis, en revenant sur ses pas pour accéder à la terrasse il y a sur la gauche un autel dédié à Ganesha.   

 

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Photo 1 : Le sanctuaire de Phra Kasitikhan Maha Phothisat (พระกษิติครรภ์ มหาโพธิสัตว์) ou Phra Kasiti Khappha Maha Phothisat. (Photo du 17.09.2018)

Photo 2 : Le sanctuaire de ‘’Guan Yin‘’ ou ‘’Kuan Yin‘’ l’une des formes la plus connue du bodhisattva Avalokiteśvara, le bodhisattva de la compassion. (Photo de 2007)

Photo 3 : Le sanctuaire de ‘’Ganesha ‘’ (Photo du 17.09.2018)

 

La terrasse :

 

En quittant le monastère par l’Est, le visiteur abouti sur une large esplanade et de là, sur une vue imprenable de la région.

 

Avant 2017, sur ce vaste promontoire il n’y avait, au Nord, qu’un petit sanctuaire dédié au dieu Indra. Celui-là même qui aurait édifié le tout premier Chédi pour y déposer le reliquaire contenant quelques cheveux de Bouddha.

 

Mais depuis cette date deux nouveaux bouddhas sont venus occuper les lieux. Au Nord c’est une image d’un bouddha couché qui a été construit et au Sud/Ouest celle d’un bouddha debout.

 

L’attitude du Bouddha couché ou Pagn Saïyat ‘’ปางไสยาสน์‘’ :

 

D’après Madame Khaisri Sri Aroon (ไขศรี ศรีอรุณ) le bouddha couché se présente sous cinq attitudes : 1/ Les songes du (futur) Bouddha (4è image), 2/ Bouddha enseignant à Asurindrāhu (52è image), 3/ La prophétie (64è image), 4/ l’enseignement à subhadda (65è image) 5/ la grande et totale extinction ou le ‘’Mahāparinibbāna (66è image).

 

Ici il s’agit de Bouddha donnant son enseignement à Asurindrāhu, (อสุรินทราหู) plus connu sous le nom de Rāhu. (ราหู)

C’est cette image de Bouddha que vénèrent plus particulièrement les fidèles nés un mardi.

 

Description de l’image : Bouddha est couché sur le côté droit. Ses deux pieds sont sur le même niveau, et le pied gauche repose sur le pied droit. Le bras gauche, allongé, épouse le corps et la paume de sa main est tournée vers le corps. La tête de bouddha est soutenue par sa main droite dont la position du bras lui permet d’être dégagée du sol.

 

Asurindrāhu (อสุรินทราหู) ou Rāhu (ราหู) (*), est un démon, qui n’avait de cesse qu’à devenir immortel. Dans ce but il s’introduisit dans une réunion réservée aux dieux, la ‘’Kṣīrodamathana, et là, vola et commença à boire le ‘’Soma‘’, c’est-à-dire le breuvage de l’immortalité. La Lune et le soleil, qui le virent faire, s’empressèrent de le dénoncer à Vishnu qui, très irrité, lança son ‘’Sudarshan Chakra‘’ en sa direction. Cette arme redoutable trancha la tête de l’intru qui alors se trouva sans queue. (Rāhu était un dragon).

 

Mais comme Rāhu avait absorbé quelques gouttes de l’amṛta, il était devenu immortel. Pour ces raisons, il y eut alors deux entités, une tête qui conserva le nom de Rāhu, et une queue qui prit celui de Kêtu (เกตุ). (**)

 

Pour se venger du Soleil et de la Lune, Rāhu, (***) au plus haut des cieux, et depuis sa décapitation, poursuit sans relâche ces deux astres ; et, dès qu’il le peut, il en attrape un pour n’en faire qu’une bouchée. Une bouchée qui, faute de corps, va réapparaître quelques instants plus tard, et poursuivre sa course céleste, mais … toujours avec Rāhu à ses trousses.

 

L’absence momentanée de ces luminaires à la vue des hommes a été désignée au moyen du terme d’éclipse, et Rāhu s’est fait la réputation de dévorer ces deux astres durant … précisément … les éclipses. C’est le démon qui dévore le Soleil et la Lune lors des éclipses ?!...

 

(*) Asurindrāhu est formé de deux mots, Asurī qui signifie démon, et Rāhu qui sert à désigner un dragon. Asurindrāhu et Rāhu ne font donc qu’un. Il a pour ennemi intime Suriyadevā (le soleil) et Candrādevā (la lune). Rahu est un ami du seigneur Vepacitti.

(**) L’astrologie Indienne védique considère Kêtu comme le nœud descendant de la lune, ou la queue du dragon. C’est aussi la dernière des navagrahas ou planètes, qui en occident correspond à ‘’Pluton‘’.

Pour la petite histoire, je rappelle que Pluton a perdu son titre de planète au congrès de Prague le jeudi 30 août 2006 ; mais depuis peu des astronomes s’emploient à lui redonner son titre pour des raisons propres à l’astronomie et non … à l’astrologie.

(***) En astrologie védique, Rāhu est le nœud ascendant de la lune ou la tête du dragon et, la huitième graha, c’est-à-dire, en astrologie occidentale, la planète Uranus.

 

 

Le contexte : Alors que Bouddha était de passage à Veḷuvana survint une éclipse de lune puis une éclipse du soleil. Il ne fit alors aucun doute que Rāhu en était responsable.

 

Certains que Bouddha pouvait intervenir en leur faveur les deux victimes firent alors appel à sa compassion. Bouddha l’omniscient les entendit et Rāhu se retrouva devant lui. Après avoir entendu Bouddha, Rāhu se converti et la Lune et le Soleil retrouvèrent leur liberté. (*)

 

(*) Il existe plusieurs versions de cet événement.

 

Conclusion : Cette image rappelle que Bouddha a un pouvoir supérieur aux êtres surnaturels et qu’il a converti Rāhu tout comme il a converti Pu Sae et Ya Sae … à partir du Doï Kham ?! …

 

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Photo 1 : Phra Bouddha Chao Pagn Saïyat (พระพุทธเจ้าปางไสยาสน์) (Bouddha dans l’attitude couché) enseignant Rāhu. Il y a, de chaque côté, agenouillé, Moggallāna et Sāriputta.

Au centre figure Phra Phikhanet Suan (คาถาบูชาพระพิฆเนศวร์), une déité indienne fils de Shiva et de Parvati, connue aussi sous le nom de Ganesha, le dieu du succès des arts et des belles lettres. A Chiang-Mai il est comme le dieu protecteur du ‘’collège d’art dramatique‘’ au 86 rue Wua Laï.

Tout en bas repose l’une des formes du bodhisattva Avalokiteśvara, ‘’Kuan Yin‘’ ou ‘’Guan In‘’ sur son dragon.   (Photo du 17.09.2018)

Photo 2 : La porte qui naguère conduisait au monastère et par où arrivait l’escalier qui partait du pied du Doï Kham. Elle permet aujourd’hui la circulation entre le monastère et son esplanade.

Côté esplanade, deux ‘’nok Hasadiling‘’ (นก ห้สดีลิงค์), y montent la garde de part et d’autre de la porte. Ces créatures extraordinaires sont de puissants oiseaux mythiques à tête d’éléphant, qui peuplent et vivent dans la légendaire forêt de l’Himavanta (หิมพานต์) ou Himmaphan, située quelque part dans l’Himalaya, tout près du mont Méru. (Photo du 17.09.2018)

Photo 3 : Une image d’Asurindrāhu (อสุรินทราหู) ou Rāhu (ราหู) prise au Wat Tha Maï I (วัดท่าใหม่อิ) de Chiang-Mai hors les murs Sud. Un Wat de style Lanna à visiter. Personnellement je le trouve tout plein de charme. (Photo du 10.12.2009)

Photo 4 : Au Nord, tout à côté du Bouddha couché, le sanctuaire dédié au dieu Indra. Le plus ancien de tous les sanctuaires de l’esplanade ; et tout derrière, se trouve la maison des esprits du Wat Doï Kham. (Photo du 17.09.2018)

 

 

L’attitude du Bouddha marchant : Pagn Lila ‘’ปางลีลา‘’

 

Cette image représente un Bouddha marchant semblable à la 35è image de la galerie de Phra Pathom Chedi et au Bouddha marchant de Sukhothai des XIVe/XVe siècle, mais dont la position de la main gauche est quelque peu différente. En effet les doigts de la main gauche au lieu d’être droits, dirigés vers le ciel, ont la position correspondant au ‘’vitarka mudrā‘’.

 

Cette image symbolise l’un des grands événements de la vie de Bouddha : ‘’La descente du ciel des 33‘’, (ปางเสด็จลงจากสวรรค์ชั้นดาวดึงส์) fêté à l’occasion du ‘’Kaṭhin‘’ (Présentation de robes aux moines à la fin de la saison des pluies.)

 

C’est cette image de Bouddha que vénèrent plus particulièrement les bouddhistes nés lors du onzième mois lunaire.

 

 

Description de l’image :

 

Bouddha se tient debout. Ses deux pieds ne sont pas sur le même niveau, le pied droit est en léger recul par rapport au pied gauche, et son talon légèrement décollé du sol. C’est donc bien un bouddha marchant.

 

Le bras droit est replié de telle façon que la main de ce bras se situe au niveau de l’épaule. La paume de la main, à l’intérieur de laquelle il y a un Chakra, est tournée vers l’avant, et la main épouse la position dite ‘’vitarka mudrā‘’ ou ‘’vyākhyāna mudrā‘’. (*)

 

Le bras droit pend le long du corps en s’en écartant légèrement.

 

(*) Le mot ‘’mudrā‘’ se définit comme étant un geste de la main ; et ‘’vitarka‘’ ou ‘’vyākhyāna‘’ se rapporte à l’enseignement, à l’explication ou encore à l’argumentation. Autrement écrit celui ou celle dont la main a la position de ‘’vitarkamudrā‘’, prêche ou donne son enseignement en l’argumentant. Dans la position ‘’vitarkamudrā‘’ le pouce touche légèrement l’index en formant un cercle.

 

 

Le contexte : D’après les légendes, la mère de Bouddha, Māyā ou Mahāmāyā, serait morte sept jours après la naissance de son fils. Le jeune Gautama aurait alors été élevé par sa tante, Prajapati, la sœur de sa mère. A son décès, Māyā, la mère de Bouddha donc, exceptionnellement, car c’est loin d’être le cas pour un humain lambda, serait allée renaître et prendre l’aspect d’un Deva (Être divin bienveillant) dans le ciel de Tāvatiṃsa (1) mais, sans avoir reçu l’enseignement de son fils ... et pour cause !...

 

De ce fait, bien des années plus tard, alors que Gautama était devenu un Bouddha, il se serait rendu au paradis de Tāvatiṃsa pour donner son enseignement aux Devas, donc à sa mère et ainsi la libérer de son saṃsāra. (2)

 

Après avoir enseigné le dharma ou ‘’l’Abhidhamma Pitaka‘’ trois mois lunaires durant, (3) Bouddha prit congé des dieux et revint sur terre. Ce retour se serait effectué le 22è jour du 9è mois lunaire lors de la fête Indienne de Mahāpavarana.

 

Pour permettre cette descente sur terre, Indra le dieu des dieux, aurait fait relier la base du Mont Méru à la porte Nord (4) de la ville de Sankisya ou Sankassa (Saṃkāśya) (5) au moyen d’un triple escalier, en diamant pour celui du centre, en or pour celui de droite et en argent pour celui de gauche. (6)

 

Bouddha, rayonnant de gloire, emprunta l’escalier de diamant avec, de part et d’autre, à ses côtés, deux serviteurs d’exception, le dieu Indra portant un/une Chattra (Parasol destiné à honorer et à abriter les très hautes personnalités) et le dieu Brahma agitant un Chauri en or (Petit fouet à mouches).

 

Etaient là aussi, Pancasinkhara jouant du luth et chantant, Matuli Devaputta jetant des fleurs célestes sur le passage de Bouddha et, devant la porte Nord de la ville de Sankassa, Kolita et Oupatissa plus connus sous leur nom de Moggallāna et Sāriputta.

 

(1) le ciel de Tāvatiṃsa est le deuxième des six paradis bouddhiques. Il se situe au sommet du Mont Méru, et le dieu des dieux, Indra en est le roi. Sa capitale porte le nom de ville des trente-trois. (Souvent, dans certains textes, le Tāvatiṃsa est remplacé par le Tusita ?!...)

Ces six paradis, dans l’ordre croissant sont : Cātummahārājika (จาตุมหาราชิกา), Tāvatiṃsa (ดาวดึงส์), Yāma (ยามา), Tusita (ดุสิต), Nimmānarati (นิมมานรดี), et Paranimmitavasavatti (ปรนิมมิตวสวัตดี).

(2) Le mot de saṃsāra sert à désigner le flux des renaissances successives propre à chaque individu ; des renaissances qui sont fonction des vies antérieures de chacun. Dans le cas présent il semblerait que la mère de Bouddha n’aura plus à renaître. Grâce à l’enseignement de son fils elle aurait atteint le salut que cherche tout bouddhiste.

(3) Ces trois mois lunaires passés au Tāvatiṃsa correspondent à la retraite annuelle ou ‘’vassa‘’ (วสฺส), ‘’vassāvāsa‘’, que les bhikkhus vivent durant la saison des pluies. Khao Phansa (เข้าพรรษา), qui se célèbre le lendemain d’Asalha Puja (อาสาฬหบูชา) marque le début de cette retraite et celui du carême bouddhique.  L’une des traditions ce jour-là, consiste à offrir des cierges dits thien (เทียน ) en thaï, aux moines pour leur permettre d’étudier dans l’obscurité, et de couler un ‘’Thon Thien‘’ (ต้นเทียน) c’est-à-dire un arbre cierge.

Carême et retraite se terminent par un deuxième Khao Phansa, (*) suivit le lendemain par Thod Kaṭhin (ทอดกฐิน) ; une cérémonie de fête qui consiste à offrir un repas et des habits aux moines.

(*) Les laïcs célèbre au milieu de la retraite un autre Khao Phansa, ce qui alors en fait trois, pour les laïcs et deux pour les bhikkhus.

(4) Les portes du Nord des villes sont réservées aux seuls souverains. A Chiang-Mai la porte royale est, ou était, la porte Chang Phuak.

(5) Sankassa, Sankasia, Sankissa, Sankasya, Sankashya, ou encore Sankassa Nagara, Sankasya Nagar et Saṃkāśya, pour ne citer que ces noms, est une ville située dans l’Uttar Pradesh dans le Nord de l’Inde. Sankasia est l’un des huit grands sites bouddhiques.

(6) La descente de Bouddha du ciel des trente-trois (ปางเสด็จลงจากสวรรค์ชั้นดาวดึงส์) fait l’objet de moultes allégories dont de nombreuses fresques murales, peintes en général tout au-dessus de la sortie des Viharns. (Mur intérieur Est). Il y en a une merveilleuse à Chiang-Mai intra-muros au Wat Tung Yu (วัดทุงยู) situé presqu’en face de l’hôtel de police.

 

 

Epilogue : Cette légende est à l’origine de la sanctuarisation de l’emplacement où Bouddha aurait posé son pied droit en arrivant devant la porte Nord de la ville de Sankassa ; et, racontent nombre de légendes, ce serait en cet endroit que tous les Bouddhas venant du ciel auraient ou poseraient d’abord leur pied droit en arrivant sur terre ; ce qui sera le cas pour le Bouddha du futur … Maitreya.

 

Cette détermination à poser systématiquement le pied droit en ce seul et unique endroit signifie que l’enseignement qui a été donné à Mahāmāyā, l’Abhidhamma Pitaka, est de toutes les conceptions de vie, le seul qui permette d’atteindre le but ultime, le salut auquel aspire tout bouddhiste.   

 

De ce fait, il convient de se demander si ce sanctuaire ne serait pas à l’origine des nombreuses empreintes du pied de Bouddha de par le monde Bouddhique ?!... (*)

 

Toujours est-il, qu’en ce qui concerne le Lanna, il y a un parallèle à faire avec les empreintes du pied des quatre Bouddhas du Wat Phraphutthabat Si Roï, et le sanctuaire de Sankassa où a été édifié l’Acaja Cetiya pour rappeler l’événement.

 

Donc, c’est bien un Bouddha marchant descendant des cieux qui a été érigé sur l’esplanade du Wat Doï Kham. Cette nouvelle image de Bouddha vient se substituer à une autre, celle du Bouddha Phra Bot (พระบฏ), une image spécifique, consensuelle, propre à la région et qui existe depuis longue date puisqu’elle concerne la bienveillance de Bouddha suite à la conversion de Pu Sae et de Ya Sae ?! …

 

La dernière bannière de Phra Bot a été peinte en 1920 pour remplacer la précédente, mystérieusement disparu alors qu’elle était entreposée temporairement (**) dans un coffre au Wat Kao Tue (ว้ดเก้าตื้อ) devenu aujourd’hui l’ubosot du Wat Suan Dok. Cette bannière est aujourd’hui conservée au Wat Pachi (วัด ป่าจี้) (Le Wat de la forêt de l’Ascète), à trois ou quatre quelques kilomètres seulement du Wat Doï Kham.

 

(*) Il existe une attitude pour commémorer le bouddha imprimant l’empreinte de son pied (ปางประดิษฐานรอยพระพุธบาท).

(**) Le Phra Bot était à l’origine conservé dans le Viharn Laï Kham du Wat Phra Singh. En raison de travaux de rénovation, supervisés par Khruba Sri Vichaï, le coffre et sa bannière avaient été transportés au Wat Kao Tue (ว้ดเก้าตื้อ) contiguë au Wat Suan Dok.   

 

 

Conclusion : Cette image définit Bouddha comme étant supérieur aux dieux, qu’il protège la région de sa bienveillance, et que le dharma reste la seule voix qui conduise au salut.

 

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Photo 1 : Le Bouddha Phra Bot (พระบฏ), est un Bouddha peint dans une attitude de bienveillance (mettā) et de compassion (Karuņā). Il est accompagné de ses disciples Moggallāna à sa gauche et Sāriputta à sa droite. Cette image et son nom sont spécifiques et propres à la région.

Le nom propre de … ‘’Phra Bot‘’ vient de deux noms communs : l’image de Bouddha ‘’Phra‘’ (พระ) peint sur un tissu ‘’bot‘’ (บฏ).

Matériellement, le Phra Bot donc, se présente sous l’aspect d’une bannière de quatre mètres de haut sur deux mètres cinquante de large. Elle est déroulée et présentée au public à l’occasion du culte annuel dédié à Pu Sae et Ya Sae, un rite connu sous le nom de … Liang Dong (เลี้ยงดง). (Photo du 18.06.2016)

Photo 2 :  Les illustrations du haut de la bannière concernent deux esprits Lawas ou Luas, à gauche Phi Doï (ผีดอย) soufflant dans une coque (Hoï-Sang) comme au temps du védisme pour annoncer une victoire, et à droite Phi Fa (ผีฟ้า) tenant un parasol blanc (Séwat-Chattra) symbole de la royauté suprême. Ils sont respectivement l’esprit du Doï Kham et l’esprit du Ciel. Ces esprits typiquement Lawas ont été bouddhisés, et l’un comme l’autre est devenu un ‘’Deva‘’. (Photo du 18.06.2016)

Photo 3 : Le nouveau Bouddha de la région, (Phonétiquement) Phra Bouddha Beuk Fa Phra Than Phone (พระพุทธเบิกฟ้าประทานพร) en construction. (Photo du 08.03.2016).

 

 

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Cette image représente Bouddha après que le ciel se soit ouvert sur son passage, (พระพุทธเบิกฟ้า) donnant sa bénédiction (ประทานพร) aux habitants du Lanna ainsi qu’aux visiteurs et touristes de passage.

C’est en fait l’attitude de Bouddha descendant du ciel des trente-trois (ปางเสด็จลงจากสวรรค์ชั้นดาวดึงส์) qui de son pied droit va marquer le sol de son empreinte ?! ….

Là encore il y a à ses côtés ses deux disciples que sont Moggallāna à sa gauche et Sāriputta à sa droite.

 

Photo 1 : (Photo du 21.11.2017) - Photo 2 & 3 : (Photos du 17.09.2018)

 

 

L’esplanade, construite artificiellement, permet aux visiteurs de se reposer un court instant grâce à quelques bancs fleuris propices à la photo souvenir, et, surtout de jouir d’un spectacle visuel de toute beauté, tant le panorama est exceptionnel.

 

Outre l’autel dédié à Indra, le Bouddha couché et le Bouddha debout il y a aussi, derrière le sanctuaire d’Indra la maison des esprits, et sous le Bouddha debout deux autres sanctuaires : l’un est consacré au Bouddha d’Emeraude, une copie de celui de Bangkok, avec une statue de Phra Sīvalī Thera à ses côtés, et l’autre, est spécifique au Bouddha du futur ‘’Phra Sri Ariya Maitreya‘’ (พระศรีอริยเมตรัย).

 

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Photo 1 : Sous le Bouddha marchant descendant du ciel, il y a ce sanctuaire, le sanctuaire du Bouddha d’Emeraude. (Photo du 17.09.2018)

Photo 2 : Parmi les composants du panorama qui s’offre aux visiteurs, celui du ‘’Royal Flora Ratchaphruek‘’ (ราชพฤกษ์) un parc créé à l’occasion de la grande exposition floral de 2006 et qu’il vaut mieux visiter à vélo plutôt qu’à pied si vous voulez vraiment le parcourir de bout en bout.    

Photo 3 : Sous le Bouddha marchant descendant du ciel, il y a aussi cet autre sanctuaire, le sanctuaire du Bouddha Phra Sri Ariya Maitreya. (Photo du 17.09.2018)

 

 

D’après les légendes, le haut du Doï Kham n’aurait été naguère qu’une tribune pour Bouddha, mais un bouddha aux mensurations hors du commun, c’est pourquoi un modeste petit monastère a pu être construit sur cet agora, mais … un modeste petit monastère comme déjà dit ?! ...

 

Aujourd’hui, pour des raisons dont la noblesse n’a plus rien à voir avec celle du Dharma, l’environnement sylvestre est entrain de laisser place à des échoppes et un circuit routier pour accueillir de plus en plus, non pas de fidèles mais de touristes dont certains … ne respectent rien !...

 

 

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              La mise en œuvre de la route de retour du Doï Kham :

Photo 1 : Ces bâtiments en construction sont destinés à devenir des échoppes vouées au commerce et non à la méditation. Les temps changent et le Wat poursuit, à mon humble avis, sa descente … aux enfers … à moins que Bouddha ne vienne, un jour ou l’autre, y mettre bon ordre !... (Photo du 17.09.2018)

Photo 2 : L’artiste Chang Then (ชางแทน) de Hang-Dong surpris dans la réalisation de sa gigantesque peinture murale concernant l’un des grands mythes cosmologiques de l’hindouisme ‘’Le barattage de la mer de lait‘’. (Photo du 17.09.2018)

Photo 3 : ‘’Le barattage de la mer de lait‘’ : Bien avant que l’homme n’apparaisse, au plus des cieux, les dieux (Devas) et les démons (Assuras) s’affrontaient sans relâche tandis qu’une mer de lait couvrait l’univers. Tout au fond de cette étendue lactée il y avait un breuvage qui donnait l’immortalité, le ‘’soma‘’ ; chacun de ces partis voulait se l’approprier. Le seul moyen pour y parvenir était de collaborer pour baratter la mer de lait et alors faire remonter en surface le ‘’soma‘’ qui se trouvait tout au fond.

De ce fait, le ‘’mandara‘’ ou linga royal du Mont Méru servit de baraton (bâton de baratte), le roi des nagas, le serpent Vāsuki, s’enroula autour de ce baraton, puis les 54 Devas saisirent Vāsuki du côté de sa tête, tandis que les 54 Asuras en firent autant du côté de sa queue. Et les uns et les autres s’entendirent alors pour créer un mouvement de va-et-vient ! … La fresque n’en dit pas plus ?!.... Mais l’un des partis s’empara du Soma que Rāhu, qui figurait parmi les Assuras !...

Relire plus haut pour connaître la suite ?! …

 

En conclusion : Le monastère, ou le Wat du Doï Kham était un tout petit Wat dont le charme, la désuétude et l’éloignement de tout, favorisaient le recueillement et la méditation. Mais avec un tourisme quelque peu … prédateur il devient au fil des jours un vrai parc d’attraction, une espèce de ‘’Bouddha-land‘’ à la mode Disney. Mais peut-être que Bouddha reconnait les siens et que fidèles et touristes y trouvent leur compte ?!... Pour le moment l’entrée est gratuite. Cependant, comme l’argent appelle l’argent je ne garantis pas la permanence de cette gratuité ?! …

 

Suggestions de visites :

 

Si vous désirez vous rendre au Wat Doï Kham, allez-y de préférence un matin, le soleil, qui a l’habitude de se lever à l’est depuis la nuit des temps, lui donne alors toute sa splendeur. Ensuite allez faire un tour au parc ‘’Royal Flora Ratchaphruek‘’ (ราชพฤกษ์) au pied du Doï Kham, et, s’il vous reste encore un peu de temps il y a tout à côté un Wat du XIIIe siècle appelé de deux noms Wat Thon Kwain (วัดต้นแกว๋น), ou Wat Intharawat (วัดอินทราวาส). Prendre la 108 en direction de Hang Dong et, arrivé au carrefour avec la 121, tourner à droite et 100 ou 200 mètres plus loin tourner à gauche.  Il est encore très peu visité et garde ses qualités d’origine.

 

 

Pour les fervents de la marche à pied !...

 

Plutôt que d’aller au Wat Doï Kham en voiture ou à moto, vous pouvez y monter à pied ?! … Quand on aime le nombre de marches ne compte pas.

 

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Photo 1 : Tout au bas du Doï Kham, là où s’élève le sanctuaire de Pu Sae et de Ya Sae commence l’escalier d’origine. Il est encore praticable. De part et d’autre de sa première marche se dresse un naga protecteur dont le rôle est d’éloigner les visiteurs malintentionnés. Les deux nagas sont toujours honorés vus les dons qui leur ont été faits. (Photo de Pong du 30.09.2018)

Photo 2 : A mi-parcours, compte tenu de la terrasse artificielle, un nouvel escalier a été construit. (Photo de Pong du 30.09.2018)

 

 

Un dernier regard sur le Wat Doï Kham !...

 

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Ce tableau, accroché à l’intérieur du Viharn représente Bouddha descendant du ciel à la sortie du carême, c’est-à-dire lors de ‘’Mahā pavarana‘’.  Ce jour, qui marque la fin de la retraite de la saison des pluies, ou ‘’vassāvāsa‘’, tombe régulièrement le jour de la pleine lune du 7è mois lunaire, Assayuga. (Sept/Oct.)

 

Nota : La grande manifestation, ou pèlerinage, qui réunit nombre de fidèles se tient le 7è et 8è jours de la deuxième moitié du huitième mois lunaire, Kattika, (Nov/Déc.) lors de la lune descendante. Elle consiste à monter à pied tout en haut du Doï Kham avec un cierge (Thien) à la main.

 

 

Cette chronique est dédiée à Monsieur Jacques Barbery, un correspondant qui suite à courriel a réattiré mon attention sur le … Doï Kham en … 2016 !...

 

Si j’ai attendu 2018 pour terminer et revoir ce texte c’est parce que j’ai voulu qu’il soit aussi complet que possible, tout en sachant que le lecteur oubliera les trois-quarts de ce que j’ai écrit. Mais pour en retenir le quart encore fallait-il ces trois autres quarts !...

La culture, ou le savoir, c’est comme une tartine de pain de quatre livres sur laquelle on a étalé de la confiture. Plus il y a de confiture sur la tartine et plus il s’en échappe par les trous de la mie et, plus le temps passe, plus il s’en écoule ?!... J’en sais quelque chose ?! …

 

Conclusion : Il faut mettre beaucoup de confiture sur une tartine de pain pour être certain de pouvoir en savourer un peu.

 

                  

Merci d’avoir lu ce texte jusqu’au bout et faites-en bon usage.

 

 

                                                                   Jean de la Mainate – Octobre 2018



09/10/2018
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